00:00– Non, je crois qu'on a affaire à une lame de fond, vous savez,
00:04ce n'est pas seulement le Mercosur, ce n'est pas seulement l'abattage total,
00:09je crois qu'il y a, je le vois chez moi, un espèce de désespoir,
00:13un sentiment d'abandon, et à ce sentiment-là, à ce désespoir-là,
00:19on n'est pas capable de trouver une réponse.
00:22Les paysans, ils sont essentiels, pas seulement parce qu'ils nous amènent,
00:26quand même ils nous nourrissent, pour dire les choses, assez simplement,
00:30mais parce qu'ils sont essentiels, parce qu'ils modèlent les paysages,
00:34parce qu'ils sont une partie de notre histoire, et ils sont, moi encore une fois,
00:38je le vois ici, moi je suis à 800 km de Paris,
00:41les réponses comptables, les réponses raisonnables, les réponses argumentées ne suffisent pas.
00:47À Béziers, il y a encore quelques semaines, il y avait 7000 viticulteurs
00:52qui étaient juste en bas de chez moi, sur les allées Paul-Riquet,
00:56et qui disaient qu'ils n'en pouvaient plus.
00:58Qu'est-ce que vous pouvez dire à quelqu'un, chez moi, qui gagne,
01:02j'en discute avec des jeunes agriculteurs, entre 500 et 600 euros par mois,
01:06vous vivriez, vous, avec 500 ou 600 euros par mois, ni vous, ni moi.
01:10Il y a des blocages chez vous, Robert Ménard, ou dans votre région ?
01:14Non, il n'y en a pas, parce que nous, vous savez bien, chez moi, c'est surtout de la viticulture,
01:19c'est plus que d'élevage.
01:21Il y a eu des blocages les derniers jours, en solidarité avec les éleveurs,
01:27mais ici, ça pourrait exploser demain pour d'autres raisons.
01:30Je vais vous donner trois chiffres, trois chiffres.
01:33Vous savez à combien se vendait le litre de vin il y a encore quelques semaines,
01:38chez moi, à Bézier, les viticulteurs, 42 centimes.
01:42Aujourd'hui, il est à 70 centimes le litre.
01:44Normalement, pour juste équilibrer, équilibrer leur compte,
01:48il faudrait que ce soit vendu à un euro le litre.
01:51Comment vous voulez leur dire à ces gens-là qu'il ne faut pas embêter les touristes,
01:56qu'il ne faut pas bloquer l'autoroute, qu'il ne faut pas mettre le feu devant une sous-préfecture
02:02ou devant un centre des impôts ?
02:03Je leur dis, mais c'est inaudible, et je comprends que ce soit inaudible.
02:08Ce que je vous dis, c'est que demain, ces jacqueries, elles vont se multiplier.
02:12Elles vont se multiplier.
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