00:00Dans nos studios ce matin face à Arnaud Pontus, le philosophe Constantin Sigoff, vous êtes également directeur du centre d'études européennes à l'université Moïla de Kiev, auteur du livre Musique en Résistance.
00:13Bonjour Constantin Sigoff. Bonjour.
00:15Merci d'être dans nos studios à l'occasion de votre passage à Paris et je précise que vous sortez quasiment de l'avion qui vous amenait de Pologne après vous avoir amené être venu de Kiev.
00:26A l'approche de l'hiver, la Russie multiplie depuis des semaines maintenant les bombardements sur les infrastructures énergétiques et le réseau ferroviaire ukrainien.
00:34Il y a eu cette nouvelle frappe massive samedi. Vous qui arrivez tout juste, dites-nous à quel point ces attaques pèsent sur la vie quotidienne des Ukrainiens.
00:44C'est vrai que l'électricité est tout le temps coupée dans toutes les institutions, sans parler des maisons personnelles, privées.
00:53Je passais par exemple pendant les deux dernières semaines, chaque jour à l'université, régulièrement, les coupures d'électricité font qu'on doit arrêter les ordinateurs, la technique sensible à cette étrange attaque.
01:11Exemple concret, votre collègue, excellent journaliste Tetiana Ogarkova est venue dans mon bureau mercredi dernier pour enregistrer justement un podcast en français pour vous.
01:26Sur ce livre, Musique en résistance, Arbe Perte et Valentin Sylvestrov, j'ai conseillé à elle de plutôt utiliser une batterie qu'une prise d'électricité.
01:36En effet, au bout d'un quart d'heure de conversation, tout était coupé.
01:42Et c'est la vie quotidienne des Ukrainiens.
01:44Exactement.
01:45Et c'est la façon, c'est cette vie à laquelle vous devez vous habituer.
01:50Pourquoi la Russie frappe-t-elle ses cibles ?
01:52L'objectif c'est quoi ? C'est de démoraliser la population ?
01:55Oui, c'est effectivement affaiblir la résistance et justement faire disparaître en quelque sorte le fait que les Ukrainiens, au bout de la quatrième année de la Grande Guerre et au bout de la onzième année après l'annexion de la Crimée et le commencement de l'agression russe à Donbass,
02:19on résiste et nécessairement on doit résister encore plus ensemble avec l'Europe et la France.
02:26Qu'est-ce qui fait tenir les Ukrainiens, Constantin Sigoff ?
02:29Écoutez, le danger est très grave.
02:32Vous avez attendu qu'il y a juste quelques semaines, en octobre, un grand photographe français, Anthony Lallecan, était tué par un drone russe.
02:45Et à vrai dire, j'étais très étonné que même les médias qui ont collaboré et profité des qualités des photos d'Anthony Lallecan, préféraient de dire
02:58« Voilà, un journaliste est tué à l'est de l'Ukraine par un drone, point ».
03:04Sans préciser, et si vous parlez de la fatigue, on est fatigué par les demi-vérités.
03:09Donc vous dites qu'il aurait bien fallu dire « Un drone russe a tué intentionnellement un journaliste français ».
03:17Oui, en plus, il était dans une voiture avec des gros lettres « Presse ».
03:21Donc c'est un crime des guerres.
03:23Et avec lui, dans la voiture, était un autre excellent photographe ukrainien,
03:30Georges Ivankhenko, donc gravement blessé.
03:33Il résume sa situation « Je suis vivant, ma jambe est amputée ».
03:39Voilà les situations des gens qui donnent les faits pour les Français,
03:46pour mesurer la tragédie et le danger réel qui pèse aussi sur toute l'Europe.
03:55Vous voulez dire qu'il n'y a pas de prise de conscience assez forte, encore aujourd'hui en Europe,
04:01que les Européens ne se rendent pas compte de l'intensité de la menace russe qui pèse par ricochet sur eux.
04:08C'est l'Ukraine qui est frappée, mais c'est l'Europe qui est visée.
04:11Mais bien sûr, le drone qui a frappé et qui a tué le journaliste français,
04:17ces drones, ils sont déjà là.
04:19Ils sont en Allemagne, ils sont en Belgique, voire en France.
04:23Alors, il faut quand même faire face et comprendre qu'au lieu de poser des questions
04:32« Est-ce que les chars russes vont arriver jusqu'à les Champs-Alysées ? »,
04:36il est clair qu'un camion avec les drones russes est peut-être déjà là.
04:40Donc, il faut comprendre qu'il faut réagir à ce danger
04:45et réagir avec beaucoup plus de conséquences, beaucoup plus de fermeté et de courage.
04:51– Constantin Sigoff, vous le dites et vous le répétez, vous l'écrivez,
04:55c'est le sort de l'Europe qui est en jeu en Ukraine.
04:58Est-ce que les dirigeants européens en sont bien conscients, selon vous ?
05:03– Écoutez, la question, comment on passe d'une conscience du danger qui est là,
05:08qui est sur la table, qui est devant vous, à l'action ?
05:12Est-ce que, véritablement, on fait tout le nécessaire pour riposter à ce danger ?
05:19Ou bien, on continue d'imprimer les indulgences,
05:23inviter les artistes poutiniens à l'Opéra de Londres ou en Italie, etc.
05:28C'est-à-dire, la politique culturelle, la politique aussi en matière d'information,
05:35on est dans la guerre d'information, c'est aussi l'élément de cette guerre hybride
05:40menée contre nous tous, pas seulement par les cyberattaques,
05:44mais aujourd'hui aussi par les drones.
05:48Vous savez, si un jour vous avez attendu ce bruit absolument terrifiant,
05:53et ce n'est pas juste un avion qui décolle, c'est vraiment quelque chose qui vise vous tuer,
05:59vous comprenez qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, s'engager dans cette résistance.
06:05– Et s'engager dans cette résistance pour les Européens,
06:07à quoi cela ressemblerait, selon vous, Constantin Sigoff ?
06:10On sait bien qu'il y a le soutien financier,
06:13177 milliards d'euros d'aides européennes à l'Ukraine depuis le début de cette guerre,
06:1819 trains de sanctions contre la Russie, on va arriver à 1 400 jours de guerre,
06:22mais est-ce que cette stratégie est la bonne ?
06:25– Écoutez, on part depuis 4 ans à propos du ciel d'Ukraine qui n'est pas toujours protégé.
06:33Pourquoi le président français et d'autres leaders européens
06:37ne peuvent pas arriver par l'avion à Lviv ou à Kiev ?
06:42Pourquoi ils sont obligés de suivre les scénarios russes pour prendre toujours les trains ?
06:51Tout à l'heure, j'ai pris deux trains, une train de nuit Kiev-Helm,
06:56ensuite l'autre train de la capitale ukrainienne jusqu'à la Pologne,
07:01ensuite de la frontière polonaise jusqu'à Varsovie, puis l'avion.
07:06C'est ça un trajet Kiev-Paris aujourd'hui ?
07:09– Pour tous les Français, pour tous les Allemands, pour tous les Européens,
07:12c'est l'exercice en quelque sorte obligé,
07:15parce que le tyran russe impose les règles.
07:19Et donc il faut casser ce scénario, il faut vraiment avoir notre propre agenda
07:25et poser une véritable question ici à Paris,
07:28comment pouvons-nous résister et défaire l'agresseur ?
07:32– Est-ce que l'on a besoin des États-Unis et de Donald Trump pour stopper cette guerre ?
07:37– C'est vrai que les sanctions actuelles contre les compagnies pétrolières russes sont importantes.
07:44– Les sanctions américaines décidées il y a quelques semaines, quelques jours.
07:47– Voilà, contre le COIL et Rosneft.
07:50Donc c'est très important effectivement qu'il y ait une concertation des sanctions
07:55véritablement drastiques européennes et américaines.
07:59Donc ça marche et je crois que c'est la seule manière de voir
08:03qu'effectivement face à nous il y a le colosse à pied d'argile,
08:07l'économie russe vacile ainsi que leur capacité de financer leur agression.
08:15Et à mon avis, dans ce sens-là, tout simplement, il faut être encore plus convaincant, clair
08:21et pas justement faire les exceptions à Orban et compagnie.
08:25– Oui. Un mot pour finir, Constantin Stigoff. Est-ce que vous gardez espoir ?
08:31– Mais c'est pour ça que j'ai écrit ce livre « Musique en résistance »
08:35parce que le compositeur le plus joué sur la planète…
08:40– Arvo Part, qui est estonien, qui est compositeur.
08:43– Alors on ne le connaît pas forcément mais il est effectivement joué dans beaucoup de films notamment
08:48et vous nous invitez à écouter sa musique parce que c'est une musique qui résiste en fait.
08:53– Voilà, et Valentin, Sylvestrof, tous les deux effectivement sont dans les films de François Auzon, Sorrentino.
09:00Ils vous donnent l'accès direct pour entendre la voix de la résistance.
09:05– Merci beaucoup Constantin Stigoff d'être venu ce matin sur RFI et bonne journée.
09:09– Merci pour votre solidarité.
09:11– Merci.
09:13– Merci.
09:14– Merci.
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