- il y a 5 mois
Catherine Bertrand, rescapée des attentats du 13 novembre et autrice de "chronique d’une survivante" aux éditions de La martinière, Sandrine Larremendy, psychologue clinicienne, spécialisée en psychotraumatisme et en gestion de crise, Nadine Ribet-Reinhart membre de l'association 13onze15, Mathieu Langlois porte-parole de la SFMC et ancien médecin chef du Raid et Christophe, chef de groupe à la bac et primo-intervenant étaient les invités d'une émission spéciale d'Affaire Suivante ce dimanche 9 novembre 2025.
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00:00C'est une nuit que nous n'oublierons jamais, chacun de son côté et collectivement nous avons tous été frappés en plein cœur cette nuit-là.
00:06Trois séries d'attaques en plusieurs lieux, 132 victimes décédées et un pays traumatisé.
00:11D'abord le Stade de France, puis les terrasses de Paris et enfin la salle du Bataclan.
00:16Pour en parler avec nous des invités que je suis très heureuse d'accueillir aujourd'hui, Nadine Ribé-Rénard, bonjour, merci d'être avec nous.
00:22Membre de l'association 13-11-15, vous avez perdu votre fils Valentin au Bataclan.
00:27Sandrine Larmandie, psychologue pour la police judiciaire, vous avez accompagné l'ABRI lors de la prise d'otage et des personnes retenues dans le Bataclan, vous nous raconterez aussi votre expérience.
00:38Mathieu Langlois, médecin du RAID, vous êtes intervenu ce soir-là, vous nous raconterez aussi.
00:41Et puis Christophe, à l'époque vous étiez à la BAC 10 et vous avez été appelé vous aussi sur le terrain.
00:47Merci d'être avec nous pour nous accompagner, Maxime Brunchetter qui a travaillé sur un documentaire Ligne Rouge au service police-justice de BFM TV.
00:56D'abord, démarrons sur une note joyeuse, Nadine, et cette course organisée par l'Association nationale des victimes du terrorisme.
01:04Vous pouvez nous annoncer les finishers, vous pouvez nous annoncer ceux qui sont arrivés sur la ligne en premier.
01:09Oui, c'est un petit clin d'œil qui n'était pas du tout prévu.
01:12Mais ce matin, pour la course organisée par l'AFVT, qui rassemblait plus de 1000 coureurs, je crois.
01:21Donc c'est mes neveux, Constantin et Thibaut, je n'en donne pas plus, qui ont gagné la course.
01:29Donc ce sont les cousins de Valentin.
01:32Donc voilà, un petit clin d'œil qui me donne.
01:35Et puis évidemment, il y avait d'autres cousins qui couraient, qui ont fait des moins bons scores.
01:39Mais merci Constantin et Thibaut, vous avez gagné.
01:42Et Clément, derrière, a fait troisième.
01:46Clément avait 15 ans en 2015.
01:49Et donc, c'est aussi une transmission.
01:52Et donc merci à l'AFVT.
01:54Et donc je vous quitterai dès que possible pour aller à la marche, organisée toujours par l'AFVT.
01:58On parlera de cet enjeu de mémoire collective avec vous dans un instant.
02:01D'abord, ce soir-là, Dominique, ça commence par le Stade de France, des explosions, un premier attentat.
02:05Et la nuit, en fait, va s'égrainer au fil des attaques multiples, en plusieurs endroits, avec plusieurs équipes.
02:11C'est une nuit d'épouvante, c'est une nuit d'attente.
02:14Et vous, racontez-nous comment ça se passe pour vous.
02:16Moi, j'ai une habitude d'ancien, je prends des notes, c'est comme à l'école.
02:19Et ça, ce sont mes notes du 13 novembre.
02:23J'arrive ici à 22h.
02:26Le présentateur, c'est François Gapillon.
02:29Et au départ, voilà, j'ai Stade de France, explosions, plusieurs, on parle de trois explosions.
02:34Et puis, ça avance.
02:35Une dizaine de tirs au petit Cambodge.
02:37Quel rapport entre les explosions au Stade de France ?
02:40Des tirs d'armes automatiques au petit Cambodge.
02:42Et vous allez passer la nuit à l'antenne ?
02:43La nuit à l'antenne.
02:45Et alors, le moment où vraiment tout bascule, c'est à 23h55, avec ça, François Hollande,
02:50le président qui parle.
02:52Et dans ses déclarations, rapidement, il parle, c'est une horreur, mise en sécurité des quartiers concernés,
02:59renfort militaire, conseil des ministres convoqués, état d'urgence sur l'ensemble du territoire.
03:04Le président Hollande dit, c'est une nouvelle épreuve, nous savons d'où elle vient, qui sont les auteurs.
03:09Français, Françaises, nous n'en avons pas terminé.
03:12Il y a actuellement des forces de sécurité qui mènent des assauts.
03:15Donc, on parle de vous tous.
03:18Vive la République, vive la France.
03:19Et là, on se dit, mais où on est ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est la guerre.
03:22Et vous, Nadine, à ce moment-là, vous, vous êtes dans l'attente,
03:25parce que vous savez que votre fils est dans la salle de spectacle.
03:28Vous le cherchez, vous passez des coups de fil, et la nuit va être interminable.
03:31Je fais partie des centaines, des milliers de parents qui ont essayé de joindre leur enfant.
03:41Et puis, après, les parents qui ont attendu, attendu, attendu, attendu, attendu.
03:48Pour l'identification, notamment.
03:51On y reviendra. Merci d'être avec nous.
03:52Dans l'ordre, c'est vous, Christophe, qui allez être appelé en premier, finalement,
03:55puisque vous êtes policier à la BAC de Paris 10.
03:58Et au départ, vous, quand vous intervenez, vous pensez que c'est un règlement de compte
04:01sur fond de stupéfiants, mais vous ne comprenez pas ce sur quoi vous partez, rue de la Fontaine-Roy.
04:06Tout à fait. En fait, on soit un appel radio qui nous commande pour des tirs
04:11au niveau de rue Alibère, rue Bichard, mais nous ne sommes pas avisés
04:15de ce qui s'est passé au Stade de France, en fait.
04:17Donc, en fait, nous, on se rend sur place en pensant qu'on a affaire
04:21à des tirs de règlements de compte sur trafic de stupéfiants
04:23ou quelque chose comme ça.
04:25Donc, très rapidement, on est au niveau de la gare du Nord.
04:29Donc, on se rend rapidement au niveau de la rue où on a l'appel.
04:33Et là, on arrive au niveau du petit Cambodge et puis du Carillon.
04:38Et en fait, on est avisés toujours un peu dans les temps,
04:41susceptibilité d'avoir une voiture.
04:43On a quelques petites infos.
04:45Et tout de suite, nous, notre mission, bien sûr, en tant que BAC,
04:48c'est d'interrompre l'effet.
04:51Sécuriser.
04:51Sécuriser.
04:52Et puis aussi, surtout, essayer de voir si on ne peut pas stopper la chose, en fait.
04:58Et du coup, on arrive au niveau des terrasses.
05:01On voit tout de suite qu'il y a des corps.
05:03Donc, nous, on se dit, restez sur place.
05:07On a déjà une police secours qui est là, du 10e.
05:09Donc, on se dit, il y a des effectifs GSQ.
05:11Donc, on se dit, ça ne sert pas à grand-chose.
05:13Donc, avec Mika et Johan, mes collègues,
05:17on décide de partir et de se diriger vers Fontaine-le-Roy
05:21où on nous dit qu'il y a aussi des coups de feu.
05:25Et donc, on prend la rue et là, on arrive.
05:27Et en fait, on a un flot de personnes qui remontent vers le véhicule.
05:31En courant.
05:31En courant.
05:32Donc, nous, tout de suite, on descend, arme de pont à la main.
05:35Et en fait, on voit des victimes tout de suite.
05:38Donc, on essaye de porter assistance.
05:40Et en même temps, on a des infos qui remontent,
05:42comme quoi peut-être qu'un des individus est retranché dans un hall d'immeuble.
05:46Ce qui va s'avérer faux, mais dans la panique générale, il faut travailler là-dessus.
05:50En fait, quand on a une information, on peut avoir des doutes.
05:52Mais quand on a deux, trois informations d'affilée qui nous remontent comme ça,
05:55on est obligé de sécuriser.
05:56Donc, en fait, on se met en position.
05:58On sécurise le hall d'immeuble.
06:00Et on reçoit comme instruction d'attendre les services spécialisés.
06:05Et donc, à ce moment-là, on décide de se positionner.
06:08Bien sûr, on a toujours ce flux de personnes à qui on dit de rentrer dans le hall d'immeuble.
06:13Ce soir-là, on a beaucoup de gens qui ont ouvert leurs portes.
06:15On l'a constaté visuellement.
06:17Pour porter secours.
06:17Pour porter secours.
06:18Et est-ce que vous vous rendez compte à votre hiérarchie ?
06:21Est-ce que vous leur dites, là, on est à la fontaine au roi ?
06:23Oui, la fontaine au roi.
06:25Oui, c'est la bonne bière.
06:26Est-ce que vous vous rendez compte en disant, ici aussi, il y a des victimes ?
06:31Ici aussi, on constate ça ?
06:32Tout à fait.
06:32Oui, oui.
06:32De toute façon, c'est un ensemble sur les ondes.
06:34On essaye de passer des...
06:36Alors, sur les ondes radio, à ce moment-là, on a un peu comme une soirée normale, en fait.
06:42On n'a pas trop de messages.
06:45Tout de suite, après les terrasses, tout de suite, on sent sur les appels et sur les passages radio.
06:51Et en fait, on passe des messages en disant qu'on a également des blessés.
06:57Alors, nous, on passe le message.
06:58Forcément, qu'on a peut-être un individu retranché sur place.
07:02Et à l'issue, je vous dis, les services spécialisés arrivent.
07:05Et voilà.
07:06Mais par contre, on a constaté un nombre de victimes sur la terrasse.
07:12On reviendra justement sur votre prise en charge.
07:14C'est là où les services spécialisés vont intervenir.
07:16Donc, Mathieu Langlois et vous, Sandrine, qui intervient le premier ?
07:20Vous vous êtes prévenue à quelle heure, Sandrine, que vous devez vous rendre sur zone ?
07:24Je suis prévenue à 21h24, je crois, à peu près, par mon état-major.
07:29Qui vous dit ?
07:30Qui me dit qu'il y a des attentats multiples.
07:33Et je suis d'astreinte cette semaine-là, comme psychologue rattachée à la négociation de crise.
07:38Et du coup, je dois me rendre au 36K des Orphèves pour rejoindre les équipes d'intervention.
07:44Et après, être projetée au Bataclan pour la négociation.
07:48Mathieu Langlois, vous arrivez quand, vous, dans la soirée au Bataclan ?
07:51Alors, beaucoup plus tard que, évidemment, ce que Christophe a raconté.
07:57Et dans son témoignage, on sent toute l'émotion.
08:01Bien sûr.
08:01Vous, évidemment, aussi, madame.
08:04On voit qu'on est face à un chaos qui va tous nous impacter, nous toucher.
08:09Alors, les victimes, les familles, mais aussi nous, intervenants.
08:12Et quand tu...
08:13On peut se tutoyer.
08:15Tout à fait, oui.
08:15Quand on parle, évidemment, moi, je sens toute l'émotion.
08:19Alors, c'est sûr qu'il y avait des niveaux de préparation, il y a des rôles pour chacun.
08:22Mais après, ce qui est intéressant, c'est vraiment l'engagement collectif.
08:25Et on parle de citoyens qui se sont révélés des citoyens.
08:31On parle du citoyen sauveteur.
08:33Et des exemples comme ça, on en a plein.
08:36Et c'est vraiment cet engagement collectif.
08:38Après, oui, évidemment, il y a chaque service à son...
08:41Alors, il y a l'équipe qu'on voit sur la photo, qui est une équipe du RAID, qui est allée,
08:45qui vous a rejoint.
08:46Tout à fait.
08:46Voilà.
08:47Alors, les horaires, excuse-moi, j'ai un peu mis ça de côté.
08:50Ce n'est pas grave.
08:51Et nous, il y a une autre équipe du RAID qui est allée.
08:54Alors, il y a eu deux vagues.
08:54Parce qu'il y a une première équipe d'urgence qui est arrivée en même temps que la première
08:57équipe d'urgence de la Bayerie.
08:59Et puis après, il y a eu une montée en puissance dans laquelle il y a les médecins qui sont
09:03arrivés.
09:04Voilà.
09:05Et alors, les horaires, je crois qu'on arrive à un tout petit peu avant 23h au Bataclan.
09:11Donc, c'est un temps infini.
09:13Mais de toute façon, le temps, il s'est arrêté cette nuit-là.
09:17Il s'est figé complètement.
09:18En tout cas, moi, c'est mon souvenir.
09:20On est dans le chaos absolu et avec un temps qui s'est arrêté.
09:23Mais ce qui est positif, c'est qu'on a tous ensemble.
09:28Collectivement.
09:28Collectivement, évidemment.
09:29Et des gens, encore une fois, nous, Raid, en tout cas, on était préparés, malheureusement,
09:34à ce genre de situation.
09:36Mais il y a des gens, et en particulier la BAC, le terrorisme et ce qu'on appelle des
09:42tueries de masse, c'est quelque chose qu'ils avaient, je ne crois pas, alors depuis...
09:46Qui était inexistant.
09:47Mais j'ose le dire, mais alors il y a eu plein d'évolutions et c'est ça qui est aussi
09:51intéressant.
09:52Mais à l'époque, un policier de la BAC ou un policier de sécurité publique se retrouvait
09:57dans cet enfer-là, jamais ils l'avaient imaginé.
09:59Et ils ont fait, à la fois dans votre capacité d'analyse, mais aussi dans votre capacité
10:06d'audace et de prendre des décisions qui étaient absolument inimaginables.
10:12comme secourir.
10:14Un policier, même s'il est formé, ce n'est pas son métier.
10:18Or, ils se sont transformés en sauveteurs de l'urgence sous la menace.
10:23Mais vous, vous, Sandrine, psychologue, vous, Mathieu, médecin, on vous équipe ?
10:28Vous êtes avec la BRI, vous êtes avec le REC, on vous équipe comme eux.
10:31Vous mettez les mêmes uniformes, des gilets pare-balles, des casques.
10:34Bien sûr.
10:35Et qu'est-ce que vous faites précisément, Sandrine, lorsque vous êtes projetée au Bataclan ?
10:39Quel est votre rôle exact ? Parce que les téléspectateurs, ils ne savent pas que vous êtes auprès
10:43des personnes qui vont intervenir.
10:45C'est ça qui est intéressant.
10:46Sur ce soir-là, mais comme sur les autres crises, en fait, on est rattaché au groupe
10:51négociation et on travaille avec eux à établir un profil, à voir évaluer un peu
10:57l'état de tension dans lequel sont les individus auxquels on a affaire.
11:02Et ensuite, on travaille avec eux sur la gestion et la négociation.
11:06Donc concrètement, vous parlez aux négociateurs pour essayer de trouver les mots les plus justes,
11:10pour essayer de toucher les touristes ?
11:11Oui, voilà, exactement, en fonction de leur profil, de leur état de nervosité, de tension.
11:15On travaille avec eux ces trames et ces questions, le ton aussi, tout l'infraverbal est important.
11:24Donc le ton, le rythme de la voix et qu'est-ce qu'on va leur dire ?
11:28Vers quoi on tend ? On essaie de réfléchir à tout ça ensemble.
11:31Et qu'est-ce qui vous reste, vous, de ces images, de ces sons ?
11:34Je crois que vous, le mot que vous choisissez, c'est que vous dites que c'est un tsunami
11:38qui est arrivé ce jour-là.
11:40Quelle est l'empreinte ?
11:41C'est très particulier, mais c'est vrai que c'est une image qui m'est restée.
11:44Et en fait, quand l'assaut est donné, que l'intervention est terminée,
11:50en fait, je vois tous mes collègues de services d'enquête avec qui je travaillais, de l'ABRI.
11:56Il y a quelque chose qui se fige, Mathieu l'a très bien dit.
11:58Et en fait, je vois tous les dégâts que ça va faire dans les années à venir.
12:03Les dégâts psychiques, physiques évidemment, mais aussi psychiques des familles endeuillées,
12:08des survivants et puis de tous mes collègues policiers qui sont autour de moi
12:12et qui vont être évidemment bouleversés par ce qui s'est passé.
12:16Et ça s'est confirmé ?
12:18Oui, bien sûr. Je pense que tous, il y a un avant et un après 13 novembre,
12:22enfin même 2015, parce que Charlie Hebdo a été aussi un moment intense pour nous tous, je pense.
12:29Donc oui, c'est une année charnière, je pense, dans notre identité professionnelle et personnelle aussi.
12:34Mais sur les dégâts dont vous parliez, ça s'est confirmé dix ans après ?
12:38Oui, oui, il y a eu quand même pas mal de dégâts.
12:41Mais après, au niveau de la police judiciaire, en tout cas de la BRI, du RAID,
12:46nous, on travaille, on fait des exercices, on est vraiment entraînés.
12:50Donc je pense que c'est important de dire qu'on n'est pas des victimes dans le sens où on a choisi d'être là.
12:55Après, évidemment qu'on est bouleversés dans notre âme et dans notre chair,
12:59parce qu'on a beau être préparés, faire beaucoup d'exercices,
13:03on n'imagine pas ce qu'on peut voir et ce qu'il va y avoir ce soir.
13:07Et Nadine Ribérenard, qui a monté un colloque la semaine dernière,
13:12je le montre, qui s'appelle « La mémoire du 13, un enjeu collectif ».
13:15Et j'ai pu assister à ce colloque et je voulais juste témoigner avec vous.
13:19D'abord, c'était vraiment un très bel exercice intellectuel que vous avez réussi.
13:23Et il y a des paroles spontanées qui ont jailli,
13:25comme Christophe qui a pris la parole spontanément lors de ce colloque.
13:28Qu'est-ce qui est important pour vous de ressouder ensemble et de construire ensemble ?
13:32Parce qu'on doit aussi se projeter.
13:34Comment est-ce qu'on vit avec ça et comment est-ce qu'on le transmet ?
13:36Alors, l'idée c'était, pour ce colloque,
13:41depuis 15 mois, 18 mois, on tournait autour avec l'association Fraternité et Vérité,
13:4613, 11, 15, en se disant, il va y avoir des documentaires,
13:50il va y avoir des séries, on va publier, il va y avoir des articles,
13:53mais nous, association, on voudrait laisser notre trace pour les 10 ans.
13:59Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
14:01Qu'est-ce qu'on fait ?
14:02Alors, au fur et à mesure, avec le conseil d'administration de l'association,
14:07avec Michel Desplaces, on a identifié plusieurs thèmes,
14:12parce que l'idée, et j'espère que tout le monde va bien comprendre mon message,
14:16c'était, qu'est-ce que l'on a appris du 13 novembre ?
14:20C'est une famille endeuillée qui vous dit ça.
14:22Qu'est-ce qu'on a appris ?
14:23Alors, comme je suis médecin, je savais qu'on avait beaucoup progressé
14:27sur la prise en charge du psychotrauma,
14:30sur les blessures de guerre, l'organisation des soins.
14:35Et donc ça, je voulais déjà que ce soit une partie qui soit traitée,
14:40et donc avec une magnifique table ronde.
14:42Et ensuite, on a travaillé aussi sur comment on en est arrivé là.
14:46Et là aussi, comment la lutte contre le terrorisme a évolué en dix ans,
14:52avec l'apparition de nouvelles formes de menaces,
14:56les réseaux sociaux, TikTok, je ne fais pas l'actualité d'IA 24h,
15:02et puis, toujours, qu'est-ce qu'on a appris du 13 novembre ?
15:05La création, les artistes, les écrivains...
15:08Qui se sont emparés...
15:10De ce thème.
15:10Qui étaient très traumatiques, mais qui ont réussi à en faire quelque chose de beau,
15:13et on retrouvera Catherine Bertrand, justement, qui, elle, s'est sauvée aussi grâce à ses dessins,
15:18et qui témoignera dans quelques instants.
15:19Et comment les victimes, aussi, sont devenues des artistes.
15:22Et c'est vrai qu'il y a eu des magnifiques œuvres, et voilà.
15:26Donc tout ça, on a voulu embarquer l'ensemble des personnes qui pouvaient assister à ce colloque,
15:34parce que l'idée, c'est de ne pas rester figé.
15:37Vous voyez, le 13 novembre, c'est une nuit de terreur,
15:40mais nous, ça a été des jours et des jours de douleur.
15:43Et ça continue, d'accord ?
15:46Mais qu'il faut en faire quelque chose, c'est ce que vous dites.
15:48Il faut, collectivement, que ça serve, qu'on l'apprenne à nos enfants dans les livres d'histoire, qu'on puisse...
15:52Je pense que c'est l'idée, justement, par rapport au trauma,
15:55qui vient vraiment figer le temps et figer l'espace.
15:58C'est ce qu'on appelle la sublimation.
16:00C'est comment on va réussir à transformer ça en quelque chose, en une création.
16:05Alors, je ne sais pas si on va arriver à sublimer, mais en tout cas, c'est toujours dans un regard collectif,
16:11et un regard, vous voyez, un enjeu citoyen.
16:14On veut, on souhaite que les personnes, que la nation ne se souvienne pas seulement du 13 novembre,
16:22mais de comment la société a pu évoluer avec ce regard sur le terrorisme, sur les victimes,
16:29sur les aidants, les soignants, les forces de l'ordre.
16:32Message passé.
16:33En docteur, il y a eu, bon, il y a le 13 novembre, puis il y a les jours qui vont suivre.
16:36Vous disiez tout à l'heure, nous, on attend des nouvelles de notre fils.
16:40Et nous, journalistes, on a parfois des infos, on en a parfois un peu trop.
16:44Et le lendemain, le 14 novembre, en regardant encore dans mes notes,
16:47et regardez ça tout à l'heure avec Pauline, Maxime,
16:50on a la liste des victimes identifiée le lendemain, on a cette liste.
16:55Donc, on est 24 heures après.
16:56Et moi, personnellement, j'ai trois personnes qui vont m'appeler en me disant
17:01« Mon neveu était là-bas, ma nièce était là-bas, est-ce que tu peux savoir ? »
17:06Et les trois noms des trois enfants de ces familles sont dans la liste.
17:12Et on est le lendemain, un jour, un jour et demi après, et je ne leur donne pas.
17:19Je ne leur donne pas parce que je ne peux pas le faire.
17:21J'ai envie de leur donner, de leur dire « Ouais, j'ai une réponse à ta question, mais je ne peux pas le faire. »
17:25Mais ce n'est pas votre rôle.
17:27Je pense que ce n'est pas votre rôle, c'est le rôle de la police.
17:31Symboliquement, c'est important, et je pense qu'il faut que vous disiez ça à vous aussi.
17:35J'ai toujours du mal avec ça, j'ai toujours du mal avec ça, dix ans après.
17:38Je ne peux pas leur avoir dit une vérité que je savais.
17:40Alors, je ne sais pas où ils sont décédés, parce que c'est le rôle de la police, évidemment,
17:45mais aussi de tous les services hospitaliers.
17:48Oui, oui, mais tu sais, ça a pris du temps.
17:51Et Nadine, vous pouvez en témoigner de l'attente interminable.
17:54Et moi, je travaillais à l'hôpital.
17:55Il y a eu aussi un travail très difficile pour les soignants.
18:00Alors déjà, notre métier de soignant, c'est d'apprendre...
18:03Enfin, évidemment qu'on sait annoncer des décès à des familles.
18:06Mais dans ce contexte-là, et madame, je pense qu'elle sait de quoi je parle,
18:11c'est que dans ce contexte-là, avec cette confusion et ce chaos,
18:16ça a été... Moi, je connais des médecins qui étaient incapables
18:21de donner avec des certitudes des identités.
18:26Et ça, ce n'est pas dans les heures, c'est dans les jours qu'on a suivi.
18:28Parce que le chaos était tellement dense.
18:30Oui, mais ce que je veux dire, évidemment, pour les victimes,
18:34enfin, pour les familles, c'est quelque chose d'absolument incompréhensible.
18:38Mais pour les soignants, on est soignants tous les deux,
18:40c'est d'une violence totale.
18:43Ça vous marque à vie.
18:46Et donc, tout ça a créé, évidemment, a aggravé cette...
18:53Moi, je suis anesthésiste réa.
18:55Je suis habitué à gérer des accidents, des décès.
19:00Mais dans ce contexte-là, en dehors de ce qui s'est passé sur place,
19:04il faut imaginer que les répercussions, elles ont été énormes.
19:10Enfin, on parle de dégâts collatéraux, mais on est au-delà du dégât collatéral.
19:14Moi, je voulais juste revenir sur ce que vous avez dit, madame,
19:18que je trouve très juste, c'est qu'on a tous cette obligation,
19:22et c'est peut-être probablement, ça c'est toi qui le sais,
19:25mais le meilleur moyen de se protéger en partie du psychotrauma,
19:30ce devoir de...
19:32Ce n'est pas un devoir de mémoire, c'est un devoir de tirer les enseignements
19:35et de s'améliorer.
19:36Devoir d'action ?
19:37L'action, on l'a faite ce soir-là, chacun dans son rôle.
19:42Mais là, on est dans l'après.
19:44Et dans l'après, moi, je sais ce qui nous a motivés les médecins du Rennes,
19:47mais au-delà des médecins du Rennes,
19:49et ça va être quelque chose qu'on a partagé dans le monde entier,
19:51c'est quels sont les enseignements sur comment on intervient
19:55dans un Bataclan avec de nombreuses victimes,
19:58quelles sont les améliorations apportées dans les secours,
20:00dans la médecine d'urgence, dans l'accueil des familles,
20:03et du blessé grave à l'hôpital.
20:06Et il faut vraiment comprendre qu'il y a énormément de choses
20:09qui ont évolué, et ça, c'est quelque chose qu'on doit aux familles.
20:14Leur dire, les services, quels qu'ils soient,
20:17tous ensemble, ont tiré des enseignements,
20:20et ils se sont, au-delà de tirer des enseignements,
20:22on s'est aussi améliorés.
20:23Et améliorés, ça ne veut pas dire qu'on a failli.
20:28Nadine, vous vouliez rajouter quelque chose ?
20:29Oui, oui, merci pour ces propos,
20:31parce que c'est vrai qu'il se trouve que j'ai rencontré,
20:34par exemple, l'équipe de La Pitié-Salpêtrière
20:36et le professeur Mathieu Rau,
20:39qui a œuvré à la prise en charge des victimes.
20:43On a été se rencontrer parce qu'ils avaient fait des publications
20:45et que ça m'intéressait de comprendre,
20:47parce que déjà en 2019, avant le Covid,
20:49j'étais mue, motivée par
20:51comment va-t-on mieux faire pour sauver plus de gens ?
20:54Vous voyez, c'était la rencontre d'une mère de famille
20:58et d'un médecin qui se disait
20:59« Comment on va améliorer ? »
21:01Il y a le système civique aussi qui a été mis en place,
21:03qui permet de mieux repérer les victimes
21:06et que ce ne soit pas la tournée des hôpitaux,
21:09ce qu'ont fait les familles pour retrouver leurs blessés.
21:13Est-ce qu'il y a des pistes sur l'implication
21:15des primo-intervenants ?
21:16Justement, je reviens un peu sur le sujet des avis à victimes.
21:19Moi, j'ai discuté un peu avec des collègues
21:21après les faits,
21:23et les fameux téléphones qui sonnaient sur place,
21:26sur les terrasses,
21:28nous, on les a entendus, on les a vus.
21:30Et en discutant quelques jours après,
21:32on a tous un peu cette pensée en se disant
21:34« Et si j'avais ? »
21:35Forcément, on ne peut pas le faire
21:36puisqu'on est dans l'action et en portée secours.
21:39Mais si j'avais répondu tout de suite ?
21:41Et si j'avais répondu au téléphone en disant
21:43« Venez ? »
21:44Mais en fait, on ne peut pas
21:45parce qu'on ne peut pas ramener du monde sur Paris déjà
21:48puisque le but, c'est d'exclure un maximum de personnes
21:50qui se rendent sur les lieux.
21:51Et donc, c'est vrai que je reviens juste sur ce sujet-là.
21:54Nous, ça nous a un peu marqués aussi
21:56au niveau psychologiquement.
21:58C'était assez compliqué.
21:59J'entends et ça s'entend.
22:01Je voulais qu'on prenne la direction de République
22:03parce qu'on va retrouver Catherine Bertrand
22:05qui est avec nous pour l'association Très Unie.
22:08Vous avez couru, vous avez marché ensemble.
22:11Vous, vous avez survécu à cette nuit dehors dont on parle.
22:14Vous incarnez avec tous ces éléments, je dirais,
22:16la force motrice du collectif.
22:18Alors, comment ça se passe à République ?
22:20Et est-ce que le sport, le mouvement aujourd'hui,
22:24c'est important pour lancer aussi cette semaine de commémoration ?
22:28Oui, c'est bonjour.
22:32C'est extrêmement important de s'appuyer sur le sport.
22:36Je crois que ce seront les Jeux Olympiques de Paris 2024
22:40qui m'ont inspirée.
22:41Je me suis rendue compte à quel point
22:43les victimes de terrorisme pouvaient s'appuyer sur le sport
22:47pour commémorer autrement
22:50et surtout inviter les citoyens à faire de même.
22:53Et votre sourire sur votre visage
22:55est sans doute la meilleure victoire.
22:58Qu'est-ce qui vous touche aujourd'hui
22:59et qu'est-ce qui vous fait tenir debout ?
23:01On en parlait il y a quelques instants.
23:03Vous, c'est le dessin qui vous a permis aussi d'avancer.
23:08Oui, en fait, ce qui me porte là,
23:11c'est vraiment les messages, les câlins des inconnus,
23:16les gens qui viennent à moi.
23:18Je me sens vraiment très entourée.
23:20Par une vague d'amour, en fait,
23:22une énergie indescriptible
23:24qui est vraiment incroyable à vivre.
23:28Donc, j'avais besoin peut-être
23:30de me reconnecter à la société.
23:32Et le sport est surtout un moyen,
23:35un média pour se reconnecter ensemble.
23:38Merci beaucoup, Catherine Bertrand,
23:40d'avoir été avec nous.
23:41Merci.
23:42Encore une fois, votre visage traduit toute la force
23:45et toute l'énergie que vous puisez aujourd'hui
23:47dans cette manifestation.
23:49Maxime Branchetter, vous avez recueilli le témoignage
23:53de ceux qui, dans le sillage finalement de Sandrine,
23:56et c'est ça qui est beau de construire ces ponts,
23:58ont ensuite donné l'assaut à l'intérieur de cette salle de spectacle.
24:01Qu'est-ce qui vous a le plus touché ?
24:03Qu'est-ce que vous retenez de cette expérience
24:04au plus près des primo-intervenants ?
24:07Ce que je retiens, c'est sans doute leur force, leur courage.
24:13Alors, on parlait du traumatisme que certains peuvent avoir.
24:16Moi, je n'en ai pas perçu chez eux.
24:18Alors, peut-être qu'ils le cachent,
24:19peut-être qu'ils l'ont réglé.
24:20Mais ce qui a le plus marqué, c'est de voir à quel point,
24:25dix ans après, ils vivent encore très intensément à ces moments-là.
24:29C'est parfois avec certains, c'était difficile d'en parler.
24:31Mais dès qu'on commençait à les interroger,
24:32on sentait que tout le récit venait d'un seul coup.
24:36Mais ce qui est impressionnant, c'est que dix ans après,
24:38ils ont toujours la même force, la même énergie.
24:41On ressent ce qu'ils ont fait ce soir-là,
24:43l'acte héroïque.
24:45Alors, ils détestent ça, qu'on les appelle des héros.
24:48Ils ont horreur de ça.
24:48Ce ne sont pas des héros.
24:49Ce ne sont pas des héros, c'est ce qu'ils disent.
24:51Certains me disent, les héros, ce sont les victimes.
24:54Les héros, ce sont les autres.
24:56Mais en tout cas, ils ont sauvé des gens, quand même,
24:59en intervenant ce soir-là.
25:01À la fois, je pense à Grégory,
25:04le chauffeur de la BAC de nuit qu'on a interviewé,
25:06qui est rentré avec le commissaire Cardi en premier dans Bataclan,
25:08et aussi à tous les opérateurs de la BRI qui, ce soir-là,
25:11ont donné l'assaut et ont réussi miraculeusement presque
25:14à sauver des otages.
25:15On en écoute un extrait avec vous ?
25:16Allez.
25:18Je vois au fond de la salle deux ombres
25:21qui ont l'air d'être de mon côté.
25:24J'ai tout de suite compris que ces deux ombres,
25:26c'était des ombres positives.
25:27Elles sont là pour m'aider.
25:29Et c'était ma chance.
25:31Je vois ces deux ombres se lever assez rapidement
25:33et je vois, en fait, une position professionnelle
25:37de l'usage d'une arme.
25:41Ça doit être ça.
25:42Je comprends tout de suite.
25:43Je comprends tout de suite que ces gens-là,
25:45ce sont des policiers.
25:54Le commissaire tire quatre fois.
25:57Il donne le tempo.
25:58Il...
25:58Et moi, je commence à enquiller sur sa troisième
26:05ou sa quatrième cartouche.
26:07Je fais un tir comme au stand.
26:09Un tir debout, droit et...
26:10Et zéroillé.
26:12Je vois, d'ailleurs, quelques petits flashs.
26:20Et à ce moment-là, en fait, je comprends tout de suite
26:22qu'en fait, il tire sur le terroriste qui est à gauche de moi.
26:27Que celui-ci dévisse.
26:28Je vois que son arme, en fait, se tourne
26:31et que celui-ci s'apprête à tomber aussi.
26:34Je vois ça et j'en profite, en fait, à ce moment-là.
26:36Et je cours vers la sortie que je n'avais pas vue
26:40depuis le début, qui, en fait, était là depuis tout ce temps.
26:44Oscar !
26:45Le terroriste, on le voit, donc, il est sur le dos
26:55et moi, je vois qu'il relève la tête.
26:59Et c'est à ce moment-là que je fais un tir-tête
27:00et là, ça explose.
27:03Le tir de la ligne !
27:05Alors là, ce que vous venez de voir,
27:10c'est le témoignage à la fois de Guillaume et de Grégory.
27:12Donc Grégory, c'est ce que je vous ai expliqué,
27:14c'est ce chauffeur de la BAC qui est arrivé...
27:16Un des pchomiers.
27:17Presque malgré lui, parce qu'en fait,
27:19ils ont changé plusieurs fois d'itinéraire.
27:21Ils allaient sur les terrasses au moment où ils ont appris
27:22pour le Bataclan.
27:23Ils se sont arrêtés devant, ils sont rentrés tous les deux.
27:26Et quand ils sont rentrés, ils ont vu Guillaume,
27:29le témoin que vous voyez, qui témoigne anonymement.
27:31Guillaume, qui est une victime du Bataclan,
27:32qui, en fait, avait été pris en otage
27:34par le terroriste Samia Mimour
27:35et était debout sur la scène,
27:37mis en joue par Samia Mimour
27:38quand ils sont intervenus.
27:39Et en tirant sur Samia Mimour,
27:40ils lui ont sauvé la vie.
27:42C'est l'extrait que vous venez d'entendre.
27:43Dans l'extrait, vous avez entendu aussi d'autres choses,
27:45des extraits sonores.
27:47C'est un document très difficile
27:48qui avait été diffusé après débat au procès.
27:51En fait, il y avait un spectateur, sans doute,
27:53qui avait laissé un dictaphone.
27:54Il voulait enregistrer le concert.
27:56Et donc, il a enregistré
27:57toutes les plusieurs heures
27:59de l'horreur de ce qui s'est passé dans le Bataclan,
28:01qu'on entend plutôt bien.
28:03On a écouté cet enregistrement
28:04et on en a évidemment sélectionné
28:06à certaines parties
28:06parce que certaines sont trop difficiles.
28:08Mais on a voulu en produire certaines
28:10pour la mémoire,
28:12pour témoigner, pour raconter.
28:13On s'est notamment appuyé
28:15sur l'assaut,
28:16l'assaut donné par les opérateurs de la BRI,
28:19qu'on entend très bien
28:20dans cet extrait sonore
28:20et qui nous a été raconté
28:21par ceux qui ont accepté de témoigner.
28:24Je vous propose d'écouter cet extrait.
28:25On avait détecté au-dessus de la porte
28:29un objet noir
28:29qu'on avait pris pour une caméra
28:31parce qu'on ne comprenait pas pourquoi
28:32parce qu'à chaque fois qu'on bougeait,
28:33les terroristes à l'intérieur
28:34se plaignaient auprès du négociateur,
28:35auprès de nous directement,
28:37qu'ils nous voyaient.
28:40Le début de l'assaut, pour nous,
28:41ça a été la neutralisation
28:42à l'aide d'une arme
28:44de cet ustensile
28:46qu'on avait pris pour une caméra.
28:47Stop, stop, caméra.
28:52Il n'y a plus de caméra,
28:53il n'y a plus de caméra.
28:53Poussez pas.
28:54J'ai donné des coups
29:01au niveau de la porte.
29:04La porte s'est entreouverte.
29:11Une première fois,
29:12une deuxième fois,
29:13elle résistait encore une fois.
29:15Je crois que la troisième,
29:16elle s'est totalement ouverte.
29:21Et là, il y a eu le déluge de feu.
29:24On se prend une rafale complète
29:35de chargeurs complets d'AK-47
29:38à 5-6 mètres de distance
29:39directement dans le bouclier.
29:40Je sens les impacts
29:46arrivés sur le bouclier.
29:49Mais je me dis qu'il faut
29:50continuer d'avancer
29:51pour les acculer, tout simplement.
29:53tout le monde.
29:55Voilà toute la ferveur des opérateurs de la BRI
30:11qui sont rentrés
30:12et qui ont, on l'a dit,
30:13miraculeusement,
30:14sauvé tous les otages
30:14parce que c'était une situation
30:15très compliquée,
30:16un couloir
30:17avec des personnes déterminées
30:19qui avaient déjà tué
30:20beaucoup de monde.
30:21Vous allez découvrir ça,
30:22mais aussi tout le récit
30:23dans notre documentaire ce soir.
30:25C'est à 20h50.
30:26C'est Bataclan.
30:27Ils ont donné l'assaut.
30:28Merci beaucoup, Maxime.
30:29Mathieu Langlois,
30:30avant cet assaut,
30:31il y a aussi,
30:32et il faut le rappeler,
30:33l'évacuation de tous les blessés.
30:35Il y a des centaines de personnes
30:36à l'intérieur de cette salle.
30:39Comment...
30:39Encore une fois,
30:40moi, j'ai insisté
30:40sur le côté très collectif.
30:42C'est-à-dire que
30:42il y avait des équipes
30:45de la BRI
30:46qui étaient en train de préparer,
30:48d'élaborer
30:48avec la négo,
30:50même si la négo de 2015
30:52ce n'est plus la négo
30:52qu'on a connue avant.
30:54On savait très...
30:55Enfin, je pense que vous saviez
30:56très bien
30:56que ce ne serait pas
30:58une négo
30:59avec une...
31:00Une reddition.
31:01Une reddition des terroristes.
31:03C'était une négo
31:03pour préparer
31:04et élaborer,
31:05gagner du temps.
31:07Et en particulier,
31:07gagner du temps.
31:08Ce qui nous permettait,
31:09nous,
31:09le rôle du RAID
31:11à ce moment-là
31:11a été de justement
31:12sécuriser tout le reste
31:14du théâtre
31:16et permettre
31:18par cette sécurisation...
31:20Alors, quand je dis sécurisation,
31:21il faut bien comprendre
31:22qu'on est sur une menace
31:23qui est totalement...
31:26Diffuse.
31:27Mais surtout,
31:28impossible à vérifier.
31:30On parle de...
31:31D'abord, on dit
31:32qu'il y a deux terroristes
31:33à l'étage,
31:33mais rien ne nous interdit
31:34de penser...
31:34Enfin, ce n'est pas mon rôle,
31:35mais pour les policiers,
31:37rien ne nous interdit
31:38de penser qu'il y en a
31:39peut-être d'autres,
31:40y compris chez les blessés,
31:41et puis qu'il y a du risque
31:42de piégeage.
31:43Encore une fois,
31:45moi, mon rôle,
31:45c'est les blessés.
31:47Mais ce qu'on a fait
31:47pendant tout ce temps-là,
31:49c'est que justement,
31:50et ça, c'est quelque chose
31:51qu'on avait imaginé,
31:52mais on n'avait pas imaginé
31:53qu'on le réaliserait comme ça,
31:55c'est que...
31:56Alors, je m'adresse au docteur,
31:58mais je m'adresse à tous les Français,
31:59c'est-à-dire que c'est des blessés
32:00par balles,
32:01c'est des traumatismes pénétrants,
32:03quel que soit le type d'arme,
32:04c'est de l'hémorragie,
32:05l'hémorragie,
32:06c'est la guerre contre le temps.
32:08Il n'y a pas...
32:08Il n'y a pas en savoir forcément
32:10beaucoup plus pour comprendre
32:11que plus le temps va passer,
32:13moins les chances de survie
32:14vont être là.
32:18Et donc, notre rôle
32:20et le rôle des médecins,
32:21ça a été justement
32:22de pouvoir commencer
32:24à évacuer,
32:25à stabiliser,
32:26faire quelques gestes de sauvetage,
32:27mais surtout,
32:28à extraire tous les blessés,
32:30en particulier la fausse.
32:31Mais quand je dis la fausse,
32:32c'est tous...
32:33Il y avait des gens cachés
32:34absolument partout.
32:36Et aller diriger vers les hôpitaux
32:37quand ils peuvent être transportables ?
32:38Alors nous,
32:39notre rôle,
32:39il s'est limité,
32:41si je peux dire,
32:42à les faire sortir,
32:44les mettre en sécurité,
32:45les emmener,
32:46et ça c'est les policiers,
32:48on le sait,
32:48par les barrières métalliques,
32:50les policiers,
32:50alors c'était pas toi,
32:51mais c'était tes collègues.
32:52Oui, par les barrières métalliques,
32:53c'était...
32:54Leur rendre hommage.
32:54Non, mais les policiers
32:55de la BAC et des commissariats,
32:57il faut imaginer
32:57dans quel état
32:58ils étaient,
32:59ceux qui étaient
33:00dans l'entrée du Bataclan,
33:02ils étaient,
33:03pour certains,
33:03cas au debout.
33:04Et on va regarder
33:05cette photo,
33:06justement,
33:06qu'on a sélectionnée,
33:09je pense que c'est
33:10un collègue à vous
33:11qui est pris en photo.
33:12Tout à fait,
33:12ouais, ouais, ouais,
33:13et c'est une belle photo,
33:17mais qui...
33:17Qui résume tout ?
33:18Qui résume tout.
33:18Et qui vous...
33:19Ouais, qui...
33:20Mais au-delà du chaos,
33:22ils sont pas restés,
33:23ils sont pas restés
33:24dans cette sidération
33:25qui est tout à fait compréhensible.
33:28Ensemble,
33:29on a évacué,
33:31en tout cas pour la fosse,
33:32enfin pour le premier rétage,
33:33enfin pour le rez-de-chaussée,
33:35on a évacué
33:35l'ensemble des victimes
33:36avant l'assaut
33:38au premier étage.
33:39Ce qui est aussi
33:40pour les opérateurs
33:40de la BRI,
33:41pour les opérateurs du Rennes,
33:42c'est quand même
33:43une tranquillité,
33:44si je peux,
33:45enfin je suis pas sûr
33:46que c'est le mot,
33:47mais c'est bien de savoir
33:50que, évidemment
33:51qu'il y a les otages
33:52au premier étage,
33:53mais déjà en bas,
33:55malheureusement,
33:55il n'y a plus que des morts
33:56et que tous ceux
33:57qui étaient vivants,
33:59ils sont sortis.
34:00Après,
34:00ce qui a été plus compliqué,
34:01c'est en termes de temps
34:03et ça n'a pas été
34:04si simple à organiser,
34:05c'est tous ceux
34:06qui étaient cachés
34:07dans les bureaux,
34:09y compris sur un studio
34:10qui était sur le toit
34:11du Bataclan
34:13où il y avait
34:14au moins une vingtaine
34:17ou plus de vingtaine
34:18de victimes
34:19qui étaient
34:20pas forcément blessées,
34:22mais qui étaient
34:23psychologiquement
34:24évidemment
34:25traumatisées.
34:27Donc c'est une blessure,
34:28c'est celle que tu soignes.
34:29Mais surtout,
34:32moi,
34:33ma mission,
34:34c'est le commandement du Rennes
34:38m'a dit
34:38tout le monde dehors,
34:39enfin,
34:39ça c'est quelque chose
34:39qu'on avait anticipé,
34:40mais tout le monde dehors,
34:41c'est tout le monde dehors.
34:42On n'en oublie pas un, quoi.
34:44Non, non,
34:44mais c'est-à-dire
34:44qu'on ne sait pas
34:45comment le scénario,
34:46on ne sait pas
34:46comment l'assaut
34:47de la BRI va se passer,
34:48ça peut.
34:48Bien sûr.
34:49Alors là,
34:49ça a été un super assaut
34:51qui s'est très bien passé,
34:52mais ça aurait pu
34:52très mal se passer.
34:55Imaginez qu'il y avait
34:55un risque de sur-attentat
34:58parce que je n'ai pas envie
34:58de parler de tous les détails.
35:00C'était une option.
35:02En tout cas,
35:02nous,
35:02on l'avait intégré
35:03dans le processus.
35:04Et nous,
35:04on a énormément ressenti
35:05sur les terrasses
35:06puisque c'est le commencement
35:08des attentats.
35:09Et en plus de l'intervention
35:10sur place,
35:11ensuite,
35:11on a appris
35:12la continuité
35:13des faits.
35:14Donc en fait,
35:15sur l'intervention sur place,
35:16on était toujours
35:16dans le doute
35:17d'un sur-attentat
35:18sur les lieux,
35:19en fait.
35:20Sur l'aspect
35:21vraiment médical,
35:22est-ce qu'on passe
35:23ce soir-là
35:23de la médecine d'urgence
35:24à la médecine de guerre ?
35:29On se connaît assez.
35:32On se connaît bien.
35:33On se connaît assez bien.
35:34En tout cas,
35:35c'est de la médecine
35:35en situation de guerre
35:37ou en tout cas d'attentat.
35:38Moi,
35:38je fais une différence.
35:40J'ai moins d'expérience
35:40de la guerre.
35:41J'ai malheureusement
35:43une expérience
35:43des attentats.
35:45Mais on est des gens,
35:46on est face à des victimes
35:48qui ne sont pas des soldats.
35:49ils ne sont pas préparés.
35:50Ils n'ont pas
35:50des protections balistiques.
35:52Ils ne sont pas...
35:52Ce sont des civils
35:53qui venaient s'amuser
35:54à un concert.
35:55Qui sont des jeunes
35:56comme...
35:57Alors,
35:57on n'est plus très jeunes.
35:59Comme vos enfants.
36:00Comme vos enfants.
36:01Mais voilà,
36:02ça peut être nos enfants.
36:04Et donc,
36:04l'impact.
36:05On n'est pas
36:06sur une zone de combat
36:07au fin fond
36:08d'un pays
36:08qu'on ne connaît pas.
36:10Je ne dis pas
36:10que c'est facile.
36:11Mais en tout cas,
36:12c'est différent.
36:13Et donc,
36:13on est sur une médecine,
36:15en tout cas,
36:15un sauvetage
36:16qui est
36:18très complexe,
36:19humainement,
36:20techniquement.
36:21Il faut se coordonner
36:22entre nous.
36:23Faire des choix.
36:24Alors,
36:25faire des choix,
36:26mais là aussi,
36:27je déteste
36:29le terme de triage.
36:30Je parle de priorisation.
36:31Mais la priorisation
36:32qu'on a dû faire
36:33dans le Bataclan,
36:34c'est...
36:35Parfois,
36:35il est mal interprété.
36:37Pas par vous,
36:38mais parfois,
36:39il est mal interprété.
36:40Il ne faut pas imaginer
36:41que les médecins
36:42et je connais très bien
36:43les médecins
36:44qui étaient là,
36:45on n'est pas arrivé
36:46devant des victimes
36:46en disant
36:47lui va vivre,
36:49lui va pas vivre.
36:50C'est pas...
36:51Non, mais que ce soit bien...
36:52Disons-le.
36:52C'est un métier humain.
36:53Mais on est obligé
36:54de prioriser,
36:55c'est lui sortir en premier
36:57ou lui aura
36:57tel ou tel geste
37:00de sauvetage.
37:02Mais tout le monde
37:02va sortir.
37:03Sauf qu'on doit faire
37:04des...
37:05Des choix.
37:05On doit prendre des décisions
37:06qui sont de notre ressort
37:08en tant que médecin
37:09et c'est pour ça qu'on était
37:11des médecins
37:12avec de l'expérience.
37:13On est formés,
37:14entraînés à ça.
37:15Mais encore une fois,
37:16c'est quelque chose d'humain.
37:17C'est que tout le monde
37:18doit sortir et vite
37:19et pour ça,
37:20il faut trier ou prioriser.
37:22Alors, Sandrine,
37:23l'Armandi,
37:24je voulais revenir avec vous.
37:25Les mots choisis,
37:26ce que vous avez soufflé
37:28à l'oreille des négociateurs,
37:29peut-être que vous ne pouvez
37:30pas nous le dire ici,
37:30je ne sais pas
37:31s'il y a un secret
37:32qui vous couvre ou quoi,
37:32mais comment est-ce que
37:33vous pouvez vous expliquer
37:35le travail au plus près
37:37et ensuite,
37:38comment est-ce que
37:38vous avez continué
37:39à suivre un certain nombre
37:41de personnes
37:41qui ont été évacuées,
37:42qui sont ces otages
37:44et qui, ensuite,
37:45je crois que vous les avez suivies
37:46au fil des mois,
37:46très régulièrement
37:47et pendant toutes ces années.
37:48Oui.
37:49Pour les mots, oui,
37:50c'est un peu compliqué
37:51d'échanger là-dessus,
37:52mais Mathieu,
37:53sur ça, a raison.
37:54Dans le sens où
37:55on fait phrase
37:56et on le sait très rapidement
37:57à des personnes déterminées
37:58puisqu'ils nous le disent.
38:00Donc, à partir de là,
38:01on garde quand même
38:03toujours en tête
38:03l'idée de se dire
38:05qu'on va peut-être
38:06quand même réussir
38:07à faire sortir
38:07un ou deux otages.
38:08Je pense que c'est important
38:09de garder cet espoir-là
38:10et de cette dynamique-là
38:11parce que si on est résigné
38:12avant même d'avoir commencé,
38:14évidemment,
38:14ça se sent dans le travail.
38:15Donc, c'était surtout
38:18réussir
38:19tous les deux
38:20à pouvoir
38:21travailler
38:22sereinement
38:23parce que...
38:24Tous les deux,
38:24le négociateur.
38:25enfin, tous les trois,
38:26il y avait un autre
38:27collègue négociateur
38:28parce que, lui,
38:31avait vu le Bataclan,
38:32avait vu les morts.
38:34Donc, c'était aussi difficile
38:35de pouvoir reprendre son souffle
38:36et de s'apaiser
38:37pour pouvoir travailler correctement
38:39et puis d'échanger avec eux.
38:41L'idée, c'était surtout
38:41que pendant ce temps-là,
38:43leur attention
38:45n'était pas portée
38:46sur les otages.
38:47Donc, c'était aussi
38:48de les faire ventiler suffisamment
38:49pour que...
38:50Les terroristes ?
38:51Pour gagner du temps.
38:52Oui, gagner du temps,
38:53que leur temps
38:54essayait d'échanger avec eux
38:55pour que la tension redescende
38:57et qu'ils soient
38:58le moins excités possible
39:00et que leur attention
39:01ne soit pas focalisée
39:03sur les otages.
39:05Nadine, vous l'avez...
39:05Faire entendre quelque chose
39:06à un personnage comme ça
39:08qui a...
39:09Faire entendre quelque chose ?
39:10Oui, faire entendre quelque chose.
39:11Le rationnel, j'entends.
39:12Enfin, entrer comme dans sa tête
39:12ou lui faire...
39:13Un type qui est avec un fusil d'assaut
39:15sur la scène du Bataclan.
39:17C'est peut-être mon côté
39:17utopiste, humaniste,
39:19je ne sais pas,
39:19mais moi, je pars
39:20toujours sur...
39:21Je partais,
39:22puisque je suis partie
39:22il y a un an de la BRI,
39:24mais sur ce genre de crise
39:25avec l'espoir
39:26parce qu'on peut tromber
39:27sur quelqu'un qui doute
39:28à un moment donné.
39:30On a eu l'exemple.
39:31Donc, il faut toujours garder
39:32en tête que sur une crise
39:33terroriste,
39:33on peut avoir à un moment donné
39:35un individu qui change d'avis.
39:37Malgré tout.
39:38Ce sont des profits différents
39:40aussi aujourd'hui
39:41par rapport à 2015.
39:43Donc, il faut le garder en tête.
39:44La menace et les profits
39:45ont évolué.
39:46Vous avez raison.
39:46Non, mais ce que ça me dit,
39:47c'est très vrai.
39:48Tiens, mais il faut toujours
39:49garder cet espoir.
39:50Et l'hyper-cachère,
39:52le Mera,
39:53est un parfait exemple.
39:55Il y a,
39:55entre les négociateurs
39:57et les terroristes,
39:59il y a un lien.
40:00Il y a un lien d'écoute,
40:01il y a un lien...
40:03Après, oui,
40:04ce n'est pas la négociation
40:06comme avec un forcené
40:08qui retient...
40:09Non, ce n'est pas
40:09les mêmes modes opératoires.
40:11Il y a plein de choses
40:12qui diffèrent,
40:13mais là,
40:13on parle de la négo,
40:14elle est évidemment différente.
40:16Et tout ça,
40:17Madame le disait,
40:18c'est aussi des évolutions
40:19que l'ensemble des services
40:20ont tenu
40:21depuis, malheureusement,
40:23tout le vécu
40:24qu'on a eu
40:24entre toutes ces périodes.
40:25Et puis,
40:26il faut bien comprendre
40:27qu'on le partage aussi
40:27à l'étranger.
40:28Nadine,
40:28vous voulez rajouter quelque chose ?
40:30Oui, moi,
40:30je voulais revenir
40:31sur plusieurs choses.
40:33J'espère que...
40:34Enfin,
40:35moi,
40:35je comprends tout à fait
40:36les propos
40:37de Mathieu Langois
40:39sur la prise en charge
40:42des blessés
40:43au Bataclan.
40:43C'est-à-dire que,
40:44dix ans après,
40:45le temps a fait son œuvre.
40:48Donc,
40:49on a remis un peu
40:50de rationalité
40:51sur tout ça.
40:53Heureusement,
40:54ce n'est pas évoqué
40:55dans l'excellente série
40:57des vivants.
40:58Il y a des choses
40:58très, très bien
40:58sur cette série.
41:00Vraiment,
41:01notamment,
41:01il y a l'hommage...
41:02C'est la qui est diffusée
41:02à France Télévisions.
41:03Oui,
41:04qui est l'hommage,
41:05par exemple,
41:06tous les 13 novembre,
41:08devant les différents
41:09lieux d'attaque
41:10et notamment
41:11au Bataclan.
41:12Je trouve que,
41:12franchement,
41:13c'est très, très bien.
41:15Et ce que je voulais dire aussi,
41:16parce que je trouve
41:17que c'est important
41:18dans les messages
41:18à faire passer,
41:21c'est que nous,
41:22pour les parents
41:22ou les familles endeuillées,
41:25parce qu'il n'y a pas
41:25de terme pour dire
41:26qu'un parent a perdu
41:27un enfant,
41:29il y a les orphelins,
41:30mais il n'y a pas
41:30l'équivalent pour les parents.
41:32Un des plus grands
41:33traumatismes pour nous,
41:35et on l'a dit
41:35au procès,
41:36ça a été le passage
41:38à l'Institut Médico-Légal.
41:39Donc,
41:40je remets ça sur le tapis.
41:42Si, si,
41:42vous avez raison,
41:43c'est important.
41:44Voilà,
41:44parce que là,
41:45le passage
41:45à l'Institut Médico-Légal,
41:47je l'ai dit au procès,
41:50ça a été dit
41:51par des dizaines de familles,
41:54c'était absolument épouvantable.
41:56Et là aussi,
41:58comme on a mis,
41:58en tant qu'association,
42:00on a travaillé
42:00avec la direction
42:01d'aide interministérielle
42:03des victimes,
42:04on a fait évoluer
42:05l'annonce des décès.
42:06On a travaillé là-dessus
42:08et en tant qu'association
42:10de victimes
42:11avec 13-11-15,
42:12on a,
42:13à un moment donné,
42:14tout le monde parlait
42:15et tout,
42:15mais ils ne savaient pas
42:16de quoi ils parlaient.
42:16Et nous,
42:17avec Philippe Duperron,
42:18on a mis le doigt là-dessus.
42:20Et vous avez raconté.
42:20Et on a dit,
42:21voilà,
42:21maintenant,
42:22l'annonce des décès,
42:23dans ces circonstances-là,
42:25on veut que ce soit
42:25comme ça,
42:26comme ça,
42:26et qu'à l'IML...
42:27Et depuis,
42:28je sais que l'accueil
42:29à l'IML a évolué.
42:30Donc,
42:31voilà.
42:31Si je peux,
42:32justement,
42:32sur ça,
42:33c'est vrai que nous,
42:33dans nos missions
42:34et après janvier
42:37et novembre,
42:39on a mis en place
42:42des psychologues
42:43à côté des policiers
42:44pour réaliser
42:45les annonces d'essai
42:46et la remise
42:47des effets personnels
42:47qui est aussi
42:48un moment très éprouvant
42:49pour les collègues policiers.
42:51Donc,
42:52on est en assistance
42:53et donc,
42:54c'est eux,
42:54évidemment,
42:55qui prononcent l'annonce
42:56et puis nous,
42:56on est là en soutien
42:57pour essayer de poser
42:58des mots adaptés.
42:59Donc,
42:59ça,
42:59c'est quelque chose
43:00qu'on a beaucoup travaillé
43:01et maintenant,
43:02on est quasi systématiquement
43:03sur les annonces d'essai
43:04avec les collègues policiers
43:06parce que c'est une tâche
43:07difficile pour eux
43:08et puis pour les familles.
43:10Et alors,
43:10si on parle avec vous,
43:11Christophe,
43:11de la gestion de l'après,
43:13vous,
43:13vous avez un petit regret
43:14et vous l'aviez formulé
43:15mardi lors du colloque
43:16de la difficile gestion
43:19individuelle du traumatisme
43:20et vous avez le sentiment
43:21que vous n'avez pas forcément
43:22eu la main tendue
43:24ou l'aide suffisante
43:25pour surmonter tout ça ?
43:27Disons que l'aide
43:28était présente
43:29mais souvent,
43:31on est sur une...
43:32Au sein de la police,
43:33on aime une collectivité
43:35de la chose.
43:36Donc,
43:36moi,
43:36avec mes deux collègues,
43:37forcément,
43:38on a fait un entretien
43:39avec une...
43:39Un débriefing.
43:40Un débriefing
43:40avec une psychologue
43:41du SSPO,
43:43donc en collectif
43:44et c'est vrai
43:44qu'en l'occurrence,
43:46mes deux collègues
43:47ont préféré
43:47une prise en charge
43:48individuelle
43:49à l'extérieur
43:51pour justement...
43:53Parce que,
43:54ils préféraient en fait
43:57une aide extérieure
43:58à l'institution,
44:00on va dire,
44:01qui était sûrement
44:01une nécessité pour eux.
44:02Après,
44:03sur le collectif...
44:04Vous,
44:04non,
44:04vous n'avez pas senti ça ?
44:05Moi,
44:06je n'ai pas eu
44:08une prise en charge
44:09par le SSPO,
44:11sauf la collective,
44:12bien sûr,
44:13mais parce que
44:14je n'en ai pas ressenti
44:16le besoin,
44:16mais c'est vrai que...
44:17Et aujourd'hui,
44:17un peu plus ?
44:18Aujourd'hui,
44:19un peu plus,
44:19parce que d'autres
44:20événements ont fait
44:20dans ma carrière
44:21qu'effectivement,
44:23j'en ai eu besoin,
44:25mais c'est vrai
44:27qu'on en avait justement
44:28discuté chez les pompiers,
44:29par exemple,
44:30il y a eu une prise
44:30en charge obligatoire.
44:32Christophe,
44:32quand on est un policier
44:33de la BAC,
44:34on est un gaillard
44:35ou on est un homme,
44:36est-ce qu'en parler,
44:38parler de ça,
44:39c'est un aveu de faiblesse ?
44:41On peut le ressentir
44:41comme ça ?
44:42On peut le ressentir
44:43comme ça,
44:44effectivement,
44:44et je pense que
44:45souvent,
44:47parfois,
44:47au sein de la police nationale,
44:48c'est ressorti un peu comme ça,
44:50par exemple,
44:50un moment de faiblesse,
44:52mais justement,
44:54le collectif,
44:55parce que souvent,
44:56dans des unités
44:56comme le RAID,
44:58la BRI,
44:59ou à un moindre niveau,
45:00par exemple,
45:00la BAC...
45:00Il n'y a pas de trouillard.
45:02Voilà.
45:02Et puis,
45:03collectivement,
45:04on est plus fort,
45:04mais individuellement,
45:05on a toujours un peu
45:06cette crainte
45:06de se dire
45:08est-ce que je vais être...
45:09Oui,
45:10est-ce que je ne suis pas
45:11assez costaud pour ça ?
45:12Qu'est-ce qu'on va penser
45:12de moi
45:13si je raconte
45:14que j'ai du mal à vivre avec ça ?
45:16Et c'est vrai
45:17qu'il y a eu
45:18de l'amélioration,
45:19mais...
45:19Alors moi,
45:20c'est le...
45:20Merci,
45:21Christophe,
45:22pour t'es...
45:22Mais,
45:23alors,
45:23j'adore la photo
45:24qui était des deux flics...
45:26On peut la revoir,
45:27on peut la revoir.
45:28Oui,
45:28celle-là,
45:29je l'adore.
45:30C'est peut-être
45:31un problème capillaire.
45:33Capillaire,
45:33non,
45:33je ne pense pas
45:34mais ça veut dire,
45:36ça dit énormément de choses
45:37et...
45:39Mais ce que Christophe dit
45:40et ça,
45:41je pense que c'est
45:41un point hyper important
45:42sur ce qu'on connaît
45:43du psychotrauma,
45:45surtout pour des gens forts
45:46comme toi,
45:47des gens préparés,
45:48des gens...
45:50Ce n'est pas
45:50dans l'immédiateté
45:51de l'action
45:52que ça va se révéler.
45:54Donc oui,
45:54il faut avoir des...
45:55Connaître
45:56les signaux faibles
45:57et évidemment
45:58la dimension collective
45:59dans les unités,
46:00que ce soit les BAC,
46:01que ce soit le RAID,
46:02la PIRI,
46:02cette dimension,
46:03ça peut être aussi
46:04une chance
46:05mais ça peut être aussi
46:05un piège,
46:08tout le monde comprendra.
46:10Et donc,
46:10il faut être très vigilant
46:11sur un temps très long.
46:13Et là,
46:14je suis d'accord avec toi,
46:15la police
46:15et plein d'autres...
46:18Oui,
46:19je trouve qu'après 2015,
46:22le SSPO déjà
46:22a pris de l'ampleur
46:24parce qu'il y a aussi...
46:25L'SSPO,
46:26c'est Service de Soutien
46:26Opérationnel
46:27et aux policiers.
46:29C'est la cellule
46:30d'aide psychologique.
46:31Exactement.
46:31C'est la cumpe des flics.
46:32Et du coup,
46:34ils ont aussi grossi
46:35en effectif
46:35parce qu'ils ont été
46:36très vite débordés
46:37parce qu'ils n'étaient
46:38pas suffisamment.
46:40Et je pense que
46:41petit à petit,
46:42les choses
46:42se systématisent.
46:45Et en tout cas,
46:45en ayant aussi
46:46des psychologues
46:47dans les services
46:48directement,
46:49nous,
46:49on a sollicité
46:50nos chefs de service
46:51en disant
46:51qu'il y a sûreté
46:52à faire,
46:53il faut que le SSPO
46:54vienne.
46:54Mais on en discutait
46:55tout à l'heure
46:56avant l'émission.
46:57Je pense que
46:58ce qui serait très intéressant,
46:59c'est d'avoir,
47:00comme il y a une visite
47:01médicale annuelle,
47:01d'avoir une visite
47:02psychologique
47:03et ça permettrait
47:04à certains policiers,
47:05à certains collègues
47:06de peut-être pouvoir
47:07ouvrir une porte
47:09dans ce temps-là.
47:10Donc il y a bien sûr
47:11l'immédiateté,
47:12mais après,
47:12il y a aussi
47:13sur de très longs termes
47:14où il faut toujours être.
47:14Et vous, Maxime,
47:15les gens que vous avez
47:16interviewés,
47:17il y avait aussi
47:18cette difficulté
47:18à poser des mots
47:19ou vous avez senti quoi ?
47:22Alors,
47:22on a senti que
47:23quand on leur posait
47:24la question,
47:25les opérateurs
47:26de la Bairie,
47:26mais aussi les policiers
47:27de la BAC,
47:27eux assurent
47:28qu'ils ne sont pas
47:28traumatisés.
47:29Mais ça,
47:30c'est peut-être
47:30la façade,
47:31c'est ce que vous disiez.
47:31C'est peut-être
47:32la façade.
47:32Moi,
47:33j'ai l'impression
47:34d'avoir perçu,
47:34mais c'est difficile
47:35de parler à leur place
47:36que peut-être
47:37qu'il y avait aussi
47:37une part de déni
47:38là-dedans.
47:40Ce qu'on nous a fait
47:41beaucoup remonter aussi,
47:42c'est la difficulté
47:43pour les opérateurs
47:44de la Bairie,
47:45pour les policiers
47:46primo-intervenants
47:46de faire un attentat
47:49à la salle du Bataclan
47:50et puis de rentrer
47:50chez soi après le soir.
47:52Ils comparaient notamment,
47:53j'ai beaucoup la comparaison
47:54avec les forces spéciales,
47:55les militaires
47:55qui font des théâtres
47:56très difficiles,
47:57mais qui, eux,
47:58ont un sas
47:58avant de rentrer chez eux.
48:00Ne vont pas,
48:00si vous voulez,
48:00le soir même,
48:02après avoir combattu
48:03dans des conditions
48:03extrêmement difficiles,
48:04ne vont pas rentrer
48:06chez eux dormir.
48:06Et d'ailleurs,
48:07vous le verrez
48:08dans le documentaire ce soir,
48:09la plupart de ceux
48:09qui nous racontent
48:10avoir craqué,
48:11avoir pleuré,
48:12je pense notamment
48:13à Grégory,
48:14le chauffeur du commissaire
48:16de la BAC,
48:16c'est au moment
48:17où il rentre chez lui,
48:18en fait.
48:18C'est au moment
48:18où il rentre chez lui,
48:19il se couche.
48:19Et vous, Christophe,
48:20comment vous êtes rentré
48:21ce soir-là ?
48:22Oui, parce que justement,
48:23quand on rentre,
48:24souvent,
48:25on ne va pas dormir.
48:27Souvent,
48:27on a déjà une première phase,
48:29c'est la famille
48:29qui vous accueille
48:30et la famille
48:31qui a vécu
48:32les événements aussi
48:32à travers la télévision.
48:35Quand on a la chance
48:35d'en avoir une.
48:36Quand on a la chance.
48:37Ce n'est pas le cas
48:37de tous les policiers.
48:38Voilà, exactement.
48:40Exactement.
48:40Et donc ensuite,
48:41on ne trouve pas le sommeil.
48:43On ne trouve pas le sommeil,
48:44alors on discute,
48:47on discute avec sa famille,
48:50puis ensuite,
48:51on prend l'option,
48:51on va dire,
48:52d'aller à un moment donné
48:54se reposer.
48:55Mais dès qu'on se repose,
48:57dès qu'on se réveille,
48:58le lendemain,
48:59alors ça revient
49:00et on a tout de suite,
49:01enfin moi en l'occurrence,
49:02la première chose que j'ai faite,
49:03c'est de rappeler mes collègues
49:03pour savoir si tout se passait bien
49:05et d'avoir su justement,
49:07et je pense que c'est pareil
49:09dans les services spécialisés,
49:10je pense qu'on a envie
49:11tout de suite derrière
49:11de retrouver l'équipe
49:12avec qui on était
49:13et puis d'en rediscuter
49:15et puis justement,
49:17il y a une espèce
49:17de soutien individuel
49:19mais collectif.
49:20Mais on a aussi besoin
49:22de la bulle familiale.
49:25Moi, je sais que
49:26quand je rentre,
49:28je suis passé à la pitié
49:29avant de rentrer chez moi,
49:31ce qui était une bêtise,
49:33mais j'arrive avec les croissants
49:35et tout,
49:35et ça a été une matinée
49:37absolument normale pour moi
49:38avec mon ex-femme,
49:40mes enfants.
49:41Honnêtement,
49:42ils ont dormi,
49:43ils ne savaient même pas
49:44ce qui s'était passé.
49:45Et vous ne leur avez pas dit ?
49:47Alors, si,
49:48mon ex-femme,
49:49elle savait que j'étais
49:50parce que j'étais avec elle
49:51quand je pars,
49:51donc je lui dis qu'il y a
49:52des attentats sur Paris,
49:53mais sans la stresser
49:54plus que ça,
49:55elle a eu cette intelligence,
49:57c'est de ne pas allumer
49:58votre chaîne de télé,
49:59si je peux me permettre.
50:00Non, mais vous le trouvez.
50:01Et elle a passé une nuit normale
50:03et elle m'a dit
50:04bon alors,
50:04il s'est passé quoi ?
50:05Je lui ai dit
50:05ben c'est quand même,
50:07c'était pas juste,
50:09voilà,
50:09c'est la vie du pays
50:11un peu...
50:12Le pays s'est totalement figé,
50:13cette nuit-là.
50:13Un peu changé
50:14et on n'en a pas dit plus
50:15et pourtant les médecins aussi
50:17et on a eu,
50:18moi honnêtement,
50:19pas une journée normale
50:21parce que le soir,
50:22on repartait bosser.
50:24Ça aussi,
50:25moi j'avais un psychiatre
50:26un jour qui m'avait dit
50:26le meilleur moyen
50:27de se protéger
50:28de tous les traumatismes.
50:31C'est ce que vous avez dit,
50:34c'est justement
50:35d'être ensuite
50:36dans l'analyse des faits.
50:37Ce qu'on appelle le rétex,
50:39c'est le retour d'expérience.
50:40Le but du rétex,
50:40c'est ça.
50:41On analyse tous ensemble
50:42les faits
50:43et ensuite,
50:43on essaye de dire
50:46on va s'améliorer,
50:47pour nous en tout cas.
50:48On reçoit beaucoup
50:49de personnalités,
50:50un politique en ce moment,
50:51le ministre de l'Intérieur
50:52est préfet de police,
50:53l'ancien patron
50:54du Parquet national
50:55antiterroristiaire
50:56et c'est toujours...
50:57Le truc c'est
50:58comment va-t-on faire
50:59pour que ça ne se reproduise plus,
51:01pour lutter contre...
51:02Et vous, madame...
51:03Et là, j'entends Nadine
51:05qui soupire sur la table.
51:06Vous avez vu cette phrase
51:07tout à l'heure,
51:08vous avez dit,
51:08madame,
51:09madame Rébert-Renard,
51:09comment va-t-on faire
51:10pour sauver plus de victimes ?
51:12Oui.
51:12Ce n'est pas
51:13comment va-t-on faire
51:13pour que ça ne se reproduise plus,
51:15ça veut dire que
51:16pour vous,
51:16ça va continuer.
51:18Comment est-ce qu'on va faire
51:18pour sauver plus de victimes ?
51:20C'est-à-dire qu'actuellement,
51:22on déjoue...
51:23Enfin, on,
51:24c'est pas moi...
51:24On comprend que
51:28régulièrement sont déjoués
51:31des projets d'attentats.
51:32D'accord ?
51:33Tous les jours.
51:34Mais là, vous voyez,
51:35en ce moment-là,
51:35j'ai circulé dans Paris ce matin
51:37pour aller à la course,
51:38etc.,
51:38pour venir ici.
51:40On voit bien que Paris est tendue.
51:42Enfin, Paris,
51:42la région parisienne est tendue.
51:44Donc oui,
51:45il faut faire des...
51:48Enfin,
51:49j'ai peur
51:51des prochains attentats.
51:53Oui, j'ai peur.
51:55Voilà.
51:55C'est clair,
51:56c'est dit.
51:57On n'a jamais...
51:58On sait que la menace
51:59est de plus en plus présente.
52:01Elle est encore là.
52:02On ne peut rien y faire.
52:03Donc, en revanche,
52:04ces leçons
52:06qu'on a tirées
52:07du 13 novembre,
52:08oui,
52:09je veux qu'elles servent
52:09à la collectivité,
52:11à la nation,
52:12y compris sur le plan psychologique.
52:14Et c'est tous les travaux
52:15qui sont menés actuellement
52:16par le Centre national
52:18de ressources et résilience
52:20qui a été créé
52:21et qui s'occupe
52:21du psychotrauma
52:22avec le professeur Bobet
52:24et Guillaume Véva.
52:26Ça, c'est important.
52:28C'est toutes ces...
52:29Voilà.
52:30Il y a les blessures
52:30visibles
52:31et il y a les blessures invisibles.
52:33Mais même sur les blessures physiques,
52:35on a travaillé
52:36tous les services
52:37et il faut bien...
52:38Alors, on ne sauvera pas
52:39toutes les vies,
52:40mais je peux vous garantir
52:41que si ça devait arriver,
52:42j'espère surtout pas...
52:43On continuera.
52:44Non, mais on fera...
52:45On ira plus vite
52:48dans l'évacuation
52:49que ce qu'on a fait en 2015.
52:50Merci à tous
52:51d'être venus avec nous.
52:52J'aimerais aborder avec vous
52:53un dernier volet
52:53de ce chapitre douloureux
52:54avec les orphelins
52:55du 13 novembre.
52:56Ils sont 72 enfants
52:57à avoir perdu un parent
52:59pendant et après
53:00les attentats du 13 novembre.
53:01Une série de documentaires
53:02leur donne la parole aussi
53:03et à tous ceux
53:04qui les ont accompagnés,
53:05la traversée du traumatisme,
53:07du deuil,
53:07de la vie d'après,
53:08de la reconstruction
53:09après ces destins brisés.
53:10Les orphelins du 13 novembre,
53:12c'est une série réalisée
53:13par Yves Pulici,
53:15Léa Bertrand,
53:15Charlotte Lesage,
53:16Yannis Choutier
53:17et Jean-Baptiste Pera.
53:18Écoutez.
53:20J'ai dit
53:20en méchant à tuer papa.
53:21Quand votre fils
53:22de deux ans,
53:25il vous demande
53:25à quoi ressemble une balle
53:26et comment elle traverse la peau,
53:29à deux ans et demi,
53:30ça fait bizarre quand même
53:31d'avoir ce genre de demande.
53:33Ton papa est un peu bouleversé,
53:35ton papa dort pas très bien,
53:36ton papa si, etc.
53:37Personne ne se doutait
53:38jusqu'au dernier jour
53:40qu'il allait mettre fin à ses jours.
53:42Moi, ça m'a permis
53:43de l'aimer
53:43et que je ne l'aurais jamais aimé
53:44autant s'il n'avait pas traversé ça.
53:46Donc, d'une certaine manière,
53:47j'aime autant le Bataclan
53:48que je veux le fuir.
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