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  • il y a 3 mois
Les paramilitaires au Soudan, en guerre contre l'armée depuis plus de deux ans, ont annoncé jeudi 6 novembre leur accord à une trêve humanitaire proposée par les pays médiateurs. Mamadou Dian Balde, directeur régional de l'agence de l'ONU pour les réfugiés pour l'Afrique de l'Est est l'invité de Mylène Specklin sur BFM2.

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Transcription
00:00Bonjour à tous et bienvenue sur BFM. De nouveau nom de l'apprendre au Soudan, les paramilitaires annoncent leur accord pour une proposition de trêve humanitaire.
00:14Et pour en parler avec nous, nous sommes avec Mamadou Diane Baldé, directeur régional de l'agence de l'ONU pour les réfugiés pour l'Afrique de l'Est.
00:22Merci Mamadou d'avoir accepté notre invitation.
00:25Bonjour Mylène, merci beaucoup de m'avoir sur votre programme.
00:30Nous nous sommes déjà parlé en avril dernier pour le triste anniversaire des deux ans du conflit au Soudan.
00:35On rappelle rapidement les grandes lignes.
00:38Depuis 2023, le Soudan est le théâtre d'un conflit dévastateur entre l'armée du général Abdel Fattah al-Bourhan, qui est à l'origine du Putsch de 2021, et les paramilitaires des forces de soutien rapide, FSR.
00:51Ces derniers jours, nous avons été les témoins d'une terrible escalade dans la région.
00:55Une ville particulièrement est le symbole des atrocités, c'est Al-Fachère.
01:01Les FSR ont pris le contrôle de la ville et les agences de l'ONU sur le terrain dressent un tableau apocalyptique.
01:08Je cite un nouveau cap dont l'horreur a été franchi.
01:12Est-ce que cet accord pour une proposition de trêve humanitaire est un nouvel espoir d'un chemin vers la paix pour le Soudan ?
01:21Merci Mylène de m'avoir.
01:26Ce qu'il y a eu au Soudan depuis deux ans et demi, c'est effectivement la plus grande crise de protection que nous n'avons jamais eue.
01:36C'est aussi la plus grande crise humanitaire.
01:38Et comme vous l'avez si bien dit, ce qui vient de se passer ces dix derniers jours aux alentours d'Al-Fachère et à Al-Fachère même,
01:46montre sous sa pire forme la violation des droits de la personne, la violation du droit international humanitaire,
01:56et tout ce qui nous réunit et tout ce qui nous unit comme être humain.
02:00Donc vous avez des acteurs qui ne font pas du tout cas du droit international humanitaire
02:07et qui continuent à violer la violence sur les personnes, sur les communautés, sur des bases indiscriminées.
02:16Et donc voilà pourquoi on dit que c'est la plus grosse crise de protection que nous avons actuellement.
02:22Toutes déclarations, toutes initiatives qui pourraient permettre d'avoir un cessez-le-feu, un peu plus de répit,
02:35c'est ce dont les communautés ont besoin, c'est ce dont les acteurs humanitaires ont besoin.
02:41Et franchement, c'est ce dont le Soudan a besoin actuellement.
02:44Après deux ans d'une crise brutale, deux ans qui ont amené 12 millions de personnes à quitter chez elles,
02:518 millions à l'intérieur du pays et 4 millions à l'extérieur du pays.
02:56Donc ça peut être une très bonne nouvelle qu'elles puissent se réaliser et c'est de ça que nous avons besoin actuellement.
03:03Alors plus de 2000 personnes auraient été tuées dans la ville de El Facher en quelques jours, peut-être plus.
03:10On a cette impossibilité d'avoir un bilan humain réel.
03:16Il y a également eu l'impossibilité pour ces gens de rejoindre les camps des réfugiés.
03:21Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme indique avoir reçu, je le cite,
03:27des témoignages horribles depuis que le FSR ont lancé une offensive majeure contre cette ville.
03:34Que sait-on exactement des exactions qui ont été commises ?
03:37Les communautés qui quittent El Facher et qui viennent au niveau de Tawila,
03:45qui est une des villes pas très loin d'El Facher, toujours dans la zone de Darfur,
03:51ces communautés-là, les individus qui viennent, qu'est-ce qu'ils disent à nos collègues de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés,
04:01de même que nos partenaires.
04:04C'est une violence inouïe, c'est une violence dont la brutalité n'a plus de mise au XXIe siècle,
04:13mais c'est aussi, pour ceux qui arrivent à s'en sortir, c'est aussi un peu plus d'espoir.
04:20Les gens arrivent traumatisés, les gens arrivent avec peu de moyens,
04:24besoin d'eau, besoin de nourriture, besoin d'habitation,
04:28mais aussi, encore une fois, toutes ces populations nous disent que ça fait plus d'un an et demi,
04:35presque deux ans, que la ville d'El Facher est sous siège.
04:39Alors, c'est un sentiment de liberté également qu'ils expriment à nos équipes et à nos partenaires,
04:47et encore une fois, un besoin pour la paix, pour un cessez-le-feu,
04:51pour qu'il y ait de moins en moins de réfugiés qui sortent du Darfur pour aller vers le Tchad.
04:56Vous savez, le Tchad, c'est le pays voisin immédiat du Darfur, de ce côté-là,
05:02et le Tchad, depuis le début de la crise, a déjà reçu plus de presque 900 000 personnes,
05:07plus de 800 000 personnes, et ces gens qui arrivent trouvent un peuple qui est réceptif,
05:14trouvent des portes ouvertes, des frontières ouvertes,
05:18mais c'est des gens qui arrivent presque démunis,
05:21donc nous avons besoin de relocaliser, envoyés à des endroits beaucoup plus sûrs,
05:29et ces 800 000, 900 000 personnes qui arrivent trouvent 400 000 qui étaient déjà là depuis 2003.
05:36Donc, vous voyez la magnitude, l'importance de cette crise-là,
05:42qui est en train de se dérouler sous nos yeux.
05:44Alors, vous avez fait référence au camp déplacé de Tavila.
05:49Est-ce qu'on sait combien de personnes qui ont fui El Facher sont parvenues jusqu'à ce camp déplacé?
05:57Environ 80 000 personnes ont quitté El Facher tout récemment.
06:02Mais vous savez, c'est une zone qui est une zone beaucoup instable, malheureusement,
06:07et pas seulement depuis ces derniers temps.
06:10Et les personnes qui sont là, principalement, désirent aller dans un pays qui est beaucoup plus sûr,
06:18qui leur donne accès à l'asile, qui leur donne accès à des services de protection dont elles ont besoin.
06:26Mais le vœu premier, c'est un vœu de paix, pouvoir rester chez soi,
06:31pouvoir s'occuper de soi-même, et puis vivre comme vous et moi, une vie normale.
06:35Alors, il y a un rapport qui a été publié aujourd'hui,
06:39des images satellites analysées par le laboratoire de l'université de Yale, aux Etats-Unis,
06:46montrent, je cite, des activités d'élimination des corps dans la ville soudanaise d'El Facher,
06:51prise par les paramilitaires,
06:53avec notamment des traces correspondant à des fosses communes dans une mosquée
06:56et un ancien hôpital pour enfants.
06:59Est-ce que vous avez pris connaissance de ce rapport?
07:01Écoutez, les violations des droits de la personne qui ont eu lieu dans le Darfour
07:09depuis assez longtemps, qui ont culminé au cours des dix derniers jours,
07:15sont documentées pour la plupart.
07:18Nous avons des témoignages de la plupart des gens qui arrivent
07:22et qui parlent de ces atrocités-là.
07:24Donc, ce dont nous avons besoin actuellement, c'est un arrêt de ces atrocités.
07:30C'est l'appel qu'a fait le secrétaire général de l'ONU,
07:33mais vous savez aussi que c'est une région qui, très malheureusement,
07:36a connu, a vu, a été le témoin de violations des droits de la personne
07:44à des nouveaux extrêmement élevés.
07:46Donc, encore une fois, un besoin de cesser le feu, un besoin de paix
07:51pour que maintenant, les acteurs les mieux appropriés
07:54pour pouvoir regarder les questions de rédivabilité
07:57et de respect des droits de la personne puissent travailler
08:01avec les communautés pour qu'on puisse aller de l'avant.
08:05Un besoin également d'aide humanitaire,
08:07puisque c'est environ 30 millions de personnes
08:09qui ont besoin de cette aide.
08:12Il y a un blocus de l'aide humanitaire pour les civils.
08:17Il y a régulièrement cette question qui est mise en avant.
08:19On demande l'ouverture de couloirs humanitaires.
08:23Qu'en est-il actuellement ?
08:24Écoutez, les besoins humanitaires sont énormes.
08:27Les besoins d'accès aux populations
08:29qui ont besoin de notre support sont là, sont énormes,
08:34ne font que grandir tant que la crise est en train d'augmenter.
08:39Le humanitarian response plan à l'intérieur,
08:43les besoins humanitaires à l'intérieur du Soudan
08:46ne sont financés qu'à environ 28%.
08:48Et nous sommes juste à deux mois de la fin de l'année.
08:54Les besoins humanitaires pour les pays environnants du Soudan,
08:58que moi je coordonne, 7 pays et qui regroupent 111 partenaires,
09:02c'est les Nations unies, c'est les organisations non gouvernementales
09:08qui sont locales, les organisations non gouvernementales et internationales.
09:13Donc les besoins humanitaires que je coordonne ne sont financés qu'à environ 22%.
09:18Donc c'est vraiment un appel à la solidarité.
09:22C'est un appel pour qu'on puisse aider ses frères et soeurs
09:26qui se retrouvent dans des besoins énormes.
09:28Mais aussi, surtout, c'est ce que toutes ces personnes-là me disent
09:32à chaque fois que je voyage à l'intérieur du Soudan
09:34ou à l'extérieur du Soudan,
09:36un besoin de paix et de cesser le feu
09:39pour que les gens puissent s'occuper d'eux-mêmes
09:42et vivre des vies normales.
09:46Et donc ce que vous nous dites aussi,
09:47c'est que le Soudan reste gravement sous-financé ?
09:52L'aide humanitaire ?
09:54Absolument.
09:56L'aide humanitaire gravement sous-financée
09:58et un besoin d'aide au développement aussi
10:01qui vient en complément aux efforts humanitaires
10:04que nous essayons de faire.
10:06Quand vous n'êtes financé qu'à 22% à l'extérieur du Soudan,
10:1128% à l'intérieur du Soudan,
10:13à deux mois de la fin de l'année,
10:15vous pouvez tout à fait comprendre
10:16que c'est extrêmement sous-financé.
10:19Ceci dit, le financement, on en a besoin.
10:24Le support à ces frères et sœurs
10:26qui ont besoin de support humanitaire est là.
10:30Mais en plus de ça, l'appel aussi,
10:32c'est que les acteurs politiques,
10:34la communauté internationale,
10:36comme l'a fait le secrétaire général,
10:38comme l'a demandé le secrétaire général,
10:40comme le demandent ces communautés,
10:41c'est qu'on puisse avoir la paix
10:42et un cesser le feu
10:44parce que c'est ça les causes profondes
10:46de ce conflit qui a duré beaucoup trop longtemps.
10:51L'ONU a également sorti un rapport,
10:54et je cite,
10:55ce rapport dit
10:56« Aucun enfant n'est en sécurité au Soudan ».
11:00Est-ce que vous pouvez un peu développer
11:01sur la situation spécifique des enfants soudanais ?
11:04Les enfants soudanais, les femmes soudanaises,
11:10les jeunes hommes et jeunes femmes soudanais
11:13sont ceux qui subissent le plus lourd fardeau
11:19depuis que ce conflit brutal a commencé.
11:22La plupart des réfugiés qui vont au Tchad,
11:26c'est principalement des femmes et des enfants.
11:28La plupart des personnes déplacées internes,
11:31que ce soit à l'ouest du Soudan
11:33ou à l'est du Soudan
11:36ou ceux qui vont du côté du Sud-Soudan
11:38ou qui vont vers l'Égypte,
11:40c'est principalement des enfants et des femmes.
11:42Donc c'est une crise de protection,
11:45c'est une crise de protection
11:46qui affecte les hommes, les femmes et les enfants.
11:50C'est une crise de protection
11:51qui affecte les enfants et les femmes.
11:53C'est aussi ça, cette dimension
11:55de cette crise qui a trop longtemps duré
11:57et qui a juste besoin d'être arrêtée ou de s'arrêter.
12:01Alors Mamadou Dianbalde, vous l'avez évoqué,
12:05une guerre qui dure depuis plus de deux ans,
12:0812 millions de personnes déplacées ou réfugiées,
12:11dont 4 millions d'enfants,
12:12une famine confirmée dans 10 régions,
12:15des viols comme armes de guerre,
12:16de la torture, des massacres de masse.
12:18On la qualifie de pire crise humanitaire au monde.
12:21Il y a également l'ONU qui a dénoncé
12:25une indifférence mondiale.
12:28Pourquoi la communauté internationale
12:31ne s'insurge pas davantage de la situation au Soudan ?
12:37La communauté internationale,
12:41les voisins immédiats du Soudan le savent déjà.
12:45Les voisins non immédiats du Soudan
12:47doivent beaucoup mieux le savoir,
12:50y compris dans les pays du Golfe,
12:53dans les pays européens,
12:55dans les pays vers l'Afrique australe.
12:57Tout le monde devrait savoir que cette crise,
12:59ce n'est pas une crise qui va,
13:01si elle continue,
13:03qui va s'arrêter au Soudan
13:04ou aux pays environ du Soudan.
13:06Donc cette communauté que nous servons tous
13:09a besoin d'ouvrir davantage les yeux
13:13parce que l'instabilité du Soudan,
13:16un pays vaste au milieu du continent africain,
13:20est une instabilité qui est une crise
13:24qui est en train et qui va,
13:26si elle n'y met pas un terme,
13:29qui va affecter les pays,
13:30les pays beaucoup plus éloignés.
13:33Donc je crois que certains pensent
13:36que le Soudan est très loin.
13:38En fait, le Soudan n'est pas aussi loin que cela.
13:40Donc nous avons tous intérêt à ce que cette crise cesse,
13:44que les violations massives des droits de la personne cessent,
13:48que cette souffrance
13:49qu'endure 8 millions de personnes déplacées
13:54à l'intérieur du pays,
13:564 millions à l'extérieur du pays.
13:58Pour la plupart des pays voisins
14:00qui n'ont pas beaucoup,
14:01mais qui ont ouvert leurs frontières
14:03pour sauver des vies,
14:04pour partager ce que nous avons,
14:07il faut que cette crise s'arrête
14:09parce que c'est dans l'intérêt de tout un chacun.
14:12Merci infiniment,
14:13Mamadou Diane Baldé,
14:14d'avoir répondu à nos questions
14:16et de nous avoir éclairé
14:17sur la situation actuelle au Soudan.
14:19Je le rappelle,
14:20vous êtes directeur régional
14:21de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés
14:23pour l'Afrique de l'Est.
14:25Merci d'avoir témoigné
14:27de la situation au Soudan
14:29et des atrocités
14:30qui y sont commises,
14:31on le rappelle,
14:32dans ce conflit
14:32qui est en cours
14:34depuis 2023.
14:35et merci à tous
14:37de nous avoir suivis.
14:38On se retrouve très bientôt
14:39pour un nouveau direct
14:40sur BFM2.
14:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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