00:00Bonjour Jean-Paul Rapneau.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes ce réalisateur et scénariste qui, avant d'écrire un film ou de le réaliser, a besoin de le rêver.
00:07Vos rêves vous ont donc permis de réaliser 8 films, d'en scénariser au moins 16.
00:11Nous offrons à nous aussi la possibilité d'en rêver.
00:148 longs métrages seulement, mais chacun d'entre eux a inscrit définitivement votre nom dans l'histoire du cinéma français.
00:19Vous êtes l'un des grands représentants de la comédie, avec notamment comme adaptation la pièce de théâtre d'Edmond Rostand,
00:26Cyrano de Bergerac en 90, qui a reçu pas moins de 3 Césars.
00:30Ou 31 récompenses en tout sur 66 sélections.
00:33Ou encore La vie de Château, sorti en 66, le Sars-sur-le-Tour en 95 et Belle Famille en 2015.
00:38Alors pourquoi si peu de films dans cette carrière longue ?
00:41Parce que vous aimez déjà d'une part prendre votre temps, Jean-Paul.
00:45D'autre part, votre exigence vous oblige à ne pas aller trop vite non plus.
00:48Et pour terminer, il y a sans doute un peu du fait qu'à chaque nouveau film, nous étions totalement impatients.
00:54Isabelle Adjani a même dit un jour,
00:55« Attendre un film de Jean-Paul Rapneau, c'est comme attendre Noël quand on est enfant ».
00:59Aujourd'hui, ce n'est pas un film que vous venez nous présenter,
01:02mais un récit autobiographique écrit de concert avec Ketevan Davy-Schrevy.
01:06C'est vous qui en avez choisi le titre.
01:08« Vivalure ». Pourquoi « Vivalure » ?
01:10Pour l'homme qui a réalisé en 60 ans, 8 films.
01:14Oui, écoutez, c'est comme ça.
01:19Vivalure, parce que, effectivement, dans les tournages,
01:25je presse tout le monde.
01:28Et à tel point qu'il se moque toujours de cette obsession de la vitesse,
01:40je pense aux acteurs qui disent,
01:43« Mais pourquoi parler si vite ? Pourquoi enchaîner les prises ? »
01:47Et, effectivement, l'allure du film,
01:58elle est déjà, dès le tournage,
02:01dans le tempo, dans la cadence,
02:08jamais assez vive,
02:11qui est la mienne
02:14dans les films que j'ai faits.
02:16Vous avez un petit côté chef d'orchestre, d'ailleurs, Jean-Paul.
02:19Quand on regarde la photo de couverture
02:22de Vivalure, de ce livre,
02:23on vous voit un peu comme un chef d'orchestre.
02:25On sent que c'est vous qui dirigez un peu le monde
02:27qui se trouve autour de vous.
02:29Elle raconte quoi, cette photo,
02:30qu'on découvre sur cette première de couverture ?
02:33Eh bien, justement, elle raconte un tournage,
02:40le tournage de Cyrano de Bergerac,
02:44le film dont vous parliez,
02:49et ce geste de chef d'orchestre,
02:55qui est le mien dans la photo,
02:59il était imposé par cette foule
03:07que j'avais devant moi,
03:08cette foule de 400, 450, je crois,
03:11450 figurants hongrois,
03:16puisque le tournage était en Hongrie,
03:19le tournage du film.
03:21Et voilà.
03:30Donc,
03:31il y avait un ton à donner.
03:40Il était le meilleur moyen de visualiser ce ton,
03:54c'était déjà par le geste du directeur
04:04que j'étais pendant ces journées-là,
04:08ces journées du tournage de Cyrano de Bergerac.
04:14Ça a été pour moi,
04:15enfin, ça reste un souvenir extraordinaire,
04:18avec un acteur extraordinaire
04:24dont on ne parle pas trop maintenant,
04:30pour des raisons qu'il ne regarde,
04:34hélas, que lui.
04:35Vous avez un oncle qui a été très important pour vous,
04:38Jean-Paul Rapneau,
04:40c'est votre oncle Albert.
04:42Il a marqué votre vie.
04:44C'est-à-dire que c'est vraiment devenu
04:45un personnage un peu comme un père de substitution.
04:48On va parler de votre père après,
04:49parce qu'il y a eu des difficultés de communication
04:51entre vous et lui,
04:52mais cet oncle,
04:54il vous a donné aussi la clé,
04:56avec l'humour,
04:57le fait d'avoir aussi ce regard léger sur le monde.
05:01– Oui, il était le roi de la troupe.
05:09Enfin, il avait des...
05:10Il y avait ses frères,
05:14il y avait toute une bande.
05:16Mais en tout cas, l'oncle Albert,
05:20c'était une sorte de...
05:22Il était une sorte de roi
05:26dans ce royaume-là.
05:30Je peux dire le nom de cette famille.
05:33La famille suisse.
05:35Puisque je parlais aussi tout à l'heure
05:37de la famille française,
05:40le paysan du Morvan.
05:44Et eux étaient les Suisses,
05:47les Bornosers,
05:48les Bornhauters.
05:50Et il était le roi de cette troupe.
05:54Et avec un...
05:58Enfin...
06:00Avec une particularité,
06:03c'est qu'il était absolument lui.
06:06Et tout le monde l'imitait,
06:08mais en tout cas,
06:08ça commençait par lui.
06:09Il était absolument tordant.
06:11C'était quelqu'un d'absolument tordant.
06:14Je crois n'avoir jamais autant riant
06:17quand j'étais enfant
06:18qu'en le voyant,
06:21en le voyant imitant
06:24les uns et les autres.
06:28Enfin bon, bref.
06:30J'étais un fan de l'oncle Albert
06:31et je pense que
06:33si j'ai fait ce métier-là,
06:35c'est peut-être...
06:36C'est sans doute...
06:37Oui, c'est sans doute grâce à lui.
06:40Yves Montand a compris ça très vite
06:43quand il a commencé
06:44à travailler avec vous.
06:45Et il a compris
06:46que l'oncle Albert
06:47était la base de votre vie.
06:49Et lui-même s'est mis à l'imiter.
06:51Il l'a rencontré ?
06:54Oui, oui.
06:54Il l'a rencontré ?
06:56Non, il ne l'a jamais rencontré.
06:58Mais j'en ai tellement parlé
06:59que pour lui,
07:00c'était devenu une sorte de mythe.
07:03Et il y avait...
07:04Parfois...
07:05On parle du montant, donc...
07:07Parfois, dans certaines scènes,
07:09il me disait
07:09« Je vais te le faire
07:13comme l'oncle Albert. »
07:15Alors que c'était un homme
07:17qu'il n'avait jamais connu.
07:19Mais il s'était fait une idée
07:21de l'oncle Albert
07:22et du coup, il jouait
07:24comme aurait joué
07:27cette scène-là
07:28l'oncle Albert en question.
07:30À votre adolescence,
07:31vous allez reprendre le flambeau
07:32de ce raconteur d'histoires
07:35qu'était votre oncle.
07:38C'est comme s'il y avait
07:40une sorte de témoin
07:41qui vous avait été transmis.
07:43Ça a été un rôle très important
07:44pour vous, ça ?
07:45De pouvoir reprendre le flambeau ?
07:47Oui, est-ce que...
07:52Oui.
07:55Peut-être qu'est-ce qui aurait été important ?
07:57De reprendre le flambeau
07:58de ce côté raconteur d'histoires.
08:02Oui, j'ai été enfant
08:06le raconteur d'histoires
08:09pour l'oncle en question.
08:13Donc,
08:14peut-être qu'il m'a appris
08:18à raconter les histoires.
08:19Mais enfin...
08:24Oui, c'est ça.
08:29Et j'y pensais encore
08:30très récemment
08:31en repensant
08:34à le premier film
08:36que j'ai fait
08:36qui s'appelait
08:37La vie de Château
08:38et
08:40qui a été à l'époque
08:42un grand succès
08:45donc j'avais invité
08:46la famille à venir
08:49voir le film.
08:51En tout cas,
08:51la première.
08:52sauf que...
08:56sauf que l'oncle
08:59en question,
08:59l'oncle qui a eu
09:00tant d'importance pour moi,
09:02n'était pas libre
09:03et n'est pas venu.
09:05C'était une des grandes tristesses
09:06de cette époque-là
09:08pour moi.
09:10C'est que l'oncle Albert
09:11n'est pas venu
09:12à la première du film
09:13qui pourtant
09:14a existé
09:16grâce à lui.
09:18Vous aviez une énorme admiration
09:19pour votre père.
09:20C'est vrai qu'il avait fait
09:22Les Deux Guerres.
09:23Il a connu Les Deux Guerres.
09:24Il a été envoyé d'ailleurs
09:25sur le front
09:27pour Les Deux Guerres.
09:28Et
09:28quand il est revenu,
09:30il n'a pas du tout accepté
09:32le fait que vous ayez
09:33envie de faire du cinéma.
09:34Effectivement,
09:35il a été extrêmement dur
09:36avec vous.
09:38Il vous a carrément rejeté
09:39d'ailleurs
09:39dans ce métier
09:41qu'il ne considérait pas du tout.
09:43Mais à aucun moment
09:44ça vous a fait changer
09:45de chemin.
09:48Et ce qui est incroyable
09:50d'ailleurs,
09:50je vais terminer là-dessus,
09:51c'est que quand
09:52La Vie de Château sort,
09:54il n'est plus là.
09:56Et votre mère vous dit
09:56il ne va même pas être là
09:57pour vivre ton succès
10:00alors que le film
10:00n'est pas encore sorti.
10:02Ça vous a touché ça justement
10:03de ne pas pouvoir lui montrer
10:04qu'il avait eu tort
10:07de ne pas vous faire confiance ?
10:08En plus,
10:10ça va plus loin que ça.
10:13Ce film,
10:13je n'arrivais pas,
10:14ce premier film,
10:15toujours ce film,
10:17La Vie de Château,
10:17je n'arrivais pas,
10:20personne ne voulait
10:21le produire
10:21et j'ai pensé
10:23que je n'y arriverais jamais.
10:26Et puis,
10:26finalement,
10:28c'est un autre membre
10:29de ma famille
10:30qui a...
10:31Votre beau-frère ?
10:31Mon beau-frère,
10:32voilà.
10:35Grâce à lui,
10:36il s'est rendu,
10:36il a dit
10:37mais au fond,
10:38si tu ne trouves pas
10:39de producteur,
10:39on va le produire
10:40nous-mêmes.
10:40et il est arrivé
10:42à convaincre
10:43mon père
10:44d'être un peu
10:46le coproducteur
10:47de ce premier film
10:48que j'avais
10:49en projet.
10:53Donc,
10:54au fond,
10:55ce film que mon père
10:57a produit sans le savoir,
10:59il n'a pas vu non plus
11:00et il n'était pas là
11:03le jour
11:03où nous l'avons projeté.
11:09Oui,
11:09c'est ça.
11:11Enfin,
11:11il y a beaucoup
11:12d'occasions loupées.
Commentaires