- il y a 13 heures
Ses débuts, ses films, les liens qu’elle tisse dans la vie et qu’elle aime raconter en images, et puis ce nouveau rôle taillé sur-mesure pour Jodie Foster… Voici notre tête-à-tête de 35 minutes avec la cinéaste.
Catégorie
🎥
Court métrageTranscription
00:00Quand on est dans cet ascenseur entre Jodie Foster et Daniel Oteuil,
00:02et que je dis « Daniel, est-ce que tu peux allumer le téton de Jodie comme un interrupteur ? »
00:07« Et puis Jodie, est-ce que tu peux descendre ta main sur le sexe de Daniel ? »
00:10Là, en l'occurrence, ça faisait un sens très fort pour moi dans la scène de remariage de ce couple
00:14qui s'était connu intimement longtemps.
00:17Pour moi, la scène est peut-être plus troublante et plus érotique
00:22que d'autres scènes que j'ai faites dans lesquelles il y a de la nudité.
00:25Rebecca Sletoski, bonjour.
00:27Bonjour.
00:27On est aujourd'hui au Luxor, un cinéma à Paris, dans le dixième arrondissement.
00:32Qu'est-ce que, lorsque vous commencez à aller au cinéma, adolescente, je crois,
00:36qu'est-ce que le cinéma vous a permis ?
00:38J'ai commencé même un peu plus tôt parce que j'ai des souvenirs.
00:40D'ailleurs, j'adore entendre le métro qui passe devant le Luxor, la ligne 2,
00:45qui me rappelle la ligne 6, parce que c'est les deux lignes aériennes parisiennes
00:48sur lesquelles j'ai grandi.
00:50J'ai commencé à aller au cinéma un peu plus tôt.
00:52Je me souviens de films qui étaient des blockbusters, en fait,
00:54du cinéma des années, de la fin des années 80.
00:58Donc, peut-être les hits Disney que je voyais à l'époque et aussi que je voyais au Grand Rex.
01:03Mais je ne dirais pas que c'est le moment où j'ai commencé à fréquenter les salles.
01:05C'est le moment où c'est grâce à l'école que j'ai vu des films.
01:08Vraiment, j'ai eu la chance de grandir dans une famille qui s'intéressait à la culture.
01:11Mais je ne dirais pas que le cinéma faisait partie de la culture noble qu'on essayait de me transmettre.
01:15C'était comme un hobby, c'était des cassettes VHS que je regardais à la maison avec Le Roi et l'Oiseau, Peau d'âne.
01:24Mais c'est vraiment grâce à l'école, cette option ciné qui était quasiment au tout début, je pense.
01:28Quand j'étais au lycée Buffon, j'ai eu la chance de découvrir des cinéastes auxquels je n'aurais jamais eu accès.
01:35Je pense que la première année, en seconde, c'était Fritz Lang, c'était Satya Jitray.
01:40Et je me souviens du nom de ma professeure, Annie Rosenman, qui vraiment nous donnait le goût du cinéma.
01:46Et puis, on avait une carte qui nous permettait d'aller au cinéma gratuitement.
01:49Je me souviens de la Maison du Geste et de l'Image, qui était à Paris, une institution dans laquelle on nous donnait accès à des bancs de montage, à des caméras.
01:56À l'époque, c'était, je pense, vraiment, c'était de la vidéo.
02:00C'était évidemment pas de la pellicule, c'était trop cher, mais c'était un vrai apprentissage à la fabrication des films.
02:06Et je peux dire, c'est vrai que c'est l'école qui m'en a donné le goût.
02:09Et pourtant, vous ne choisissez pas le cinéma tout de suite, parce que vous faites Hippocannes, Cannes, vous êtes normalienne, vous êtes agrégée de lettres.
02:17Oui, c'est long. Dans ces cas-là, j'ai peur de faire des fautes de syntaxe après.
02:21Vous commencez une carrière d'enseignante que vous quittez.
02:25Et quand on quitte une carrière d'enseignante, c'est pour raconter quelles histoires ?
02:28Je ne sais pas si à ce moment-là, je me suis dit que je la quittais. Je me suis dit que je l'aimais trop.
02:33En fait, j'ai adoré enseigner. J'ai enseigné une année à l'université à Lyon 2.
02:38J'ai surtout adoré enseigner au lycée. J'ai enseigné très peu de temps.
02:42Parce que très rapidement, je me suis dit que je vais plonger là-dedans et je vais me réveiller dans 20 ans.
02:47Et je n'ai jamais quitté les bancs ni d'un lycée ni d'une institution scolaire.
02:52J'ai aimé ça et pourtant, j'avais un désir de cinéma.
02:55Très rapidement, je me suis dit qu'il faut vraiment que je démissionne.
02:57Parce que si je ne démissionne pas, je vais trop aimer cette carrière et je vais oublier le cinéma.
03:01Et le cinéma ne deviendra pas une nécessité économique pour moi pour vivre, si bien que je n'en ferai pas.
03:06Donc, c'est ce qui s'est passé. Je suis sortie de l'école de la féministe et j'ai démissionné à ce moment-là.
03:12Et j'ai fait mon premier long-métrage, Belle Épine, à ce moment-là.
03:15Mais j'ai de la mélancolie. J'ai une mélancolie des moments d'enseignement.
03:18D'ailleurs, je me dis que si le cinéma ne veut plus de moi un moment, comme ça peut tous nous arriver,
03:24que les films se montent plus difficilement, que le public ne suive plus, que la presse ne suive plus.
03:29En tous les cas, ce soit dur de fabriquer des films.
03:32J'ai en tête, et je sais que ça fait partie de moi, la possibilité d'enseigner à nouveau, qui est un métier total pour moi.
03:39Et alors, pour raconter quelle histoire ?
03:40Je vais devenir mélancolique.
03:43Et alors, quelle histoire en tête ?
03:46Je n'avais pas une histoire en tête, j'avais une vie en tête.
03:49J'ai la sensation que choisir son métier, ce n'est pas tant savoir tout de suite quelle est l'histoire qu'on va raconter.
03:54D'ailleurs, on ne la connaît pas, ou elle doit être aussi liée à un moment conjoncturel.
03:59La société dans laquelle on est, ce qui va vous toucher, vous, mais pas que vous, ce qui peut toucher les autres.
04:04Mais à ce moment-là, je me disais, ma vie doit être dans la fabrication des films.
04:09Et je ne peux pas vous expliquer autrement que cette plongée que j'ai eue à ce moment-là,
04:15qui me demandait un grand risque économique.
04:18Mon père, je crois, ne m'a pas parlé pendant un an.
04:20Oui, c'est ça, parce que vous l'avez dit, pour votre famille, le cinéma n'était pas un métier.
04:26C'était pas un métier, non.
04:27Oui, c'était une passion.
04:28Il y avait une reconnaissance de ce que pouvait être ce champ de la représentation dans notre famille.
04:33On savait que ça n'était pas dénigré, mais c'était certainement pas un métier.
04:38C'était un métier trop imprécis.
04:39Je fais peut-être partie de la dernière génération.
04:41Parce que là, aujourd'hui, mes amis qui ont des enfants qui ont 15, 16, 17, 18 ans,
04:45ils encouragent un peu ces vocations.
04:46Ça ne paraît pas nul de devenir cinéaste, ça ne paraît pas nul de devenir scénariste.
04:51Mais je pense que moi, j'appartiens encore à la génération pour laquelle être scénariste,
04:56c'était être un peu moins que romancier.
04:58Donc voilà, ça n'a pas été vraiment encouragé.
04:59Je ne dirais pas que c'était encouragé.
05:01Ah non, c'est long.
05:02Voilà.
05:02Bon, ce n'est pas non plus un oucaze.
05:04Voilà, on ne m'a pas...
05:05Mais c'est vrai que quand on démissionne d'un métier qui vous apporte une stabilité,
05:09d'abord une reconnaissance, un statut qui, pour moi, fonctionnait à plein,
05:12du sens et une stabilité financière, j'ai eu, oui, quelques dîners un peu compliqués
05:19où mon père me disait « t'es stupide, t'aurais dû te mettre en disponibilité ».
05:22Je ne sais pas si c'est super intéressant de raconter ça,
05:23mais ça fait vraiment partie quand même, cela dit, de la réalité d'un métier,
05:27c'est à quel moment on en a besoin pour vivre.
05:29Et donc, vous sortez de la Fémis avec un projet de film, Belle Épine,
05:34qui est toujours votre producteur actuel, accepte de produire.
05:37Frédéric Jouve.
05:38Mais vous avez aussi travaillé pour Plus belle la vie, pour la chanteuse Alizé, pour Hermès.
05:44Oui, très peu.
05:46Ah, très peu.
05:46J'ai mis en scène une soirée, c'était comme une scénographie,
05:51où quelqu'un lisait l'avenir dans les carrés Hermès,
05:54où il lisait de l'astrologie, c'est très bonne idée.
05:55Et qu'est-ce que ces expériences assez diverses vous ont apprises ?
05:59Vous voulez dire tous les pas de côté,
06:01qui ne sont pas uniquement dans la culture nomme,
06:04mais dans de la sous-culture, ou dans la culture marchande.
06:07On a à apprendre de tout.
06:08On a tous lu les mythologies de Barthes, quoi.
06:10Donc, enfin, tous, c'est vraiment un livre, en tous les cas, moi, qui m'a marquée.
06:14C'est-à-dire comment on fait bois, feu, pas bois,
06:18comment on fait feu de toute matière sociologique, poétique, publicitaire, télévisuelle.
06:28Et tout ça nous entoure, tout ça nous construit.
06:31Moi, j'ai commencé à me cultiver à la télévision.
06:35D'ailleurs, ça me décontracte de temps en temps,
06:36quand je vois mes enfants devant la télé,
06:38où on est vraiment regardé des trucs nuls.
06:40Je me dis, oui, mais ça fait partie de ma formation intellectuelle aussi,
06:45de la curiosité, du plaisir.
06:47Donc, je les vois comme des pas nécessaires, mais non suffisants,
06:52pour parler comme des mathématiciens.
06:55Et j'ai toujours aimé, en fait, ces liens entre pop culture et culture noble.
06:58Je ne pouvais pas faire autrement, parce qu'en fait, c'était en même temps...
07:01Voilà, vous revenez sur les études académiques que j'ai faites,
07:04qui étaient longues et que j'ai adorées.
07:06Mais j'ai aussi beaucoup regardé la télé,
07:08beaucoup regardé MTV,
07:10beaucoup regardé Canal Jimmy,
07:11qui était une chaîne du câble pas difficile à avoir
07:14et qui mettait en ligne tous les contenus
07:17du cinéma américain de l'époque,
07:20de la télé américaine de l'époque,
07:21les séries HBO.
07:23Et tout ça, ça m'a construite, je pense.
07:25Belle Épine, c'est plutôt salué par la critique,
07:46ça va à Cannes.
07:46Oui, ça m'a même permis d'en faire un deuxième,
07:49parce que ce n'est pas le public qui est rentré.
07:50Oui, justement, parce que ça fait 22 000 entrées.
07:52Oui, c'est rien.
07:53Et je crois que vous avez dit que ça s'était adressé à un public cinéphile,
07:57mais qu'on ne fait pas des films uniquement pour son public.
08:00Oui, 20 000 entrées, ça veut dire que ce qui est génial,
08:01c'est qu'après, vous avez une carrière devant vous,
08:03vous ne pouvez vous faire que mieux.
08:04Mais c'est des conversations que j'ai aussi avec Justine Trier
08:07ou avec des consœurs, des confrères cinéastes.
08:10On a une chance exceptionnelle en France,
08:11c'est de pouvoir faire une carrière de cinéaste,
08:13alors que votre premier film fait 20 000 entrées.
08:15Mais on ne le fait pas seul,
08:17ce n'est pas 20 000 entrées, malgré tout, on peut faire un film.
08:19C'est 20 000 entrées, mais regardées par la semaine de la critique à Cannes.
08:23Donc ça, ça fait émerger le film au milieu d'une production de l'année
08:28et c'est un coup de projecteur considérable.
08:30Déjà, c'est vraiment à la semaine de la critique
08:32que je dois avoir eu la possibilité de faire des films ensuite.
08:35Et c'est vrai que j'ai eu la chance d'être regardée par la presse, par la critique.
08:40Et ça, ça m'a permis, je pense, de faire un deuxième film.
08:42Puis après, au fur et à mesure, les films font de plus en plus d'entrées,
08:45ont de plus en plus de budget,
08:47et puis vous avez vos mêmes interlocuteurs.
08:50Et vous revenez sur Frédéric Jouffe, qui est mon producteur,
08:52j'ai eu cette chance-là que je me suis choisie aussi,
08:55puisque je ne suis allée voir personne d'autre.
08:56On a fondé en même temps sa boîte de production.
08:58Lui, c'était son premier long, moi, c'était mon premier long.
09:00Et on en a fait six depuis,
09:02je ne suis jamais allée voir un autre producteur.
09:05Il y avait une dimension économique à ce partenariat,
09:09c'est que quand on sort de la FEMIS en scénario,
09:12vous avez un scénar qui est développé, quasiment.
09:14C'est ce qui explique, je pense,
09:15que les élèves en scénario de la FEMIS
09:17fassent plus de films,
09:19ou en tous les cas deviennent réalisateurs plus rapidement,
09:21que des élèves en réalisation,
09:23qui doivent développer.
09:24Peut-être que ça a changé depuis,
09:25parce que moi, c'était il y a 102 ans.
09:27Mais c'est le cas de Céline Sciamma,
09:28Céline, Juliette Ducourneau,
09:30encore d'autres, je pense que j'en oublie,
09:32mais beaucoup de cinéastes réalisatrices de ma génération
09:35ont commencé au scénario.
09:37En tous les cas, on est nombreux à sortir de là.
09:40Le scénario existait,
09:41c'est devenu belle épine.
09:42Le fait d'avoir rencontré ce producteur
09:44m'a permis aussi ensuite
09:45de mettre cette collaboration.
09:48Elle était évidente dès le début,
09:50confiante.
09:51Maintenant, quand on produit un film ensemble,
09:53ce n'est pas le titre du film.
09:56C'est RZ, donc mes initiales,
09:58RZ1, RZ2, RZ3, RZ4,
10:00on produit le prochain.
10:01Il me fait confiance pour le prochain,
10:02quel que soit le sujet.
10:04Ce qui est peut-être une erreur par ailleurs.
10:05Mais bon, en tous les cas, on en est là.
10:07Mais quand vous dites
10:08qu'on ne fait pas des films
10:09uniquement pour s'adresser à des cinéphiles,
10:11c'est que vous avez en tête
10:12le souci du public.
10:14Oui.
10:14Et vous l'avez eu dès le début ?
10:15Je ne l'ai pas eu dès le début, je crois.
10:17Je crois qu'au début,
10:17on doit émerger avec une voix,
10:19en tous les cas, ça a été mon cas,
10:20d'émerger avec la voix la plus secrète.
10:27C'est comme de la musique de chambre.
10:28On se dit, voilà, on va vraiment,
10:30on a une possibilité,
10:31on a comme un coup comme ça d'essai
10:34qui nous permet de sortir
10:38le son le plus singulier.
10:40C'est pour ça que j'adore
10:40les premiers longs-métrages aussi.
10:42Parfois, je retrouve la sensation
10:44d'un premier long-métrage
10:45chez d'autres metteurs en scène
10:46dont ça n'est pas le premier.
10:47Mais il y a cette qualité particulière
10:49qui est l'inconscience, quoi.
10:51Et y compris l'inconscience du spectateur.
10:53Certains se font des coups de maître.
10:55Et non seulement on se crie singulier,
10:57mais aussi rencontre le public.
10:58Moi, ça n'a pas été mon cas.
11:00Mais très rapidement,
11:01il m'a paru évident
11:03qu'il faudrait suivre une pente
11:05qui serait une pente de plaisir aussi.
11:07Alors ça prend un certain temps,
11:09parce qu'il faut se faire confiance,
11:10il faut savoir fabriquer ces récits-là.
11:12Il faut que l'industrie vous suive aussi
11:13en vous allouant des budgets
11:15qui permettent de procurer ce plaisir-là
11:18avec des décors,
11:20de la fabrication,
11:21de suivre des pentes plus produites, quoi.
11:27Mais c'est vrai que j'y pense maintenant,
11:28beaucoup.
11:29Et j'y pense comme une spectatrice aussi.
11:32Et je pense aussi au fait
11:32qu'on va voir mon film une fois,
11:34mais en espérant secrètement
11:35qu'on le revoie une deuxième fois.
11:37Donc c'est beau un film qui vous impacte,
11:39ou un film qui vous dessine,
11:40ou un film qui vous plaque au sol,
11:41tout ça,
11:42mais c'est encore plus précieux pour moi,
11:45un film que j'ai envie de revoir tous les ans.
11:47Je me dirige vers ces films-là.
11:49Je ne sais pas si j'y arriverais,
11:50mais c'est vraiment la pente que je suis.
11:52Eh bien, je vous propose un bond dans le temps.
11:54Avec plaisir.
11:55Allons-y.
12:00Il a tué la tante
12:01et puis sa femme.
12:03Je crois que t'aimais pas les huiles.
12:06C'est vrai,
12:08j'aime pas du tout ça.
12:10Tu sais,
12:10j'ai trouvé des choses
12:11compromisantes chez lui,
12:13dont il se débarrassait.
12:14Tu fais ses poubelles ?
12:16Ben oui,
12:17c'est mon boulot.
12:19Oh,
12:20tu trembles.
12:24Je suis persuadée qu'il m'a vu.
12:26Mais non.
12:27J'en ai eu.
12:28Ça y est,
12:40on a fini pour lui.
12:44Vous vous apprêtez à sortir votre sixième film,
12:46Vie privée.
12:47en le voyant et en y repensant,
12:49j'ai eu l'impression que ce film
12:51était un peu un film gigogne
12:52qui contenait tous les autres.
12:54Ah bon ?
12:55Est-ce que vous êtes...
12:55Qu'est-ce que vous en pensez ?
12:56Ah, je ne sais pas.
12:57Il contient absolument toutes vos obsessions
12:58et en même temps,
12:59il propose autre chose.
13:01Alors,
13:01contient toutes les obsessions,
13:02ça ne m'étonne pas
13:02parce que je fais mes films
13:03quasiment avec les mêmes personnes
13:04à chaque fois,
13:04le même chef opérateur,
13:05le même producteur,
13:06le même compositeur,
13:07la même chef décoratrice.
13:08Donc,
13:09c'est normal qu'on creuse
13:10des obsessions collectives.
13:11Et après,
13:13c'est dur d'être l'exégète
13:14de son propre film.
13:16Moi,
13:16j'ai l'impression que je suis en train
13:17de le terminer celui-ci.
13:18En vous en parlant,
13:19je suis en train de le finir.
13:20Donc,
13:20je n'ai pas encore le recul nécessaire,
13:22mais je reconnais qu'il y a
13:23une obsession pour
13:24les scènes d'abandon
13:26dans l'hypnose,
13:27un plaisir de filmer Paris maintenant.
13:30Peut-être que c'était moins le cas au début.
13:32Mais après,
13:32je vous laisse continuer pour dire
13:34qu'est-ce qui contient selon vous ?
13:35D'abord,
13:36il y a ces mots,
13:37je crois,
13:37vie privée,
13:38qui sont dans le titre
13:39et autour desquels
13:40vous tourniez depuis longtemps.
13:43Est-ce que votre désir d'un film,
13:44ça vient des mots
13:45plutôt que des images ?
13:46Souvent.
13:47Mais ça peut être tout.
13:49Là,
13:49en l'occurrence,
13:49c'était une actrice aussi.
13:51C'était une actrice
13:51et le titre d'un film.
13:53Mais vous avez raison.
13:54Moi,
13:54je viens quand même des mots,
13:56de la littérature,
13:57du récit.
13:58Et souvent,
13:58c'est pour ça d'ailleurs
13:59que j'ai adoré travailler
13:59en intelligence artificielle
14:00pour quelques scènes
14:02très légères.
14:03Tout le film est évidemment
14:04en prise de vue réelle.
14:05Mais il y a une ou deux scènes
14:06de fantasmes,
14:08de scènes d'inconscient
14:10purs
14:11qui sont fabriqués
14:12avec de l'intelligence artificielle.
14:14Et ce qui me plaisait,
14:15c'est que c'était du script.
14:16C'est-à-dire qu'on doit donner
14:17des mots
14:17et les mots deviennent des images.
14:18Donc c'est complètement pour moi.
14:19J'adore ça.
14:20Et c'est vrai que souvent,
14:21je ne me suis pas vécue
14:22comme une cinéaste
14:23qui fabriquait des images
14:26folles,
14:26singulières,
14:27inattendues.
14:28J'adore les films
14:29de Gaspard Noé
14:30pour ça,
14:32ou de Lynch
14:33ou de Fellini.
14:34Ce sont des faiseurs
14:36d'images uniques
14:37qui vont percuter
14:40à un endroit de votre cœur
14:41qui n'a jamais vu
14:42cette image-là
14:43ou qui la devine
14:43ou peut-être
14:44qu'il l'a trouvée
14:44dans un moment
14:46fantasmagorique.
14:47Ils sont forts à ça.
14:49Ça vient du lexique
14:50et les images
14:51viennent de l'association
14:52de mots
14:53et des corps
14:54qui les portent,
14:55des acteurs.
14:55Jodie Foster,
14:57vous la convoitiez
14:58depuis le début.
14:59Alors convoiter,
15:00c'est comme si
15:00j'allais la posséder
15:01ou on ne la possède pas.
15:02Je l'aimais depuis longtemps,
15:03oui,
15:04et j'avais très envie
15:05de la filmer.
15:06Dès mon premier film,
15:07je me suis dit
15:08si je lui envoyais une lettre
15:09en lui proposant
15:09de jouer le rôle
15:10de la mère de Léa Cédoux.
15:11C'était un rôle
15:12très particulier
15:13et il y avait
15:13une scène de fantôme
15:14à un moment
15:15et elle devait ouvrir
15:16la porte,
15:16Léa Cédoux,
15:17sur une femme.
15:18Ça devait être sa mère
15:19dont on savait
15:20qu'elle était morte
15:21et je savais déjà
15:21évidemment que Jodie Foster
15:22parlait français
15:23et je me suis dit
15:23si c'est Jodie Foster,
15:24on va vraiment
15:25se frotter les yeux
15:25en se demandant
15:26qu'est-ce qu'elle fout là ?
15:27C'est vraiment un fantôme.
15:29Bon, Jodie Foster
15:29n'a pas reçu la lettre,
15:31ça ne s'est pas passé
15:31à cette époque-là
15:32mais quand Anne Bérest
15:35m'a confié
15:35le scénario de vie privée,
15:37elle m'a offert
15:38ce personnage
15:39qu'on a retravaillé ensemble
15:40sur bien des aspects
15:41mais c'est quand même
15:42pas de la fausse modestie
15:43de dire que quasiment
15:44tout était déjà là.
15:45Ça n'est devenu infime
15:46pour moi
15:46que lorsque je me suis dit
15:47c'est pour Jodie Foster.
16:09Ok, Friedman,
16:11nom de jeune fille,
16:12Kinder.
16:13Kinder ?
16:14Kinder ?
16:15Berthe Kinder ?
16:17Kinder ?
16:18La mort de Berthe ?
16:21Putain !
16:22Marie !
16:22Lorsque vous vous rencontrez,
16:24je crois que vous passez
16:24un long moment
16:25à parler du scénario.
16:27Elle a énormément de questions
16:27et vous avez absolument
16:28toutes les réponses.
16:29C'est vrai que c'était long
16:30mais après ça ne me paraît
16:31pas non plus un marathon.
16:32Moi j'ai l'habitude
16:32de passer du temps.
16:34Les acteurs, les actrices
16:35ils sont en demande,
16:37ils sont gourmands
16:37de parler du personnage
16:39et du scénario.
16:39En plus là,
16:40comme c'était à l'étranger,
16:41il fallait rentabiliser ce moment
16:42et puis surtout
16:43j'étais tellement je pense
16:44intimidée que
16:45je suis arrivée,
16:45j'ai ouvert le scénario
16:46et je me suis dit
16:48bon ben on va parler
16:48tout de suite de ça.
16:49Elle a plongé dedans.
16:50La première vraie rencontre
16:51c'était quand même
16:52par zoom,
16:53pour être honnête.
16:54Mais c'est important
16:54parce que c'est beau
16:55de se rencontrer
16:56par écran interposé
16:57au-dessus d'un fuseau horaire.
16:58Et évidemment
16:58j'étais devenue complètement folle,
17:00j'avais prévenu tout le monde
17:00dans mon immeuble,
17:01il fallait qu'on arrête
17:02limite qu'on arrête
17:04la chaudière,
17:05enfin bref,
17:05j'étais devenue zinzin.
17:07J'ai senti
17:08dans ce premier contact
17:09par écran interposé
17:10qu'elle avait aimé le scénario
17:12et qu'elle allait faire le film.
17:14Si je la dissuadais pas.
17:16Et que là
17:16c'était juste un peu discriminant
17:17genre il faut pas
17:18qu'elle me saoule
17:20si ça se passe bien
17:21avec cette réalisatrice
17:22allez on y va.
17:23C'est extrêmement agréable
17:24de vivre ces moments-là
17:25quand on est cinéaste
17:26et c'est rare.
17:27Donc là elle dit
17:27c'est moi qui avais les réponses
17:28mais bon c'était
17:29un juste retour des choses
17:30puisqu'elle me l'avait expliqué le film.
17:31Mais en France
17:32on a ce système
17:33d'auteur réalisé,
17:34on a cette tradition,
17:35cette culture
17:36d'auteur réalisateur
17:36qui est pas si commune
17:38aux Etats-Unis
17:38et si bien que
17:40poser la question
17:41à un réalisateur
17:41sur son scénario
17:43c'est pas fréquent
17:45pour je pense
17:46une actrice américaine.
17:47Donc elle était contente
17:48elle se dit c'est génial
17:49elle passe pas de coups de fil
17:49au scénariste
17:50elle répond à cet endroit-là
17:52puis elle connaît son film
17:53elle saura où m'emmener.
17:55Vous avez souvent parlé
17:56de libido
17:57comme moteur
17:59à la création
18:00mais aussi
18:01et aussi du pouvoir
18:02qu'a le réalisateur
18:03ou la réalisatrice
18:04de déshabiller
18:05ses acteurs
18:06et ses actrices.
18:07Bah oui.
18:08Et vous l'avez beaucoup fait
18:09dans vos précédents films.
18:10Oui pas non plus
18:11je suis pas sûre
18:12un peu.
18:12Mais toujours dans le respect
18:13dans le consentement
18:14avec des scènes justifiées.
18:15Je m'empêche pas de le faire
18:16j'aime bien le faire.
18:17Et là vous ne le faites pas
18:18est-ce que vous n'avez pas osé
18:19déshabiller Jodie Foster ?
18:21Ah bon j'ai quand même
18:22il y a une scène
18:23dans un ascenseur
18:23je trouve assez érotique en fait.
18:26D'abord je trouve
18:27qu'il ne faut pas confondre
18:27libido et sexualité.
18:29La libido et le sexe
18:30c'est pas pareil.
18:31On peut avoir
18:31une circulation de désir
18:33et pas forcément
18:33avoir envie de coucher
18:34avec ses acteurs
18:34et ses actrices.
18:36À bon entendeur salut
18:36mais c'est surtout
18:37que je trouve que
18:39les gens ont confondu ça.
18:41Moi je suis pleine
18:42de libido pour mes acteurs
18:43mais je n'ai jamais séduit
18:44et je vais vous donner
18:45un scoop
18:45je n'ai jamais couché
18:46avec aucun de mes acteurs
18:47ni actrices.
18:48Encore !
18:49Peut-être qu'un jour
18:49j'aurai une grande histoire
18:50d'amour
18:50mais je ne suis pas sûre
18:52que la situation puisse
18:53l'autoriser pour moi.
18:54Et il ne s'agit pas
18:55d'oucaze
18:56il ne s'agit pas d'interdit.
18:57C'est juste qu'à ce moment-là
18:58on travaille
18:58une autre circulation
19:00de désir
19:01que celle-là.
19:02Donc je veux bien
19:03qu'on parle de nudité
19:03et de libido
19:04même si ce n'est pas
19:04forcément corrélé
19:06mais là dans la scène
19:07dans les scènes
19:08que j'ai demandé
19:09à Jodie Foster
19:09je trouve qu'on s'est mis à nu
19:11et je trouve que
19:12Daniel Auteuil et elle
19:13cette scène dans l'ascenseur
19:14je les adore
19:15et j'ai demandé des choses
19:16très précises
19:17d'ailleurs qui nous foutent
19:18au bord de la honte
19:18quand on les demande
19:19à des acteurs
19:19parce qu'ils voient bien
19:20quelle est votre
19:21comment dire
19:23votre zone érotique
19:25quand vous demandez
19:26à un acteur
19:26dans Belle Épine
19:27de bander le muscle
19:28sur une moto
19:30parce qu'il y a quelque chose
19:31de la nervure
19:32d'un sexe
19:32d'homme
19:32et voilà
19:34je sens à ce moment-là
19:35que toute l'équipe
19:35est un peu embarrassée
19:36parce qu'ils me voient
19:37refaire la prise
19:37quatre fois
19:38respirer fort
19:39et que en même temps
19:41ça ne dérange personne
19:41de le faire
19:42c'est fait dans le parfait
19:43consentement
19:43de l'acteur
19:44qui autorise
19:45qu'on filme son avant-bras
19:47et qu'on fantasme ça
19:48et pareil
19:49quand on est dans
19:49cet ascenseur
19:50entre Jodie Foster
19:50et Daniel Auteuil
19:51et que je dis
19:52Daniel
19:52est-ce que tu peux
19:53allumer le téton de Jodie
19:55comme un interrupteur
19:56et puis Jodie
19:57est-ce que tu peux descendre
19:57ta main sur le sexe de Daniel
19:59c'est d'abord
20:00mon chorégraphie
20:00on l'a répété
20:01ils savent un peu
20:03jusqu'où on va aller
20:03ils en ont envie ou pas
20:05ça fait sens ou pas
20:07là en l'occurrence
20:08ça faisait un sens
20:09très fort pour moi
20:10dans la scène
20:10de remariage
20:11de ce couple
20:12qui s'était
20:12ils sont un enfant de 30 ans
20:14ils se sont connus
20:14intimement longtemps
20:16et ils ont décidé
20:17de recoucher ensemble
20:18c'est des adultes
20:19ils y vont
20:20donc pour moi
20:21la scène elle est peut-être
20:22plus troublante
20:23et plus érotique
20:25que d'autres scènes
20:26que j'ai fait
20:26dans lesquelles
20:27il y a de la nudité
20:28j'essaie de répondre
20:29vraiment à votre question
20:30est-ce que j'ai pas osé
20:31dénuder Jodie Foster
20:32est-ce que j'ai pas osé
20:33lui demander
20:33je crois pas
20:34parce qu'en plus
20:35c'est juste que
20:37ça n'allait pas
20:38avec ce film là
20:39il n'y avait pas de scène
20:40de nu
20:41mais je pense que
20:42j'aurais osé lui demander
20:42qu'elle l'aurait fait
20:43elle est hyper athlétique
20:44il y a une scène
20:45où elle est un peu
20:45en nuisette
20:47quand elle entre
20:48quand elle descend
20:50cet escalier
20:50de sa vie intérieure
20:53et il n'y avait pas de question
20:55il n'y avait pas d'interdit
20:56là-dessus
20:57ce sont donc deux ex
20:59qui recouchent ensemble
20:59et ça ne provoque
21:01ni rancœur
21:02ni dispute
21:02ni à ni croche
21:04et encore une fois
21:05je trouve que
21:06c'est genre
21:06bienvenue en France
21:07dans ces cas-là
21:08je me disais
21:09quand on présente le film
21:09en Amérique du Nord
21:10ils sont là
21:11mais ils recouchent ensemble
21:12mais c'est-à-dire
21:12je me disais
21:13qu'en regardant vos films
21:14vous déjouez tout le temps
21:15nos attentes
21:16là où on pense
21:16que ça va frotter
21:17ça va se cogner
21:18il va y avoir une dispute
21:19ou un clash
21:19tout se passe bien
21:21tout est très doux
21:23oui bon parfois
21:24il peut y avoir du clash
21:26là le clash par exemple
21:27c'est plutôt entre une mère
21:28et son fils
21:28alors qu'on imagine
21:29qu'une mère est
21:31folle amoureuse de son fils
21:33et là l'endroit
21:33de dispute
21:35la gône
21:36il est là
21:37mais c'est vrai
21:38que ça me tient à cœur
21:39de filmer
21:40des situations
21:41que je peux vivre
21:42dans ma vie civile
21:43non pas que je recouche
21:43avec mes ex
21:44enfin c'est pas du tout
21:44un message que j'envoie
21:46c'est plutôt
21:46de rester amie
21:47avec les hommes
21:49qu'on a aimé
21:49les gens qu'on a aimé
21:51et pareil dans
21:51les enfants des autres
21:52Chiara Mastroianni
21:53qui regarde Virginie et Fira
21:54elles ont partagé
21:55un homme
21:55elles partagent un homme
21:56l'un a quitté l'autre
21:57pour l'une
21:57ou je sais plus
21:58et pourtant
21:59elles vont non
21:59elles vont pas se détester
22:00c'est pas le sujet
22:01bonjour
22:10ça va ?
22:24bonjour Alice
22:27je suis Rachel
22:28c'est vrai
22:31c'est vrai que c'est ce que
22:31je vis dans ma vie civile
22:32et je vois pas pourquoi
22:33au cinéma
22:34il y a tout le temps
22:35ces moments
22:35enfin ça peut exister
22:37sans doute
22:38et puis même ça existe
22:38très souvent
22:39mais il existe aussi
22:40autre chose
22:41et cette autre chose
22:43me tient à cœur
22:45d'être racontée
22:46réinventer
22:47nos familles
22:49nos liens
22:50nos séparations
22:51nos remariages
22:52je trouve que c'est
22:53un beau projet de cinéma
22:54c'était ma question
22:56est-ce que c'est la vie
22:57telle qu'elle est
22:57ou est-ce que c'est la vie
22:58telle que vous voudriez
22:59qu'elle soit ?
23:00un peu les deux
23:00un peu les deux
23:01c'est l'histoire de
23:02c'est ce que dit Bazin
23:03on substitue quand même
23:04le monde à nos désirs
23:06ce que fait le cinéma
23:08c'est pas une fenêtre
23:08c'est un cache
23:09donc c'est
23:10on filme ce qu'on
23:12ce qu'on aimerait voir
23:14advenir
23:14ou alors ce qu'on redoute
23:16de voir advenir
23:16il y a toujours un peu
23:17les deux pour moi
23:18dans les films que je fais
23:19parfois je suis un peu perdue
23:20sur la fin d'un film
23:21là maintenant
23:22je m'autorise plus
23:22à faire un film
23:23si j'ai pas la fin
23:23là par exemple
23:24parce que ça m'est arrivé
23:25de commencer un film
23:26et de me dire
23:27j'aime vraiment le début
23:28puis où ça va
23:28là ça fait deux trois films
23:30que je sais où ça doit terminer
23:32c'est une manière
23:33de savoir à qui s'adresse
23:35la lettre
23:35quel est le point final
23:37et je pense que ça me permet
23:38de naviguer dans le film
23:40le fait de déjouer
23:41nos attentes
23:42de nous proposer
23:43d'autres représentations
23:44je crois que vous avez utilisé
23:45une fois le fait
23:45que vous vouliez
23:46rincer l'oeil du spectateur
23:47c'est un beau projet de cinéma
23:49c'est un beau projet
23:50pour un cinéaste
23:50ou une cinéaste
23:51de se dire
23:52et si les images
23:53qu'on proposait
23:53et si les récits
23:54qu'on proposait
23:55rinçaient l'imaginaire
23:57qu'on a
23:57le réactualiser
23:59le renouveler
24:00le rendre plus séduisant
24:01le questionner
24:02vous avez dit tout à l'heure
24:05que vous ne prêchiez pas
24:06non
24:06j'espère pas
24:07vous mettre de la politique
24:09dans le cinéma
24:09c'est ça
24:10et ça fait que vos films
24:11sont politiques
24:12mais pas militants
24:13peut-être
24:13en tous les cas
24:14ça me correspond bien
24:15je suis politique
24:16mais pas militante
24:16j'ai l'extraordinaire chance
24:18et je prends le risque
24:20d'être comprise
24:20avec mes films
24:22et je vais utiliser
24:23cette zone-là
24:24comme une zone
24:25vraiment de
24:25voilà
24:26de pensée
24:27de réflexion
24:28de jouissance
24:29mais je le formulerai
24:30d'une autre manière
24:30parce que c'est pas
24:31un militantisme
24:32c'est pas un combat politique
24:35de saisir
24:36les portraits de femmes
24:37d'une certaine manière
24:37les portraits d'hommes
24:38d'une certaine manière
24:38c'est un résultat
24:39c'est pas le point de départ
24:40le point de départ
24:41je pense
24:42ne peut pas être
24:42un désir
24:43de renouveler
24:45l'imaginaire
24:47c'est votre point d'arrivée
24:48votre point de départ
24:49il doit être
24:50le désir de raconter
24:51cette histoire
24:52avec ces outils-là
24:53tout un tas de choses
24:54qui font
24:56le regard que j'ai
24:57qui est né
24:58à un moment donné
24:59dans un monde précis
25:02ça fait le film
25:03que j'ai envie de faire
25:04et j'ai pas envie
25:05d'être l'avocate
25:05d'une espèce de révolution
25:07d'un regard neuf
25:08parce que
25:09parce que j'en suis pas capable
25:10que ce serait trop
25:11me mettre sur les épaules
25:12que ce serait un échec programmé
25:13et je trouve que quand ça devient un programme
25:15ça devient
25:15ça se voit
25:16et ça me sort un peu
25:18de l'urgence du film
25:19du plaisir du film
25:21dans Planétarium
25:23il y avait une séance
25:24de spiritisme
25:24qui permettait
25:25aux vivants
25:26de dialoguer avec leur mort
25:27dans Vie privée
25:29il y a une séance d'hypnose
25:30qui permet à Jodie Foster
25:31son personnage
25:32d'avoir en tête
25:33une scène qu'elle a vécue
25:34qui est la disparition de sa mère
25:35et d'entrevoir
25:38ses autres vies passées
25:39c'est quelque chose
25:40d'assez récurrent
25:41tout est normal
25:42tout est normal
25:43est-ce que
25:44faire des films
25:45c'est créer ce dialogue là
25:46rendre ce dialogue
25:48qui est impossible
25:49possible
25:49listen to my sister's breathing
25:51focus on her breathing
26:12it's coming
26:21je suis là
26:33maman
26:39c'est pathétique
26:44pathétique au sens fort du terme
26:45c'est-à-dire que je pense
26:46qu'il y a nécessairement
26:49un désir chez ceux
26:50et celles qui font des films
26:51de fixer ce qui est en train
26:53de disparaître
26:53bon
26:54la mort au travail
26:55mais aussi
26:56de
26:58de
26:58de fantasmer un arrière-monde
27:01quoi
27:01de fantasmer un monde
27:02dans lequel les morts
27:03sont pas morts
27:04les gens qui sont pas désirés
27:06deviennent superbandants
27:07les gens
27:08enfin tout ce qu'on a
27:09pas réussi
27:10à vivre
27:12se trouve
27:13déposé là
27:14comme une promesse
27:14une possibilité
27:15bon
27:16c'est quand même
27:16une manière
27:18c'est une manière
27:20de fabriquer des mondes
27:21c'est un texte de Nelson Goodman
27:22que j'ai toujours aimé
27:23c'est
27:23on a la possibilité
27:24dans les mains
27:24de fabriquer des mondes
27:26donc y compris
27:27de cacher ce qui nous déplaît
27:28y compris de ne mettre l'accent
27:29que ce qu'on invoque
27:31tout ça
27:31ensuite dans le contact
27:32avec les
27:33l'au-delà
27:35bon
27:37je suis une rationnelle
27:38hyper rationnelle
27:40mais parce que je suis
27:41une hyper rationnelle
27:42j'intègre une part d'irrationnelle
27:43je fantasme
27:44que cet outil
27:45qui permet de capter
27:46la présence
27:48de ceux
27:49qui pourtant
27:50des années
27:50dont on voit bien
27:51qu'ils ont disparu
27:52il y a des années
27:52grâce auxquelles
27:54on peut se souvenir
27:55de leur voix
27:55de leurs dents
27:57bon ça me fascine
27:59ça m'émeut
27:59mais je me disais
28:00dans ce rapport aussi
28:01un peu heurté
28:02que le personnage
28:03de Jodie Foster
28:04est avec la mort
28:05le fait de ne pas se résoudre
28:06à ce que c'est
28:06et aussi la volonté
28:08de créer des récits
28:10elle est la réalisatrice
28:12de ce film
28:12quelque part
28:13Jodie Foster
28:15par
28:15Lilian Steiner
28:17dans le film
28:17ne peut pas imaginer
28:19que sa patiente
28:19se soit suicidée
28:20c'est trop violent pour elle
28:21puis aussi ça réactive
28:22je pense
28:22un trauma
28:24que les américains
28:26déjudéisés
28:27qui revivent en France
28:29là à un moment
28:29n'ont pas vécu
28:30le fardeau
28:31de l'extermination
28:32des juifs d'Europe
28:32et là elle pensait
28:33qu'elle était pépouse
28:34que ça n'était pas
28:35quelque chose
28:35qui la concernait
28:36elle avait oublié
28:37qu'elle était juive
28:37et puis là d'un coup
28:38ben mince
28:39quelque chose se passe
28:40dans cette vie antérieure
28:40et oui
28:41elle fait fiction
28:42elle commence
28:43à s'inventer des histoires
28:45à se faire des films
28:47et comme on dit
28:49vulgairement
28:49et ça m'est
28:51très agréable
28:52parce qu'elle fictionne
28:53mais très rapidement
28:53on sait que
28:54cette hypothèse
28:55ou cette hypothèse
28:56il y a un petit côté
28:56Jessica Fletcher
28:57dans Arabesque
28:58une de mes séries préférées
28:59Hitchcock aussi
29:00parfois
29:00j'ai revu
29:01le grand alibi
29:02bon le grand alibi
29:03c'est quand même
29:04du travestissement
29:05du plaisir
29:06on joue à se faire peur
29:08mais c'est pas complètement
29:09on y croit sans y croire
29:12ce y croire sans y croire
29:14ce mentir vrai du cinéma
29:15m'a toujours plu
29:16et vous mélangez les genres
29:17c'est à la fois une comédie de remariage
29:19c'est à la fois un film à suspense
29:20et j'ai l'impression que dans tous vos films
29:22dans Grand Central
29:23il y avait une part de western aussi un petit peu
29:25oui
29:26un étranger arrive en ville
29:28vous vous autorisez tout
29:29vive la France
29:30on a quand même le droit
29:31je dis ça parce qu'on a le droit
29:33de faire ces films là ici
29:34quand Judy Foster présente le film aux Etats-Unis
29:37la première chose
29:38ça m'a surprise
29:38la première chose qu'elle dit
29:39c'est
29:40vous allez voir un film
29:41qui n'est pas étiquetable sous un genre
29:45et chose qu'on nous autorise pas
29:47à faire aux Etats-Unis
29:47parce qu'il faut les marketer
29:48les films
29:49et en fait c'est vrai
29:50qu'on n'a pas choisi
29:51avec ce film là
29:52et quand je dis vive la France
29:54c'est que je me dis
29:55oui c'est possible de faire ces films là
29:57on nous autorise à les financer
29:59sans qu'on ait besoin
30:00nécessairement de savoir exactement
30:02quelle étiquette on va mettre au début
30:03et je trouve que
30:04si on a la possibilité de ne pas trancher
30:06ne tranchons pas
30:07c'est quasiment notre responsabilité de cinéaste
30:09de proposer ces récits là
30:11qui s'affranchissent en gros du genre
30:14mais tout en ayant le plaisir du genre
30:16vous parlez de la langue
30:18et Judy Foster parle deux langues
30:19et dans le film elle parle aussi deux langues
30:21elle parle le français
30:22pour les choses les plus courantes
30:23et l'anglais quand ça déborde
30:25pour insulter
30:26oui mais ça je l'ai rajouté
30:27ah je l'ai rajouté
30:29parce que sinon elle parlait trop bien français
30:30donc j'ai rajouté fuck shit
30:32j'ai rajouté des injures
30:34des petits jurons
30:34parce que d'abord
30:35je pense qu'on jure dans sa propre langue
30:36et aussi pour bien rappeler au spectateur
30:39que c'était pas
30:39bon elle a un tout petit accent
30:41puis les gens voient bien
30:41que c'est Judy Foster
30:42qu'elle n'est pas née à Corbevoie
30:45mais
30:46je sais pas pourquoi Corbevoie me vient
30:47ou Couloumiers
30:48mais il y a une nécessité quasi narrative
30:53à la faire parler anglais de temps en temps
30:56sur des petits mots
30:56mais est-ce que c'est aussi dans la langue
30:58que se joue cette confrontation
30:59entre l'intellect et les émotions ?
31:01en tous les cas c'est ce qu'un psychanalyste vous dirait
31:04un psychanalyste vous dirait
31:06c'est génial de faire ce métier
31:07parce que
31:08vous voyez bien que c'est pas ce que vous me racontez
31:09qui m'intéresse
31:10mais comment vous me le racontez ?
31:11je pourrais pas répondre à votre question
31:13il me faudrait peut-être
31:13soit plus de maturité
31:15soit un verre de vin rouge de plus
31:17mais ce qui est certain
31:19c'est que la langue c'est mon trésor
31:21je suis la fille d'un interprète simultané
31:23et d'une prof d'espagnol
31:25j'ai fait des études de lettres
31:27je vois bien que
31:27le point d'entrée pour moi au cinéma
31:30c'est le scénario
31:32le texte
31:34j'aime par exemple les films
31:35dans lesquels les gens disent
31:36c'est pas ce qu'ils pensent
31:37je pense qu'on ne dit pas toujours ce qu'on pense
31:38y compris maintenant
31:39là on se dit autre chose en se parlant
31:40vous le sentez ?
31:42non pas du tout
31:42la vie hyper bizarre
31:43non non mais c'est
31:44voilà
31:45il y a une autre communication
31:46qui est en train de s'installer
31:47donc je pense que
31:49prendre un personnage de psychiatre
31:51pour demander à Judy Foster
31:53de jouer son premier rôle
31:54grand rôle en français
31:56très bavard
31:56c'était
31:58ça a sans doute fait partie
31:59de ce qui l'intéressait
32:00et c'est aussi
32:01incarné dans ce personnage
32:02ce dilemme
32:03dont vous avez souvent parlé
32:04entre l'intellect et les émotions
32:05oui pardon
32:07est-ce que ce personnage
32:07c'est votre question
32:08est-ce que ce personnage
32:09c'est vous ?
32:10il y a toujours
32:10je ne vais pas dire
32:12madame Bovary
32:12c'est moi
32:12mais je suis aussi
32:13Daniel Auteuil dedans
32:14je me sens un peu
32:15Vincent Lacosse dedans
32:16je trouve qu'on est bon
32:16quand on est un peu partout
32:17dans ces personnages
32:18mais je m'en tirais
32:20si je ne disais pas
32:21que je m'y reconnais pleinement
32:22en tous les cas
32:22pour faire le film
32:23j'ai besoin de comprendre
32:26un personnage qu'on va suivre
32:27pour pouvoir le regarder loyallement
32:29et puis un peu l'aimer
32:30on sent très fort
32:31chez Jodie Foster
32:32le jeu comme on le dit
32:35d'une serrure
32:35qu'on cherche à forcer
32:36entre son intelligence
32:38et sa sensualité
32:40son émotion
32:40et moi aussi
32:42c'est un truc
32:42que j'utilise vraiment le cinéma
32:44et elle aussi
32:45elle utilise le cinéma
32:45pour ça je pense
32:46elle a la plus de chance
32:47que moi
32:47parce qu'elle peut le jouer
32:48vraiment dans les scènes
32:48moi je vais le mettre en scène
32:50mais j'utilise le cinéma
32:52comme un adoucissant
32:54il y a un mode d'entrée
32:57dans l'émotion pure
32:58et les sens purs
32:59vous parliez tout à l'heure
33:00de psychanalyse
33:01donc je me permets cette question
33:02en 2022
33:03lors de la promotion
33:04de Les Enfants des Autres
33:05vous avez annoncé
33:06entamer une psychanalyse
33:07j'aime bien
33:08vous avez annoncé
33:09c'est atroce
33:09mais quelle impudeur
33:10j'ai dit ça
33:11je l'ai lu en tout cas
33:13oui non mais je l'ai dit
33:15en rigolant
33:15j'ai dit je vais commencer
33:16une psychanalyse
33:16mais je ne sais pas
33:17est-ce que vous en avez commencé
33:19c'est une vanne que je dis souvent
33:19du genre
33:20mais je vais faire une psychanalyse
33:21ou ma thérapie va mieux
33:22avant
33:22j'ai souvent dit
33:23ma thérapie va mieux
33:24alors que je ne faisais pas de thérapie
33:25mais là c'est vrai que j'en fais une
33:26d'accord
33:26donc vous mentez souvent
33:27je mens bien sûr
33:28et là vous avez menti ?
33:29non pas trop
33:30par paresse
33:30bon est-ce que ce film
33:32est le fruit d'une psychanalyse ?
33:33je pense
33:34alors qu'est-ce que c'est que le fruit
33:35mais en tous les cas
33:36c'est certain
33:37que j'ai fait ce film
33:38parce que j'avais
33:39commencé une analyse
33:40et que c'était un
33:41terrain de jeu
33:42qui me passionnait
33:43en tous les cas
33:44il est le reflet
33:46et sans doute
33:47je me souviendrai de ce film aussi
33:49comme ce moment
33:50puisque je pense qu'elle est finie
33:51ce moment où
33:52oui
33:52de manière très étrange
33:54mais ça c'est une toute autre histoire
33:55mais le
33:56je m'en souviendrai
33:58comme un moment
33:59en tous les cas
33:59où je me suis passionnée
34:00pour ça
34:00où je me suis intéressée à ça
34:01où je l'ai vécu en tous les cas
34:02moi
34:03ça se ressent
34:04mais trois ans
34:04c'est un peu court
34:05pour une psychanalyse
34:05ça a duré cinq ans en fait
34:06ah pardon
34:07mais ça c'est
34:08bah écoutez
34:08je vous tiendrai au courant
34:09pour le
34:10ce que je peux dire
34:11c'est peut-être
34:11oui je me suis intéressée
34:13à la psychanalyse
34:13parce que j'avais commencé
34:14une psychanalyse
34:14que je me disais
34:15c'est étrange
34:16alors que j'avais eu vraiment
34:17un long interdit quasiment
34:19autour de ça
34:19qu'on le croit ou non
34:20en tous les cas
34:21je ne me l'autorisais pas
34:22et je pense que le film
34:24peut-être naît
34:25d'une agressivité secrète
34:27parce qu'on a tous un peu
34:29envie de faire pleurer sa psy
34:29sur le divan de la psy
34:32dans le film
34:33vous faites défiler
34:34des personnages
34:34qu'on a déjà vu
34:35dans votre film précédent
34:38ce qui donne l'idée
34:39d'une grande famille élargie
34:40qui vous accompagne
34:42de patients
34:42de patients
34:43de psychotiques
34:44et qui vous accompagne
34:45bienvenue dans la vie
34:45bienvenue dans mes amis
34:46qui vous accompagne
34:47de film en film
34:47vous êtes extrêmement fidèle
34:49oui c'est vrai
34:50et ils me sont fidèles
34:52enfin ça va dans les deux sens
34:53j'ai de la chance
34:54et bien j'ai une dernière question
34:56pour finir
34:58quels sont actuellement
34:59les mots qui vous hantent
35:00ou qui vous habitent
35:01et qui pourraient nourrir
35:02un prochain film
35:03c'est tôt là pour le dire
35:05il y a déjà quelque chose
35:07que je suis en train de faire
35:08en même temps
35:08et c'est
35:09la coiffure
35:11la manucure
35:12le cosmétique
35:15et j'aime l'idée
35:17que le cosmétique
35:19n'est pas toujours en surface
35:20intéressant
35:21ça ne fait pas du tout envie
35:23ça vous fait envie ou pas ?
35:24je suis curieuse
35:26c'est vrai ?
35:27merci beaucoup Rebecca
35:28merci à vous
35:30je l'ai dit comme Claire Chosal
35:31un point clair
35:33merci à tous
35:33merci à vous
35:35merci à vous
35:36merci à vous
35:37merci à vous
Écris le tout premier commentaire