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  • il y a 7 semaines

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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Dans la salle de permanence du commissariat, Ralph et moi attendions de plus amples renseignements.
01:08Ralph sirotait son café en baillant.
01:11La victime portait des chaussettes dépareillées, une bleue et une verte, me dit-il entre deux baillements.
01:22Ah bon ? lui dis-je.
01:26Nous pouvons donc en déduire plusieurs choses.
01:29Oui ? Quoi par exemple ?
01:31Eh bien, selon toute vraisemblance, le mort était daltonien ou alors il s'était habillé dans le noir.
01:41Oui, il était peut-être tout simplement aveugle.
01:44Non, Ralph. Il avait des verres correcteurs dans la poche de sa veste.
01:50Eh bien, je parie qu'on trouvera chez lui la paire de chaussettes complémentaires.
01:54Pas nécessairement, Ralph.
01:58Peut-être qu'il était économe.
02:01Économe ? On ne voit pas le rapport.
02:05Ralph.
02:06Il est rare que deux chaussettes d'une même paire s'usent en même temps.
02:11Pourtant, quand l'une devient inutilisable, on a généralement tendance à jeter les deux à la fois, non ?
02:19Sauf les gens économes qui conservent la bonne chaussette afin de la réappareiller à l'occasion avec une autre chaussette de même couleur.
02:28Eh bien, dans ce cas, pourquoi est-ce qu'il n'a pas attendu de pouvoir reconstituer une nouvelle paire ?
02:37Eh bien, Ralph s'attend à prouver que la victime était célibataire.
02:43Chacun sait que les célibataires attendent de ne plus rien avoir à se mettre pour faire leur lessive.
02:49Il y a de fortes chances pour que ce célibataire économe se soit trouvé à court de chaussettes propres,
02:56à part cette bleue et cette verte, seules de leur espèce.
03:01Bah, que voulais-tu qu'il fît ?
03:03Il les a mises, sachant qu'elles seraient cachées par son pantalon et que, de toute manière,
03:09personne n'auraient regardé ses chaussettes pour voir si elle faisait la paire.
03:14Bon, quoi qu'il en soit, voici les faits dont nous disposons.
03:19La victime a été découverte dimanche à 6h du matin dans une rue donnant sur Fremont Street
03:27par un chauffeur de taxi qui prenait un raccourci.
03:31C'est un homme proche de la trentaine,
03:34mesurant approximativement 1m85 pour environ 100 kilos.
03:39Il a été tué d'une balle en plein cœur.
03:42Il n'avait pas de portefeuille sur lui et n'a donc pas encore été identifié.
03:46« On suppose qu'il a été agressé par un voleur et qu'il s'est fait tuer en essayant de se défendre. »
03:54Le capitaine White Spoon entra dans la salle de permanence, des documents à la main.
03:59« Nous avons vérifié les empreintes de la victime, les gars.
04:02C'est un nommé Mickey Taylor.
04:04Il a été condamné à plusieurs reprises pour coups et blessures,
04:07ivresse sur la voie publique et pour détention illégale de films pornographiques.
04:13Et, tenez-vous bien, il est mort noyé. »
04:16« Noyé ? Enfin, capitaine, ses vêtements n'étaient pas humides. »
04:20« Je sais, Henri, je sais. Il ne les portait sans doute pas au moment de sa mort.
04:25Apparemment, on l'a habillé qu'après. »
04:28« Et la balle en plein cœur, capitaine. »
04:30« Mais c'est pas ça qui l'a tué, Henri. Il était déjà mort quand elle a été tirée. »
04:35« Le médecin légiste a remarqué que la blessure n'avait pratiquement pas saigné. »
04:39« Ça l'a incité à approfondir son examen et c'est ainsi qu'il a découvert que les poumons étaient remplis d'eau. »
04:49« Noyé ? »
04:51« Mais comment trouver l'auteur d'une aussi macabre mise en scène ? »
04:56« C'est ce que vous saurez dans quelques instants. »
05:03Dimanche, à 6 heures du matin, un chauffeur de taxi a trouvé un certain Mickey Taylor,
05:13tué d'une balle en plein cœur dans une rue déserte.
05:16On suppose qu'il a été agressé par un voleur et qu'il s'est fait tuer en essayant de se défendre.
05:24Mais le médecin légiste, remarquant que la blessure avait très peu saigné,
05:29a approfondi son examen et a découvert que les poumons de la victime étaient remplis d'eau.
05:39« Eau douce ou eau salée, capitaine ? »
05:44Le capitaine me regarda, les yeux ronds.
05:47« Henri, nous sommes à 3000 kilomètres de l'océan le plus proche. »
05:52« C'est vrai, capitaine, tout à fait vrai, mais si ça se trouve, cet homme était employé à l'aquarium de la ville. »
05:59« Ben, il s'est noyé dans l'un des bassins d'eau salée. »
06:02« Non, Henri, non, désolé. Il travaillait pour la société Rénaldi,
06:07une de ces entreprises d'entretien de jardin,
06:10qui passent chaque semaine chez leurs clients pour tondre la pelouse et arroser les fleurs. »
06:17« Capitaine, je présume qu'il y avait du chlore dans l'eau que contenait ses poumons. »
06:24De nouveau, le capitaine me regarde d'un air surpris.
06:29« Henri, pourquoi présumez-vous qu'il y avait du chlore dans ses poumons ? »
06:34« Qui vous dit qu'il ne s'est pas noyé dans un étang, dans un lac ou dans une rivière ? »
06:41« Impossible, capitaine. »
06:43« Parce que quand il s'est noyé, il était nu ou vêtu d'un simple maillot de bain. »
06:49« Or, en cette saison, il fait trop froid pour se baigner. »
06:54« Ben voyons, Henri, il aurait pu se noyer dans une baignoire, non ? »
06:59« Capitaine, le corps présentait-il des contusions, des égratignures ? »
07:05« Avaient-ils de l'alcool dans le sang ? »
07:08« De l'alcool ou de la drogue ? »
07:11« Non, ni contusions, ni égratures, ni bosse, Henri, pas de traces de drogue non plus. »
07:17« En revanche, l'autopsie a montré qu'il avait dû boire deux ou trois verres d'alcool avant sa mort. »
07:24« Pour le noyer dans une baignoire, capitaine, il aurait fallu lui maintenir la tête sous l'eau. »
07:30« Ça aurait été une rude tâche, si l'on considère que c'était un colosse d'un mètre quatre-vingt-cinq et de cent kilos, en pleine possession de ses facultés physiques. »
07:39« Il serait débattu, non ? Et cette lutte aurait laissé des marques sur le corps. »
07:46Le capitaine hocha la tête.
07:47« Vous avez raison, Henri. Il y avait du chlore dans l'eau contenue dans ses poumons. »
07:56Capitaine, cela signifie qu'il a été poussé dans le grand bassin d'une piscine couverte et qu'on l'a laissé se noyer.
08:05Il ne savait manifestement pas nager, sans quoi il n'aurait pas coulé.
08:10Son forfait accompli, l'assassin s'est livré à une petite mise en scène.
08:15Il a habillé sa victime et l'a abandonné dans une ruelle, après lui avoir tiré une balle en plein cœur.
08:23Le but de la manœuvre, apparemment, était de faire croire que Tyler avait été tué ailleurs, d'une façon différente.
08:31Dites-moi, capitaine, depuis combien de temps était-il mort quand on l'a retrouvé ?
08:36« Le médecin légiste, si tu le disais, vers minuit, à une heure près. »
08:43Je laissais fonctionner mon cerveau à partir de ces données.
08:48Enfin, je déclarai, « Capitaine, Mickey Tyler s'est noyé dans une piscine couverte et privée. »
08:57« Par couverte, je veux bien, Henri, mais qu'est-ce qui vous prouve qu'elle était privée ? »
09:05« Dans la piscine d'un lycée, par exemple ! »
09:09Non.
09:10Il est mort samedi vers minuit, capitaine.
09:12À cette heure-là, toutes les piscines publiques étaient fermées par ailleurs.
09:16Le fait qu'on ait décelé de l'alcool dans son sang laisse supposer qu'il s'agissait d'une piscine privée,
09:22et d'une soirée très privée, un tête-à-tête, sans témoin, tous les deux seuls.
09:31Une oaristice entre la meurtrière et sa victime.
09:37« Une oaristice ? Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda Ralph.
09:42Le capitaine White-A-Spoon, qui avait étudié le grec, lui expliqua le sens du terme.
09:51« T'aurais pu le dire tout de suite ! » dit Ralph.
09:55« Ils avaient donc une oaristice près de la piscine et elle l'a poussée dans le grand bain. »
10:02« Mais pourquoi ? »
10:04Ralph, combien de personnes au monde peuvent se permettre d'avoir une piscine privée sous leur toit ?
10:12« Pas beaucoup, en effet. »
10:15« Précisément, Ralph. »
10:17« À présent, considérons le contraste avec le statut social de la victime. »
10:26Ils considérèrent et attendirent.
10:31Je repris.
10:33« Ma conviction est que la meurtrière est une cliente de la société Rinaldi,
10:41et que sa résidence se trouve sur l'itinéraire de Tiller.
10:47C'est l'éternelle histoire de Lady Chatterley,
10:52sauf que cette fois, l'amant est un jardinier.
10:57Je pense que la femme que nous recherchons est de constitution robuste.
11:02« Le Jean Valkyrie, dirais-je. »
11:08« Pourquoi ? » demandèrent d'une seule voix Ralph et le capitaine.
11:13« Eh bien, parce qu'il fallait une sacrée force pour sortir Tiller de la piscine,
11:20l'habiller et le traîner jusqu'à la voiture. »
11:25« D'accord, Henri, d'accord. Maintenant, dites-nous, pourquoi l'a-t-elle tuée ? »
11:31« Selon moi, capitaine, le mobile est le chantage. »
11:36Tiller l'a menacée de révéler leur liaison si elle ne lui donnait pas de l'argent.
11:42Peut-être même la faisait-il chanter depuis quelque temps.
11:45Mais elle s'est rebiffée cette fois-ci parce qu'il devenait sans doute trop gourmand.
11:51Ou alors peut-être a-t-elle refusé tout net de payer et, sur le coup de la colère,
11:56elle l'a poussée dans le bassin.
11:59Quoi qu'il en soit, notre meurtrière est une femme costaud, mariée, insatisfaite, certes,
12:07mais nullement disposée à perdre son foyer, son mari et son train de vie, pour une simple passade.
12:17Le capitaine White Spoon se masse la nuque.
12:21« Une femme mariée, solidement bâtie,
12:25habitant une luxueuse résidence avec piscine couverte,
12:29une maison située sur l'itinéraire de Tiller.
12:33Combien peut-il y avoir de personnes remplies sans ces conditions ? »
12:41« Espérons qu'il y en a au moins une, capitaine. »
12:46J'allais avec Ralph à la société Rinaldi
12:49pour nous procurer la liste des résidences de banlieue
12:53où Tiller s'était occupé de l'entretien du jardin.
12:58Nous devions parcourir le secteur en voiture et commencer notre enquête.
13:03En fin d'après-midi, on avait localisé l'unique demeure de la région abritant une piscine.
13:13J'interrogeais la personne qui vivait seule sur les lieux
13:17et, d'après ses réponses évasives,
13:22je compris que nous avions mis dans le mille.
13:25On l'arrêta sur le champ et on la ramena au commissariat.
13:31Les formalités terminées,
13:34je m'approchais de la fenêtre la plus proche pour ruminer ma défaite.
13:39« Allons, Henri, allons ! » me dit Ralph.
13:43« Te mets pas dans cet état-là.
13:45C'est quand même toi qui nous as mis sur la piste de l'assassin.
13:49T'avais raison sur toute la ligne.
13:53Un petit détail prêt.
13:56Ralph, quand je dis « oaristis », j'entends « oaristis ».
14:02Oui, je sais, Henri.
14:04Et par « oaristis », j'entends un rendez-vous galant entre un homme et une femme.
14:11Pas entre deux hommes.
14:13Que veux-tu ?
14:19Les temps changent, Henri.
14:22Les temps changent.
14:24Mais l'un des deux hommes, en l'occurrence,
14:28n'était pas prêt à laisser éclater la vérité au grand jour
14:32ni à céder au chantage de son amant.
14:36Tu vois ?
14:38Oui, Ralph, je vois.
14:40Mais tout ça m'échappe.
14:43Tout ça m'échappe.
14:47Le front collé à la vitre,
14:51je regardais sans la voir la circulation dans la rue en bas.
14:56Au bout d'un moment,
14:58Ralph m'apporta mon whisky soda quotidien.
15:01« Henri, Henri, si je peux me permettre de faire une déduction,
15:09tu es un célibataire économe qui se trouve en ce moment à cours de linge propre. »
15:17« Hein ? Quoi ? Pourquoi tu me dis ça, Ralph ? »
15:22« Eh bien, regarde tes pieds, Henri. »
15:27Je regardais mes chaussettes.
15:29Une bleue et une rouge.
15:35Flûte.
15:36J'avais vraiment espéré que personne ne s'en apercevrait.
15:57Sylvaine Denis, Laetitia Casanova et Antoine Reclut.
16:04Au cœur du crime est disponible sur le site et l'appli Europe 1.
16:08Écoutez aussi l'épisode suivant en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute.
16:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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