00:00La France vit-elle au-dessus de ses moyens ?
00:12La question ne date pas d'hier, mais d'avant-hier, de 1976,
00:18lorsqu'elle est soulevée par Raymond Barr, alors Premier ministre.
00:21Pour certains, la réponse est clairement non.
00:24Car vivre au-dessus de ses moyens, en général, ça se voit.
00:28Tout est consommé, rien n'est mis de côté, on est le plus souvent à découvert.
00:33Dit autrement, un pays vit au-dessus de ses moyens si son taux d'épargne domestique est négatif.
00:38Or, la cagnotte des Français est bien remplie.
00:41À plus de 9%, le taux d'épargne financière tutoie ses plus hauts niveaux
00:45depuis la Seconde Guerre mondiale hors phase exceptionnelle de la crise Covid.
00:50Les encours s'approchent de 6 500 milliards d'euros.
00:54Cette approche, fondée sur le seul taux d'épargne des ménages, est cependant triplement réductrice.
01:01D'abord, elles passent sous silence leur niveau d'endettement,
01:05plus si éloignée de ça de la barre des 2 000 milliards d'euros, soit environ une année de revenus.
01:13Ce ratio, sur longue période, a eu tendance à augmenter, même s'il connaît une décrue récente.
01:19Ensuite, rien n'est dit sur la formation même du revenu des ménages.
01:23Or, le diable se cache dans les détails, en l'occurrence dans la ligne prestations sociales en espèces.
01:30Il s'agit des transferts monétaires versés par les administrations de sécurité sociale, l'État ou les collectivités publiques,
01:37pensions de retraite, allocations de chômage, RSA, entre autres.
01:41Ces montants sont en hausse constante.
01:43Ils atteignent désormais près de 650 milliards d'euros et représentent structurellement plus du tiers du revenu des ménages.
01:51Or, un pays ne peut être réduit à un seul de ses agents économiques.
01:55Il faut intégrer dans l'équation l'ensemble de l'administration publique ainsi que les entreprises.
02:00Dans le cas des prestations sociales en espèces, celles-ci sont financées par des organismes,
02:05le plus souvent déficitaires, qui recourent à l'endettement pour en assurer le versement.
02:11Pour avoir la photo la plus juste possible, il faut une vision panoramique.
02:16Premier indicateur, la balance des transactions courantes qui, dans une logique de flux, regroupe les échanges de biens et de services,
02:23les revenus et les transferts à destination ou en provenance de l'étranger.
02:28Lorsqu'elle est déficitaire, le pays dépense plus qu'il ne produit.
02:33Il doit alors se financer à l'extérieur. Il y vit effectivement sur une année au-dessus de ses moyens.
02:40Le déficit courant aura encore atteint plus de 10 milliards d'euros en 2025, soit environ 0,5% du PIB.
02:47Ces chiffres peuvent apparaître modestes, mais l'accumulation des déficits pose problème.
02:52Or sur les 20 dernières années, trois seulement ont été excédentaires.
02:56Cette analyse se complète par une approche en termes de stock, donnée par la position extérieure nette du pays.
03:05Ce second indicateur représente le patrimoine ou l'endettement net des Français, des résidents vis-à-vis du reste du monde.
03:13Lorsqu'elle est négative, cela signifie que les Français ont reçu davantage de capitaux de l'étranger,
03:18sous forme d'endettement ou d'investissement en capital principalement, qu'ils n'y ont investi.
03:23Vu sous cet angle, la situation s'est considérablement détériorée.
03:28Créancière au début des années 1990 jusqu'au milieu des années 2000, la France est devenue débitrice,
03:35à tel point que le solde s'est plusieurs fois approché dangereusement du solde d'alerte de 35% du PIB fixé par les règles européennes.
03:43La France n'est pas loin de l'impasse. Le pays reste solvable, certes, mais en cas de remontée brutale des taux,
03:50sa solvabilité serait remise en cause avec en bout de course une crise de liquidité.
03:55Le prix à payer pour un pays qui vit au-dessus de ses moyens.
04:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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