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  • il y a 9 heures

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00:00On va commencer avec l'insécurité, puisque cette semaine, le ministère de l'Intérieur a publié les chiffres clés de l'insécurité et de la délinquance.
00:10Panorama de la délinquance enregistré par la police et la gendarmerie nationale en 2024.
00:16Et dans ce document, il y a un mot qui surprend, qui étonne encore quand on voit les chiffres.
00:22C'est le mot sentiment. Sentiment d'insécurité, peut-on lire dans ce document.
00:26Et puis, il y a aussi une polémique dans la polémique, c'est la présentation des chiffres qui interroge.
00:35Je prends l'exemple des violences physiques.
00:38Vous avez 449 800 Françaises ou Français, personnes, qui ont été victimes de violences physiques en 2024.
00:48Dans ce document, ils expliquent que c'est 1% de plus que l'année précédente.
00:52De toute façon, ça ne sert à rien de regarder sur une année.
00:55Il faut regarder sur 10 ans, par exemple.
00:58Et ils le font. Ils disent « plus 6% par an depuis 2016 ».
01:04Et quand j'ai vu ce « plus 6% par an depuis 2016 », j'ai tiqué.
01:09Je me suis dit « c'est étrange quand même, c'est pas beaucoup, plus 6% par an depuis 2016 ».
01:15Alors, j'ai creusé un tout petit peu.
01:17Je ne dis pas que l'information est fausse.
01:20Je dis qu'avec les chiffres, on peut en avoir une présentation, je le dis, qui interroge.
01:26En 2016, et je prends les mêmes chiffres du ministère de l'Intérieur,
01:30vous aviez 277 300 victimes de violences physiques en France.
01:36Vous passez de 277 300 en 2016 à 449 800 en 2024.
01:45Donc, c'est une hausse très importante.
01:50Et c'est une hausse, je vais essayer de retrouver le chiffre exact,
01:53je crois que c'est de 62% entre 2016 et 2024.
01:59Donc, c'est sûr que si vous mettez dans le document « plus 62% », ça fait mal.
02:05En revanche, si vous dites « plus 6% par an », il y a un petit loup.
02:09Et quand il y a un loup, il faut en parler, cher Thomas Bonnet.
02:12Et encore une fois, on nous rabâche avec le mot « sentiment d'insécurité ».
02:16Je pense aux auditeurs d'Europe 1, d'ailleurs c'est la question qu'on pose ce matin.
02:20450 000 victimes de violences physiques en 2024.
02:23Un sentiment d'insécurité, Thomas Bonnet ?
02:25Le fait même que ce terme de « sentiment d'insécurité » figure sur un document officiel,
02:30les documents, en l'occurrence, des statistiques officielles du ministère de l'Intérieur,
02:33ça témoigne effectivement de la volonté de minorer, d'enjoliver un peu la situation.
02:38« plus 62% » vous dites « depuis 2016 ».
02:40C'est gigantesque, vous vous rendez compte ?
02:42L'échec pour le pouvoir en place, et surtout l'échec aussi de ceux qui veulent nous faire croire
02:48que nous ne voyons pas ce que nous voyons, que cette insécurité est un sentiment.
02:52Et on a eu énormément, malheureusement, de déclarations qui vont dans ce sens encore ce week-end.
02:56On va sans doute en parler, mais la préfète déléguée des Bouches-du-Rhône,
02:59qui nous parlait aussi de « sentiment d'insécurité ».
03:01Je pense qu'il y a un moment où les Français ne sont pas dupes,
03:04les Français constatent chaque jour le niveau de l'insécurité,
03:08constatent effectivement qu'il y a des quartiers où il ne fait pas bon se promener quand on est une femme, par exemple.
03:14Et donc en effet, je crois que la parole politique doit justement être en adéquation avec ce que les Français attendent,
03:20parce qu'on le dit, on le répète, mais ne pas nommer les choses, ne pas faire le bon diagnostic,
03:25ça empêche évidemment d'amener des réponses à la hauteur.
03:28Et là, quand vous voyez 62% d'augmentation de violences physiques, c'est considérable.
03:34Alors, on aurait pu prendre aussi les tentatives d'homicide.
03:37Les tentatives d'homicide, ce sont des homicides qui sont manqués, on est d'accord.
03:42Vous avez 4 290 victimes de tentatives d'homicide en 2024.
03:49C'est 7% de plus que sur l'année 2023.
03:51Encore une fois, ça ne sert à rien de regarder d'une année à l'autre.
03:54En revanche, ce qui est intéressant, c'est de voir depuis 2016.
03:57Et là, depuis 2016, sur le document du ministère de l'Intérieur publié cette semaine,
04:02ils mettent plus 8% par an depuis 2016.
04:05Tiens, tiens.
04:07Alors, j'ai encore une fois creusé.
04:08Tentatives d'homicide.
04:10Vous en aviez 2259 en 2016.
04:14Il y en a désormais, en 2024, 4290 qui sont recensées.
04:19C'est une hausse de 89,9%.
04:22C'est intéressant, Georges Fenech, quand même.
04:24Mais je trouve que vous êtes extrêmement perspicace, Eliott, franchement.
04:28C'est sympa.
04:29Vous commencez bien l'émission, en tous les cas.
04:30Je vais vous dire pourquoi.
04:33Je vais vous dire pourquoi.
04:33Parce que vous avez une lecture attentive.
04:38Toujours.
04:38Et non pas un peu biaisée de ces chiffres.
04:40Parce qu'en réalité, ce sont des chiffres qui sont fournis par le ministère de l'Intérieur.
04:44Or, il existait, il y a encore quelques années, un observatoire interministériel de la délinquance.
04:52J'en ai fait partie.
04:53C'était Alain Boer qui l'avait créé.
04:54qui était un organe indépendant du ministère de l'Intérieur
04:58et qui donnait des chiffres qui étaient lisibles par tout le monde, voyez-vous.
05:01Mais attendez, tous les chiffres que je vous donne,
05:03ils sont disponibles sur le site du ministère de l'Intérieur.
05:05Je ne dis pas que le ministère de l'Intérieur est en train de cacher les chiffres.
05:09Attention.
05:10Et je ne dis pas au contraire.
05:11Moi, je pense qu'on a un ministre de l'Intérieur
05:13qui est mobilisé justement pour la sécurité des Français.
05:16Je pense qu'on avait un ministre de l'Intérieur.
05:19On vient d'enchaîner trois ministres de l'Intérieur
05:20qui faisaient de la sécurité la priorité des priorités.
05:25On a vu le résultat.
05:26Après, vous avez au-dessus des gens qui considèrent peut-être
05:29que la priorité des priorités n'est pas la sécurité.
05:31Mais ce n'est pas le cas des pensionnaires de la place Beauvau,
05:34que ce soit Bruno Retailleau, que ce soit actuellement Laurent Nunez
05:37ou précédemment Gérald Darmanin.
05:40Mais je dis, vous voyez ce que je veux dire ?
05:42C'est la manière dont vous présentez les choses.
05:44Et vous ne trouverez pas ce que nous, nous faisions dans l'Observatoire
05:47qui a été supprimé sous Emmanuel Macron.
05:49Vous ne trouvez pas les enquêtes de victimation, par exemple.
05:52Ça, nous les faisions.
05:54C'est quoi les enquêtes de victimation ?
05:56Les enquêtes de victimisation, ce sont toutes ces victimes
06:00qui ne déposent pas plainte.
06:02Elles ne déposent pas plainte parce que ça ne sert à rien,
06:05parce qu'on va perdre du temps, parce qu'il n'y aura pas d'enquête,
06:07parce que de toute façon, ça sera classé sans suite.
06:09Et donc, on peut multiplier peut-être par trois ou par quatre
06:13le nombre d'infractions commises dans notre pays.
06:17Alors, sur 449 800 victimes de violences physiques en France en 2024,
06:24c'est très intéressant d'aller dans le détail,
06:25parce que justement, quand vous regardez le dossier,
06:29vous creusez, vous pouvez voir que les violences physiques intrafamiliales
06:32sont là aussi très importantes.
06:34sur le chiffre global, c'est 54% des victimes de violences physiques intrafamiliales.
06:42Donc, ça veut dire aussi que les victimes de violences intrafamiliales
06:45vont porter plainte, sont accompagnées.
06:48C'est ça aussi la libération de la parole.
06:51Bien sûr.
06:52Combien y a-t-il d'attaques au couteau ?
06:54Alors ça, pour le coup, cher Georges, je n'ai pas le chiffre.
06:57Mais parce qu'on ne veut pas le donner.
06:59Oui, je ne peux pas tout avoir, je creuse.
07:02C'est pour vous dire que ce sont des chiffres officiels, vraiment.
07:04Ce que veulent dire ces chiffres, en fait, c'est que la situation est hors contrôle.
07:08Et moi, j'entends tout à fait, je partage tout à fait votre avis, Elliot.
07:11Nous avons eu trois ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, Bruno Rotaillot, Laurent Nunez,
07:15qui, on ne peut pas accuser de laxisme, c'est clair.
07:18Mais, force est de constater que les discours volontaristes se heurtent au bilan,
07:22au bilan statistique.
07:24C'est-à-dire que, alors ça ne n'est pas forcément que de leur ressort,
07:26j'entends que le président de la République ne s'est peut-être pas emparé de la question non plus.
07:30Malgré tout, moi, je me mets à la place des Français qui écoutent ce matin
07:34et qui entendent ces chiffres.
07:35Ils se disent, mais attendez, on nous promet la fermeté,
07:38on nous promet des sanctions fermes contre les auteurs de délinquance.
07:43Et on me dit qu'il y a plus de 62% de violences physiques en 8 ans.
07:47Donc, ils se moquent-t-on ?
07:48Donc, à un effet, je pense que le problème n'a pas été pris suffisamment au sérieux,
07:51au sommet de l'État notamment.
07:53Mais ça montre aussi le décalage entre les discours et les actes.
07:56On est en direct avec Grégory Joron.
07:58Bonjour Grégory Joron.
07:59Vous êtes secrétaire général du syndicat Police Unité.
08:03Et je sais combien les forces de l'ordre sont mobilisées justement pour protéger les Français.
08:09Mais vous faites face à une vague justement de délinquance, de criminalité
08:13qui ne vous rend pas impuissant.
08:17mais on sait à quel point il est difficile au quotidien de gérer cette insécurité, de la juguler.
08:24Est-ce que vous, vous parlez de sentiments d'insécurité, Grégory Joron ?
08:28Bonjour Elliot.
08:29Non, non, on ne parle plus de sentiments.
08:31Ça fait longtemps qu'on a dépassé ces effets sémantiques.
08:36Pour le coup, nous, on est dans la réalité.
08:37On n'est pas dans toute la journée.
08:39Et mes collègues, ils font face au premier chef à ces violences.
08:42Parce que malheureusement, il y a cet énorme chiffre que vous avez cité
08:46de près de 450 000 personnes en effet victimes de violences en 2024.
08:51J'avais pointé, moi aussi, depuis quelques temps déjà,
08:54comme vous pouvez imaginer, l'augmentation des violences physiques en France.
08:59Et on en fait, nous, souvent un propos assez clair.
09:02Je pense qu'il va falloir qu'on ressacralise l'intégrité physique,
09:06ce qui n'est plus le cas du tout.
09:07Aujourd'hui, l'expression de la violence se fait directement.
09:11Il n'y a plus de paroles.
09:12On passe directement aux actes.
09:13Et ça se traduit justement par ces chiffres qui sont en complète explosion.
09:192018, vous l'avez noté, près d'entre 250 et 300 000 personnes.
09:232022, 350 000 personnes.
09:25C'était des chiffres interstates, justement, qu'on nous avait donnés.
09:29Et aujourd'hui, 450 000.
09:31Donc ça commence vraiment à être extrêmement compliqué.
09:34Deux chiffres aussi concernant la police.
09:35Quasiment 7 000 policiers blessés l'année dernière par le fait d'un tiers.
09:41Et un jour sur deux, on a un policier qui est agressé hors service.
09:46Ça, c'est très important.
09:47Hors service, ça veut dire qu'il est reconnu dans la rue et qu'il est violenté ?
09:52Alors, on n'a pas exactement...
09:54C'est comme les attaques au couteau.
09:55Le chiffre n'est pas assez fin.
09:57Donc on ne sait pas s'il est reconnu et violenté.
10:00Ou si parce que les policiers, ils interviennent dans des situations aussi compliquées.
10:03Comme vous le savez, on est policier 24 heures sur 24.
10:05Et souvent, on est plutôt...
10:07On essaye de réguler les problèmes qu'on voit devant nous, même quand on est hors service.
10:12Et pour le coup, on peut être victime aussi de violence.
10:13Mais en tout cas, un jour sur deux, on a un policier qui est aujourd'hui agressé hors service.
10:19Et 6 500, entre 6 500 et 7 000 par le fait d'un tiers.
10:23Ce qui est assez énorme et ce qui est aussi exponentiel, malheureusement,
10:27tout comme la violence physique en général.
10:29Bon.
10:30Eh bien, écoutez, merci beaucoup Grégory Jérôme d'avoir témoigné en direct sur Europe 1 pour Elliot de Valevaux,
10:35secrétaire général du syndicat de police unité.
10:38Et c'est important aussi de voir à quel point le quotidien des forces de l'ordre devient compliqué.
10:44Je ne savais pas qu'il y avait 7 000 policiers blessés par un tiers chaque année.
10:48C'est énorme, vous dites, Thomas Bonnet.
10:50Oui, c'est énorme.
10:50Et encore une fois, on peut nous, ici, ce matin, rendre hommage aux forces de l'ordre qui s'engagent,
10:55malgré la difficulté, parce que Grégory Jérôme ne l'a pas dit,
10:58mais je sais que c'est un discours qu'il porte régulièrement, malgré aussi le manque de moyens,
11:01et malgré aussi des décisions de justice qui ne leur rendent pas grâce.
11:04C'est-à-dire que quand vous arrêtez trois fois le même individu dans le même mois,
11:07il y a de quoi être découragé.
11:09Ben non, les policiers ne sont pas découragés, ils retournent sur le terrain constamment.
11:13En effet, quand on analyse ces chiffres, il faut aussi, évidemment, avoir en tête que la plupart,
11:18je ne sais pas combien, nous n'avons pas les données,
11:20mais beaucoup des personnes qui ont été arrêtées n'ont pas forcément reçu les peines exemplaires
11:23qui auraient peut-être pu, pourquoi pas, les dissuader de recommencer.
11:26J'imagine que dans les 450 000 faits de violences,
11:31il y en a peut-être qui ont produit plusieurs fois de violences physiques,
11:33plusieurs fois sont rendus coupables à plusieurs reprises, il y avait parfois de la récidive.
11:37Parmi les 7000 auxquels vous-même vous avez rendu hommage d'ailleurs lors d'une belle soirée,
11:42il y avait le gendarme Cummine.
11:45Vous voyez, ce sont des chiffres comme ça, on lance 7000.
11:47Il faut voir derrière les drames que ce sont.
11:49Bien évidemment.
11:50C'est-à-dire ces forces de l'ordre qui sont victimes,
11:52non seulement des actes de terrorisme comme à Magnanville,
11:55mais dans le quotidien, et des sanctions qui ne sont pas à la hauteur.
11:58Quand vous voyez qu'un policier qui est traîné par une voiture sur 25 mètres,
12:05l'auteur se prend 150 heures de travail dans l'intérêt général,
12:08vous vous posez quand même des questions.
12:10Et c'est pour ça qu'au-delà des chiffres, c'est la politique publique,
12:15c'est la manière dont ces chiffres sont relayés, communiqués.
12:19C'est aussi, pardonnez-moi ce que je viens de vous dire ce matin,
12:22tous les journalistes pourraient le faire, devraient le faire,
12:24puisque la sécurité est la priorité des priorités des Français
12:28à l'approche des municipales.
12:30Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les Français qui font de la sécurité la priorité.
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