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00:00Vous êtes sur France 24 et vous avez raison, bienvenue dans votre journal de l'Afrique.
00:06A la une ce soir, la brève escale de l'émir du Qatar à Kinshasa après sa visite à Kigali.
00:12Le médiateur dans les négociations entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais souhaite également booster les investissements dans le pays.
00:20Nous irons sur place dans cette édition.
00:22Nous irons également en Guinée-Bissau pour le dernier jour de campagne alors que les électeurs sont appelés aux urnes pour les scrutins présidentiels et législatifs.
00:32Le président sortant, Omarou Sisoko Ambalo, fait face à 11 candidats mais sans le parti historique écarté de la course.
00:40Explications à suivre.
00:43Et notre invitée de ce soir est une des voix emblématiques du continent.
00:47Chanteuse, musicienne, danseuse malienne à la carrière internationale qui publie son tout premier livre « Je suis née libre ».
00:54Une autobiographie poignante, écrite après une épreuve personnelle douloureuse.
00:58Un effroyable emballement judiciaire qui va la conduire à plusieurs reprises en prison.
01:03Elle y parle aussi de sa vision de l'art, de la liberté et de l'Afrique d'aujourd'hui.
01:08Rokia Traoré est notre invitée.
01:10On ouvre ce journal par la visite de l'émir du Qatar à Kinshasa.
01:16Après visite au Rwanda, le Qatar, médiateur dans les négociations entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais,
01:23est venu aussi pour booster les investissements dans le pays.
01:27La question sécuritaire de l'Est congolais est aussi au menu.
01:30Les précisions, notre correspondante Aurélie Bazaraki-Bangoula.
01:33Le tapis rouge a été déroulé à Kinshasa pour accueillir l'émir du Qatar.
01:40La cérémonie a été diffusée en direct à la télévision nationale.
01:44Preuve de l'importance de cette visite pour la RDC.
01:48L'objectif de la venue du cher Tamine Ben Hamad Al-Tani,
01:51c'est de renforcer la coopération bilatérale entre les deux pays.
01:56Plusieurs mémorandums d'entente ont été signés dans les domaines des transports, de la justice ou encore de la jeunesse.
02:02En septembre, une société qatarie avait annoncé son intention d'investir 21 milliards de dollars dans le secteur minier et des transports.
02:11Alors si cette visite de l'émir du Qatar n'est pas directement liée au processus de paix,
02:16la situation sécuritaire dans l'Est congolais a bien été évoquée.
02:21Le Qatar est l'un des médiateurs.
02:23La semaine dernière, les autorités congolaises et les rebelles de l'AFCM 23 ont signé un accord cadre à Doha.
02:30Alors il ne s'agit pas encore d'un accord de paix, mais cet accord cadre ouvre la voie vers un accord, cette fois définitif.
02:38Les autorités congolaises et l'AFCM 23 doivent se mettre d'accord encore sur six points,
02:43notamment le retour de l'autorité de l'État dans les zones contrôlées par les rebelles.
02:49Au Nigeria, au moins 52 personnes ont été enlevées dans une école catholique de l'État du Niger, dans le nord-ouest du pays.
02:56C'est le deuxième kidnapping de masse en quelques jours après l'enlèvement de 25 jeunes filles dans le Kébi.
03:03Malgré une alerte sécuritaire, l'établissement était resté ouvert.
03:06Le président Tinoubou a annulé ses déplacements internationaux face à cette nouvelle flambée de violence.
03:14Dernier jour de campagne en Guinée-Bissau, où les électeurs sont appelés aux urnes dimanche pour un double scrutin présidentiel-législatif.
03:21Le président sortant, Omar Ossisako Ambalo, fait face à 11 candidats.
03:26La présidentielle se tient pour la première fois sans le PIAGC.
03:29Le parti historique écarté de la course officiellement pour un dépôt tardif de dossiers.
03:34À la campagne comme à la ville, les Bissau-Guinéens peinent à joindre les deux bouts.
03:38Sarah Sako, Aminatou Diallo, Alain Hierro Ambalo sont allés à leur rencontre.
03:43Reportage.
03:43Aux alentours du village de Blon, au nord de Bissau, ces jeunes pratiquent la riziculture de mangroves.
03:53Santos a 18 ans et rêve de devenir footballeur.
03:56En attendant, il travaille dans le champ familial.
03:59Le riz, c'est notre alimentation de base.
04:09Il est très important pour nous.
04:13Si tu ne cultives pas, comment vas-tu vivre ?
04:18Tu es obligé de te débrouiller pour trouver de l'argent et acheter du riz.
04:21À quelques centaines de mètres, la maison familiale de Santos.
04:29Le riz récolté y est séché, puis décortiqué.
04:32La récolte permet de nourrir la quinzaine de personnes,
04:35mais n'a pas donné de surplus pour la vente cette année.
04:39Armando, le chef de famille, espère des jours meilleurs.
04:44À côté de l'agriculture, j'enchaîne les petits boulots.
04:47Parfois, je suis manœuvre pour les chantiers, ou chauffeur, ou menuisier.
04:53Pour nous, le meilleur candidat, c'est celui qui va aider à améliorer la Guinée-Bissau.
04:57Surtout dans l'agriculture, puisque la plupart d'entre nous sont des paysans.
05:01On a besoin de tracteurs pour accroître nos productions.
05:05Le quotidien est encore plus rude en ville.
05:08Au grand marché de Bandim, dans la capitale Bissau,
05:11Fatoumata Binta tente de négocier en vain.
05:14Alors, le savon, c'est combien ?
05:198500 ? Mais je n'ai que 5000. Il me manque 3500.
05:25Je n'ai même pas de riz à la maison en ce moment.
05:28C'est tellement difficile pour nous, parce que tout est tellement cher.
05:31Que Dieu nous aide.
05:31La difficulté à joindre les deux bouts, le faible pouvoir d'achat,
05:38est l'une des préoccupations majeures des Bissau-Guinéens avec qui nous avons parlé.
05:42Paradoxalement, c'est une thématique qui est peu apparue dans les discours de campagne des candidats à la présidentielle.
05:47C'est 12 candidats qui doivent s'affronter dans les urnes ce dimanche.
05:50On passe à notre focus culture de ce vendredi soir avec une figure incontournable de la scène musicale africaine.
05:59Rokia Traoré, la chanteuse malienne aux six albums, aux multiples influences, vient de publier
06:04« Je suis née libre », un récit personnel aux éditions.
06:08Jean-Claude Lattès, né d'une longue bataille judiciaire avec un engagement sans faille pour l'art et la liberté.
06:14Entre autres, hommage aux traditions, au mandat, un combat pour la création, une affirmation de soi.
06:19Elle est avec nous ce soir.
06:21Merci, Rokia Traoré, et bienvenue dans votre journal de l'Afrique.
06:24Merci de m'accueillir.
06:26Vous avez passé plusieurs mois en prison, dans trois pays différents, séparés de vos enfants,
06:31pour une histoire de garde d'enfants, au départ.
06:35D'abord, comment allez-vous et comment vont vos enfants ?
06:38Je vais bien, parce que les enfants vont très bien.
06:42Ça fait plaisir à entendre, parce que quand on lit ce récit d'une épreuve judiciaire douloureuse effroyable,
06:49vous avez été arrêtée en arrivant à Paris le 25 novembre 2019, une première fois.
06:56Alors, vous deviez partir à Moscou pour l'Opéra du Bolshoï.
07:00Et à partir de là, c'est l'emballement, et depuis, vous vivez un enfer.
07:04Racontez-nous.
07:06Alors, je suis arrêtée pour enlèvement, séquestration et prise d'otages.
07:11De votre propre fille ?
07:12Oui, de ma propre fille, et surtout que je n'ai pas...
07:16Beaucoup de gens comprennent tout de suite que j'ai pris l'enfant, que je vivais en Belgique,
07:20et j'ai fui au Mali, comme c'est écrit d'ailleurs sur ce premier mandat d'arrêt européen,
07:26émis avant la fin de l'instruction du dossier et avant mon inculpation.
07:30Parce que c'est grâce à ce mandat d'arrêt européen qu'on va me demander de me rendre librement en Belgique,
07:36parler au juge d'instruction.
07:38Donc moi, je crois qu'en discutant, en expliquant qu'il y a une erreur que j'ai toujours vécue au Mali depuis longtemps,
07:43ça va s'arrêter.
07:44Mais tout commence là.
07:45Parce que là, du coup, on achève avec un interrogatoire d'environ deux heures.
07:50Je passe la nuit en garde à vue, que je finis à l'hôpital, choquée.
07:55Et puis on arrive devant le juge d'instruction après le lendemain, vers 16h.
07:58On me dit que je suis inculpée et qu'on me libère pour que je parte au Mali chercher l'enfant
08:05et l'amener en territoire belge.
08:06Donc à partir de là, je ne le fais pas, parce que je ne comprends pas.
08:09Je ne comprends pas cette manière de procéder qui est contraire à ce que je savais de la justice.
08:15Je me sens en insécurité et un parent qui se sent en insécurité protège son enfant.
08:21Comment amener mon enfant dans cette procédure que je ne comprends pas ?
08:25Donc j'avais fait appel, la procédure d'appel était en cours.
08:30Je me dis que je vais attendre cette procédure, je ne peux pas amener cet enfant.
08:34Mais le juge d'instruction m'avait averti qu'au bout d'un mois, qu'il avait tous les pouvoirs
08:39et qu'au bout d'un mois, il remettait le mandat d'arrêt européen.
08:42Et depuis, la machine ne s'est pas arrêtée.
08:44La machine, pour vous, avec le recul, soyons clairs ici dans le Journal de l'Afrique,
08:51qu'est-ce qui s'est passé ?
08:52Comment vous appelez ce qui vous est arrivé à plusieurs reprises de la prison,
08:57que ce soit en France, Fleury Mérogis, que ce soit en Belgique, que ce soit en Italie ?
09:04Pourquoi cette machine judiciaire s'est emballée dans votre car au 4H ?
09:08En fait, je ne sais pas comment ce dossier a pu exister, sachant que ce qu'on appelle enlèvement,
09:17qui est une requalification d'une non-présentation d'enfants, qui est issue d'un dossier, d'une procédure,
09:23qui a commencé pendant que je vivais au Mali, par rapport à la garde...
09:26Votre enfant, votre fille habitait avec vous, au Mali, avec la cour du père.
09:31Que le père se plaigne.
09:32Il y a beaucoup de couples, d'histoires de séparation.
09:35C'est, voilà, depuis que les femmes ont le droit de divorcer, ces cas-là sont courants, malheureusement.
09:43Mais il y a des juridictions, il y a des règles.
09:45Donc, que cette requête ait été introduite au tribunal de Bruxelles, au lieu du tribunal de Bamako,
09:52ville de résidence habituelle de l'enfant, est la première question.
09:58Et c'est, en fait, à partir de... Je ne comprends pas.
10:01Je ne comprends pas ce qui se passe. Je ne comprends pas qu'on en arrive là.
10:03Je ne comprends pas que, finalement, l'intérêt supérieur de l'enfant n'est plus au centre du débat.
10:13Mais j'ai l'impression que c'est devenu...
10:15En fait, on me l'a fait comprendre quelques fois que je défie la justice.
10:19Mais j'ai peur. Je suis terrorisée.
10:21Je suis une maman qui ne comprend pas.
10:23Et mon refus d'amener cet enfant, en attendant, au moins, que l'appel soit jugé,
10:33est pris comme un défi.
10:36Donc, j'écris à tout le monde, des associations, des ONG de droit de l'enfant,
10:40le ministère de la justice belge, etc., pour leur expliquer.
10:43Attendez au moins qu'il y ait l'appel.
10:44Cet enfant va à l'école.
10:45Elle a un grand frère.
10:46Sa fille est là.
10:47Personne ne m'écoute.
10:48Et je suis née en prison.
10:49Et de prison, en prison.
10:50Et vous faites le...
10:52C'est vraiment horrible, cette histoire, de tout ce qui vous est arrivé par la suite.
10:58En prison, vous découvrez aussi une part d'humanité, finalement, qui est mise au rebut.
11:04Vous rencontrez notamment cette jeune fille.
11:06Moi, ça m'a beaucoup touchée, ce moment.
11:09Cette jeune fille qui a 18 ans, qui a l'âge que votre fils, justement, avait à ce moment-là.
11:13Et que vous voyez qu'en fait, elle est en détresse aussi.
11:17Et malgré votre cas, vous arrivez quand même à lui tendre la main à cette petite jeune fille.
11:21C'était très compliqué parce que je n'arrivais pas à appeler mon fils.
11:24Puisque j'étais censée être extradée, je n'avais pas les mêmes droits.
11:29C'était compliqué.
11:30Je n'avais pas parlé à mes enfants depuis longtemps.
11:32Mais je m'inquiétais pour mon fils qui venait d'avoir le bac et atterri à Paris.
11:36Je n'étais pas là.
11:36J'avais réussi à régler une partie des choses, mais pas tout.
11:40Donc, je ne sais pas ce qui se passe.
11:41Et puis, il y a cette jeune fille qui a le même âge, qui est belle comme tout, mignonne.
11:46Et qui me dit, un jour, je lui dis que mon fils a son âge.
11:49Il me dit, ah, j'aimerais bien le rencontrer, etc.
11:51Et qui va mal, qui visiblement se drogue un peu, qui est là pour trafic de drogue.
11:57Et c'est perturbant, mais en même temps, c'est une enfant.
12:00Et je fais comme je peux.
12:02Et je n'aime pas être avec elle parce que je n'ai pas l'énergie de ça.
12:06Mais on est ensemble dans la même cellule.
12:08Oui, elle est difficile.
12:09Elle vous racontait qu'elle ne range pas, qu'elle ne veut pas.
12:12Terrible, mais adorable.
12:13Comme une poupée.
12:14Très, très, très belle.
12:15Attachante, quoi.
12:16On dirait attachante aujourd'hui.
12:17Tout à fait.
12:18Et c'est une adolescente, forcément.
12:20Et donc, vous ne renoncez pas à votre part d'humanité dans ce livre.
12:23Et c'est pour ça que, d'ailleurs, c'est marqué.
12:24Vous êtes née libre.
12:26Il y a aussi ce trait.
12:27Vous commencez à un moment donné, au début d'ailleurs,
12:29par nous raconter l'histoire de votre père,
12:31de ce qu'il vous a inculqué,
12:33de votre tradition, de votre fierté mandagne.
12:36J'aimerais qu'on en dise un mot parce qu'il y a un moment donné,
12:38dans le livre, vous expliquez justement que votre premier mari,
12:42donc celui qui est le père de votre fils,
12:45il y a un moment donné, une avocate qui dit
12:46vous n'allez pas l'emmener au Mali, votre enfant.
12:49En gros, l'Afrique, c'est pas bien pour élever un enfant.
12:53Quand même amener cet enfant au Mali.
12:55Quand même, quand même.
12:56Quelle idée ?
12:56Si seulement elle connaissait mon Mali.
12:58Exactement.
12:58Et mon Afrique.
12:59Qu'est-ce que vous voulez dire ?
13:00Un mot sur cette Afrique-là, qui vous habite ?
13:03Cette Afrique-là, la boue ne me dérange pas.
13:06D'ailleurs, petite, je me rappelle, ça faisait rire mon père,
13:10quand j'entendais parler de pays sous-developpés, etc.,
13:13et que j'ai compris qu'il s'agissait de l'Afrique,
13:15je disais, mais je ne comprends pas.
13:16Ici, il y a le beignet de Millet cuit au beurre de karité,
13:22de Mamanassou, qu'on va acheter tous les matins,
13:26et j'adore quand on fait le feu,
13:27avec le reste d'épis de mille,
13:31après les récoltes, quand on a un peu froid,
13:33et moi j'adore, on a un torse nu,
13:36c'est pas ce qu'on aime, mais je ne comprends pas.
13:37On n'est pas sous-développés, on mange très bien ici.
13:40Et ça faisait rire mon père.
13:42Et alors, on va vous voir en tant qu'artiste bientôt,
13:44on va vous recevoir en tant que chanteuse.
13:46Eh bien, écoutez, j'espère,
13:47parce que pendant longtemps,
13:50je n'arrivais plus à chanter,
13:51ni à jouer de la guitare, etc.,
13:52j'étais totalement perturbée.
13:55Mais c'est vrai que finalement,
13:57en reprenant, et puis on se rappelle
13:59qu'on a été chanteuse un jour,
14:01et qu'on adore ça quand même.
14:02Eh bien, on a hâte de vous entendre chanter à nouveau.
14:05Merci beaucoup, Roquia Traoré,
14:07d'être venue sur le Journal de l'Afrique.
14:08Je rappelle ce livre,
14:10Je suis née libre aux éditions Jean-Claude Lattès.
14:12Merci beaucoup, c'est la fin de ce journal.
14:14Merci à tous ceux qui nous ont regardés.
14:16Partout dans le monde,
14:17et ce soir, forcément,
14:18de Bamako à Bruxelles,
14:20en passant par Paris et Rome.
14:22Restez avec nous,
14:23car l'actualité continue sur Canzane 4.
14:25Merci.
14:25Les portes s'ouvrent.
14:39C'est quand même incroyable.
14:42C'est quelque chose de fou.
14:46Ça résonne en nous.
14:51C'est comme si tu étais dans un autre monde.
14:55Chaque jour,
14:57la culture fait du bruit sur France 24.
14:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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