Passer au playerPasser au contenu principal
« Il y a des blessés, il faut que je descende. » Le 13 novembre 2015, à 21h30, Jean-Luc Wertenschlag, secouriste de formation, est chez lui. Il habite au-dessus du restaurant La Belle Équipe, lorsqu'une « pétarade » éclate. Reconnaissant le bruit d’armes automatiques, il se met d'abord à l'abri avec sa fille avant de prendre la décision de descendre porter secours aux victimes.

Avant de descendre, il prend deux photos depuis sa fenêtre afin d'avoir une preuve de ce qu'il se passe en bas de chez lui. Il décrit une « organisation » glaçante. Une fois sur la terrasse, le « mode robot activé », il prodigue les premiers soins sous le bruit « assourdissant » des tirs, improvisant un garrot avec sa ceinture pour sauver une jeune femme.

Jean-Luc raconte également l'après. Le déni, en premier lieu, grâce à l'adrénaline qui l'aide à tenir, puis le retour brutal des souvenirs un an plus tard.

#Bataclan #13novembre2015 #13novembre #Paris #Terrasses #Attentat #France #Terrorisme #BelleEquipe

Suivez-nous sur :
Youtube : https://www.youtube.com/c/lepoint/
Facebook : https://www.facebook.com/lepoint.fr/
Twitter : https://twitter.com/LePoint
Instagram : https://www.instagram.com/lepointfr
Tik Tok : https://www.tiktok.com/@lepointfr
LinkedIn : https://www.linkedin.com/company/le-point/posts/
Bluesky : https://bsky.app/profile/lepoint.fr
Threads : https://www.threads.net/@lepointfr
WhatsApp : https://www.whatsapp.com/channel/0029VaDv82FL2ATwZXFPAK3c
www.lepoint.fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Le 13 novembre 2015, je suis sorti de chez moi pour aller porter secours aux victimes des attentats sur la terrasse de la Béléki.
00:06Je suis chez moi avec ma fille, Opal. Ma femme est partie travailler, l'infirmière de nuit.
00:12Et aux environs de 21h30, brutalement dans la rue, une pétarade.
00:18Moi j'ai fait mon service militaire, j'ai tiré avec des armes automatiques et je reconnais le bruit de tir d'une rafale.
00:24Donc je crie à ma fille de se lever et de quitter la pièce avec moi, on va se mettre à l'abri.
00:30Et puis ça continue de tirer, on essaye d'appeler les forces de l'ordre, d'appeler la police.
00:34Moi j'ai besoin d'essayer, je veux comprendre ce qui se passe en bas de chez moi, c'est pas logique, on est en plein Paris, j'ai jamais entendu un truc pareil.
00:42Et donc je vais me rapprocher de l'abbé Vitré, et puis là je vais arriver face à une scène où j'ai une voiture qui est arrêtée, des individus qui sont en train de tirer.
00:51Je me dis qu'il faut que je prenne des photos, et je me rends compte que j'ai trois personnes en bas de chez moi avec une espèce d'organisation.
00:58Il y en a un qui est vraiment en face, qui lui envoie des rafales.
01:01Un autre qui est sur la droite, que je vois à peine, mais qui tire sur les voitures.
01:04Et puis un autre que je vais voir avancer vers la terrasse, disparaître de mon champ de vision, et là je vais entendre du coup par coup.
01:11A aucun moment je me dis que c'est un attentat, je ne comprends pas ce qui est en train de se passer.
01:14J'entends les tirs, j'entends les bruits, effectivement les cris, et puis il commence à y avoir cette odeur de poudre en fait, qui est puissante.
01:22Les trois remontent dans la voiture, je dis à ma fille, écoute, il y a des blessés en bas de la maison, il faut que je descende.
01:26Au moment où je vais ouvrir la porte cochère, et arriver dans la rue, j'ai cette impression étrange d'un son qui est assourdi.
01:33Tout est renversé, il n'y a plus rien, il y a des gens qui crient, qui appellent, et puis très vite, je vais me focaliser sur ce que j'ai devant moi.
01:42Je vais arriver sur un premier corps, je sais que je ne peux rien faire, je vais passer au-dessus, et je vais continuer à avancer sur la partie gauche de la terrasse.
01:50Et là, tout de suite je vais voir une jeune femme, ce que je vois c'est qu'il y a une plaie sur la cuisse gauche, avec le sang qui sort en jet.
01:56Il y a une chaise qui est restée debout, je pose ma trousse dessus, je vais sortir un paquet de compresses, je n'ai que ça, je n'ai rien du tout, c'est une trousse de premier secours de base.
02:04Donc je vais mettre les compresses sur la plaie, je vais appuyer dessus, puis je vais lui demander d'appuyer à son tour, pour que je puisse essayer de faire autre chose.
02:11Et là, elle me répond qu'elle ne peut pas, parce qu'elle a aussi une balle dans le bras.
02:14En réalité, elle avait quatre balles, donc une dans la cuisse, une dans le bras, une dans le dos, et une qui a rebondi sur ses dents, qui s'est fichée à l'intérieur de sa joue.
02:21Il faut que je fasse autre chose, donc je vais défaire ma ceinture, faire le tour de la cuisse, serrer le plus fort possible, jusqu'à arriver à mettre un cran.
02:29Donc là, le sang ne coule plus, pour moi, c'est bon, je vais me tourner et je ne vais pas voir une autre personne, je vais voir une autre plaie.
02:36Je vais retirer mon t-shirt, pourrer mon t-shirt dans la plaie, appuyer dessus, et puis là, j'ai un blackout.
02:41Jusqu'à l'arrivée des secours, quand les pompiers vont arriver, moi, je vais me lever, je vais avancer, je vais aller vers le premier casque argenté que je vois.
02:47J'arrive complètement torse nul, visage complètement défait, je vais lui dire qu'ils ont tiré à la calage, que voilà.
02:52Je ne sais même pas si je pensais lui dire que j'ai posé un garrot, je n'en sais rien.
02:55J'ai qu'une idée en tête, c'est de remonter voir ma fille, parce que j'ai laissé ma gamine de 15 ans dans l'appartement, donc elle, il faut qu'elle sache que je suis toujours là.
03:03Et puis, avant de rentrer chez moi, il y a quand même quelque chose qui me revient en tête, c'est ce dans quoi j'ai marché.
03:09Sans choquer qui que ce soit, il n'y a pas que du sang, et je ne veux pas que ça rentre chez moi.
03:13Donc je vais retirer mes chaussures, et je vais aller, après avoir vu ma fille et l'avoir rassurée, je vais aller directement dans la salle d'eau, et puis je vais rincer le dessous de mes chaussures.
03:22Je vais rincer jusqu'à ce que tout ce qu'il y avait en dessous parte dans l'évacuation.
03:28Je pense que j'ai pris assez d'horreur, moi, ce soir-là, et je ne veux pas que ça s'imprime chez moi, je ne veux pas marcher avec ça par terre chez moi.
03:34C'est seulement un an après que j'ai eu une réaction assez étrange, un soir où je découpe le gigot.
03:41Je vais couper le morceau de viande, la viande va se détacher, il y a une goutte de sang qui va perler, et là c'est fini.
03:46Je ne peux même pas lâcher le couteau, je suis obligé d'appeler ma femme pour qu'elle vienne me retirer le couteau des mains, je vais tomber, je vais aller dans le salon, je vais arriver dans le canapé, je vais m'effondrer, je n'ai plus de force.
03:55Et là, les flashs, les odeurs, les images, tout revient. Tous mes sens ont été impactés.
03:59C'est-à-dire que j'ai vu les choses, mais pas que. J'ai entendu, j'ai senti, j'ai touché.
04:04Je n'ai pas perdu quelqu'un, je n'ai pas moi-même été blessé physiquement, mais j'ai été touché quand même émotionnellement.
04:12Et puis dans ma vie, tout a changé. J'ai pris une hypersensibilité à certaines choses, et ça m'a valu des soucis au niveau professionnel.
04:20Voilà, ma vie, elle a été quand même complètement bouleversée ce soir-là.
04:23Il n'y a pas de terme pour dire qui sont ces gens qui vont agir avant les secours.
04:27Je suis reconnu comme parti civil à la fin du procès, mais pas comme victime.
04:33Mais ceux qui ont pris l'impact le plus puissant après les victimes directes, c'est nous.
04:40Et ça, c'est difficile à faire reconnaître.
04:45La chose qui m'a vraiment permis de me débarrasser des mauvais souvenirs, c'est d'avoir écrit un livre.
04:50J'ai gravé ailleurs que dans ma tête tous mes souvenirs.
04:52Ce dont j'ai parlé sur l'histoire de mes chaussures, c'est des choses que je ne pouvais pas dire jusqu'au moment de l'écriture du livre.
04:59Ça m'a libéré et ça me permet d'en parler sans être submergé par des émotions, même si c'est quand même bien gravé partout.
Commentaires

Recommandations