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  • il y a 2 mois
Les attaques terroristes du 13-Novembre 2015 ont fait 133 morts. Mais aussi plus de 70 orphelins. Dans cette vidéo, Caroline nous raconte comment elle a annoncé à ses deux enfants, âgés de deux et six ans, la mort de leur père au Bataclan. Maxime, lui, témoigne du traumatisme de son père Fred Dewilde, rescapé du Bataclan, qui 9 ans après le choc s’est suicidé.

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Transcription
00:00D'une certaine manière, j'aime autant le Bataclan que je veux le fuir.
00:03J'ai dit en méchant à tuer papa.
00:04Quand votre fils de 2 ans, il vous demande à quoi ressemble une balle et comment elle traverse la peau,
00:12à 2 ans et demi, ça fait bizarre quand même d'avoir ce genre de demande.
00:16Les attaques terroristes du 13 novembre 2015 contre le Bataclan, les terrasses parisiennes et le Stade de France
00:22ont fait 133 morts, mais aussi plus de 70 orphelins.
00:26C'est l'histoire de deux familles que nous avons décidé de vous raconter dans cette vidéo.
00:30Caroline Jolivet a un fils et une fille, aujourd'hui âgés de 12 et 16 ans.
00:34Son compagnon, Christophe, le père de ses enfants, a été tué au Bataclan.
00:39Le 13 novembre, mon mari Christophe s'était organisé pour que je rentre un peu plus tôt
00:48pour qu'il puisse partir au concert ce soir-là.
00:53Je lui ai souhaité une bonne soirée et voilà, il n'est pas revenu.
01:00Maxime Calizo, lui, a 14 ans le 13 novembre 2015.
01:04Son père, connu sous le pseudonyme de Fred Deweild, est un rescapé du Bataclan.
01:08Le 5 mai 2024, après 9 ans à vivre avec ce traumatisme, il se donne la mort.
01:14Le jour des attentats, Maxime est en troisième.
01:16En sortie scolaire, loin de Paris, il apprend, en rentrant chez lui, ce qu'il se passe dans la capitale.
01:22On voit quand même la tête des profs s'affole un peu.
01:25Et on comprend sur le coup quand même qu'il y a quelque chose qui cloche.
01:30Ce n'était pas moi, je n'étais pas allé chercher sur mon téléphone,
01:32mais très vite, les infos plulent à une vitesse phénoménale.
01:37C'est la vitesse de la lumière, généralement ce genre d'infos.
01:40Explosions, suspicions d'attentats, etc.
01:43Mon père est à une salle de concert sur Paris.
01:45Où ? Qui ? Je ne sais pas.
01:49Mais ok, on se renseigne.
01:52Et là on voit Eagle of Death Metal, et même si je ne me rappelle pas le nom,
01:56je me dis, c'est carrément un truc que pourrait écouter mon père, en fait.
02:00Vers 2-3 heures, juste un message, en gros.
02:03Pour me dire qu'il était en vie, qu'il n'avait rien physiquement, pas blessé.
02:07Ton papa a envie, en gros, plus ou moins.
02:08Il y a beaucoup de tristesse de m'être dit pendant un certain temps quand même,
02:12j'ai plus de papa, je n'ai pas de nouvelles de lui.
02:14Et le dernier souvenir que j'ai de lui, c'était la semaine dernière,
02:17avec les devoirs où j'ai pleuré parce que j'étais triste, parce qu'on s'est fâchés.
02:22Et je n'ai pas envie que ce soit ça notre dernier truc,
02:25j'ai encore plein de choses à lui dire, j'ai plein de choses à lui partager.
02:27Deux semaines après le 13 novembre,
02:29Maxime revoit son père pour la première fois depuis les attentats.
02:32Mais ce n'est que bien plus tard que Maxime parle ouvertement de ce sujet, avec son père.
02:36On s'est assis tous les deux et il m'a dit, il faut que je te parle de ça.
02:40Et donc il m'a parlé, voilà, ton père s'est retrouvé dans une salle.
02:45Je me suis retrouvé avec une dame qui m'a peut-être sauvé la vie,
02:49qui s'appelle Untel, qui avait tel âge.
02:53Moi, je n'avais rien, mais elle s'est pris une balle dans la fesse.
02:56Ton papa s'est allongé trois ans dans une mare de sang pour faire le mort.
03:00Il s'en est sorti en vie, mais ton papa est un peu bouleversé.
03:04Ton papa ne dort pas très bien, ton papa si, etc.
03:07Et c'est comme ça qu'on a abordé le sujet pour la première fois.
03:09C'était vraiment ton papa vit ça, ton papa ressent ça.
03:13Est-ce que tu as des questions ?
03:14Est-ce que toi, tu as besoin qu'on parle de certains sujets ?
03:17Est-ce que ça te va, ma version des faits ?
03:20Est-ce que je peux t'aider ?
03:22Je le dis souvent, mais je pense que c'était vraiment un cas clinique de mort vivant.
03:27Il n'était pas réceptif.
03:30Il avait peur de tout et de rien.
03:32C'était un père qui, d'un seul coup, a vu toutes ses bases et toute sa vie s'effondrer,
03:38qui a dû tout recommencer.
03:39Il y a une partie de moi qui s'est perdue à jamais quand je l'ai perdue,
03:43mais il y a une partie de moi qui se reconstruit.
03:46C'est arrivé, c'est très grave, c'est hyper traumatisant,
03:50et c'est OK.
03:52Et tu ne peux pas le changer.
03:54S'il va l'accepter, c'est très bien de dire qu'on ne va pas bien.
03:58Donc j'ai mis ce temps-là, et finalement, je l'ai accepté.
04:01Il y a quand même un petit coup, un gros coup de mou.
04:04Là, je pense que je suis dans une phase plutôt positive de réanimation de ma perception de ce deuil.
04:14Je commence à accepter doucement que c'est un truc qui est grave,
04:20que c'est quelque chose qui me marque, que c'est quelque chose qui va m'affecter toute ma vie.
04:24Et en vrai, c'est une des premières questions que je me suis posée,
04:26c'est qu'est-ce que je vais pouvoir dire à mes futurs gosses ?
04:31Ben voilà, vous n'avez pas de grand-père,
04:33parce qu'il a choisi que ce serait comme ça.
04:37Fred De Wilde a écrit plusieurs BD sur les attentats
04:40et donné des conférences sur ce qu'il avait vécu.
04:43C'était en partie son moyen à lui de se soigner,
04:46de transmettre son expérience et de rendre hommage aux victimes du 13 novembre.
04:50Je pense qu'on pourra demander à n'importe qui dans la famille,
04:54et je dis ça tout le temps.
04:56Personne ne se doutait jusqu'au dernier jour qu'il allait mettre fin à ses jours,
05:01mais il a toujours voulu faire du mieux possible.
05:04Et c'est la preuve, même dans ses BD,
05:07dans la passion qu'on a avec la musique et tout ce qu'il a fait.
05:10Et je pense que le fait qu'il ait traversé ça,
05:12moi ça m'a permis de l'aimer et que je ne l'aurais jamais aimé autant
05:15s'il n'avait pas traversé ça.
05:16Donc d'une certaine manière, j'aime autant le Bataclan que je veux le fuir.
05:20Caroline Jolivet a dû faire face à un exercice quelque peu différent,
05:24annoncer et expliquer la mort de son compagnon à ses enfants,
05:27alors en bas âge.
05:28De toute façon, la focale, elle est tout de suite sur les enfants.
05:31« C'est moi l'adulte, il faut que je me démerde, il faut que je trouve,
05:34il faut trouver quelque chose à dire. »
05:37Au fur et à mesure de dire que c'était très grave
05:39et que jusqu'à cette annonce, le pire moment,
05:49le pire quoi, parce que c'est atroce.
05:55Déjà que quand on est jeune maman, les enfants avaient 2 et 6 ans,
05:58j'ai fait comme je pouvais.
06:01J'ai dit « Il y a un méchant, un méchant a tué papa. »
06:05Il y a des gens qui ensuite vous disent « De toute façon, à 2 ans, il n'a pas compris. »
06:11« Vas-y, en fait. »
06:13Enfin, il comprend à la mesure de ce qu'il peut comprendre.
06:16Mais quand votre fils de 2 ans, il vous demande à quoi ressemble une balle
06:22et comment elle traverse la peau à 2 ans et demi.
06:26Ça fait bizarre quand même d'avoir ce genre de demande.
06:29C'est vrai qu'en fait, les enfants, ils comprennent beaucoup plus que ce qu'on pense.
06:33Et c'est très déstabilisant.
06:35Pourquoi je ne l'ai pas empêché de sortir de l'appartement ?
06:38J'aurais dû pouvoir le défendre.
06:42Même du haut de leurs 2 et 6 ans, ils avaient ce genre de réflexion.
06:48Moi, en tant qu'adulte, j'étais rongée par la culpabilité d'avoir rien pu faire.
06:57Ils n'arrivaient plus à dormir puisqu'ils ont perdu leur père pendant qu'ils dormaient.
07:01Donc les nuits ont été infernales.
07:06Pour se reconstruire, Caroline a écrit plusieurs livres.
07:09Elle s'est aussi formée à la sophrologie pour aider ses enfants
07:12qui avaient du mal à aller à l'école.
07:14Il y a eu la mort de leur papa et puis la peur.
07:20Et en fait, il y avait les deux.
07:23Donc eux, ils étaient terrifiés que je sorte de la maison.
07:29La moindre absence devenait impossible en fait.
07:33Se séparer, c'était devenu une prochaine mort en fait.
07:38C'était surtout dur à l'école.
07:41C'était la séparation le matin, c'était pendant des années.
07:47C'était infernal.
07:49Mais le jour, après des périodes comme ça, où vous voyez votre enfant,
07:56même pas se retourner là, salut maman,
07:59mais alors le bonheur que ça fait,
08:05la joie de dire, ça y est, quelque chose de normal, c'est bon.
08:12Caroline et Christophe étaient passionnés de musique.
08:15Pour ses enfants, elle a trouvé la force de les emmener en concert.
08:18Je suis la seule qui reste.
08:21Donc comment je fais pour transmettre ce à quoi ils avaient le droit ?
08:31Comment je fais ?
08:32Les concerts, c'était notre passion.
08:36Et si moi, je leur montrais qu'on pouvait y aller quelque part,
08:41ils ne se priveraient pas de ça pour plus tard.
08:44C'était il y a quelques années, ça reste assez récent.
08:46J'ai mis très longtemps.
08:48Je me suis privée de beaucoup de beaux concerts.
08:51Mais c'était impossible.
08:53Je les ai emmenées voir Red Hot Chili Peppers au Stade de France.
09:00Et ça a permis de vivre un joli moment.
09:05Mais ça a été une break-up pour les trois, pour nous trois.
09:09Maintenant, c'est quelque chose que je continue.
09:12On ne va pas aller dans la fosse.
09:14Et puis, je ne les emmènerai jamais voir un concert au Bataclan.
09:18Pour moi, ce n'est pas possible, en fait.
09:20C'est un lieu de mort.
09:21Maxime et les enfants de Caroline sont devenus pupilles de la nation.
09:24C'est un statut pour protéger les enfants et les jeunes
09:26dont l'un des parents a été victime de guerres ou d'actes terroristes.
09:30Je suis presque fier de pouvoir dire que je suis pupille.
09:34Et pendant très longtemps, sur mon sac, si je n'ai pas le patch licorne,
09:37j'ai le patch bleu et de France.
09:39Et c'est hyper important pour moi de l'avoir et de pouvoir le représenter.
09:43Donc ça, ça m'a permis de me rassurer, en fait.
09:46Puisqu'ils sont présents.
09:50C'est un statut particulier qui fait que c'est sécurisant.
09:58Ça m'a beaucoup rassurée de savoir qu'il y avait un accompagnement
10:04jusqu'à la fin de leurs études, en fait.
10:07Et puis, il y avait aussi des suivis,
10:09enfin, une prise en charge psy sur deux ans, je crois.
10:13C'est déjà formidable.
10:15Franchement, moi, je trouvais que c'était très bien.
10:18J'en suis très reconnaissante.
10:19J'ai hâte des prochaines commémorations
10:22et j'ai hâte de voir ce qui va être fait
10:25parce que pour moi, c'est un devoir de mémoire
10:26et je suis content, du coup, d'en prendre partie.
10:30J'ai une histoire un peu particulière.
10:32C'est vraiment une chance, c'est un privilège
10:33qu'on me donne la parole et que je puisse en parler,
10:36que d'autres gens puissent l'écouter
10:38et de me dire que je vais peut-être avoir un impact positif,
10:41pas juste que pour les victimes du 13, pour tout le monde.
10:45Comme chaque année, des hommages se dérouleront
10:48sur les lieux des attaques,
10:49au Stade de France, aux terrasses et au Bataclan.
10:52Pour les dix ans, une grande commémoration aura lieu
10:54dans le nouveau jardin mémoriel aménagé
10:57près de l'hôtel de ville.
10:58L'occasion pour les victimes et les familles
11:00de se recueillir et de rendre hommage aux disparus.
11:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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