00:00Ils ont bataillé, dépensé des fortunes, mobilisé des moyens colossaux, parfois démesurés,
00:07pour obtenir l'onction populaire.
00:09Ils ont sillonné les circonscriptions, promis mots et merveilles, sollicité le suffrage du peuple
00:14et, une fois élus, certains espèrent tranquillement retourner dans leur fauteuil ministériel,
00:19comme si le mandat parlementaire n'était qu'un ticket de parking provisoire.
00:22Le président Brice Clottero-Léguin-Guema devrait mettre fin à cette gymnastique politique.
00:27Ils ont voulu aller aux élections, ils ont été élus, ils doivent siéger.
00:32La purge du 14 novembre qui a vu des ministres sortir du gouvernement après leur victoire,
00:36aux législatives et sénatoriales, n'est pas un coup de théâtre, c'est une logique implacable.
00:41Dans un régime présidentiel comme celui de la Ve République gabonaise, on ne peut pas vouloir être tout à la fois.
00:47Ministres tout-puissants, députés influents ou sénateurs honorés, on choisit et on assume.
00:53Ces ministres candidats ont cherché la légitimité du peuple, ils l'ont obtenu.
00:57Logiquement, ils doivent honorer ce mandat intégralement, comme l'exige la Constitution de la Ve République,
01:02qui consacre un régime présidentiel.
01:05Car, comment expliquer à une population éprouvée qu'un ministre qui a investi des millions de campagnes,
01:09mobilisé des foules, sollicité des voix, une fois élu, refuse de siéger ?
01:14Dans quel pays sérieux un candidat victorieux considère-t-il l'Assemblée nationale ou le Sénat
01:19comme un simple vestibule vers le gouvernement ?
01:22En régime présidentiel, le mandat parlementaire n'est pas un hobby.
01:26Les électeurs ne sont pas des marchepieds, ils choisissent un représentant pour qui les représente.
01:31Les États-Unis, modèle assumé de plusieurs partisans du régime présidentiel au Gabon,
01:35n'offrent aucune ambiguïté.
01:37Un membre du gouvernement ne peut solliciter le suffrage du peuple,
01:40l'obtenir et souhaiter repartir au gouvernement sans siéger.
01:44Il démissionne.
01:45Il choisit de représenter le peuple qu'il a élu.
01:48Il ne navigue pas entre les deux pouvoirs, exécutifs, pour les privilèges de membres du gouvernement
01:52et législatifs, pour l'immunité et l'assurance.
01:56Imagine-t-on un secrétaire d'État américain ?
01:59Se présenter au Congrès, être élu, puis refuser de siéger pour finalement espérer avec une foi de moine,
02:05réintégrer la Maison Blanche ?
02:07Inimaginable, inacceptable, inexistant, du jamais vu !
02:11La Ve République gabonaise réclame la même cohérence.
02:13Le Gabon n'est pas un pays entièrement à part, dans le concert des nations, il est un pays à part entière.
02:19On ne peut pas réclamer un régime présidentiel fort, puis refuser ces règles les plus élémentaires.
02:24Les ministres démissionnaires ne sont pas victimes, ils sont simplement remis face à leur choix.
02:29Ils ont arraché des victoires parfois contestées, parfois méritées, souvent coûteuses.
02:33Ils ont promis d'être la voix de leur circonscription.
02:36Ils ont sillonné les villages, les cantons, les quartiers, les communes, les départements.
02:40Ils ont juré qu'ils iraient à l'Assemblée nationale défendre le peuple.
02:44Le président Oleg Ingema les a simplement renvoyés vers leurs électeurs.
02:48C'est la moindre des choses.
02:49C'est la première marque de respect envers la démocratie représentative consacrée par la loi fondamentale issue du référendum de novembre 2024.
02:57En réalité, cette décision corrige une dérive vieille de plusieurs décennies au Gabon.
03:01On s'est longtemps présentés aux élections législatives, non pas pour siéger, mais pour sécuriser une légitimité politique destinée à être monnayée au gouvernement.
03:10Cela n'est malheureusement plus possible au regard du grand revirement consacré par la Ve République, si chère au président de la République, Brice Clotaire Oleg Ingema.
03:19Le gouvernement resserré n'est pas une punition, c'est la conséquence des choix assumés.
03:23En renvoyant les ministres élus au Parlement et au Sénat, le président met fin à l'idée selon laquelle l'exécutif serait une salle d'attente permanente pour les ambitieux.
03:32Désormais, si l'on veut gouverner, on ne se présente pas aux élections parlementaires.
03:35Si l'on veut légiférer, on ne reste pas au gouvernement, c'est le péabat d'un régime présidentiel.
03:41Les ministres élus, députés, démissionnaires du gouvernement ne sont donc pas sacrifiés.
03:46Ils sont réorientés vers leur mission première, laquelle découle du suffrage universel direct.
03:50Siéger, voter les lois, contrôler l'action du gouvernement.
03:54Ce sont précisément les responsabilités qu'ils ont réclamées pendant la campagne.
03:57La séquence du 14 novembre marque un tournant qui clarifie plusieurs principes essentiels.
04:02On ne peut pas s'offrir un mandat parlementaire comme une décoration.
04:05L'élection a un sens, une fonction, une responsabilité et le régime présidentiel a des codes.
04:11Il faut les appliquer sans état d'âme.
04:13Pour la première fois depuis longtemps, l'État impose une cohérence institutionnelle.
04:18La 5e République gabonaise ne pourra fonctionner que si ses acteurs jouent franc jeu.
04:22On ne peut pas courir après tous les lièvres institutionnels à la fois.
04:25Les ministres élus à l'Assemblée et au Sénat ne sont pas des exilés.
04:29Ils sont simplement rappelés à leur mission.
04:31La démocratie n'est pas un buffet où chacun se sert selon son appétit du moment.
04:36C'est un contrat.
04:37Et quand on demande la voix du peuple, on doit ensuite la porter, pas la contourner.
04:41Le message est clair, on ne triche pas avec le suffrage universel, on ne triche plus avec les institutions.
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