00:00Avec mon mari, on a mis plusieurs années avant de devenir parent.
00:04On a dû assez rapidement au cours de notre histoire se lancer dans un parcours d'aide médicale à la procréation
00:09à cause d'une infertilité dite inexpliquée.
00:12Il n'y avait pas de raison médicale apparente et pourtant on n'arrivait pas à avoir d'enfant.
00:17On s'est lancé dans un parcours d'AMP, aide médicale à la procréation,
00:21qui a duré un peu plus de 4 ans, qui a été ponctué comme pour beaucoup de couples et notamment beaucoup de femmes,
00:27de traitements très lourds, d'interventions chirurgicales, de beaucoup de tentatives, de beaucoup de fausses couches.
00:34Et puis finalement, on a eu la chance de sortir de ce parcours en devenant parent d'un petit garçon et d'une petite fille,
00:41des jumeaux, qui sont nés en novembre 2021.
00:44Je pense que personne n'est prêt à apprendre qu'on ne va pas pouvoir tomber enceinte.
00:50D'ailleurs les mots ont un sens, on dit tomber enceinte vraiment comme si ça arrivait en un claquement de doigts.
00:55Il y a cette annonce qui veut dire que ça va être beaucoup plus compliqué pour vous,
00:59mais en fait ce qui est compliqué c'est qu'au fur et à mesure on se rend compte que non seulement ça va être plus long,
01:04mais que ça va aussi être plus douloureux et surtout que ça n'est absolument pas conçu avec une garantie de succès.
01:10Puisqu'en fait aujourd'hui en France, un couple sur deux sort d'un parcours d'aide médicale à la procréation sans enfant, au bout du compte.
01:18Donc je pense que c'est surtout avec ça qu'il faut vivre et surtout avec ça qui est si complexe et douloureux,
01:23c'est l'idée que potentiellement on ne deviendra jamais parent, on ne pourra pas faire famille,
01:29ou alors en tout cas il faudra penser à faire autrement.
01:31Quand finalement Eleonore et Louis sont nés, j'étais vraiment euphorique.
01:36Et je pense que pendant des semaines, des mois même, j'ai tout trouvé génial.
01:41C'était génial de ne pas dormir la nuit, et avec des jumeaux de fête, très souvent on ne dort pas la nuit.
01:45C'était génial de changer des couches, c'était génial de ne plus avoir de temps pour soi, de quasiment plus voir mon mari.
01:51Je me suis dépêchée de retourner travailler parce que je pense que j'avais envie que tout soit possible,
01:56à la fois d'être très investie dans ma maternité et en même temps de ne pas ralentir sur le plan professionnel.
02:02Et en fait, rétrospectivement, je pense que tout ça a été très sincère.
02:05J'étais vraiment folle de joie et très très soulagée aussi d'avoir réussi à devenir maman et d'avoir ces deux bébés qui étaient là.
02:14Et en même temps, je pense que ça relevait aussi beaucoup de l'injonction qui déjà commençait à peser sur moi en tant que jeune maman,
02:22qui était mêlée dans ce cas précis à une espèce de conflit de loyauté vis-à-vis de la femme que j'étais encore quelques mois auparavant en parcours d'AMP
02:31qui aurait été prête à se couper un bras pour pouvoir devenir maman.
02:34Et puis aussi par rapport à toutes les femmes qui continuaient à m'écrire,
02:37je me sentais quelque part redevable et obligée de tout trouver génial.
02:42Pour le dire autrement, je pense que je me disais, écoute, tu ne vas pas te plaindre.
02:47Tu les as tellement voulus, ces enfants.
02:49Maintenant qu'ils sont là, il est de ton devoir de ne pas souffrir de la fatigue,
02:55de ne pas te plaindre du fait de ne plus avoir de temps pour toi.
02:58Prends sur toi, tout ça, ça va passer.
03:00Et en fait, force est de constater que je l'ai payé après, à la fois physiquement et psychologiquement.
03:06En parlant avec des femmes au fil des mois et des femmes vraiment de tous les âges,
03:12de tous les milieux, de tous les territoires aussi,
03:15je me suis rendue compte que ces injonctions contradictoires,
03:18et notamment l'injonction ultime qui est d'être une mère parfaite,
03:24toutes les femmes d'une manière ou d'une autre,
03:26et quel que soit leur rapport à la maternité, le vivaient et en souffraient.
03:29Ces injonctions qui, quelque part, viennent gâcher notre maternité,
03:34ou en tout cas, très clairement, nous gâcher la vie.
03:36On est très, très, très, très, très nombreuses à les vivre.
03:40Et c'est presque admis par la société française,
03:43je pense par la société dans son ensemble,
03:44que la maternité va aller avec ces injonctions,
03:48va aller avec ce sentiment de culpabilité,
03:50va aller avec cette idée qu'on devrait réussir à tout mener de front
03:55et sans se plaindre, s'il vous plaît.
03:57Et mon sentiment, c'est qu'en cherchant le mot juste,
04:00le juste récit, les témoignages les plus intimes,
04:04autour de ces questions de maternité,
04:06ça va nous permettre, à nous, parents,
04:08de vivre mieux ces différents temps de la parentalité,
04:12et notamment de la maternité,
04:13et de se sentir moins seul aussi.
04:15Je pense que pour les gens qui ne traversent pas
04:17de parcours d'aide médicale à la procréation,
04:20il faut se garder de donner trop de conseils.
04:23Très souvent, ces couples, et notamment ces femmes,
04:25se prennent de plein fouet des remarques
04:27qui vont venir appuyer sur des souffrances,
04:31de la fatigue, du désespoir parfois,
04:34parce que ça peut vraiment désespérer les gens
04:35de se dire qu'ils ne pourront jamais être parents.
04:39Et donc, voilà, tous les conseils du type
04:41« mais lâche prise, détends-toi,
04:44tu cherches vraiment trop à contrôler les choses,
04:47pars en vacances et puis tu verras,
04:49tu vas tomber enceinte ».
04:50Voilà, typiquement, ça, je pense qu'il vaut mieux s'abstenir.
04:52Donc, en fait, avec l'infertilité,
04:55comme avec tout un tas de sujets de santé publique,
04:58quand on ne vit pas ça,
05:00je pense qu'il vaut mieux prendre des pincettes
05:01quand on s'adresse à des femmes et des hommes
05:03qui traversent ces thématiques-là,
05:04parce qu'en fait, il est très probable
05:06qu'on n'arrive pas à trouver les mots,
05:08et ce n'est pas grave,
05:09mais il ne faut pas prétendre forcément savoir le faire.
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