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  • il y a 2 minutes
L’auteur et journaliste, Jean Sévilla, parle des guerres civiles dans le monde : «L’État est assez prudent dans le maniement de la violence légitime».

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Transcription
00:00Ce qui est assez nouveau, évidemment, c'est que sur le sol français,
00:02actuellement, on n'est plus dans une situation d'homogénéité,
00:06j'allais dire ethno-culturelle, c'est un terme sociologique,
00:09il n'y a aucun jugement de valeur.
00:11Donc, ça introduit un contexte assez nouveau.
00:15Pour faire une comparaison, la fin de la guerre d'Algérie,
00:17c'est quelque chose d'assez formidable.
00:19Et je rappelle, juridiquement parlant, la guerre d'Algérie, c'est de vous,
00:22alors que tous les citoyens, tous les gens qui habitent sur le territoire
00:26de l'actuel d'Algérie, étaient tous citoyens français, nationaux français
00:30et citoyens français.
00:31Donc, on est en effet dans une configuration assez nouvelle
00:35actuellement en France, avec des populations issues d'origines diverses
00:39et il y a un problème d'intégration, c'est un autre problème.
00:43Mais là, on est au cœur, évidemment, du questionnement
00:46sur la cohérence et la cohésion de la société française.
00:50Alors, la marque distinctive de la guerre civile, vous nous dites,
00:52c'est des gens qui étaient voisins, qui se parlaient, qui étaient amis,
00:55qui partagent un repas, soudainement deviennent des ennemis irréconciliables.
00:59Parce qu'à la rigueur, on peut toujours faire la paix
01:01avec une puissance étrangère, une question de rapport de force.
01:05La guerre civile a quelque chose de plus tragique,
01:07peut-être de... elle blesse plus intimement l'âme.
01:11Pourquoi ?
01:11Parce que c'est une guerre métaphysique, en fait,
01:13parce qu'on veut la mort de l'autre, la disparition de l'autre, si vous voulez.
01:17On ne veut pas seulement gagner contre lui, on veut l'effacer.
01:19Absolument, regardez, c'est frappant.
01:20La France et l'Allemagne ont fait schématiquement la paix en 1963,
01:26de Gaulle à Nower.
01:28Après, on est sur d'autres fronts, avec la guerre d'Algérie,
01:34avec l'Algérie, justement, c'est un problème qui n'est toujours pas résolu.
01:38Donc, on a des conflits mémoriels.
01:40Regardez comme la guerre d'Espagne s'est terminée en 1939.
01:43L'Espagne vit encore dans son être intérieur, dans son éthos culturel,
01:49sur des questionnements qui sont liés à l'histoire de la guerre civile.
01:52Donc, la guerre civile, c'est vraiment, c'est vouloir la disparition de l'autre.
01:56Ce n'est pas simplement le vaincre, on veut pratiquement qu'il disparaître.
01:59C'est quasiment métaphysique.
02:01Alors, vous évoquez aussi dans l'ouvrage, dans le cas français,
02:04j'y reviens, qui est évidemment le cas qui nous obsède tous,
02:07on se demande toujours...
02:08Vous avez même la formule, je crois, de Jacques Marseille, ça va péter.
02:11C'est-à-dire qu'il traîne dans travers l'histoire.
02:12On a l'impression, mais au temps présent, on se dit,
02:15il suffirait d'un événement style Naël de plus,
02:18il suffirait d'une balle tirée sur des policiers,
02:21il suffirait soit d'une bavure policière,
02:23soit d'une charge d'une délinquance conquérante.
02:27Il s'agit...
02:28On guette l'événement, mais on a tous le sentiment
02:30qu'il suffirait de peu pour que tout s'embrase.
02:33À tout le moins, c'est l'impression que j'ai eue, vous lisant,
02:35est-ce que c'est un...
02:37Vous avez l'impression que la France rassemble aujourd'hui
02:38des conditions d'un embrasement plus généralisé?
02:40Pas malheureusement, c'est le sentiment qu'on a eu en 2023.
02:44Je veux dire, et ce qui était dramatique,
02:46on a l'impression que les forces de l'ordre
02:48étaient en limite, limite de charge
02:50de la fonction qu'elle devait remplir.
02:52En plus, avec ce questionnement qui est celui d'aujourd'hui,
02:55normalement, le seul détenteur de la violence légitime,
02:58c'est l'État.
02:59Or, l'État, pour tout un tas de raisons,
03:01est assez prudent dans le maniement de la violence légitime.
03:04C'est le syndrome Malik-Osekine.
03:07L'État a peur de la bavure, comme on dit.
03:10Bon, je comprends très bien.
03:11Mais enfin, il y a un problème au niveau de l'emploi des forces de l'ordre,
03:16des techniques, etc.
03:17Il y a une vraie question.
03:19Mais quand on a vu en 2023, on sentait bien.
03:23Et puis, les gens qui étaient bien informés le disaient.
03:25Il y a eu un moment d'inquiétude au niveau de l'État.
03:28Arthur Levatrigan.
03:29Et on peut rajouter également qu'en tout cas,
03:31c'est ce qu'on note dans votre ouvrage,
03:34c'est que l'un des puissants vecteurs de division
03:36qui amène à la guerre civile, c'est la religion.
03:40Les guerres de France, les Cristeros, au Mexique, le Liban, l'Irlande.
03:44Il y a eu un sondage, une étude IFOP, il n'y a pas très longtemps,
03:47sur les jeunes musulmans dont beaucoup voulaient instaurer une charia.
03:53On se dit que finalement, on est vraiment plus très loin
03:56d'une possibilité de guerre civile.
03:57Au-delà des émeutes urbaines ou de déclenchements type Nel,
04:03on a l'impression que c'est le plus profond que ça, quand même.
04:05Oui, je nuancerais dans ce sens qu'en fait,
04:08les conflits religieux sont toujours des conflits en réalité politico-religieux.
04:12La religion n'est qu'un prétexte.
04:14Même les guerres de religion du XVIe siècle en France,
04:16en réalité, catholiques et huguenots, chacun cherche à s'approprier,
04:21à se mettre le pouvoir royal de son côté, de son propre côté.
04:25Et tous les conflits en Irlande, ça a été la même chose.
04:28Donc la religion n'est souvent qu'un prétexte.
04:31En fait, c'est un conflit de pouvoir.
04:33Et comme la religion est objectivement dans une société,
04:36dans toute société, une sorte de pouvoir culturel, spirituel sur les hommes,
04:40on cherche à mettre la religion de son côté.
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