00:00J'ai eu un AVC à 33 ans alors que je n'avais strictement aucun facteur de risque et ça m'est tombé dessus.
00:07Ça s'est passé un samedi matin le 17 novembre 2018 et je me suis réveillée ce matin-là en étant très vaseuse
00:15avec une sensation de vertige généralisé que j'ai mis sur le compte d'une hypoglycémie parce que le flaveil je n'avais pas mangé
00:23et pendant le petit déjeuner je me rendais compte que je n'allais pas bien.
00:27Donc je suis repartie me coucher et en fait au bout de 20 minutes ça ne passait pas
00:32et progressivement je me suis rendue compte que je commençais à devenir incohérente, que je perdais la parole.
00:39Je n'ai pas vraiment réalisé à ce moment-là qu'il y avait un souci.
00:42J'ai recouché mon bébé qui à l'époque avait 14 mois, je l'ai remis à la sieste du matin
00:47et c'est là que j'ai réalisé qu'il y avait un souci.
00:50J'ai appelé mes parents pour qu'ils viennent garder mon bébé et j'ai appelé mon conjoint
00:55et en fait je ne me rappelais plus comment joindre mon conjoint à son travail
01:01et c'est là que j'ai compris qu'il y avait vraiment un gros souci.
01:05Par chance, quand j'ai appelé maman, c'est mon frère qui a décroché
01:09et qui a dit il y a Margot au téléphone et il a dit n'importe quoi.
01:14Et mon père était à côté et quand il a entendu ça, il lui a arraché le téléphone des mains,
01:18il m'a écouté parler et il m'a dit écoute, tu ne bouges pas, j'arrive.
01:22Et pendant qu'il est arrivé, il a appelé le SAMU en leur disant
01:26ma fille a 33 ans, elle est en train d'avoir un AVC, il faut que vous veniez la chercher.
01:32Le SAMU m'a appelé et ils m'ont fait le questionnaire de régulation.
01:37Ils m'ont demandé mon nom, ça je savais, mon prénom je savais,
01:41ils m'ont demandé mon âge et ça je ne savais plus.
01:44Et l'opératrice m'a dit, vous faites une migraine avec Cora,
01:48il faut prendre un ibuprofène, on vous envoie SOS médecin.
01:52Donc j'ai obéi, j'ai pris un ibuprofène.
01:55Et ensuite, mon conjoint et papa sont arrivés à la flamme maison.
01:59Et papa, qui est pharmacien, m'a dit, mais pourquoi tu as pris un ibuprofène,
02:03il ne faut surtout pas faire ça.
02:05Si tu as un AVC, il ne faut pas prendre de l'ibuprofène.
02:09Et ensuite, le médecin de SOS médecin est arrivé à la flamme maison,
02:13mais il s'est passé un long moment, à peu près 45 minutes,
02:18après que le SAMU m'a dit qu'il me l'envoyait.
02:21Et il m'a ausculté et il a conclu, lui aussi, une migraine avec Cora.
02:26Et mon père a insisté lourdement en disant,
02:30mais non, j'ai quatre enfants sur les quatre, il y en a trois qui sont migraineux.
02:34Elle, c'est la seule qui n'a pas de migraine,
02:36ce n'est pas une migraine avec Cora, c'est un AVC.
02:39Il faut qu'elle ait passé une IRM.
02:41Et c'est grâce à l'insistance de papa que j'ai pu être évacuée au CHU.
02:46On m'a passé une IRM et le constat était sans appel et vraiment aucune surprise pour moi.
02:52C'était bel et bien un AVC, un AVC ischémique,
02:56c'est-à-dire avec une artère du cerveau qui est bouchée par un caillot.
03:00Mais comme les délais d'attente avaient été dépassés,
03:03je n'ai pas eu droit à la thrombolise ou à la thrombectomie,
03:07qui sont deux traitements d'urgence.
03:09Ma séquelle la plus importante, c'est que je suis aphasique, encore aujourd'hui.
03:14À l'époque, je ne parlais quasiment plus.
03:17Les mots sortaient de manière très, très lente.
03:20J'avais perdu la conjugaison, la syntaxe et la grammaire.
03:25Aujourd'hui, ça s'est quand même grandement amélioré.
03:27Ensuite, j'avais une hémiparésie droite, c'est une faiblesse musculaire,
03:32ce qui fait que je n'arrivais plus à marcher correctement.
03:35Et j'ai aussi une apraxie du discours,
03:38c'est-à-dire que je n'arrive pas à mobiliser correctement
03:42les muscles de ma joue droite et de ma langue.
03:45C'est pour ça que je bégaye et que les mots traînent
03:49et que j'ai aussi un pseudo-accent neuroflogique.
03:53Et après, je souffre de diverses apraxies,
03:55c'est-à-dire que je suis incapable de faire des mouvements
03:59alors que je sais pertinemment comment les mettre en place dans mon cerveau,
04:03mais je ne sais pas les faire en vrai.
04:05Ça ne se déclenche pas.
04:06Alors, il y a des choses qui se sont grandement améliorées
04:09puisque aujourd'hui, je marche.
04:11Mon hémiparésie est corrigée à hauteur de 97%
04:15depuis la dernière fois qu'on a fait un bilan.
04:18La phasie, on l'est à vie, à phasique,
04:20mais on peut s'améliorer.
04:22Donc, moi, je reparle, je peux à nouveau lire,
04:26même si ça me fatigue beaucoup.
04:28Je peux écrire, mais uniquement sur ordinateur
04:31ou à la main, en majuscule.
04:34Je n'avais absolument aucun facteur de risque pour avoir un AVC,
04:38mais il faut quand même les connaître.
04:40Donc, il y a le diabète, le cholestérol,
04:43l'alcoolisme, le tabagisme.
04:45Le tabagisme, si en plus on prend la pilule,
04:47la toxicomanie, l'obésité, le surpoids,
04:52la sédentarité, l'hypertension, la fibrillation atriale.
04:56Ça, c'est les plus communs et il faut y faire attention.
05:00Je suis devenue patient-expert et patient-formatrice
05:04après avoir passé un diplôme à la Faculté de médecine de Bordeaux.
05:08et aujourd'hui, je fais des conférences,
05:12je donne des cours, des interventions, des podcasts,
05:17tout ce qui peut servir pour faire de la prévention AVC.
05:21Donc, finalement, cet AVC, ça a changé ma vie
05:23et ça m'a donné envie de donner aux autres
05:27la possibilité d'apprendre des choses
05:29et de surtout pas vivre ce que moi, j'ai vécu.
05:32Moi, ce qui m'a fait avancer, c'est mon petit garçon
05:35parce que j'avais envie de le retrouver le plus vite possible.
05:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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