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00:00Bienvenue au Cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Vous me semblez une personne évoluée et pleine de bon sens, comme moi-même,
01:06même si vous n'êtes pas psychiatre, ce qui ajouterait encore à votre intuition et à votre sagesse.
01:11Voilà pourquoi je vais vous avouer à vous ce que j'ai refusé de reconnaître en présence de la police,
01:19qui n'est composée que d'imbécile borné et sans imagination,
01:23parfaitement incapable pour la plupart de comprendre la sensibilité et le raffinement d'un être tel que moi.
01:32Eh bien oui, je suis un assassin.
01:37Je reconnais le fait.
01:39Être un homme délicat n'empêche pas de pouvoir infliger une mort violente.
01:44Il ne s'agit pas là d'une disgrâce.
01:48Je ne vois pas d'ailleurs comment je pourrais espérer esquiver la peine qui m'a été infligée.
01:54Je ne conteste pas avoir tué.
01:56Mais je voudrais seulement expliquer mon point de vue.
02:01Comment j'en suis venu à une telle action ?
02:04Toutes choses qui ont été totalement déformées dans le courant du procès.
02:09Voici ma vérité.
02:13Il faut d'abord que je vous parle d'Yvette.
02:16Ou plutôt non.
02:18Non, parlons d'abord un peu de moi.
02:22Je suis non seulement un enfant bien né, mais j'appartiens à une excellente famille.
02:30Il est vrai qu'on peut se demander pourquoi un homme de ma condition a épousé Yvette,
02:35qui, outre mon aîné de neuf ans, était une femme d'allure plutôt rustique.
02:42Non, mais je continue, je continue ma propre histoire.
02:46J'ai grandi dans une solitude luxueuse.
02:49Mon père était trop occupé par ses affaires pour me consacrer grande attention.
02:54Ma mère, en revanche, d'un tempérament très artiste,
02:58s'était forcée de m'inculquer son amour de l'art,
03:01plus spécialement de la musique et de la poésie.
03:05Je ne passe qu'un an à l'université.
03:08Je la quitte définitivement en deuxième année.
03:11Je ne supporte pas la nourriture que j'estime primitive.
03:17Peu importe cet échec, je reprends mes voyages en compagnie de ma mère.
03:22En matière culinaire, je suis devenu un expert.
03:26Mon jugement est parfait.
03:29Que ce soit à Paris, à Rome ou à Vienne,
03:31je suis passé maître dans l'art de dénicher de fameux petits restaurants
03:35où la cuisine est succulente.
03:39Je vise assez bien le décès de mon père.
03:42Mais la mort de ma mère, un peu plus tard,
03:46l'année de mes 25 ans,
03:47m'importe un coup sévère.
03:49D'autant qu'elle s'accompagne de la révélation choquante
03:54que la fortune familiale n'existe pratiquement plus.
03:59Au fil de circonstances trop longues à raconter,
04:03j'échoue à New York pour me trouver bloqué
04:06dans un travail fastidieux qui me rapporte une misère.
04:11New York m'a toujours paru une ville froidement hostile.
04:15C'est loin d'être l'idéal pour un homme aussi délicat que moi.
04:21N'ayant jamais su me faire vraiment des amis,
04:24je me retrouve alors totalement seul.
04:28Le soir, je m'oblige à sortir.
04:31Je parcours les rues,
04:33espérant découvrir de bons petits restaurants
04:35où l'on me servirait une vraie cuisine.
04:39Généralement déçu,
04:41je sors de ces endroits en colère,
04:43ayant à peine goûté au plat.
04:46Jusqu'au jour où,
04:48tombant par hasard
04:49dans une petite rue tortueuse de Greenwich Village,
04:54sur une pancarte affichant
04:55« Chez Yvette »,
04:57j'ai la plus délicieuse des surprises.
05:01Le lieu pourtant est sombre et lugubre,
05:05avec ses petites tables en formica
05:07éclairées par des bougies
05:08plantées dans le col de bouteille de Chianti.
05:12Le menu est bien en français,
05:15mais j'ai été trop souvent abusé
05:17par ce genre de détails
05:18pour en attendre quelque chose de bon,
05:20sans compter que la serveuse ressemble à une souillon.
05:25Je choisis des filets de sol au gratin,
05:28un plat simple
05:29que même un cuisinier inexpérimenté
05:32devrait être capable de préparer convenablement.
05:36Commence alors une attente interminable.
05:42Je tape du pied d'impatience
05:43dans ce restaurant presque vide,
05:46mais lorsque la serveuse reparaît avec son plateau,
05:49à peine ai-je soulevé le couvercle du plat
05:52qu'elle dépose devant moi,
05:53que je suis sûr d'avoir enfin trouvé
05:57ce que je cherchais depuis si longtemps,
06:01un cuisinier ou une cuisinière émérite.
06:04Aucune seule ne saurait être meilleure.
06:11La sauce est un délice,
06:13la chair du poisson exquise,
06:16le vin une perfection.
06:20Conduit à la cuisine pour présenter mes compliments,
06:23je découvre Yvette,
06:25une femme énorme,
06:26aux cheveux noirs pendant sur un visage
06:29ingrat et luisant de sueur,
06:31un corps informe,
06:33boudiné dans une espèce de sarreau usagé,
06:36s'arrêtant sur de grosses jambes variqueuses.
06:41Et pourtant,
06:43pourtant,
06:45dopée par mon extase gastronomique,
06:48je la trouve belle.
06:50Je l'embrasse sur les deux joues
06:51et je la serre contre moi.
06:53Yvette, pour sa part,
06:55est ravie de rencontrer enfin un connaisseur.
06:59Dès lors,
07:00je prends l'habitude d'aller dîner chez elle tous les soirs.
07:03Je n'ai jamais été aussi heureux de ma vie.
07:06Elle me prépare toutes sortes de bons petits plats,
07:09riz de veau à la bonne Ilesco,
07:11homard à la nage,
07:12magrette canard.
07:13Yvette me tient compagnie
07:16tandis que je déguste.
07:19Une fois le restaurant fermé,
07:21je lui offre un verre de vin ou un café
07:24qu'elle sert avec le plus délectable
07:27des gâteaux français.
07:30J'ai le sentiment d'avoir découvert un trésor.
07:35Mes réserves monétaires,
07:37hélas,
07:38commencent à s'épuiser rapidement.
07:40Le flair d'Yvette en matière culinaire
07:44s'accompagne d'un certain talent financier.
07:49Et bientôt,
07:51elle me propose à marcher un beau soir
07:53en me suggérant de passer la nuit chez elle
07:58en échange du dîner.
08:01Déjà son débiteur,
08:04je peux difficilement refuser.
08:07Je dois reconnaître
08:10que si j'accepte au départ
08:13avec une certaine répugnance,
08:16j'ai en réalité
08:18bien tort de m'inquiéter.
08:21Car ce que je découvre avec Yvette,
08:24que je n'avais encore jusque-là
08:26jamais expérimenté,
08:28c'est purement et simplement
08:30la passion.
08:32Quelques semaines plus tard,
08:36le temps de publier les bancs,
08:39nous sommes mariés.
08:41Et notre mariage au début
08:42est des plus heureux.
08:45Je reçois peu de temps après
08:46un petit héritage
08:48que j'investis aussitôt
08:50dans l'agrandissement du restaurant
08:52et de la publicité.
08:53Notre affaire prospère rapidement,
08:55les gastronomes affluent chez nous.
08:58Yvette cuisine toujours elle-même.
09:00J'aménage, pour ma part,
09:02une des pièces du premier étage
09:04où j'organise régulièrement
09:05des réunions de gourmets.
09:07Je planifie les menus avec Yvette.
09:10Généralement, je me charge des courses.
09:12Je parcours les marchés,
09:14des matinées entières,
09:15enquête des ingrédients nécessaires.
09:19Le restaurant en soi
09:20devient rapidement le centre
09:22de mon existence.
09:24Il me confère à la fois
09:25dignité et statut.
09:27Plus j'aime mon restaurant
09:29et plus je m'attache à Yvette,
09:32tant elle fait intégralement partie de lui.
09:36Je connais enfin le vrai bonheur.
09:40Et puis,
09:43la tragédie frappe sans crier gare.
09:49Yvette se plaint de mots divers.
09:51Le soir,
09:52elle est épuisée.
09:54Je lui conseille de voir un médecin,
09:56mais son sens de l'économie
09:58est tel qu'elle répugne
09:59à dépenser en honoraire médicaux.
10:03Elle n'accepte de suivre mon conseil
10:05que le soir où elle tombe
10:06en syncope dans la cuisine.
10:09Elle revient de la clinique
10:10faisant grise mine,
10:12assez secouée.
10:13Je l'interroge.
10:14Voyons,
10:15que dit le médecin ?
10:17Son poids excessif
10:19a entraîné
10:19une mauvaise circulation
10:21dans les artères coronaires
10:22qui se compliquent
10:23d'un début de diabète.
10:25Le médecin prescrit
10:26une diète rigoureuse.
10:29Yvette a voulu s'insurger.
10:31Vous n'avez pas le choix !
10:32lui a-t-il répondu
10:34« Ou suivre un régime
10:35ou mourir ! »
10:38Et c'est là
10:39que notre vie va basculer.
10:45Si vous voulez en savoir plus,
10:48madame, monsieur,
10:51écoutez la suite de mon histoire
10:52dans un instant.
10:53Fils bien-né
11:02d'une bonne famille,
11:04le narrateur,
11:05gastronome émérite,
11:07a épousé une cuisinière modeste
11:09mais de génie
11:10prénommée Yvette.
11:12Il raconte son histoire
11:14alors qu'il est en prison.
11:16Leur vie a basculé
11:18le jour où Yvette
11:18est rentrée à la maison
11:19après que le médecin
11:21lui est prescrit
11:22un régime draconien.
11:25Yvette est une femme résolue.
11:28Une fois convaincue
11:29de la nécessité
11:31de suivre un régime,
11:33elle s'attaque
11:33au problème
11:34avec un courage
11:35et une volonté de faire.
11:37Elle ne déguste plus
11:38la vichysoise
11:40quand elle la prépare,
11:41ne glisse plus jamais
11:42dans sa bouche
11:43un morceau de tarte
11:44du plateau.
11:46Elle perd rapidement
11:47du poids
11:48d'une manière phénoménale.
11:50Au bout de quelques mois,
11:51elle n'a plus rien
11:52de la grosse femme
11:53joviale et bonne vivante
11:54que j'ai épousée.
11:55Son corps est devenu
11:56mince et ferme,
11:58son visage désenflé
12:00et d'un oeval parfait.
12:02Je n'irai pas jusqu'à dire
12:03qu'elle est belle.
12:05L'expression « bien faite »
12:07conviendrait mieux.
12:09De toute manière,
12:10on la remarque,
12:11car, privée de son intérêt
12:13pour la nourriture,
12:14elle se met à s'intéresser
12:16à son aspect,
12:17jusque-là négligée.
12:19Elle porte à présent
12:20des gaines,
12:21se coiffe avec soin
12:22et devient même
12:24une adepte
12:25du maquillage.
12:27Mes amis,
12:28naturellement,
12:29me félicitent
12:30de ce changement,
12:32mais
12:32je m'aperçois bientôt
12:34qu'ils viennent
12:35de plus en plus rarement
12:36chez Yvette.
12:38Tout simplement
12:38parce que ma femme
12:40est devenue indifférente
12:42à la préparation
12:43de ces plats
12:43qui ont fait
12:44la renommée
12:45de notre restaurant.
12:46Pour la remplacer,
12:49elle a engagé
12:50un chef
12:51aux talents
12:52plus que médiocres
12:53et son contrôle
12:55se limite
12:56à s'assurer
12:57qu'il prépare
12:57le menu du jour
12:59avec le maximum
13:00d'économie.
13:03Tous ces changements
13:04dans l'apparence
13:05d'Yvette
13:05s'accompagnent
13:07d'une modification
13:08complète
13:09de sa personnalité.
13:12Elle a toujours
13:12été économe,
13:13mais voici
13:14qu'elle fait preuve
13:14à présent
13:15d'une lamentable
13:16mesquinerie.
13:18Tenez,
13:19elle remplace
13:19par des champignons
13:20en boîte
13:21les frais
13:22indispensables
13:23à certaines préparations.
13:24Elle n'hésite pas
13:25à mettre du foie de porc
13:26dans le pâté
13:27de foie gras
13:28ou,
13:29plus terrible encore,
13:31accommodent
13:32les légumes
13:32à la margarine.
13:35Les protestations
13:36restent sans effet.
13:38Bientôt,
13:39elle se met
13:39à réduire
13:40les portions
13:41et à éliminer
13:42un à un
13:43les plats
13:44exigeant
13:45une longue préparation
13:46ou des ingrédients
13:48coûteux.
13:50Yvette ne s'inquiète
13:51en aucune façon
13:52de voir
13:52notre clientèle
13:53diminuer.
13:54Délaissant la cuisine
13:55pour la caisse,
13:57elle commande
13:58une étude
13:58sur les goûts
13:59d'un autre type
14:01de clientèle,
14:02touristes
14:03au palais barbare,
14:05employés
14:05et dactylos
14:06des bureaux
14:06du quartier,
14:08habitants
14:08des grands
14:09ensembles voisins.
14:10Le restaurant
14:12ne sert
14:13bientôt plus
14:14que des salades,
14:16des sandwiches
14:17et affiche
14:18un menu
14:19express
14:19pour hommes
14:20d'affaires.
14:23Inutile
14:23de dire
14:24que nos
14:25rapports
14:26personnels
14:27se détériorent
14:28rapidement.
14:30Yvette,
14:31auparavant,
14:32s'en remettait
14:32à mes avis
14:33et je la croyais
14:34heureuse
14:34d'avoir
14:35rencontré
14:36un mari
14:36au goût
14:37raffiné
14:37d'une situation
14:38sociale supérieure.
14:39Mais à présent,
14:40je ne lui
14:41sers plus
14:41à rien.
14:42Elle ne me
14:43fait plus
14:43confiance
14:43pour le marché
14:44et se charge
14:45elle-même
14:45de faire
14:46les courses.
14:48Notre mariage
14:48est en train
14:49de se désintégrer.
14:52Ma femme
14:52n'est plus
14:53ni souple
14:54ni docile.
14:56Au moment
14:56de se coucher,
14:58elle est
14:58généralement
14:59trop fatiguée
15:00par son travail
15:01de la journée
15:01et son régime
15:02rigoureux
15:03pour répondre
15:04à mes avances.
15:06Et dans
15:07les rares
15:08occasions
15:08où elle y répond,
15:09elle a tendance
15:11à être
15:11brutale
15:12et exigeante,
15:14allant même
15:15jusqu'à critiquer
15:16mes prouesses
15:17viriles.
15:19Bientôt,
15:21mon affection
15:22pour elle
15:23se change
15:24en haine.
15:26Je ne peux
15:27plus supporter
15:28son petit regard
15:29dépervier.
15:30Ses yeux
15:31qui autrefois
15:31semblaient joyeux
15:32dans leur repli
15:33de chair
15:33ont maintenant
15:34une lueur
15:35rapace.
15:36« Mais
15:38voyez-vous,
15:39madame,
15:40monsieur,
15:41tous ces défauts
15:41seraient supportables
15:42si la nourriture
15:44ne devenait pas
15:45simultanément
15:46exécrable. »
15:50Yvette fait preuve
15:51d'un véritable
15:52fanatisme
15:52en matière
15:53de régime.
15:54Telle
15:54l'ivrogne
15:55repentie,
15:57elle cherche
15:57à se reconvertir
15:59avec le zèle
16:00d'un croisé.
16:00« La pièce
16:02que je m'étais
16:03réservée
16:03jusque-là
16:04pour réunir
16:04mes amis gourmets
16:05est à présent
16:06transformée
16:06en salle
16:07de bar.
16:09Et puis,
16:11Yvette fait
16:12bien pire
16:13que ça.
16:14Elle me
16:15sermonne
16:15constamment
16:16à propos
16:17de mon
16:17intérêt
16:18excessif
16:19pour la nourriture,
16:20comme elle dit.
16:21Je n'ai plus
16:21droit désormais
16:22qu'au jus
16:23de carotte,
16:24au fromage
16:24blanc
16:24et au flocon
16:25d'avoine.
16:27Que je me risque
16:27à les dédaigner
16:28et j'ai aussitôt
16:29droit à des remarques
16:30blessant
16:30sur mon estomac
16:32soi-disant
16:32en expansion.
16:35Alors,
16:36je cesse
16:38de déjeuner
16:39ou de dîner
16:39chez moi
16:40pour partir
16:41en quête
16:42d'autres plaisirs
16:43gastronomiques.
16:45Sans grand succès,
16:46d'abord,
16:47je l'avoue,
16:48jusqu'au jour
16:49où je découvre
16:51le Coq d'Or
16:53et Germaine
16:54du Val.
16:55C'est un tout
16:56petit restaurant
16:57en sous-sol
16:57du côté
16:58de la soixante-dixième
16:59rue,
16:59un endroit
17:00minable
17:01devant lequel
17:01on peut passer
17:02cent fois
17:02sans le remarquer
17:03mais où
17:04la cuisine
17:05est si raffinée
17:07que je crois
17:08de nouveau
17:09vivre un rêve.
17:12Germaine est encore
17:13plus grosse
17:14qu'Yvette
17:14lorsque je l'ai rencontrée
17:15et,
17:16je dois le reconnaître,
17:17de quelques années
17:18plus âgées qu'elle.
17:20Ses cheveux
17:20sont d'un incroyable
17:22blond oxygéné
17:23mais ses joues
17:25sont rebondies
17:26comme des pommes
17:27et ses yeux bleus
17:29brillent de gaieté.
17:32Je ne peux pas
17:33vraiment dire
17:34que j'en tombe
17:34immédiatement amoureux,
17:36mais ce qui est sûr,
17:38c'est qu'une vraie
17:39sympathie
17:40née d'un intérêt commun
17:42s'établit entre nous.
17:44Au royaume
17:46de la gastronomie,
17:47Germaine est
17:48une prima donna
17:49qui sollicite
17:50les applaudissements
17:51d'un expert
17:52pour exploiter
17:54ses talents.
17:57Yvette,
17:57cependant,
17:59commence à se montrer
18:00difficile.
18:02Elle voit mes sorties
18:03d'un très mauvais œil.
18:05C'est elle
18:06qui tient
18:06les cordons
18:07de la bourse
18:07et elle les tient
18:08nouées serrées.
18:10Bon gré,
18:11mal gré,
18:12quand je pourrais
18:13connaître une nouvelle fois
18:14le bonheur
18:14avec Germaine,
18:16je dois me contenter
18:17de la nourriture
18:18insipide
18:19de ma femme
18:20et de ses charmes
18:21déclinants.
18:24Yvette est bonne
18:25catholique,
18:26donc,
18:28le divorce,
18:30hors de question.
18:32Il m'arrive
18:33de temps en temps
18:34de piocher
18:35dans la caisse
18:36pour passer
18:37une nuit
18:37avec Germaine,
18:38mais Yvette
18:39déploie
18:40un malin génie
18:41pour contrarier
18:43ses expéditions.
18:44Sans un sou
18:45en poche,
18:46je suis contraint
18:48de rester
18:48dîner
18:49à la maison.
18:50Est-il étonnant,
18:53je vous le demande,
18:55est-il étonnant
18:55dans ces conditions
18:56que mes pensées
18:57s'orientent
18:58progressivement
18:59vers le meurtre ?
19:02Comme vous avez pu
19:02le constater
19:03au fil de ce récit,
19:05je ne suis pas
19:05un homme violent,
19:06je ne me suis jamais
19:07servi d'une arme à feu
19:09et la pensée
19:10d'utiliser
19:11un couteau
19:12ou tout autre objet
19:13coupant
19:14ou contondant
19:15m'impressionne
19:16m'impressionne
19:16énormément.
19:18Alors,
19:19alors je pense
19:21au poison,
19:23arsenic,
19:24cyanure,
19:26mais comment
19:27administrer
19:28de tels produits
19:29sans laisser
19:30de traces
19:30ou même
19:31comment les obtenir
19:33sans éveiller
19:33les soupçons ?
19:35Je remâche
19:37mon problème
19:37sans lui trouver
19:38de réponse
19:39jusqu'au jour
19:41où Yvette
19:42elle-même
19:43me fournit
19:44la solution
19:45que je cherche.
19:47Notre chambre
19:48a revêtu
19:48l'aspect
19:49d'une boutique
19:50d'apothicaires.
19:51Le dessus
19:52de la coiffeuse
19:52d'Yvette
19:53est couvert
19:53de peaux
19:54et fioles
19:55remplies de pilules
19:56et de comprimés
19:57pour maigrir.
19:58Parmi les dernières
19:59drogues apparues
20:00sur le marché
20:01en vente libre
20:01au Mexique
20:02mais interdites
20:03chez nous,
20:03aux États-Unis,
20:04j'ai repéré
20:05la marque
20:06Yaroubex.
20:08Une des amies
20:08d'Yvette
20:09lui a rapporté
20:10un pot
20:10de ces petits
20:11cachets blancs
20:12apparemment inoffensifs
20:13mais redoutables
20:14pour les diabétiques
20:16selon un long article
20:18du New York Times.
20:20D'après le journaliste,
20:21ces petites pilules
20:22peuvent être mortelles
20:23prises en quantité
20:24excessive.
20:27Je sais
20:28que très en colère
20:29après avoir lu
20:30cet article,
20:31Yvette a négligé
20:32malgré tout
20:33de jeter
20:33ces pilules.
20:35Elle les a fourrées
20:36dans le fond
20:37du placard
20:37à pharmacie
20:38ou,
20:39à la suite
20:39de patients
20:40en recherche,
20:42je finis par les découvrir
20:43quelques jours plus tard.
20:46Je les examine
20:47avec intérêt.
20:49Elles sont
20:49presque la réplique
20:51exacte
20:52de ces pastilles
20:53de saccharine
20:54qu'Yvette
20:55qu'Yvette utilise
20:56quotidiennement.
20:57J'en verse aussitôt
20:59quelques-unes
21:00dans la boîte
21:01à saccharine
21:01d'Yvette
21:02sans ressentir
21:03aucun sentiment
21:04de culpabilité,
21:05je l'avoue,
21:06tant la substitution
21:08se présente
21:09simplement.
21:11Le résultat
21:12ne se fait pas
21:13attendre.
21:15Deux jours plus tard,
21:17Yvette est morte.
21:20Je la trouve
21:20en rentrant
21:21un après-midi
21:21étendu sur son lit
21:23tout habillé.
21:25Après avoir vérifié
21:26que ni son cœur
21:27ni son pouls
21:28ne battent plus,
21:29je prends la boîte
21:30de pilules
21:31dans son sac,
21:32j'en vide le contenu
21:33dans les toilettes
21:34et la remplis à nouveau
21:35de saccharine.
21:36Enfin,
21:37je pose le flacon
21:38de Yaroubex
21:39sur la table
21:41de nuit
21:41et j'appelle
21:43la police.
21:45Un certain
21:46lieutenant Stevens
21:47est chargé
21:48de l'enquête.
21:49C'est un homme
21:49un peu frustre
21:51et assez soupçonné
21:52mais il n'y a pas,
21:53il ne peut pas
21:55y avoir
21:55de preuve
21:56de forfait
21:57de ma part.
21:59Et l'affaire
21:59est bientôt classée.
22:02Les mois
22:02qui suivent
22:03sont très actifs.
22:05Je vends
22:05chez Yvette
22:06avec un coquet bénéfice
22:08et je passe
22:08mes soirées
22:09au coq d'or.
22:10Je récupère ainsi
22:11quelques-uns
22:12de mes amis
22:13et bien vite
22:13la clientèle
22:15du coq d'or
22:16grossit.
22:17Au bout
22:18d'une période
22:18raisonnable,
22:19Germaine et moi
22:21sommes mariés.
22:24Je goûte
22:24de nouveau
22:25à l'extase
22:27des premiers temps
22:28de mon mariage
22:29avec Yvette.
22:32Je devrais me douter
22:32que tout cela
22:33est trop beau
22:34pour pouvoir durer.
22:37Je vois
22:38Germaine arriver
22:39un jour
22:39les larmes
22:41aux yeux.
22:42Chéri,
22:43le médecin
22:44dit qu'il faut
22:45que je suive
22:45un régime.
22:48Monsieur,
22:49madame,
22:51si vous êtes
22:51une personne
22:52d'imagination,
22:54ce n'est pas la peine
22:55que je vous encombre
22:56l'esprit
22:56en vous racontant
22:57dans le détail
22:58la suite
22:59de mon histoire,
23:00n'est-ce pas ?
23:01Qu'il vous suffise
23:02de savoir
23:02que ma vie
23:04avec Germaine
23:04prend alors
23:05le même
23:06tournant
23:07désagréable
23:08que précédemment
23:09avec Yvette.
23:11Au fil des semaines,
23:12mon existence
23:14se transforme
23:15une seconde fois
23:16en cauchemar.
23:18Le même film
23:19se déroule
23:20tant Germaine
23:21et Yvette
23:22sont semblables
23:23dans leurs réactions.
23:26Et puis,
23:27naturellement,
23:28je rencontre
23:29Suzanne.
23:31Je me rends compte
23:32maintenant
23:33qu'il était
23:34complètement stupide
23:35de ma part
23:36d'employer
23:36deux fois de suite
23:37la même méthode
23:39d'assassinat.
23:40Je peux évidemment
23:42avancer
23:42pour ma défense
23:43le fait
23:44que la tentation
23:45de répéter
23:46un crime parfait
23:46est irrésistible.
23:49Et puis,
23:50comment pouvais-je
23:51savoir
23:51que le lieutenant
23:52Stevens
23:53venait d'être
23:54muté
23:55dans le quartier
23:55où j'habite
23:56à présent ?
23:58Tant pis.
24:00Je me console
24:01en pensant
24:02que le condamné
24:03a en principe
24:05le privilège
24:06de choisir
24:07son dernier repas.
24:09Il y a
24:10entre autres
24:10un plat
24:11qui est décrit
24:12par Alexandre Dumas
24:13et que je n'ai
24:13jamais goûté.
24:15Mais peut-être
24:17est-ce trop
24:17d'attendre
24:18de la nourriture
24:19d'une prison.
24:21Non,
24:21quelque chose
24:22de plus simple
24:23fera aussi bien
24:23l'affaire.
24:25Une omelette
24:25au kirsch,
24:26par exemple.
24:27La préparation
24:27n'en est pas compliquée.
24:28Je peux d'ailleurs
24:29donner la recette.
24:30Six œufs,
24:31une pincée de sel,
24:32trois cuillérées
24:33à soupe de sucre.
24:35Ah,
24:36oui,
24:37non,
24:37je vois que
24:38votre intérêt
24:39décroît.
24:41Très bien,
24:42madame,
24:43monsieur,
24:44très bien.
24:45Nous discuterons
24:46de ces détails
24:47un peu plus tard.
24:48Vous venez d'écouter
24:56Au cœur du crime,
24:57un podcast
24:58issu des archives
24:59d'Europe 1.
25:00Réalisation,
25:01Julien Tarot.
25:02Production,
25:03Estelle Laffont.
25:05Patrimoine sonore,
25:06Sylvaine Denis,
25:07Laetitia Casanova
25:08et Antoine Reclus.
25:12Au cœur du crime
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