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  • il y a 7 mois
Anna Kiefer de l’association Sherpa, dont l'objet est de protéger et de défendre les populations victimes de crimes économiques, salue le caractère "historique" de l'ouverture du procès Lafarge, accusé d'avoir financé des groupes djihadistes pour maintenir son activité en Syrie.

Retrouvez les invités de 6h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter

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Transcription
00:00France Inter
00:01Mathilde Munoz
00:05Le 5-7
00:08Il est 6h21, c'est un procès historique inédit qui s'ouvre aujourd'hui à Paris.
00:13Pour la première fois, une entreprise française est poursuivie pour financement de terrorisme.
00:18Il s'agit de Lafarge.
00:19Le cimentier est accusé d'avoir payé des groupes armés, dont l'Etat islamique, pour pouvoir maintenir son usine en Syrie.
00:24Alors que le pays était en pleine guerre civile en 2013 et 2014, près de 200 anciens salariés syriens se sont constitués partie civile,
00:32ainsi que l'association Sherpa, dont vous faites partie.
00:35Anna Kiefer, bonjour.
00:36Bonjour.
00:36Vous êtes juriste chargée de plaidoyer et de contentieux au sein de cette association Sherpa qui défend les droits humains.
00:42Que reprochez-vous à Lafarge exactement ?
00:44Alors, ce n'est pas nous qui leur reprochons directement, c'est le tribunal et c'est ce pourquoi ils vont être jugés aujourd'hui.
00:50Mais vous avez porté plainte contre Lafarge quand même.
00:52Alors, la plainte que nous avons portée avec l'association ECCHR est plus large qu'elle visait également la complicité de crimes contre l'humanité pour lequel l'instruction se poursuit.
01:04Les juges ont décidé de scinder l'instruction en deux.
01:07Mais aujourd'hui, ce sera pour financement de terrorisme et non respect de sanctions internationales pour le paiement de groupes terroristes, l'Etat islamique et le front al-Nosra.
01:17Alors, on parle de quelle somme exactement et comment ça se serait passé ?
01:20Alors, les juges d'instruction ont retenu 5 millions d'euros versés à trois groupes.
01:24Donc, les deux précédemment cités ainsi que Harar Alcham.
01:27Et ce serait par le fait de paiement dit de sécurité.
01:32Alors, des donations qui ont été faites chaque mois à certains groupes pour assurer la sécurité des travailleurs qui se rendaient à l'usine,
01:40pour permettre aux marchandises aussi de circuler parce qu'il y avait de nombreux checkpoints autour de l'usine.
01:45On est en 2013-2014.
01:47C'est en pleine guerre civile syrienne où il y a une expansion de ces groupes djihadistes et l'émergence de l'Etat islamique.
01:55Oui, c'est ce que dit Lafarge.
01:57L'entreprise dit qu'elle a été victime de raquettes, d'extorsions et que finalement, elle a été contrainte de verser cet argent pour protéger ses employés.
02:04Alors, l'entreprise a choisi de rester et pour rester, il lui a fallu payer ses groupes.
02:10Et ça, c'est inexcusable à vos yeux ?
02:12Alors, ce n'est pas moi qui vais juger de ça, ce sera le tribunal.
02:17Mais en tout cas, on voit qu'il y a des faits suffisamment graves pour que Lafarge ait huit prévenus, dont quatre dirigeants ont été renvoyés devant le tribunal aujourd'hui pour des faits graves.
02:28C'est historique.
02:29C'est la première fois qu'on a une entreprise qui va être jugée pour financement de terrorisme avec ses dirigeants.
02:34On voit que vous posez la question de comment cela a été fait.
02:37Donc, il y avait ces paiements dits de sécurité, mais il y avait aussi l'achat de matières premières pour faire fonctionner l'usine.
02:43Le pétrole, par exemple ?
02:44Voilà. Et les juges d'instruction ont pu identifier des fournisseurs qui étaient liés à l'État islamique auquel Lafarge avait recours pour ses matières premières.
02:55Environ 2 millions pour ses achats de matières premières et 3 millions pour les paiements dits de sécurité à ces trois groupes.
03:01Alors, il y a un paramètre important quand même, c'est qu'il y a un ancien directeur de la communication de Lafarge qui a écrit un livre d'ailleurs,
03:06qui a beaucoup fait parler à l'époque.
03:08Lui, il dit que les services secrets français étaient informés et même impliqués.
03:11Grosso modo, que Lafarge aurait été chargé de collecter des informations pour le renseignement français.
03:17Vous, c'est quoi votre position là-dessus ? Est-ce que les autorités françaises ont réagi à ce propos ?
03:21Alors, les juges d'instruction ont très clairement dit que même les prévenus pendant le cadre de ces 9 ans de procédure
03:28ne sont jamais allés jusqu'à affirmer qu'il y avait eu des instructions de l'État français de rester.
03:35Qu'il n'y avait jamais eu d'instruction émise de la part de l'État de fournir du renseignement et donc de financer ces groupes armés.
03:44C'est par opportunité que des renseignements ont pu être fournis parce que Lafarge restait.
03:48Lafarge ayant une autonomie, ayant décidé de rester et de continuer à maintenir l'activité afin de protéger son usine
03:56qu'elle venait d'inaugurer juste avant la guerre civile.
03:59Elle a inauguré en 2010 680 millions d'euros et elle a, je pense, ne pas voulu perdre cet important patrimoine
04:10et a décidé de rester en pleine autonomie.
04:13Par opportunité, comme elle payait ses groupes, elle avait des informations sur les checkpoints et sur les groupes sur le terrain
04:19et le directeur de la sécurité à l'époque, le directeur de la sûreté, pardon, Jean-Claude Veillard, a pu, en tant qu'ancien militaire,
04:27via des contacts qu'il avait à la DGSE, transmettre certaines informations de manière assez sporadique
04:34mais on n'a pas d'informations dans le dossier d'instruction de l'État français.
04:38Si ce procès est à ce point important à vos yeux, je dis vous, mais l'association Sherpa,
04:45c'est parce que ça pourrait faire jurisprudence pour d'autres conflits à venir, avec d'autres groupes terroristes.
04:52C'est vraiment pointer du doigt la responsabilité des multinationales qui opèrent dans les zones de conflit ?
04:57Oui, ça envoie un message fort. Alors déjà, le fait qu'il y ait un procès, qu'il y ait une procédure pour toutes les entreprises
05:03qui aujourd'hui se retrouvent avec des activités dans des zones de conflit, de ne pas faire prévaloir les intérêts économiques sur les droits humains.
05:10Y compris quand il ne s'agit pas de mouvements terroristes ? Là, vous allez au-delà, c'est à partir du moment où on est dans un pays en guerre, on ne fait plus de business ?
05:16Alors pas, on ne fait plus de business, mais en tout cas, il faut respecter les droits humains en tout temps, que ce soit d'ailleurs en temps de paix ou en temps de guerre.
05:25On voit que cela s'applique. Là, je parle en particulier pour les zones de conflit, parce qu'on voit qu'il y a eu quand même des accusations de complicités des crimes contre l'humanité,
05:33ce qui est très grave, parce que la Farge a, a priori, aurait financé des groupes qui se sont rendus complices de crimes contre l'humanité et de génocides envers le peuple yézidi.
05:44Qui se sont servis de cet argent pour commettre des crimes, c'est ça ?
05:47Alors, ça a alimenté ces groupes à un moment où ils étaient en pleine histoire, 2013-2014.
05:54Et certains des dirigeants ont pu dire, à l'époque, on ne savait pas la nature de ces groupes.
06:00Il n'y avait pas encore eu les attentats de Paris de 2015, on est en 2013-2014.
06:05Mais on sait pourtant, les informations avaient déjà des exécutions sommaires, des décapitations, des crucifixions, le génocide des yézidis en 2014.
06:14Et les informations du dossier montrent qu'à ce moment-là, la Farge était encore en train de négocier un accord, un nouvel accord avec l'État islamique pour permettre son activité.
06:24La Farge devant la justice pour financement de terrorisme.
06:28Vous allez suivre ce procès qui va durer six semaines pour le compte de votre association Sherpa.
06:33Anna Kiffer, merci beaucoup.
06:35Procès qui va donc durer jusqu'à la mi-décembre devant le tribunal correctionnel de Paris.
06:39Merci.
06:40Merci.
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