00:00Emmanuel Ducrot, bonjour Emmanuel. Emmanuel qui est la voix d'Europe 1 sur ces sujets-là, d'une grande précision, d'une grande clarté, et vos papiers sont toujours remarquables.
00:13Pourquoi, question simple, pourquoi toutes les bêtes ne sont-elles pas vaccinées depuis des années ?
00:22Alors, Pascal, elles ne sont pas vaccinées, tout simplement, parce que cette maladie n'était pas présente sur notre sol, et on n'avait pas de raison de vacciner.
00:31C'est une maladie tropicale, une maladie africaine, qui touche les bluffes et les girafes, et puis elle arrive, c'était pas prévu, et donc il n'y a pas de raison d'avoir vacciné les animaux avant.
00:43Écoutez, je ne le savais pas, c'est extrêmement clair, parce que personne ne le dit comme cela. Les premiers cas datent de quand, Emmanuel Ducrot ?
00:50Alors, on a eu des cas dans le sud de l'Europe, vers 2012-2015, il y a eu différentes expériences qui ont été menées pour essayer d'endiguer cette maladie,
01:00parce que c'est une maladie grave, on y reviendra si vous voulez, et on s'appuie aujourd'hui sur l'expérience qu'on a dans ces pays-là,
01:08parce que l'expérience qu'on a en Afrique, elle n'est pas la nôtre, parce que la maladie est endémique, chez nous elle est émergente, et on peut s'en débarrasser.
01:16C'est pour ça qu'il ne faut pas faire des comparaisons hasardeuses. Donc on a eu ces cas en 2015 en Grèce, par exemple, on a fait comme en France,
01:24et il y a eu des cas en Sardaigne l'année dernière, on a fait comme en France, on a eu des cas en France, on fait ce qu'on fait en ce moment,
01:32il y a eu d'autres cas en Italie, en Nombardie, on fait exactement comme en France, et il y a eu des cas en Espagne, on a fait exactement comme en France.
01:40Emmanuel Ducroix est avec nous sur l'antenne d'Europe 1, il est 16h39, où ai-je été visiblement prendre cette info qui était fausse,
01:48que lorsqu'on est vacciné, ça posait un problème de normes vis-à-vis de l'Union Européenne, et les exportations n'étaient pas possibles ?
01:56Sans doute ai-je mal intégré une information qui était dans l'air ? Pourquoi il y a eu confusion dans ce que je disais Emmanuel Ducroix ?
02:02Alors, il n'y a pas d'intérêt, c'est pas une question européenne, Pascal, c'est une question mondiale d'échange d'animaux.
02:10Cette maladie, elle est grave, aucun pays n'a envie de l'avoir sur son sol quand il ne l'a pas.
02:15Et donc, quand vous vaccinez vos animaux, vous avez une période assez longue, où on ne sait pas si votre cheptel est indemne de la maladie,
02:26ou s'il a des anticorps vaccinaux.
02:28Ça, c'est le temps que tous les animaux soient vaccinés.
02:31Les vétérinaires qui ont tenu une conférence ce matin expliquent qu'ils ne savent pas, avec les moyens techniques actuels,
02:39les PCR, et vu comme elle est, cette maladie, qui ne se détecte pas souvent dans le sang,
02:44on ne peut pas savoir pendant un laps de temps.
02:48Et donc, il y a des pays qui préfèrent fermer leurs importations de produits français.
02:53Par exemple, Pascal, et c'est important que vos auditeurs le sachent,
02:57en ce moment, le Canada, la Grande-Bretagne, ont fermé leurs importations aux produits laitiers ou les crus français.
03:07Ce n'est pas l'Europe.
03:08Non mais j'entends bien, donc j'avais bien saisi cette information,
03:13pas aussi précisément que vous nous la détaillez à l'instant,
03:16c'est que la vaccination était un frein, pouvait être un frein à l'exportation,
03:21et voilà une des raisons.
03:23Pendant plusieurs mois, et ça veut dire des très lourds impacts économiques pour les Chiliens.
03:29Bien sûr, donc je comprenais...
03:30Je vais vous donner un petit coup d'eux, Pascal.
03:32Donc quand madame Genevers...
03:33Si on n'exporte plus de... Attendez, Pascal, c'est important qu'on le sache.
03:36Si on n'exporte plus de bovins vivants français pendant 14 mois après la fin de la vaccination,
03:42ça coûte 2 milliards aux éleveurs français.
03:45Oui, j'entends bien.
03:47Donc c'est-à-dire que madame Genevers qui dit qu'il faut vacciner aujourd'hui,
03:50tout le monde dit qu'il faut vacciner,
03:52mais manifestement la vaccination va mettre en péril.
03:55Alors ce n'était pas l'Union Européenne, c'était d'autres pays qui n'acceptaient pas.
03:58Non, alors attendez, je vais faire un point.
04:00Madame Genevers ne dit pas qu'il faut vacciner tout le pays.
04:03Elle dit qu'il faut vacciner dans les zones où il y a la maladie
04:06pour éviter qu'elle ne contamine le reste de la France.
04:10Oui, j'entends.
04:10Parce que pour l'instant, les exportations, c'est de ces régions-là qu'elles sont interdites.
04:14Pas de tout le pays.
04:15Ah oui, mais à ce moment-là, ce serait peut-être plus simple de vacciner.
04:17Parce que c'est un vaccin qui est facile à mettre en place, ce vaccin ?
04:21Alors, c'est un vaccin normal, un vaccin classique à désactiver.
04:25Enfin, c'est un vaccin totalement normal.
04:27Il y a combien de bovins en France ?
04:28Il y a 17 millions de vaches.
04:32Vous vous rendez compte ? 17 millions.
04:34Ah oui, il y a 17 millions de vaches, mais il y avait 50 millions de Français,
04:37on a tous été vaccinés.
04:39Oui, mais vous avez conscience qu'il y a quand même plus de médecins que de vétérinaires, Pascal ?
04:43Je suis... J'entends bien.
04:44Mais l'agriculteur, il ne peut pas...
04:47Laissez-moi donner les données !
04:48Attendez, l'agriculteur, il ne peut pas vacciner tout seul ?
04:50Non, non, ça, ça, on ne peut pas le faire soi-même.
04:52Ce n'est pas simple ? Ce n'est pas une piqûre qu'on met dans le...
04:55Non, mais c'est une démarche, comment dire, c'est la médecine des vaches, c'est les vétérinaires qui vaccinent.
05:02On fait aussi intervenir dans ce cas-là les étudiants vétérinaires, les professeurs vétérinaires,
05:06enfin tous les gens qui peuvent vacciner.
05:08Les vétérinaires, en ce moment, sont 4 400 vétérinaires ruraux.
05:14Ils sont 4 400.
05:16Les vaccins, comme on a affaire à une maladie qui n'est pas une maladie locale, il faut les fabriquer.
05:23Là, il faut entre 7 mois et 1 an pour avoir 17 millions de doses de vaccins.
05:29Et ensuite, il faut vacciner, et donc ça prendra des mois.
05:32Bah écoutez, c'est formidable de vous écouter, parce qu'on parle parfois de sujets qu'on maîtrise mal,
05:38et on a bien fait de vous appeler parce que...
05:41Si je peux me permettre, vous me permettez un dernier point.
05:45C'était passionnant, ce matin, la conférence des vétérinaires.
05:48Ce sont des gens qui n'ont pas d'intérêt politique dans cette affaire.
05:51Et ils ont expliqué de manière extrêmement claire, c'est dramatiquement clair,
05:57que dans un chèque tel, quand il est contaminé, quand il y a une vache malade,
06:01on n'a pas les moyens de savoir quelles sont les vaches qui sont atteintes, asymptomatiques, mais très contagieuses,
06:08celles qui vont développer la maladie parce qu'elles ont été en contact à cause de l'incubation.
06:12Et donc, quand on dit en France qu'on abat des chèpes tel sains, ça n'est pas exact.
06:18J'entends bien.
06:20Alors, ce qui est choquant peut-être, c'est que tout ce chèpe tel, on l'abat.
06:24On nous dit qu'il n'y a aucune conséquence pour l'homme.
06:26Est-ce qu'on pourrait manger cette viande ?
06:28Parce qu'il y a des milliers de gens qui meurent de faim en France,
06:31et on est en train d'abattre des vaches.
06:33Oui. Alors, Pascal, ça c'est le prix de notre sécurité alimentaire.
06:38Si on commençait à vous dire, à vous consommateurs,
06:41il y a des viandes malades dans le circuit.
06:44Non, si on dit qu'il n'y a aucun risque.
06:46Il n'y a aucun risque, mais c'est une règle sanitaire de pays développés.
06:51On ne mange pas d'animaux qui ont des virus.
06:53Alors, après, si une vache...
06:55Moi, j'ai quand même aussi parlé à des éleveurs et à des vétérinaires.
06:58La vache, quand elle a des boutons,
07:01vous voyez ces vaches, elles sont quand même défigurées par les boutons.
07:04Il faut que vous imaginiez qu'à l'intérieur de son corps,
07:07elle a les mêmes choses.
07:09Donc, ça fait des viandes qui sont de très mauvaise qualité.
07:12Donc, on fait bien ça, vous validez.
07:14Vous validez qu'on ne mange pas cette viande.
07:18Non, mais vous êtes une experte.
07:20Vous, vous ne la mangeriez pas.
07:22Je dis juste que c'est de la prophylaxie.
07:25Il y a une autre raison à ça, Pascal.
07:27Pour manger une viande, il faut qu'elle ait été abattue
07:30dans des conditions sanitaires précises,
07:33c'est-à-dire à l'abattoir,
07:34pour qu'elle soit certifiée,
07:36que les choses ont été faites dans les règles,
07:38que la viande ne soit pas contaminée.
07:40On ne peut pas transporter ces animaux
07:42parce que sur le chemin entre la ferme et l'abattoir,
07:46on risque de contaminer d'autres élevages.
07:49C'est la raison pour laquelle on fait des abattages à la ferme.
07:52Et c'est terrible, Pascal,
07:53parce que les éleveurs souffrent de cette situation.
07:55Mais en fait, il y a des raisons à tout ça.
07:58Bon, merci Emmanuel.
07:59Vraiment, alors, de toute façon, je ne suis pas étonné
08:01parce que vous êtes toujours d'une très grande précision,
08:03d'une très grande rigueur.
08:04Et ce sont des sujets que vous connaissez parfaitement.
08:07Donc, merci vraiment.
08:08Et je me demande si demain, entre 9h et 10h,
08:11vous pourriez venir sur l'antenne
08:14et d'Europe 1 et de CNews
08:15pour redire ce que vous venez de dire là
08:18tellement c'était intéressant, précis et exhaustif.
08:22Il est 16h45.
08:23Nous marquons une pause
08:25et nous en savons plus
08:28à la fin de cette conversation avec...
08:31Pascal, moi j'aurais aimé connaître
08:32le taux de mortalité d'un cheptel
08:34quand il est touché.
08:35C'était la question que je voulais poser à Emmanuel Ducro.
08:38Le taux de mortalité.
08:40Combien de vaches meurent dans un cheptel
08:41lorsque le cheptel est touché ?
08:43Mais tu ne meurs pas de cette maladie ?
08:44Non, les vaches.
08:46Oui, mais...
08:47Elles en meurent.
08:48Certaines.
08:48Une partie, c'était ma question.
08:51Emmanuel, elle est encore là ?
08:52Cette maladie, elle est mortelle ?
08:53Oui, je suis là.
08:54Je suis là, Pascal.
08:54Elle est mortelle, cette maladie, pour la vache ?
08:57Alors, on a des chiffres, Pascal.
08:59Et c'est intéressant.
09:01On estime, les vétérinaires qu'on a eu ce matin,
09:03qui sont les vétérinaires de toutes obédiences,
09:05estiment qu'ils donnent le chiffre de 10% de mortalité du cheptel.
09:09D'accord.
09:10Et, attendez, il y a une chose aussi importante que vous devez savoir.
09:14C'est que les vaches, quand elles se rétablissent de cette maladie,
09:17elles restent, dans de très nombreux cas, souffreteuses.
09:21C'est-à-dire qu'elles ne font plus de lait,
09:23elles maigrissent et elles ne font plus de veau.
09:25Une vache qui ne fait pas de lait et pas d'eau ?
09:27Ça veut dire que les éleveurs risquent d'avoir, dans leurs élevages,
09:31des poids des vaches.
09:33C'est terrible parce que leurs animaux, ils les aiment,
09:35mais c'est des animaux qui ne sont plus valorisables.
09:38Écoutez, vraiment, alors, vous venez demain matin.
09:40Parce que là, on parle aux ans, effectivement.
09:44On va voir, en tout cas, on va essayer d'en parler demain matin.
09:46Et les 16h47, c'est formidable, c'est formidable.
09:49Parce qu'en fait, tout le monde parle,
09:52mais les auditeurs qui nous écoutent,
09:54je suis sûr qu'ils, ce soir, ils diront,
09:57dans leur dîner, peut-être, avec leurs femmes, leurs enfants, etc.
09:59Voilà ce que j'ai appris cet après-midi,
10:02entre 16h et 18h,
10:03et je vois aujourd'hui les choses différemment.
10:05Merci.
10:06Merci.
10:07Merci.
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