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  • il y a 10 mois
Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Jeudi 30 octobre 2025, le photographe et réalisateur Raymond Depardon. Une rétrospective lui est consacrée dans huit cinémas français.

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Transcription
00:00Bonjour Raymond Depardon, vous êtes cet artiste au regard grand ouvert et qui a toujours pratiqué son métier d'apparence d'un seul oeil,
00:07le deuxième étant caché derrière votre appareil photo, votre caméra.
00:10Certains diront que vous êtes avant tout un photographe, d'autres un cinéaste,
00:14tandis que vous, vous êtes toujours considéré comme un chasseur d'images.
00:17Oui, mais un chasseur d'images avec une rigueur journalistique assumée.
00:21Vous avez réalisé des films, des documentaires, créé l'agence Gama en 1966
00:24et vous avez reçu le Grand Prix National de la Photographie,
00:27plusieurs Césars au cinéma, le prix Louis Deluc et le prix Nadar.
00:30Vous êtes aussi l'auteur du portrait officiel du président de la République, François Hollande.
00:34Depuis le 22 octobre, une rétrospective a lieu dans huit salles à Paris, Marseille, Lyon, Dunkerque, Le Havre, Toulouse, Rennes et Valence.
00:41Quatre cycles sont organisés, deux pardons citoyens, c'est en ce moment,
00:45puis deux pardons paysans à partir du 4 février, deux pardons photographes à compter du 4 mars
00:50et deux pardons l'Afrique dès le 29 avril 2025.
00:53Celle qui vous a fait grandir, cette même Afrique qui vous a fait grandir en tant qu'homme et en tant que photographe aussi.
00:59Vous avez un adage, bien à vous, Raymond.
01:02Le réel possède un avantage considérable sur la fiction, celui d'être unique.
01:06C'est ça qui vous a motivé ?
01:08Oui, sans doute, oui. C'est assez unique, le réel.
01:12Et c'est vrai que quand tu commences à...
01:15Il n'y a pas que les photographes, il y a aussi les journalistes.
01:18Tu commences à goûter ça.
01:22On a beaucoup parlé de l'instant décisif chez Cartier-Bresson, par exemple.
01:29Alors, qu'est-ce que c'est l'instant décisif ?
01:31C'est un moment réel, qui est élégant, qui a une case, qui signifie plein de choses.
01:38Et c'est vrai qu'on voit...
01:39Et qu'on ne peut peut-être même pas toujours voir à l'œil nu, comme ça, en images en mouvement,
01:44mais qu'on peut voir à l'image arrêtée, comme un photographe.
01:48Et à la fois, j'ai envie de dire, c'est un peu limité.
01:52Alors, c'est vrai que... C'est pour ça que je suis...
01:56J'ai passé de l'un à l'autre sans arrêt, comme ça.
01:59Parce que je me suis dit, quand même...
02:03Il y a des choses qui sont...
02:06Arrêter une belle image, c'est un...
02:10Je dirais que c'est un peu facile.
02:12Mais quand il y a l'image, le son, l'ambiance...
02:17C'est formidable.
02:18Donc voilà.
02:19Ma génération, on a été très influencés par la génération américaine.
02:29Pour une raison, d'abord, on a participé un peu plus ou moins de près à la guerre du Vietnam.
02:37Et la guerre du Vietnam a changé un peu les choses côté américain.
02:41C'est-à-dire qu'à ce moment-là est arrivé des grands angles.
02:45Les objectifs, on travaillait beaucoup plus près.
02:49Qu'on avait avant.
02:51Et puis, il y a des gens qui ont été très courageux, comme ça.
02:56Les hommes et les femmes.
02:57Qui sont partis avec les combattants.
03:00Voilà.
03:01Et ils ont monté des collines.
03:03Et ils ont été très près de la violence, de la guerre.
03:06Ils étaient avec eux, quoi.
03:07Dedans.
03:09Et du coup, ça nous a changé un peu, nous, notre vision par derrière aussi.
03:14Parce que quand tu te retrouves dans un avion avec un président de la République...
03:17Alors je sais, ce n'est pas un combattant.
03:20Ce n'est pas un...
03:21Il ne fait pas la guerre.
03:23Mais enfin, tu t'approches un peu.
03:25Parce que tu t'approches, ça donne une notion de réel,
03:29une caution de réalité et de justesse quand tu es avec les gens.
03:35Parce que tu...
03:37D'abord, ça prouve aussi une certaine conscience des photographes.
03:41Il y en a quand même qui ont...
03:43Voilà, ils y croyaient.
03:45C'est un peu aussi...
03:47Je sais que moi, la première fois que je me suis retrouvé devant des enfants
03:50dans des situations dramatiques, ça a fait un drôle d'effet.
03:55Ce qui est étonnant d'ailleurs, c'est que quand on regarde bien votre parcours,
03:58il y a quand même des signes.
03:59On a l'impression que vous étiez nés pour être témoins de...
04:02Déjà, vous avez vécu cette colonisation et la décolonisation, notamment.
04:08Ensuite, le jour de votre naissance, il y a un convoi qui est parti de Compiègne
04:12et de Drancy jusqu'à Auschwitz.
04:16À 36 ans, on vous a demandé bien plus tard de réaliser justement des photos
04:22sur ce camp de concentration et de détention.
04:26C'est comme si vous étiez nés, finalement, vraiment de pardon,
04:30puisque vous avez contribué à cette exposition pour les 80 ans de la Libération,
04:34pour être témoin de certaines histoires qui allaient marquer la grande histoire.
04:38C'est vrai que ce statut de témoin, de photographe, ça vient plus loin.
04:45Ce n'est pas des mots.
04:46C'est vraiment une attitude que j'ai dans mon corps, je la sens,
04:50d'avoir eu une enfance dans une ferme.
04:53Peut-être que je n'étais pas dans les mêmes conditions que si j'avais été élevé dans des HLM.
05:02Mes parents, tout ça, les ouvriers agricoles, tout ça, les animaux,
05:07ont fait que j'étais, je ne sais pas, peut-être un peu plus doux.
05:15Je ne m'engueulais avec personne, je ne disputais avec personne.
05:17Il y avait les chiens, les chats, tout ça.
05:19C'est formidable, quoi.
05:21Et c'est vrai que quand je suis arrivé à Paris, j'ai trouvé la ville dure, difficile, bien sûr.
05:26Mais bon, voilà, j'avais quand même déjà, j'espère, mon tempérament.
05:33Vous avez toujours eu besoin aussi de nous faire entendre les silences dans les photos
05:37et dans les images que vous nous avez proposées.
05:40Des images qui, au départ, il faut quand même leur placer dans le contexte aussi, Raymond Depardon.
05:44Quand les images que vous tournez arrivent, les gens ont même peur de la caméra.
05:49Ce n'est pas dans les mœurs.
05:51Bien sûr.
05:53Surtout, oui, j'ai été considéré pendant très longtemps et encore maintenant.
05:57Et là, je suis un peu sauvé.
06:00Par exemple, le hasard a fait que j'ai beaucoup été en Éthiopie.
06:06Et j'ai même photographié le Negus, tout ça, dans les années...
06:09J'étais jeune photographe.
06:10Et alors, il y a ce qu'on appelle la route historique à Desabeba, en Éthiopie.
06:20C'est une route historique qui monte comme ça.
06:21Et il y a des gens, beaucoup de gens sont sur cette route, les marches, comme ça.
06:26Et forcément, à un moment donné, moi, je ne sais pas, pour écrire des légendes,
06:33j'ai lu des textes du roi Salomon.
06:36Pareil, c'est pas mal, celui-là.
06:37Il était amoureux à la reine de Saba, c'est déjà pas mal, mais il y avait fait des pièges, en plus.
06:44Et alors, c'est des histoires que les Éthiopiens racontent, bien sûr.
06:49Il avait fait manger très épicé la reine de Saba, et puis il avait planqué les bouteilles d'eau,
06:54et qu'il n'y avait que de l'eau fraîche dans sa chambre.
06:57Bon, on raconte cette histoire.
06:58C'est drôle quand c'est raconté par des Éthiopiens.
07:02Et simplement, c'est que le roi Salomon, il est quand même toujours, j'ai toujours d'actualité,
07:10parce qu'il dit que l'image est à lissement, qu'il faut garder des images des gens qu'on aime sur soi.
07:17C'est ce qu'on fait avec nos photos de nos enfants, de nos grands-parents, nos parents, dans un portefeuille.
07:23Il faut garder ça, ça apporte chance.
07:26Et de la force aussi.
07:27Et de la force.
07:28Ça, c'est formidable.
07:29Donc, Salomon, parce qu'on est toujours un peu culpabilisé, parce qu'on dit,
07:35tu fais un drôle de métier, tu vis sur la misère des autres,
07:39tu photographies des choses qui ne sont pas toujours très belles,
07:43tu gagnes de l'argent.
07:45Et à la fois, si tu ne fais pas les photos,
07:49moi, je me suis souvent posé des questions.
07:53Il faut essayer de les photographier le mieux possible.
07:58Parce que ça devient un travail de mémoire aussi.
07:59Oui, c'est ça.
08:01Il faut essayer de comprendre, d'expliquer un peu aux gens.
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