- il y a 17 heures
Le cliché qui a choqué l'opinion publique mondiale durant le conflit au Vietnam aurait été attribué au mauvais photographe. Un documentaire Netflix et une étude française indépendante et parallèle apportent de nombreuses preuves qui montrent que Nick Ut, photojournaliste chez Associated Press à l'époque, prix Pulitzer en 1973, n'en serait pas l'auteur, mais un pigiste vietnamien, Nguyễn Thành Nghệ.
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00:00Nick Hoot n'est pas l'auteur de cette photo.
00:02Ça peut pas être Nick Hoot qui a pris la photo.
00:04Cette photo, c'est la plus importante du conflit au Vietnam,
00:08voire de la photographie de guerre au XXe siècle.
00:10Celle d'une petite fille, Kim Phuc, brûlée par le napalm d'une bombe, tombée sur son village.
00:16Derrière l'objectif de la célébrissime image,
00:18le tout aussi célèbre photographe vietnamien Nick Hoot,
00:21employé de l'agence américaine Associated Press.
00:24Sauf que... sauf que ce serait faux.
00:26C'est ce qu'avance le documentaire Netflix The Stringer.
00:30Le cliché aurait en fait été pris par un autre photographe,
00:33Nguyen Tran Nye, que l'on aperçoit ici.
00:3650 ans plus tard, ce piégiste, ou Stringer, sort enfin de l'ombre.
00:41C'est d'abord un ancien éditeur photo du bureau de Saigon d'Associated Press
00:45qui a fait part de ces révélations.
00:46Nous avions des 4 rôles de film.
00:48Nous avions des films de Nick Hoot,
00:49et des 2 autres Stringers, comme je me souviens.
00:52La photo de l'avant était de un Stringer.
00:54Je l'ai vérifié de son nom.
00:56Et puis j'ai commencé à écrire la caption.
01:00J'étais à l'end de ça.
01:02J'avais environ 4 lines.
01:03La photo n'aurait donc pas été attribuée au bon photographe.
01:25Le photojournaliste Gary Knight part de cette révélation
01:28pour enquêter minutieusement et répondre enfin à cette question
01:32qui est l'auteur de la photo.
01:34Pour ça, il a retrouvé des témoins de la scène
01:36et convoqué des experts en technologie de l'image.
01:38Dont lui, Francesco Sebregondi,
01:40cofondateur d'Index Investigation,
01:42une ONG française spécialisée dans les modélisations 3D.
01:45On y est allé de façon assez exploratoire,
01:47je dois dire avec mon équipe,
01:49en mettant beaucoup de pincettes sur ce qu'on pourrait effectivement démontrer
01:53parce que le matériau était assez lacunaire,
01:56il y a eu beaucoup de... enfin assez vieux, via résolution.
01:59Ce n'était pas du tout garanti qu'on arrive à faire quelque chose avec.
02:02Et presque à notre propre surprise,
02:05à force d'analyses, de placements, de travail assez itératif comme ça,
02:10la séquence d'ensemble de ces photos a pu être reconstruite.
02:14Le placement aussi, justement, où chacune des photos a été prise est apparu
02:20et les conclusions étaient assez claires pour nous.
02:25Effectivement, Nick Outh ne semble pas avoir été dans une position compatible
02:30avec celle de la prise de la photo.
02:32Arrêtons-nous sur Nick Outh.
02:34En 72, le photoreporter couvre le conflit qui déchire son pays
02:37pour le compte d'Aipi, son employeur.
02:39Le 8 juin 72, il se retrouve donc au bon endroit, au bon moment, si on peut dire,
02:44à quelques centaines de mètres du village de Trang Bang
02:47pour saisir un bombardement.
02:49L'armée sud-vietnamienne, alliée des Américains,
02:51croit pilonner des positions ennemies.
02:54Mais ce sont des civils qu'elle bombarde au napalm,
02:56cette essence génifiée qui brûle tout ce qu'elle touche.
02:59Parmi eux, la famille de la petite Kim Phuc, gravement brûlée.
03:03Nick Outh capture l'horreur d'un crime de guerre,
03:05le visage tordu de douleur de cet enfant de 9 ans.
03:08Puis il emmène la petite fille à l'hôpital
03:10avant de livrer ses clichés au bureau d'Aipi.
03:13Kim Phuc survit, la photo fait le tour du monde,
03:16Nick Outh gagne le prix Pulitzer l'année d'après
03:18et s'assure le respect de toute sa profession.
03:21Pourtant, The Stringer et la modélisation 3D d'Index
03:24montrent qu'il ne pouvait pas se trouver à l'emplacement
03:27où a été prise la photo.
03:29Il était bien sur place, oui, mais pas à cet endroit précis.
03:33Dans la séquence d'ensemble, la photo de la petite fille en apalme
03:37fait partie des premières qu'on a de Kim Phuc
03:41et du groupe d'enfants qui l'accompagnent
03:42sur la route de Trang Bang, côté, le plus proche, on va dire,
03:47du temple et du lieu où le bombardement a été fait.
03:52On a globalement un mouvement de population civile
03:55qui remonte la route de Trang Bang,
03:58qui fuit les lieux du bombardement,
03:59dont fait partie ce groupe d'enfants dont Kim Phuc est au centre.
04:04Donc, on a beaucoup d'autres images plus tard,
04:06alors que les enfants sont plus hauts,
04:08mais cette photo, elle est positionnée assez bas.
04:11Même si notre travail n'est pas en mesure d'affirmer
04:15quel est le photographe qu'il a prise,
04:17on peut, par contre, établir si Nick Outh a pu être l'auteur.
04:22Or, il se trouve que le reste des séquences et des données
04:26nous permet d'identifier Nick Outh positionné plus haut sur la route
04:32après que la photo ait été prise.
04:36Cette reconstitution, en quelque sorte,
04:38à partir des premiers moments où Kim Phuc et le groupe d'enfants
04:41depuis un champ attenant à la route,
04:44arrivent sur la route et commencent à la remonter,
04:47puis la remontée, les différentes prises de vue
04:50qui sont faites par différents reporters,
04:52jusqu'à un moment un peu plus loin
04:54où, effectivement, on voit Nick Outh encore en train de descendre la route
04:57et de commencer à prendre les premières photos
04:59qui sont, effectivement, dans l'archive d'Eipi,
05:02crédité à Nick Outh.
05:03Il est extrêmement peu plausible, selon nos conclusions précises,
05:07qu'il ait pu être l'auteur de cette photo.
05:09Pour prendre cette photo comme il l'affirme,
05:11Nick Outh aurait dû remonter la route très vite pour prendre sa photo,
05:15puis revenir en arrière en sprintant
05:17pour remonter la route à nouveau en marchant
05:20comme on le voit faire sur les films et photos prises jour-là.
05:23Absurde, peu probable, mais un doute peut subsister.
05:27L'analyse d'index n'apporte malheureusement pas de preuves irréfutables
05:30car les photos ne sont pas zoro-datées
05:32et les protagonistes de l'histoire sont en constant mouvement.
05:36Difficile, donc, d'être formel.
05:38Cette séquence de démonstration par l'analyse visuelle
05:41et la reconstitution 3D n'est que un élément de la thèse
05:44qui est défendu dans l'enquête montrée dans ce film.
05:48C'est seulement parce que toute une série d'éléments convergents,
05:50des témoignages, d'autres traces matérielles
05:53qui sont montrées dans ce film
05:54étaient là que nous avons pu, en quelque sorte,
05:57ajouter et compléter cette enquête.
05:59La reconstitution en 3D, elle est très convaincante,
06:02mais j'apporterai quand même un petit bémol.
06:05C'est qu'elle ne peut pas tenir compte
06:07du temps qui s'écoule entre chaque image.
06:10Tristan Dacuña est un photographe professionnel français,
06:12déjà connu pour ses révélations autour de clichés perdus de Robert Capa.
06:16Il s'est plongé dans une enquête parallèle à celle de The Stringer.
06:19Je me suis dit, on ne va pas s'en sortir
06:20tant qu'on n'aura pas identifié
06:22quels appareils, réellement, Nikut a utilisé ce jour-là.
06:26Je suis arrivé aux mêmes conclusions,
06:27mais par des moyens complètement différents.
06:29Et tout ça se complète, en fait.
06:31Et ça s'additionne,
06:32ça fait une charge très très lourde sur les épaules de Nikut.
06:35Un autre élément, plus concret,
06:37s'avère effectivement déterminant.
06:39L'appareil photo utilisé pour capturer l'instant.
06:42Un appareil photo et son négatif sont liés,
06:44comme une balle et son pistolet.
06:46C'est une preuve quasiment médico-légale.
06:48Nikut a longtemps clamé avoir réalisé ce cliché
06:51à l'aide d'un Leica modèle M2.
06:53Or, une étude des négatifs,
06:55réalisée par Eipi elle-même,
06:57prouve toutefois que la photo a été prise avec un pentax.
07:00La taille des négatifs,
07:01les bords et les coins de la photographie
07:02sont caractéristiques d'un pentax et non d'un Leica.
07:05Nikut a déclaré récemment
07:07qu'il possédait bien un appareil de cette marque,
07:09négué par son frère mort sur le terrain
07:11quelques mois auparavant.
07:13Était-il alors en possession,
07:15ce jour-là, d'un pentax ?
07:16La scène a été abondamment photographiée
07:19sous toutes les coutures,
07:20non seulement par Nikut,
07:21mais aussi par beaucoup d'autres photographes,
07:23ainsi que par des caméramans.
07:26Et tous ces gens-là ont pris Nikut
07:28sous plusieurs coutures.
07:29Et on voit très bien qu'il a deux Leica,
07:32un avec un 35mm f2,
07:34un autre avec un 90mm f2.
07:37Il avait également deux Nikon f,
07:40un avec un 200mm f4
07:42et un autre avec un 50mm f1,4.
07:45Il a regroupé toutes ses recherches
07:46dans ce rapport très complet
07:48dans lequel Tristan Dacugna
07:49arrive à deux conclusions.
07:51La première, c'est que Nikut
07:52est un excellent photojournaliste
07:54qui s'est muni du meilleur matériel possible
07:56de Nikon et de Leica,
07:58équipé de focales complémentaires et logiques
08:00pour réaliser un reportage
08:02sur une zone de guerre.
08:03Et c'est même ça qui prouve
08:04sa seconde démonstration la plus importante.
08:06On est sûr qu'il n'avait pas de pentax
08:08avec lui ce genre-là.
08:09Ou alors, s'il y en avait eu un,
08:12il aurait été caché dans sa vedace.
08:14Et pour imaginer que c'était bien lui l'auteur,
08:19il faudrait accepter l'idée
08:21qu'il est sorti juste au moment
08:24où la petite fille courait son pentax,
08:29alors qu'il avait déjà un Nikon
08:30muni de la même focale autour du cou.
08:34Pourquoi il aurait fait ça avec son pentax
08:36à ce moment-là ?
08:37Et pourquoi il aurait rangé juste après
08:39comme s'il avait eu conscience
08:40d'avoir pris une photo historique
08:42et qu'il fallait absolument la faire
08:44avec ce pentax-là,
08:45qui pourtant est un appareil moins performant ?
08:47Ça n'a pas beaucoup de sens, en vrai.
08:49Et c'est même un vrai semblable.
08:50Ce trimbalé déjà avec quatre appareils
08:52qui sont tous complémentaires
08:54et qui forment un équipement
08:56parfaitement cohérent,
08:57c'est déjà un exploit
08:59parce que c'est très très lourd,
09:00tout ça, à trimbaler.
09:02Vous êtes dans une zone de guerre,
09:04je pense que vous n'avez pas trop le voisir
09:06d'emmener du matériel inutile.
09:08Pour moi, c'est complètement incohérent.
09:10Rien que le numéro du négatif
09:11de cette prise de vue,
09:12le numéro 7,
09:13ne correspond pas au négatif de Nikout
09:15développé par Eipi ce jour-là.
09:17La vue numéro 7 de ces bobines
09:19était occupée par d'autres photos.
09:21CQFD.
09:21Nikout et son avocat s'en défendent.
09:23Mais ces faisceaux d'indices
09:24montrent que Nikout
09:25n'aurait pas pu capturer ce cliché,
09:27ni physiquement,
09:28ni techniquement.
09:30Mais qui alors ?
09:31Sur certaines photos,
09:35on peut voir un photographe
09:36anonyme jusqu'à aujourd'hui.
09:37The Stringer réussit
09:38presque par hasard
09:39à le retrouver.
09:40Un photoreporter vietnamien,
09:42pigiste chez Eipi,
09:43un Stringer,
09:44Nguyen Tran Nhié,
09:46résident aujourd'hui en Californie,
09:48est resté anonyme.
09:49Nous n'avons pas d'éléments
09:50à travers notre enquête
09:53qui permettent d'établir
09:54ou de prouver
09:55qu'il est effectivement
09:56le photographe, l'auteur.
09:58Il se trouve d'ailleurs
09:59que nous avons identifié
09:59qu'il est pour le coup placé
10:01dans un lieu absolument compatible
10:03avec la prise de cette photo.
10:05Il fait partie
10:05des deux seuls porteurs
10:07d'un appareil photo
10:08visible dans cette scène
10:10qui est positionné
10:12au bon endroit,
10:13au bon moment.
10:13Comme la majorité
10:14des Stringers d'Eipi,
10:15à ce moment-là,
10:16il était bien muni
10:17d'un pentax sur le terrain.
10:19Éclame dans le docu
10:20avoir été spolié
10:21de sa photo de Kim Fook
10:22ce jour du 8 juin 1972.
10:25Pourquoi n'a-t-il
10:26jamais été crédité ?
10:27Est-ce la faute d'Orst Fass ?
10:29Cette légende de la photo
10:30et directeur du bureau
10:31d'Associated Press
10:32à Saigon
10:33a-t-il voulu privilégier
10:34un membre du staff d'Eipi
10:36plutôt qu'un pigiste ?
10:37Un pigiste qui plus est
10:39sans réelle voix
10:40ni pouvoir
10:40pour revendiquer ses droits.
10:42Ou alors,
10:42se racheter de la mort
10:43du frère de Nikut ?
10:44Lui aussi a été employé
10:46de l'agence
10:47mais il a été tué sur le terrain.
10:48Certainement,
10:49un peu de tout ça à la fois.
10:51Ce cliché révèle
10:52deux histoires.
10:53L'horreur d'une guerre,
10:54comme on l'a dit,
10:55mais il capture aussi
10:56un drame humain,
10:57notamment pour Nguyen Tran Nyeh,
10:59dont le trauma du vol
11:00de son image
11:01a eu des répercussions profondes
11:03sur toute sa vie.
11:04Mais pas seulement.
11:05Je pense que Nikut
11:05est une victime
11:07en cette histoire.
11:07À mon avis,
11:08il n'a pas vu
11:09la négative
11:10fraîchement développée
11:12avant qu'il soit découpé.
11:14Il n'a vu que des tirages.
11:15Des tirages ont pu sélectionner.
11:17Il a entendu son patron
11:19Ors Fass lui dire
11:20« Tu as fait du bon boulot. »
11:21Nikut ne peut pas être certain
11:23absolument
11:23que Ors Fass
11:26lui a menti,
11:27s'il vous plaît.
11:28Il a pu avoir balayé
11:30ses doutes
11:30devant l'assurance
11:32de son patron.
11:33Puis après,
11:34il y a eu
11:34le prix Pulitzer,
11:35le WordPress.
11:36Ça lui montait la tête.
11:37Et puis après,
11:38il a pu y croire sincèrement.
11:40Il y a aussi
11:41une autre victime
11:41dans cette histoire.
11:42C'est le Stranger.
11:43La question de l'auteur
11:45de la photo,
11:46je pense,
11:46ne remet pas en cause
11:48le fond,
11:48le contenu
11:49de cette image
11:50et sa puissance narrative,
11:52sa puissance politique.
11:53Malgré tout,
11:54je pense que
11:54s'intéresser
11:55et connaître
11:56et comprendre
11:57les conditions
11:58dans lesquelles
11:58ces images
11:59sont capturées,
12:01mais aussi derrière,
12:02diffuser,
12:03publier,
12:03etc.,
12:04c'est quelque chose
12:04de très important.
12:05Il est établi
12:05que de nombreux
12:06photographes
12:07freelance vietnamiens
12:08étaient sur le front,
12:11étaient en première ligne,
12:12prenaient beaucoup
12:13de risques
12:14et n'ont jamais
12:15véritablement été crédités
12:16pour les photos
12:17qu'ils ont produites
12:18et qui ont derrière
12:19circulé partout.
12:21Rétablir la vérité
12:22d'un cliché
12:22qui a eu un impact
12:23dans l'un des conflits
12:24les plus troubles
12:25du XXe siècle
12:25semble essentiel
12:27dans un monde
12:27comme celui d'aujourd'hui,
12:29où la post-vérité
12:30et la défiance
12:31face au journalisme
12:32s'installent
12:33de manière très préoccupante.
12:34La petite Fiona Palme
12:35a beau avoir été prise
12:37il y a 53 ans,
12:38ses enjeux
12:39demeurent très actuels.
12:40C'est Nick Cook.
12:41Il est trop loin de l'arrivée.
12:43Tu ne peux pas
12:43obtenir la photo
12:44si tu n'es pas là.
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