00:00Alors, Annalisa Cappellini, le Premier ministre vient de démissionner sur fond d'accusation de corruption
00:04à quelques semaines de l'entrée de la Bulgarie dans l'euro. C'est un peu inquiétant.
00:08Oui, c'est sûr que ça gâche un peu la fête de l'euro.
00:10Vous vous rappelez, l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro avait été présentée comme un succès pour les Bulgares,
00:15un succès aussi pour les Européens qui accueillent leur 21e pays dans la monnaie commune.
00:20On a un peu déchanté désormais. Des questions se posent sur la stabilité de la Bulgarie
00:23et sur la pertinence de son entrée, là, le 1er janvier 2026.
00:27Parce qu'effectivement, on a vu les Bulgares descendre massivement dans les rues
00:31pour dénoncer la corruption de leur gouvernement jusqu'à obtenir la démission du Premier ministre,
00:37Rosen Geliaskov. Sauf qu'en Bulgarie aussi, le paysage politique est très fragmenté.
00:41Donc, il n'y a plus aucun parti qui peut gouverner seul. Plus aucune coalition n'est possible.
00:46Donc, le pays se dirige très probablement vers des nouvelles élections
00:49et donc va rentrer dans la zone euro sans gouvernement.
00:51Mais j'ai l'impression que tout le monde a la même histoire. C'est-à-dire que là aussi, c'est un problème de budget.
00:54Oui, on n'est pas les seuls. Le seul pays dans lequel les budgets font tomber les gouvernements.
00:59Le budget bulgare, en l'occurrence, prévoyait une augmentation des impôts, là aussi,
01:03et des cotisations sociales. Sauf que, selon les manifestants,
01:06c'était une tentative de plus de dissimuler des détournements de fonds
01:10et des systèmes de corruption.
01:12Le vrai problème, au-delà de ce budget, c'est une accumulation depuis des décennies.
01:16Il y a chez les Bulgares cette perception d'une corruption endémique
01:20contre laquelle il est très très dur de se battre, d'une économie qui est encore trop gérée
01:25par des oligarques, et le sentiment, surtout chez les jeunes,
01:28qu'en réalité, l'adhésion à l'Union Européenne n'a pas vraiment changé les choses.
01:31Pourtant, au niveau économique, la situation est plutôt bonne.
01:34Oui, avec une croissance à 2,8% en 2024.
01:37C'est beaucoup plus que le reste de la zone euro.
01:39Avec des finances publiques assez saines, une dette publique à 24% du PIB en 2024,
01:44ça nous fait rêver, et une trajectoire macroéconomique plutôt rassurante en général pour les Européens.
01:49Il y a un problème, évidemment, c'est que cette instabilité politique va impacter les marchés, évidemment.
01:55Ça commence déjà à se voir sur les obligations bulgares,
01:58et ça pourrait aussi avoir un impact sur le déficit si on rentre dans une spirale d'instabilité politique.
02:03Donc oui, la conjoncture est plutôt bonne, mais on est quand même dans une situation de fragilité.
02:08La Bulgarie reste le pays le plus pauvre de l'UE, avec un PIB par habitant à 24 000 euros par an.
02:13C'est la moitié que le PIB par habitant allemand, par exemple.
02:16Mais alors, est-ce que ça pourrait remettre en cause une entrée dans la zone euro ?
02:19Alors non, officiellement, la démission du Premier ministre ne remet pas en cause le calendrier d'entrée dans la zone euro,
02:25mais ça pose des questions.
02:26Là encore, un nouveau membre de la monnaie unique qui rentre dans la zone euro en pleine crise politique,
02:33évidemment, c'est un problème.
02:34Est-ce que faire rentrer un pays qui est perçu comme très corrompu dans la monnaie unique
02:38est compatible avec notre discours européen sur la rigueur, sur l'état de droit ?
02:42Et puis, il y a un autre pays qui fasse ces mêmes accusations de corruption, c'est l'Ukraine, bien évidemment.
02:47Donc, ça pose des questions pour le futur.
02:48Si jamais, un jour, on veut faire entrer l'Ukraine dans l'Union européenne et dans la zone euro,
02:52qu'est-ce qu'on va faire ?
02:53Et vous pensez bien que les eurosceptiques ne manqueront pas d'utiliser le cas bulgare
02:57pour s'opposer à tous les projets d'intégration future.
02:59Bon, le grec dont on a parlé hier a pris la tête de l'eurogroupe.
03:05Donc, comme quoi, on peut être le fragile de la zone euro il y a à peine dix ans
03:09et prendre la tête de l'eurogroupe aujourd'hui.
03:11Merci beaucoup, Annalisa Kappel-Inner.
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