00:00J'ai compris qu'en fait c'était le père d'un des terroristes du Bataclan.
00:04J'ai regardé cet homme en me disant il y a une chance sur trois pour que son fils ait tué Mathieu.
00:08Et en même temps j'ai eu une grande empathie de me dire que cet homme a aussi perdu son fils.
00:13Et donc ça a été un moment d'audience très douloureux pour moi.
00:16Bonjour Marie-Claire, je suis Aurélie Sylvestre.
00:24Si je dois convoquer des souvenirs, je pense que je me vois avec une main sur mon gros ventre
00:29et tenant la main de mon fils en fait.
00:32Cette drôle d'équipe qu'on a formée tous les trois en fait dès le départ.
00:37On ne sait pas qui a sauvé qui mais on a eu un trio très rapidement qui s'est mis en place
00:41et qui a fait que moi j'ai pu continuer à vivre parce qu'il fallait que je fasse des choses
00:45et eux évidemment ils se sont pluggés à mon énergie pour qu'on continue et c'est vraiment l'image que j'ai.
00:51Moi je suis arrivée au procès, je ne connaissais rien comme je l'ai dit, de la procédure, des accusés,
00:55je n'avais vraiment absolument rien suivi, je m'étais juste recroquevillée sur mon chagrin.
01:00Et donc au tout début du procès, je me suis installée au fond de la salle
01:03et je me suis mise à noter des dates, des lieux, des heures.
01:05Et un jour je suis arrivée dans la salle d'audience, il y avait un homme à la barre, un peu fébrile
01:11et j'ai compris qu'en fait c'était le père d'un des terroristes du Bataclan.
01:16J'ai regardé cet homme en me disant il y a une chance sur trois pour que son fils ait tué Mathieu
01:19et en même temps j'ai eu une grande empathie de me dire que cet homme a aussi perdu son fils.
01:25Et donc ça a été un moment d'audience très douloureux pour moi
01:27parce qu'à la fois j'étais balottée dans des émotions très contradictoires
01:30et surtout j'ai compris que ça ne servait à rien de noter des dates, des lieux et des heures,
01:35qu'en fait c'était une histoire d'homme et que les histoires d'homme c'est infiniment compliqué
01:39et surtout c'est infini en fait.
01:41Donc j'ai brûlé mon cahier.
01:43Je me suis rendu compte récemment que mes enfants parlent pas mal entre eux
01:48mais du deuil en plus que de leur histoire.
01:50Je pense qu'ils ne se sont pas encore totalement emparés de cette histoire
01:54qui est de toute façon trop grosse pour nous.
01:56Je veux dire déjà accéder à l'information selon laquelle leur père est mort,
02:01c'est déjà une énormité se dire il a été assassiné dans une tuerie de masse.
02:04Je pense qu'il faut beaucoup de temps pour y aller
02:06et je leur laisse le temps qu'il leur faut pour y aller.
02:10Mais quand ils seront prêts, quand ils auront des questions précises,
02:15je serai là pour leur répondre.
02:16C'est aussi la raison pour laquelle je suis allée au procès
02:18pour pouvoir avoir des choses à dire sur tout ça, sur toute cette folie.
02:24Je n'ai pas ressenti de culpabilité, elle est venue de l'extérieur en fait.
02:27On a quelque chose à dire du comportement des femmes, quoi qu'il arrive.
02:30On imagine que si on retombe amoureuse, c'est qu'on a peu aimé l'homme avec lequel on était
02:35ou qu'on l'a vite oublié, ça n'a rien à voir.
02:37Et moi, je l'ai vécu dans ma chair et donc maintenant, je suis contente de pouvoir le raconter.
02:40En fait, pas du tout.
02:42Moi, Mathieu, c'est l'homme de ma vie.
02:44Enfin, c'est le père de mes enfants.
02:45L'amour que je lui porte ne cessera jamais.
02:49Mais il ne m'empêche pas, par ailleurs, d'avoir d'autres histoires.
02:52C'est un peu compliqué parfois, mais en tout cas, c'est tout à fait possible.
02:56Je ne le trompe pas, en fait.
02:58C'est-à-dire que je ne profane pas.
02:59Au contraire, je continue à vivre et je ne le fais jamais parler.
03:04Mais je pense que c'est ce qu'il aurait souhaité pour moi, évidemment.
03:07Être victime d'un attentat, ça change tout, en fait.
03:11Ça change la femme qu'on est.
03:13Ça change la position dans la famille.
03:17Ça change le réseau social.
03:18Je suis assez contente de me dire que 10 ans après, je vais bien.
03:21Mes enfants vont bien aussi.
03:22Tout a à peu près été restructuré.
03:24J'ai métabolisé mon histoire.
03:26Il faut faire avec ces nouvelles données.
03:28Et je crois qu'on n'y arrive pas si mal.
03:34Je crois qu'on n'y arrive pas si mal.
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