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  • il y a 3 mois
En mai 1986, Marie-Thérèse Bonfanti disparaît mystérieusement. En 2022, Yves Châtain avoue l'avoir tuée, relançant l'affaire. Des fragments de crâne sont découverts, mais le débat sur la prescription des faits persiste. La famille espère un procès, tandis que la cour de cassation doit statuer. Un cas suivi de près par d'autres familles concernées par des cold cases. 

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Transcription
00:00Ce vendredi-là, l'audience devait se tenir pour savoir si la prescription était retenue ou pas.
00:06Et vraiment, c'est une question complexe et lourde de responsabilité,
00:10puisqu'elle doit soit rendre une justice pour les victimes,
00:15et tout en étant équitable vis-à-vis des lois.
00:17Et pour votre sœur, pour Marie-Thérèse, c'était l'occasion pour vous d'aller au bout du chemin, si je puis dire ?
00:22Oui, c'était la possibilité de lui rendre une dignité et un respect,
00:27et ainsi lui rendre aussi ses droits en tant que victime, qu'on n'oublie pas surtout.
00:34Maître, faites-nous la petite souris dans la cour de cassation vendredi.
00:38Comment ça s'est passé de votre point de vue, de votre regard d'avocat ?
00:41De mon regard d'avocat, c'est d'abord une audience, une assemblée plénière de la cour de cassation.
00:47Il y a une vingtaine de magistrats, de hauts magistrats,
00:50qui se sont réunis pour justement trouver une solution à cette problématique liée à la prescription.
00:56dans ce type d'affaires qui est emblématique.
01:00L'ambiance est bien solennelle, naturellement,
01:04avec dans la salle beaucoup de magistrats qui n'étaient pas revêtus eux-mêmes de la robe,
01:10mais qui sont venus là pour écouter, également peut-être pour soutenir, je ne sais pas.
01:15Il y avait en tout cas les membres du pôle Colquais qui étaient là,
01:19aussi bien les magistrats instructeurs que les membres du parquet,
01:23parce qu'ils seront directement impactés par la décision qui sera rendue.
01:29Donc une ambiance à la fois solennelle, à la fois emplie d'espoir,
01:33parce qu'effectivement, nous attendons de cette décision que la justice avance,
01:41et avance surtout vers la vérité et vers la justice avec un grand J cette fois.
01:49Cette prescription, c'est un caillou dans le soulier de la justice.
01:53Est-ce qu'il y aura, on dit souvent ça, mais je n'aime pas tellement cette forum,
01:56mais bon, un avant, un après, cette audience ?
01:59Est-ce qu'il y aura un jour une jurisprudence, par exemple ?
02:02Il y aura forcément une jurisprudence, quelle que soit la décision qui soit rendue.
02:05Alors moi, je me dis, je suis un éternel optimiste, vous le savez Dominique,
02:09je me dis qu'on n'a pas organisé une assemblée plénière,
02:13mobilisant autant de magistrats pour nous dire,
02:17c'est la jurisprudence de la Chambre criminelle du 28 novembre 2023,
02:21jour pour jour, qui va continuer à s'appliquer.
02:24Je pense que la justice, en mobilisant autant de magistrats,
02:28veut que les choses évoluent dans le sens de la société,
02:31de ce que veut la société.
02:34La question centrale, maître, à partir de quand court le délai de prescription ?
02:38En fait, c'est ça qu'il faut peut-être expliquer à nos téléspectateurs.
02:40À l'époque, le délai de prescription, pour votre sœur, mesdames, c'était 10 ans.
02:44C'était 10 ans à compter du meurtre.
02:46Exactement.
02:47Le meurtre, c'était en mai 1986.
02:50Or, nous, ce que nous disons, c'est que pour faire courir le délai de la prescription,
02:57encore faut-il savoir qu'il y a eu meurtre.
03:00Il y a une personne qui a disparu, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, des écrans radars,
03:03sans aucune raison plausible.
03:05Il y a eu une enquête qui a été faite.
03:07La justice, la chambre d'accusation, on disait à l'époque, a dit
03:11tout ce qui a été fait a été bien fait.
03:13Il ne faut plus faire autre chose.
03:15On ne peut plus faire autre chose.
03:17Et depuis, le temps a prescrit les faits.
03:21C'est-à-dire, a dit qu'ils sont effacés.
03:24Et à partir de là, si c'est ça, l'accusé, le mis en cause,
03:32va pouvoir bénéficier d'une bénédiction judiciaire.
03:35Donc, nous, ce qu'on veut, c'est simplement dire
03:39que le point de départ de la prescription ne peut courir qu'à compter du jour
03:43où on connaît l'existence de l'impression, c'est-à-dire d'une meurtre.
03:47C'est ce que dit le procureur général, Rémi, être en audience.
03:49On ne peut commencer à prescrire un crime quand il est ignoré de tous,
03:53sauf de l'auteur.
03:54C'est exactement ce qu'a dit.
03:56Oui, voilà.
03:56Qu'à partir du moment où on en a connaissance.
03:58Alors, 86 prescriptions, 96.
04:01Depuis, en matière criminelle, la prescription, elle est passée de 10 ans à 20 ans.
04:05Exactement.
04:06D'accord ?
04:06Et alors, ce qui est étonnant, c'est quand même pour ceux qui nous écoutent,
04:09on parle par exemple de l'affaire Grégory, 16 octobre 84,
04:13donc deux ans avant l'affaire de votre sœur, de Marie-Thérèse,
04:17elle n'est toujours pas prescrite.
04:19Il y a eu des actes d'instruction entre temps.
04:21Il faut expliquer à ceux qui nous écoutent que la prescription,
04:24elle est repoussée à chaque fois qu'un acte d'instruction.
04:27Donc là, il s'est passé des choses quand même.
04:29Alors, j'allais y venir, c'est que dans l'affaire Grégory, effectivement,
04:31il y a eu des actes d'instruction qui ont repoussé à chaque fois le délai de prescription.
04:38Dans cette affaire, il n'y a plus eu d'acte à partir de l'arrêt de la Chambre d'accusation de Grenoble.
04:44Quelle année ?
04:44De 1988, dans la mesure, on a dit, il n'y a plus rien à faire.
04:49Et on n'a plus rien à faire, mais il n'y avait aucun indice pour savoir s'il y avait ou pas un meurtre.
04:53On n'avait simplement qu'une personne qui a disparu, qui pouvait peut-être revenir ou pas,
04:57mais aucun acte d'instruction ne pouvait être fait.
05:00Mais ce qui est intéressant, c'est comment est-ce que les...
05:02Parce que ce Yves Chatin, qui est le principal suspect,
05:05et qui peut-être sera donc traduit devant la justice dans quelques mois, dans quelques années,
05:09au départ de l'enquête, cet homme, il est inquiété par les enquêteurs, un petit peu, si je puis dire.
05:14Et aujourd'hui, comment est-ce qu'ils sont remontés jusqu'à lui ?
05:17Et comment il a fallu attendre 2022 pour qu'en garde à vue, cet homme avoue ?
05:22C'est difficile, je n'étais pas au moment de la garde à vue.
05:26Non, j'imagine bien, mais je veux dire, le temps de la justice, l'enquête patine.
05:29Il y avait des gendarmes, des psychologues qui regardaient son comportement.
05:36Et c'est là qu'ils ont remarqué qu'effectivement, ils ne disaient pas la vérité à toutes les questions.
05:42Donc, ils ont poussé un peu plus.
05:43Et c'est vrai que peut-être l'avocate aussi, son avocate, lui a parlé de la prescription et qu'il ne...
05:51Qu'il ne risquait plus rien, entre guillemets ?
05:54Voilà, et donc, il a quand même avoué, tant bien que mal, comme dit Maître Boulot,
05:58il a craché le morceau pour dire, peut-être pour se soulager aussi, qui sait, mais en tout cas, il l'a avoué.
06:05Et vous, madame, lorsqu'en 2022, vous apprenez que cet homme qui, au début, avait été suspecté,
06:10fini par avouer le meurtre de votre soeur, essayez de nous expliquer les sentiments que vous traversez à ce moment-là.
06:15Eh bien, on s'est dit, enfin, il a avoué, parce que déjà, en 1986, on avait des suspicions,
06:21mais on n'avait aucune preuve pour... On n'avait pas de corps, on n'avait aucune preuve pour déterminer
06:27qui était l'assassin ou le meurtrier ou le coupable.
06:31Et donc, bien après, grâce au travail remarquable des enquêteurs,
06:36ainsi que l'oreille attentive que le procureur de Grenoble, Éric Bayan, a prêté vis-à-vis de la famille,
06:42c'était vraiment formidable pour nous,
06:44Donc, ça nous a permis d'avancer et de trouver le chemin de la vérité.
06:51Donc, il a avoué, ça nous a soulagé de savoir...
06:54Il a indiqué où était la dépouille ?
06:55Voilà, il a indiqué...
06:56Ça, pour vous, j'imagine que c'était fondamental ?
06:58Enfin, où il l'avait jetée.
07:01Et donc, suite à des recherches minutieuses et longues,
07:04on a retrouvé quelques fragments au seuil du crâne.
07:07Et après analyse, oui, c'était... Enfin, c'était Marie.
07:10Je vous en prie.
07:11Oui, je voulais dire qu'effectivement, en 1986,
07:15on se doutait qu'il avait un rôle dans la disparition de ma sœur,
07:19mais on ne savait pas ce qui s'était réellement passé.
07:23À l'époque, on parlait beaucoup de traite de blanche,
07:26et on pensait qu'elle avait été enlevée, vraiment enlevée.
07:30Et on était totalement dans le déni de meurtre, quoi.
07:34Et c'est en 2022, où il a avoué que...
07:38Bon, ça nous a soulagés quelque part,
07:42mais où on a pu commencer un travail.
07:44Et on a pu...
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