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  • il y a 4 mois

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00:00Europe 1 matin. 7h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko vous recevez ce matin la journaliste à l'opinion et signature d'Europe 1, Emmanuel Ducrot.
00:08Bonjour Emmanuel. Bonjour Dimitri et bonjour à tous.
00:11Et qu'on retrouvera aussi tout à l'heure autour de 9h moins le quart pour votre édito comme chaque mardi.
00:16Vous êtes la spécialiste agriculture au journal L'Opinion, Emmanuel.
00:19Vous nous en parlez d'ailleurs souvent dans vos éditos sur Europe 1, la crise agricole.
00:23Alors elle bat à nouveau son plein dans le pays avec cet épisodide de dermatose bovine.
00:27Les éleveurs ont donc entamé un bras de fer avec les pouvoirs publics contre le protocole d'abattage systématique quand la maladie est découverte dans un troupeau.
00:37Alors on va tâcher d'y voir clair avec vous Emmanuel ce matin.
00:39D'abord cette maladie, la dermatose, qu'est-ce que c'est ? On la découvre.
00:42Alors c'est une maladie qu'effectivement on découvre chez nous et c'est aussi la raison pour laquelle les animaux ne sont pas vaccinés.
00:48C'est parce qu'il n'y en avait pas jusqu'à maintenant.
00:50C'est une maladie africaine, une maladie tropicale qui touche les bovidés mais aussi les girafes.
00:56Et c'est une maladie qui leur provoque des boutons.
01:00Alors on a des boutons à l'extérieur mais il y a aussi des boutons à l'intérieur du corps des animaux.
01:04Les nodules.
01:05Les nodules.
01:06Et ça les fait énormément souffrir.
01:09C'est une maladie extrêmement contagieuse.
01:11C'est-à-dire que quand elle est dans un élevage, généralement la plupart des animaux sont contaminés.
01:16Et puis c'est une maladie dont les animaux meurent dans 5 à 10% des cas.
01:20Chez nous on ne sait pas trop parce qu'on a une population d'animaux qui est vierge de toute immunité.
01:26Et par ailleurs c'est une maladie dont les animaux peuvent guérir mais ils en gardent des séquelles assez graves.
01:32Par exemple ils ne produisent plus assez de lait ou alors ils ne se reproduisent plus, ils ne font plus de veau.
01:38D'accord, donc abattre l'écheptel touché, est-ce que c'est la meilleure méthode qu'on ait trouvé pour contrecarrer l'épizotie Emmanuel ?
01:46Alors c'est une solution absolument terrible, absolument horrible pour les éleveurs.
01:51Ça tout le monde est d'accord.
01:52Alors il y a deux cas de figure.
01:54Si la maladie est endémique dans un pays, c'est-à-dire qu'elle est installée sur une grande partie du territoire
01:59et qu'elle finit par toucher tous les animaux non vaccinés,
02:02là on n'abat plus l'écheptel parce que ce n'est pas la peine, c'est trop tard.
02:05Nous on n'est pas dans ce cas-là, on est dans le cas où la maladie est encore dans des cas isolés.
02:12Et dans ce cas-là, l'Organisation Internationale de la Santé Animale,
02:16quand on est dans le cas de ces maladies émergentes et isolées, conseille encore ce genre de prophylaxie.
02:22C'est d'ailleurs l'avis des spécialistes de la maladie vétérinaire, par exemple à l'Académie Vétérinaire.
02:28Alors ça ne suffit évidemment pas, c'est une solution qui est évidemment très douloureuse
02:34mais qui s'accompagne d'une vaccination, c'est ce qu'on a choisi en France,
02:38de manière concentrique autour des foyers.
02:40On commence par l'extérieur de la zone et on revient vers la zone où on a dû, hélas, abattre des animaux.
02:46Dans un rayon de 50 kilomètres autour du foyer découvert, c'est ça ?
02:49On est plus là, dans l'arc occitan.
02:53Et par ailleurs, il y a une troisième condition qui est absolument essentielle
02:56et qui n'a pas été toujours très bien respectée.
02:59Ce qui est sans doute la raison pour laquelle on a des cas dans le sud-ouest de la France,
03:03c'est qu'on ne déplace pas les animaux.
03:05Il ne faut pas les déplacer.
03:07Voilà.
03:07Voilà, parce que les mouches qui sont le vecteur du virus...
03:11Elles voyagent aussi avec les animaux et les bétaillères.
03:13Elles se déplacent avec la bête et une mouche, ça peut voler quand même assez loin autour d'une vache.
03:17Alors oui, il y a plusieurs types d'animaux qui peuvent contaminer.
03:20On a d'abord la mouche des étables, qui est une mouche qui vit avec les vaches qui se posent sur elle.
03:26Et puis aussi des thons, des stomachs.
03:27Alors il y a certains de ces animaux qui ne sont pas là en hiver,
03:30mais il y en a d'autres qui sont toujours là.
03:32Et donc c'est aussi la raison pour laquelle il y en a moins en hiver, mais il y en a quand même en hiver.
03:37Alors il y a aussi dans cette affaire, parce qu'en fait il y avait eu des cas de dermatose
03:40assez tôt dans l'été dernier en Savoie, ça s'est plutôt bien passé.
03:45On a réussi à contrecarrer l'expansion de l'épidémie.
03:47Bon, elle n'a pas disparu, la preuve.
03:48Mais alors, il y avait à l'époque un relatif consensus sur la méthode.
03:52Or là, il y a un match syndical entre d'un côté FNSEA et jeunes agriculteurs,
03:57qui sont pour le protocole vaccinal, qui prévoit la bataille systématique.
04:00Et de l'autre côté, coordination rurale confédération paysanne,
04:04alors qui d'habitude sont des syndicats plutôt adversaires.
04:06L'un est très à droite.
04:06Bien mettre allemands opposés, on peut le dire.
04:08Voilà, l'un est très à droite, coordination rurale, l'autre très à gauche, confédération,
04:11mais qui se retrouvent à lutter ensemble contre le protocole.
04:14Qu'est-ce qui se passe, Emmanuel ?
04:15Alors, dans un premier temps, il faut refaire un petit peu l'histoire.
04:18Quand on a ce genre de, comment dire, d'accident sanitaire,
04:22pas un accident sanitaire, mais de désastre sanitaire qui se profile,
04:26on a en France ce qui s'appelle un parlement du sanitaire.
04:29Ça s'appelle le KNOPSAV.
04:30Et cette instance réunit tous les syndicats, les vétérinaires, les scientifiques,
04:35les filières qui sont concernées.
04:37Enfin, c'est très large.
04:38Et absolument toutes les parties prenantes sont là.
04:39Et dans ce KNOPSAV, qui s'est réuni en juillet, la première fois,
04:43et puis quatre fois depuis,
04:45les scientifiques ont proposé ce protocole,
04:48en estimant que c'était la meilleure solution,
04:50enfin, en tout cas, la moins pire.
04:52Et ils se sont appuyés sur des expériences,
04:54parce que c'est exactement la même chose que ce qui a été fait en Grèce,
04:57par exemple, qui a permis d'éradiquer la maladie.
05:00Et puis c'est ensuite ce qu'ont fait aussi nos voisins italiens
05:02et nos voisins espagnols ensuite.
05:04Ils ont fait des abattages systématiques eux aussi.
05:06De la même façon, exactement de la même façon.
05:09Les premiers en Grèce, en 2018, et puis aussi en Sardaigne.
05:13On a entendu que ce n'était pas le cas.
05:15C'est le cas.
05:15Ils ont fait exactement la même chose que ce qu'a fait la France.
05:19Et parce qu'on est toujours dans une maladie émergente
05:22qu'il faut absolument éradiquer.
05:24Et donc, ce plan a été exposé à toutes les parties prenantes.
05:28Et il a été accepté par absolument tout le monde,
05:30sauf la Confédération paysanne,
05:32qui n'a pas voté contre, mais qui s'est abstenue.
05:34Et effectivement, la coordination rurale,
05:37quand elle a entendu cet argument,
05:39s'y est rangée et a accepté ce protocole
05:41avant de changer d'avis un petit peu plus tard.
05:44Et pourquoi ?
05:45Parce qu'on est dans, effectivement,
05:48ce qui ne devrait pas être le cas,
05:50mais une lutte syndicale dans un moment sanitaire.
05:53La coordination rurale est un syndicat
05:55qui a gagné beaucoup de terrain
05:56lors des dernières élections professionnelles agricoles
05:59et qui a une base remontée, disons.
06:03C'est la base qui avait, par exemple,
06:06mené une partie des actions
06:07lors des grandes manifestations agricoles
06:09de 2023-2024.
06:11Rappelez-vous de cette montée vers Rungis,
06:14des tracteurs,
06:15c'était des syndicalistes de la coordination rurale.
06:17Et donc, il y a des enjeux syndicaux
06:19qui se sont invités dans cette bataille
06:22et qui parasitent la lutte.
06:24Alors, il y a un autre point
06:25qu'il faut prendre en compte,
06:27c'est que la région des Pyrénées-Orientales
06:29qui est touchée actuellement
06:31par ces foyers de DNC,
06:34d'hermatose nodulaire,
06:35c'est une région qui ne va pas bien
06:37de façon agricole.
06:39La Savoie, c'est une région
06:40où les agriculteurs sont bien organisés
06:43dans des coopératives.
06:44Ils vendent du fromage de comté d'abondance.
06:45Donc, ce sont des fermes qui ont du revenu.
06:47Dans les Pyrénées-Orientales,
06:48on a affaire à des fermes d'élevage bovin
06:51qui sont assez peu organisées
06:53de manière collective.
06:54parce qu'il n'était pas le cas en Savoie.
06:55Et puis, des fermes qui ont beaucoup souffert
06:57de la sécheresse qui a rendu
06:59la nourriture des animaux difficiles,
07:01qui ont déjà essuyé l'épidémie
07:03de maladies hémorragiques, hémolithiques.
07:05Ça, c'était il y a trois ans.
07:07Des bovins, déjà.
07:08La fièvre cataralovine
07:10qui a considérablement affecté les cheptels.
07:13Et vous voyez, ces agriculteurs,
07:14ils ont déjà subi tout ça.
07:16Voilà.
07:16Et donc, c'est compréhensible
07:18que pour eux, ce soit difficile
07:20d'envisager l'après.
07:21Parce que les agriculteurs,
07:22quand ils ont des cheptels abattus,
07:25en Savoie, ils sont déjà repartis.
07:28Il y a des élevages
07:30où les vaches sont de retour.
07:32Comme quoi, le contexte social,
07:33ça pèse évidemment très lourd dans la balance.
07:34Merci beaucoup, Emmanuel Ducroix.
07:36On n'aura pas le temps de parler du Mercosur,
07:37mais on le fera dans quelques minutes
07:38avec Alexis Brezel, édito politique.
07:40Et puis, Emmanuel,
07:41on vous retrouve tout à l'heure
07:42dans une bonne heure
07:43pour parler de ceux
07:45qui sont en train de payer cher
07:46l'époque assez de cette crise.
07:47Ce sont les vétérinaires.
07:48Ils sont en première ligne
07:49de la colère agricole.
07:50On va voir ça avec vous tout à l'heure.
07:52Merci beaucoup, Emmanuel Ducroix.
07:53A tout à l'heure.
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