00:00Les premières images de Jamaïs commencent à nous parvenir après le passage de l'ouragan Mélissa
00:05et elles sont malheureusement conformes à ce qu'anticipaient les spécialistes.
00:10L'ouragan a tout balayé.
00:11Bonjour Gaëlle Musquet, merci d'être avec nous ce matin.
00:14Vous êtes météorologue spécialiste en anticipation, prévision et prévention des risques.
00:18On a encore assez peu d'images.
00:20À l'instant, l'UNESCO, qui a des représentants sur place, indique que les pluies ont cessé.
00:25Mais est-ce que pour autant le danger est écarté ? L'ouragan est vraiment passé ?
00:32La Jamaïque reste encore sous l'influence de cet ouragan qui fait plusieurs centaines de kilomètres de diamètre
00:39qui se dirige tout droit là d'ailleurs sur la deuxième ville la plus peuplée de Cuba
00:44pour laquelle je suis un peu inquiet, Santiago de Cuba.
00:48Même si là il a rétrogradé, il est en catégorie 4 mais j'imagine que ça reste…
00:52Il a rétrogradé parce qu'il a survolé la Jamaïque.
00:54Donc il n'a plus l'influence en fait de la mer.
00:57Mais là il est à nouveau dans la mer des Caraïbes.
00:59Donc là il se renforce ?
01:00Et donc il se renforce avant d'arriver à Cuba.
01:02Est-ce qu'on a déjà un premier bilan humain, Gaëlle ?
01:05Alors là j'en ai pas encore.
01:07J'attends la nuit et puis un peu les bilans et les remontées.
01:12En tout cas les amis que j'ai proches, eux ceux que j'ai en contact en tout cas vont bien,
01:18témoignent évidemment des éléments qui se sont fortement déchaînés
01:21entre la pluie, les inondations et le vent.
01:24Mais j'attends effectivement le lever du soleil pour qu'on puisse aussi avoir ces bilans
01:28et savoir comment on peut aider évidemment ce territoire que j'affectionne particulièrement.
01:32Et je reprends les termes de l'UNESCO qui parle de dévastation inimaginable,
01:35de priorité absolue pour sauvegarder des vies.
01:39C'est vrai que ça fait craindre le pire.
01:41Pour qu'on se rende bien compte, on parle de vent autour de 300 km heure.
01:46C'est quoi ? C'est comme si on se prend un TGV en termes de bruit, en termes de…
01:51C'est absolument effrayant.
01:53Oui, c'est des vents qui sont…
01:55Alors le bruit c'est une chose, c'est un rugissement permanent.
02:0036 ans plus tard j'ai vécu cela avec l'ouragan Hugo en 1989 en Guadeloupe.
02:05Donc c'est un bruit qui est permanent, un rugissement qui est permanent.
02:07Ce sont des débris qui se fracassent contre les maisons, qui résistent certaines, d'autres pas.
02:14Donc il faut imaginer ce que c'est comme calvaire pour les gens qui perdent leur toiture
02:18et qui sont exposés comme ça aux éléments.
02:21En plus il a traversé, pardon Gaël, très lentement sur la zone.
02:24Tout à fait.
02:24C'est anormalement lentement.
02:26Exactement, c'est une des particularités de Mélissa.
02:28C'est qu'on avait l'habitude d'avoir des organs stationnaires de niveau 3.
02:31Mais là, sur la catégorie 5, c'est absolument effroyable d'avoir une si faible vitesse
02:39sur un ouragan de ce type-là avec des vents aussi violents.
02:43Une des vitesses maximales mesurées, 405…
02:46On a battu les records mondiaux là.
02:48405 km heure à 200 mètres d'altitude.
02:51C'est une sonde qui a été larguée depuis un avion qui a mesuré ces vitesses de vent record.
02:56On n'avait pas vu ça depuis pratiquement 2015 avec Wendy qui était un typhon.
03:03Donc c'est dire à quel point on est sur des vitesses de vent et des éléments absolument records avec Mélissa.
03:10Et c'est… Alors vous le disiez, à la fois il avance très lentement,
03:13mais il s'est formé et renforcé extrêmement rapidement en quelques heures à peine.
03:17Et avec cette eau, c'est la chaleur de l'eau qui a servi d'accélérateur.
03:21C'est ça la particularité de Mélissa ?
03:22Oui, les ouragans, ce sont des phénomènes naturels qui servent, phénomènes naturels, à refroidir l'eau.
03:29Donc l'énergie qui est pompée dans l'océan, la mer des Caraïbes à plus de 30 degrés,
03:34c'est-à-dire qu'après le passage d'un ouragan comme celui-là, vous perdez 2, 4, 5 degrés.
03:39Et c'est bien techniquement pour que, évidemment, les écosystèmes puissent bénéficier de températures plus clémentes.
03:45Corollaire de ça, c'est que l'on a, sur cette énergie qui a été pompée, des vitesses de vent et des précipitations qui sont absolument effroyables sur Mélissa.
03:55Nous sommes dans des endroits du monde où l'habitat est souvent précaire.
03:58Il y a beaucoup d'endroits qui vont être détruits.
04:01Il faut penser reconstruction, ça va coûter beaucoup d'argent.
04:03Et est-ce que malheureusement, ça ne va pas se reproduire de plus en plus avec le réchauffement climatique ?
04:07Alors, se reproduire de plus en plus, pas forcément, par la fréquence des ouragans, pas forcément.
04:12En revanche, sur leur puissance, on estime sur les logiques attributaires que le réchauffement climatique a contribué à hauteur de 10%
04:19sur la probabilité d'occurrence de Mélissa et sur la puissance des vents, la puissance des éléments, la quantité d'eau qui se précipite.
04:28Il ne va pas toujours être possible économiquement, socialement, de reconstruire.
04:33Donc parfois, il va falloir reconstruire et faire mieux, ce qu'on faisait auparavant.
04:37Mais il va falloir parfois abandonner et aussi favoriser le reboisement, les mangroves,
04:41ce que fait la ville du Lamentin, par exemple, en Martinique, favoriser ses habitats naturels
04:45qui étaient des barrières naturelles face aux tsunamis et aux ouragans, les barrières de coraux.
04:51Les coraux sont aussi des barrières mécaniques face à la houle.
04:55Donc on voit ce qu'on a détruit, ce que l'on a parfois exploité trop avec le tourisme,
05:01avec l'exploitation de ces plages, de ces hôtels, toutes ces zones humides
05:06qu'on en a asséchées deviennent aujourd'hui nos points de faiblesse et nos lieux de mort aussi,
05:11puisque ce sont ces lieux sur les littoraux qui sont exposés aujourd'hui et qui menacent ces populations.
05:16– Vous évoquez la Guadeloupe, la Martinique et les mesures qui ont été prises.
05:19Ça veut dire qu'aujourd'hui, en France, on est prêt face à un risque
05:24et à l'arrivée d'un possible ouragan aux Antilles ?
05:28– Alors on est un pays riche, donc c'est vrai qu'on est mieux préparé que certains pays plus pauvres.
05:33Sur les territoires d'outre-mer, il faut qu'on progresse sur l'intégration des territoires ultramarins dans leurs bassins,
05:38le cas de Mayotte, avec ses voisins qui pourraient compter beaucoup plus sur ses voisins
05:42que faire venir de l'aide de plus de 10 000 kilomètres.
05:46Ça n'a pas de sens économiquement, ça n'a pas de sens techniquement et même de point de vue écologique.
05:52Il faut que les territoires ultramarins soient pleinement intégrés dans leurs zones
05:56et qu'on puisse compter sur nos voisins, même à l'échelle hexagonale.
05:59Le premier aidant, c'est le voisin. Il faut qu'on apprenne à travailler cela.
06:02Il y a effectivement des disparités. L'île de la Réunion fait partie des exemples que j'aime citer.
06:07L'archipel de Miquelon qui prévoit là, sur près d'une ou deux générations, le déménagement du village.
06:13Tout ça, ça se prépare. Il ne faut pas oublier que l'euro que l'on mettra aujourd'hui
06:17sur les capteurs, sur les actes de prévention, nous éviterons 7 à 15 euros plus tard.
06:23On parle de budget en ce moment. Il ne faut pas oublier, il ne faut pas que nos politiques oublient
06:28que cet argent qu'ils ne mettent pas aujourd'hui sur la table nous coûtera beaucoup plus cher demain.
06:33Merci beaucoup Gaëlle Musquet pour cet éclairage.
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