Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 mois
Les camps syriens, le 13-Novembre... Le témoignage de Sana, au micro de Jérôme Chapuis et Gaële Joly.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Mais il faut aussi nous raconter qu'à ce moment-là, ce 13 novembre, ça fait à peu près un an que vous avez été emmenée, emmenée de force, alors que vous n'aviez que 15 ans. Racontez-nous.
00:10Ben alors, en fait, à ce moment-là, ce qui se passait là-bas était différent de l'ambiance qu'il y avait ici en France. C'était très festif là-bas.
00:21Le 13 novembre, là.
00:22Oui, c'est ça. C'était très festif. Donc, moi, je ne sortais pas vu que j'étais alitée. Par contre, j'entendais des tirs, j'entendais des cris. Mon petit frère m'a rapporté qu'en ville, c'était vraiment la musique à fond. Vraiment, les gens étaient très joyeux.
00:36Et il faut maintenant nous raconter la manière dont vous êtes arrivée. 2014, votre famille part pour la Syrie. Vous n'avez alors que...
00:48À peine 15 ans.
00:49À peine 15 ans. Et vous pensez partir pour l'Algérie.
00:52Oui, c'est ça. Il faut savoir que ma mère ne nous a jamais mêlés à ses choix. Et d'ailleurs, on n'a jamais été très proches de notre mère. Du coup, quand on lui demandait pourquoi on prépare nos valises, qu'est-ce qu'on va faire en Algérie, elle ne répondait pas forcément, en fait.
01:08Et puis, un beau jour, elle nous a pris en vacances, comme elle le disait, à l'atterrissage. Moi, je n'avais jamais voyagé avant, donc je ne savais pas comment ça fonctionnait, les aéroports et tout ça.
01:21Je suivais juste avec mon petit frère. Et puis, on atterrit. Et là, je vois un drapeau rouge. Moi, je connais un minimum le drapeau d'Algérie, quand même.
01:29Donc, ça m'avait inquiété. Je me suis dit, c'est quoi ce drapeau, en fait ? Où est-ce qu'on est ? J'ai envoyé mon petit frère, parce qu'il était plus proche de ma mère que moi.
01:37Et là, elle commençait vraiment à s'énerver, à nous engueuler et nous dire, taisez-vous, et suivez-moi.
01:43Et vous êtes en Turquie.
01:44En Turquie. C'est bien ça.
01:46Et en Turquie, il va y avoir un aller-retour à Bruxelles, parce que vous êtes expulsé. Vous revenez et ensuite, vous arrivez en Syrie, pris en main, pris en charge par les hommes de l'État islamique.
01:56Exactement. Donc, nous, quand on arrive, après avoir traversé la frontière brutalement, il y a un pick-up qui s'arrête.
02:03Et puis, on voit un homme barbu, avec un chapeau, une calache. Première fois de ma vie que je voyais une arme, donc j'étais effrayée de monter dans cette voiture.
02:11Et puis, ma mère, elle nous fait tous monter. Et cinq minutes plus tard, je vois mon oncle arriver.
02:15Votre oncle, qui est un peu, on va dire, celui qui s'est radicalisé le premier, quand vous êtes à Roubaix.
02:21Il faut encore rappeler une fois le contexte. Vous avez à peine 15 ans, et vous êtes, vous, une jeune fille de banlieue, comme les autres.
02:27C'est ça. Oui, c'est ça. Mon oncle a été le premier à être radicalisé.
02:32C'est le seul garçon sur une fratrie de neuf enfants, qui a toujours été très dominant, très écouté, très chéri aussi par ses soeurs.
02:40Du coup, quand il a amené ça à la maison, je pense que ça a été un automatisme.
02:45Tout le monde l'a suivi très facilement.
02:48Et vous dites, vous racontez dans ce livre, que le pire, vous avez vécu des épreuves absolument abominables, le mariage forcé,
02:57cette guerre, ces bombardements qui ont suivi notamment le 13 novembre.
03:01Mais vous dites que le pire, ce sont ensuite les camps que vous avez connus, puisque vous êtes ensuite prisonnière.
03:07C'est la deuxième partie de cet enfer, prisonnière dans des camps tenus par les Kurdes.
03:13Oui, c'est ça. En fait, les camps kurdes, c'est vraiment, je l'appelle comme ça dans mon livre, la jungle au sens propre.
03:21En fait, c'est vraiment un terrain où c'est le plus fort tue le plus faible.
03:25Vous arrivez, il y a des règlements de compte, je brûle ta tente, les enfants sont victimes à l'intérieur.
03:30Du coup, on a retrouvé plein de cadavres d'enfants brûlés, carbonisés à cause de ces femmes-là,
03:35des personnes qui sont frappées au marteau, justement, pour une histoire de briquet.
03:38C'est vraiment la jungle au sens propre.
03:40Tandis que dans la guerre, on s'attend à tout moment de mourir et de terminer de cet enfer des terroristes.
03:47Je me tourne vers vous, Gaëlle Joly, parce que la genèse de ce livre que vous avez co-écrit avec Sana,
03:53c'est un reportage que vous réalisez pour France Info.
03:56Oui, c'était un reportage sur des orphelines.
04:00On était allé voir dans les camps des orphelines pour les faire parler.
04:03Elle voulait être apatriée.
04:05Je cherchais aussi des jeunes filles qui étaient dans la situation de Sana,
04:09c'est-à-dire qui étaient parties adolescentes et qui étaient devenues adultes,
04:13et donc qui ne pouvaient pas rentrer.
04:16Et donc, je les cherchais, je les cherchais, il y en avait deux.
04:19Et les Kurdes m'ont empêchée de la rencontrer.
04:21Donc finalement, je savais qu'elle était là, j'ai réussi à avoir son numéro.
04:24Et pendant un an, on a communiqué à travers WhatsApp,
04:28et on a fait des sujets, notamment à l'antenne de France Info, avec son témoignage.
04:32Et il faut bien souligner que vous êtes, Sana, aux yeux de la justice française aujourd'hui,
04:38considérée comme une victime, ce qui n'allait pas de soi quand vous avez regagné le territoire français.
04:45Oui, effectivement, c'est ça.
04:47Quand j'ai regagné le territoire français, j'ai été tout de suite auditionnée par l'ADGSI, du coup,
04:52pendant à peu près trois jours d'interrogatoire.
04:55Garde à vue.
04:56Garde à vue, pendant trois jours.
04:57Soupçonnée de terrorisme.
04:58Exactement.
04:58En mon enterrissage, on m'a dit, vous êtes arrêtée pour l'association malfaiteur terroriste,
05:03ce qui m'a choquée d'ailleurs, puisque j'ai tout de suite dit à mon interculteur que j'étais pas terroriste, en fait.
05:09Et trois jours après, des questions intenses, profondes et tout ça,
05:15j'ai été relâchée par le juge du parquet national antiterroriste,
05:19car il n'y avait rien contre moi et que j'étais mineure.
05:22Par la suite, je me suis portée partie civile dans mon dossier,
05:25contre ma mère et contre ma famille.
05:29Votre famille qui est toujours pour partie en Syrie.
05:33Exactement.
05:33Qui sont eux toujours présents sur le territoire syrien.
Commentaires

Recommandations