00:00Bonjour à tous et bienvenue sur BFM. De nouveau nom de l'apprendre au Soudan, les paramilitaires annoncent leur accord pour une proposition de trêve humanitaire.
00:14Et pour en parler avec nous, nous sommes avec Mamadou Diane Baldé, directeur régional de l'agence de l'ONU pour les réfugiés pour l'Afrique de l'Est.
00:22Merci Mamadou d'avoir accepté notre invitation.
00:25Bonjour Mylène, merci beaucoup de m'avoir sur votre programme.
00:30Nous nous sommes déjà parlé en avril dernier pour le triste anniversaire des deux ans du conflit au Soudan.
00:35On rappelle rapidement les grandes lignes.
00:38Depuis 2023, le Soudan est le théâtre d'un conflit dévastateur entre l'armée du général Abdel Fattah al-Bourhan, qui est à l'origine du Putsch de 2021, et les paramilitaires des forces de soutien rapide, FSR.
00:51Ces derniers jours, nous avons été les témoins d'une terrible escalade dans la région.
00:55Une ville particulièrement est le symbole des atrocités, c'est Al-Fachère.
01:01Les FSR ont pris le contrôle de la ville et les agences de l'ONU sur le terrain dressent un tableau apocalyptique.
01:08Je cite un nouveau cap dont l'horreur a été franchi.
01:12Est-ce que cet accord pour une proposition de trêve humanitaire est un nouvel espoir d'un chemin vers la paix pour le Soudan ?
01:21Merci Mylène de m'avoir.
01:26Ce qu'il y a eu au Soudan depuis deux ans et demi, c'est effectivement la plus grande crise de protection que nous n'avons jamais eue.
01:36C'est aussi la plus grande crise humanitaire.
01:38Et comme vous l'avez si bien dit, ce qui vient de se passer ces dix derniers jours aux alentours d'Al-Fachère et à Al-Fachère même,
01:46montre sous sa pire forme la violation des droits de la personne, la violation du droit international humanitaire,
01:56et tout ce qui nous réunit et tout ce qui nous unit comme être humain.
02:00Donc vous avez des acteurs qui ne font pas du tout cas du droit international humanitaire
02:07et qui continuent à violer la violence sur les personnes, sur les communautés, sur des bases indiscriminées.
02:16Et donc voilà pourquoi on dit que c'est la plus grosse crise de protection que nous avons actuellement.
02:22Toutes déclarations, toutes initiatives qui pourraient permettre d'avoir un cessez-le-feu, un peu plus de répit,
02:35c'est ce dont les communautés ont besoin, c'est ce dont les acteurs humanitaires ont besoin.
02:41Et franchement, c'est ce dont le Soudan a besoin actuellement.
02:44Après deux ans d'une crise brutale, deux ans qui ont amené 12 millions de personnes à quitter chez elles,
02:518 millions à l'intérieur du pays et 4 millions à l'extérieur du pays.
02:56Donc ça peut être une très bonne nouvelle qu'elles puissent se réaliser et c'est de ça que nous avons besoin actuellement.
03:03Alors plus de 2000 personnes auraient été tuées dans la ville de El Facher en quelques jours, peut-être plus.
03:10On a cette impossibilité d'avoir un bilan humain réel.
03:16Il y a également eu l'impossibilité pour ces gens de rejoindre les camps des réfugiés.
03:21Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme indique avoir reçu, je le cite,
03:27des témoignages horribles depuis que le FSR ont lancé une offensive majeure contre cette ville.
03:34Que sait-on exactement des exactions qui ont été commises ?
03:37Les communautés qui quittent El Facher et qui viennent au niveau de Tawila,
03:45qui est une des villes pas très loin d'El Facher, toujours dans la zone de Darfur,
03:51ces communautés-là, les individus qui viennent, qu'est-ce qu'ils disent à nos collègues de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés,
04:01de même que nos partenaires.
04:04C'est une violence inouïe, c'est une violence dont la brutalité n'a plus de mise au XXIe siècle,
04:13mais c'est aussi, pour ceux qui arrivent à s'en sortir, c'est aussi un peu plus d'espoir.
04:20Les gens arrivent traumatisés, les gens arrivent avec peu de moyens,
04:24besoin d'eau, besoin de nourriture, besoin d'habitation,
04:28mais aussi, encore une fois, toutes ces populations nous disent que ça fait plus d'un an et demi,
04:35presque deux ans, que la ville d'El Facher est sous siège.
04:39Alors, c'est un sentiment de liberté également qu'ils expriment à nos équipes et à nos partenaires,
04:47et encore une fois, un besoin pour la paix, pour un cessez-le-feu,
04:51pour qu'il y ait de moins en moins de réfugiés qui sortent du Darfur pour aller vers le Tchad.
04:56Vous savez, le Tchad, c'est le pays voisin immédiat du Darfur, de ce côté-là,
05:02et le Tchad, depuis le début de la crise, a déjà reçu plus de presque 900 000 personnes,
05:07plus de 800 000 personnes, et ces gens qui arrivent trouvent un peuple qui est réceptif,
05:14trouvent des portes ouvertes, des frontières ouvertes,
05:18mais c'est des gens qui arrivent presque démunis,
05:21donc nous avons besoin de relocaliser, envoyés à des endroits beaucoup plus sûrs,
05:29et ces 800 000, 900 000 personnes qui arrivent trouvent 400 000 qui étaient déjà là depuis 2003.
05:36Donc, vous voyez la magnitude, l'importance de cette crise-là,
05:42qui est en train de se dérouler sous nos yeux.
05:44Alors, vous avez fait référence au camp déplacé de Tavila.
05:49Est-ce qu'on sait combien de personnes qui ont fui El Facher sont parvenues jusqu'à ce camp déplacé?
05:57Environ 80 000 personnes ont quitté El Facher tout récemment.
06:02Mais vous savez, c'est une zone qui est une zone beaucoup instable, malheureusement,
06:07et pas seulement depuis ces derniers temps.
06:10Et les personnes qui sont là, principalement, désirent aller dans un pays qui est beaucoup plus sûr,
06:18qui leur donne accès à l'asile, qui leur donne accès à des services de protection dont elles ont besoin.
06:26Mais le vœu premier, c'est un vœu de paix, pouvoir rester chez soi,
06:31pouvoir s'occuper de soi-même, et puis vivre comme vous et moi, une vie normale.
06:35Alors, il y a un rapport qui a été publié aujourd'hui,
06:39des images satellites analysées par le laboratoire de l'université de Yale, aux Etats-Unis,
06:46montrent, je cite, des activités d'élimination des corps dans la ville soudanaise d'El Facher,
06:51prise par les paramilitaires,
06:53avec notamment des traces correspondant à des fosses communes dans une mosquée
06:56et un ancien hôpital pour enfants.
06:59Est-ce que vous avez pris connaissance de ce rapport?
07:01Écoutez, les violations des droits de la personne qui ont eu lieu dans le Darfour
07:09depuis assez longtemps, qui ont culminé au cours des dix derniers jours,
07:15sont documentées pour la plupart.
07:18Nous avons des témoignages de la plupart des gens qui arrivent
07:22et qui parlent de ces atrocités-là.
07:24Donc, ce dont nous avons besoin actuellement, c'est un arrêt de ces atrocités.
07:30C'est l'appel qu'a fait le secrétaire général de l'ONU,
07:33mais vous savez aussi que c'est une région qui, très malheureusement,
07:36a connu, a vu, a été le témoin de violations des droits de la personne
07:44à des nouveaux extrêmement élevés.
07:46Donc, encore une fois, un besoin de cesser le feu, un besoin de paix
07:51pour que maintenant, les acteurs les mieux appropriés
07:54pour pouvoir regarder les questions de rédivabilité
07:57et de respect des droits de la personne puissent travailler
08:01avec les communautés pour qu'on puisse aller de l'avant.
08:05Un besoin également d'aide humanitaire,
08:07puisque c'est environ 30 millions de personnes
08:09qui ont besoin de cette aide.
08:12Il y a un blocus de l'aide humanitaire pour les civils.
08:17Il y a régulièrement cette question qui est mise en avant.
08:19On demande l'ouverture de couloirs humanitaires.
08:23Qu'en est-il actuellement ?
08:24Écoutez, les besoins humanitaires sont énormes.
08:27Les besoins d'accès aux populations
08:29qui ont besoin de notre support sont là, sont énormes,
08:34ne font que grandir tant que la crise est en train d'augmenter.
08:39Le humanitarian response plan à l'intérieur,
08:43les besoins humanitaires à l'intérieur du Soudan
08:46ne sont financés qu'à environ 28%.
08:48Et nous sommes juste à deux mois de la fin de l'année.
08:54Les besoins humanitaires pour les pays environnants du Soudan,
08:58que moi je coordonne, 7 pays et qui regroupent 111 partenaires,
09:02c'est les Nations unies, c'est les organisations non gouvernementales
09:08qui sont locales, les organisations non gouvernementales et internationales.
09:13Donc les besoins humanitaires que je coordonne ne sont financés qu'à environ 22%.
09:18Donc c'est vraiment un appel à la solidarité.
09:22C'est un appel pour qu'on puisse aider ses frères et soeurs
09:26qui se retrouvent dans des besoins énormes.
09:28Mais aussi, surtout, c'est ce que toutes ces personnes-là me disent
09:32à chaque fois que je voyage à l'intérieur du Soudan
09:34ou à l'extérieur du Soudan,
09:36un besoin de paix et de cesser le feu
09:39pour que les gens puissent s'occuper d'eux-mêmes
09:42et vivre des vies normales.
09:46Et donc ce que vous nous dites aussi,
09:47c'est que le Soudan reste gravement sous-financé ?
09:52L'aide humanitaire ?
09:54Absolument.
09:56L'aide humanitaire gravement sous-financée
09:58et un besoin d'aide au développement aussi
10:01qui vient en complément aux efforts humanitaires
10:04que nous essayons de faire.
10:06Quand vous n'êtes financé qu'à 22% à l'extérieur du Soudan,
10:1128% à l'intérieur du Soudan,
10:13à deux mois de la fin de l'année,
10:15vous pouvez tout à fait comprendre
10:16que c'est extrêmement sous-financé.
10:19Ceci dit, le financement, on en a besoin.
10:24Le support à ces frères et sœurs
10:26qui ont besoin de support humanitaire est là.
10:30Mais en plus de ça, l'appel aussi,
10:32c'est que les acteurs politiques,
10:34la communauté internationale,
10:36comme l'a fait le secrétaire général,
10:38comme l'a demandé le secrétaire général,
10:40comme le demandent ces communautés,
10:41c'est qu'on puisse avoir la paix
10:42et un cesser le feu
10:44parce que c'est ça les causes profondes
10:46de ce conflit qui a duré beaucoup trop longtemps.
10:51L'ONU a également sorti un rapport,
10:54et je cite,
10:55ce rapport dit
10:56« Aucun enfant n'est en sécurité au Soudan ».
11:00Est-ce que vous pouvez un peu développer
11:01sur la situation spécifique des enfants soudanais ?
11:04Les enfants soudanais, les femmes soudanaises,
11:10les jeunes hommes et jeunes femmes soudanais
11:13sont ceux qui subissent le plus lourd fardeau
11:19depuis que ce conflit brutal a commencé.
11:22La plupart des réfugiés qui vont au Tchad,
11:26c'est principalement des femmes et des enfants.
11:28La plupart des personnes déplacées internes,
11:31que ce soit à l'ouest du Soudan
11:33ou à l'est du Soudan
11:36ou ceux qui vont du côté du Sud-Soudan
11:38ou qui vont vers l'Égypte,
11:40c'est principalement des enfants et des femmes.
11:42Donc c'est une crise de protection,
11:45c'est une crise de protection
11:46qui affecte les hommes, les femmes et les enfants.
11:50C'est une crise de protection
11:51qui affecte les enfants et les femmes.
11:53C'est aussi ça, cette dimension
11:55de cette crise qui a trop longtemps duré
11:57et qui a juste besoin d'être arrêtée ou de s'arrêter.
12:01Alors Mamadou Dianbalde, vous l'avez évoqué,
12:05une guerre qui dure depuis plus de deux ans,
12:0812 millions de personnes déplacées ou réfugiées,
12:11dont 4 millions d'enfants,
12:12une famine confirmée dans 10 régions,
12:15des viols comme armes de guerre,
12:16de la torture, des massacres de masse.
12:18On la qualifie de pire crise humanitaire au monde.
12:21Il y a également l'ONU qui a dénoncé
12:25une indifférence mondiale.
12:28Pourquoi la communauté internationale
12:31ne s'insurge pas davantage de la situation au Soudan ?
12:37La communauté internationale,
12:41les voisins immédiats du Soudan le savent déjà.
12:45Les voisins non immédiats du Soudan
12:47doivent beaucoup mieux le savoir,
12:50y compris dans les pays du Golfe,
12:53dans les pays européens,
12:55dans les pays vers l'Afrique australe.
12:57Tout le monde devrait savoir que cette crise,
12:59ce n'est pas une crise qui va,
13:01si elle continue,
13:03qui va s'arrêter au Soudan
13:04ou aux pays environ du Soudan.
13:06Donc cette communauté que nous servons tous
13:09a besoin d'ouvrir davantage les yeux
13:13parce que l'instabilité du Soudan,
13:16un pays vaste au milieu du continent africain,
13:20est une instabilité qui est une crise
13:24qui est en train et qui va,
13:26si elle n'y met pas un terme,
13:29qui va affecter les pays,
13:30les pays beaucoup plus éloignés.
13:33Donc je crois que certains pensent
13:36que le Soudan est très loin.
13:38En fait, le Soudan n'est pas aussi loin que cela.
13:40Donc nous avons tous intérêt à ce que cette crise cesse,
13:44que les violations massives des droits de la personne cessent,
13:48que cette souffrance
13:49qu'endure 8 millions de personnes déplacées
13:54à l'intérieur du pays,
13:564 millions à l'extérieur du pays.
13:58Pour la plupart des pays voisins
14:00qui n'ont pas beaucoup,
14:01mais qui ont ouvert leurs frontières
14:03pour sauver des vies,
14:04pour partager ce que nous avons,
14:07il faut que cette crise s'arrête
14:09parce que c'est dans l'intérêt de tout un chacun.
14:12Merci infiniment,
14:13Mamadou Diane Baldé,
14:14d'avoir répondu à nos questions
14:16et de nous avoir éclairé
14:17sur la situation actuelle au Soudan.
14:19Je le rappelle,
14:20vous êtes directeur régional
14:21de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés
14:23pour l'Afrique de l'Est.
14:25Merci d'avoir témoigné
14:27de la situation au Soudan
14:29et des atrocités
14:30qui y sont commises,
14:31on le rappelle,
14:32dans ce conflit
14:32qui est en cours
14:34depuis 2023.
14:35et merci à tous
14:37de nous avoir suivis.
14:38On se retrouve très bientôt
14:39pour un nouveau direct
14:40sur BFM2.
14:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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