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  • il y a 3 mois

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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:12Ah, aujourd'hui, chers amis, nous allons ouvrir l'un de ces dossiers extraordinaires comme seul en possèdent les Anglais.
00:20Je ne sais pas pourquoi, mais dans le domaine du crime, en effet, les Anglais ont une solide réputation bien établie d'excentricité et d'assassins qui coupent les cheveux en quatre.
00:32La célèbre Madame Agatha Christie n'est peut-être pas étrangère à cette réputation, mais tout de même, nous avons un petit peu l'impression, nous qui feuilletons depuis quelque temps déjà un certain nombre de dossiers venus des quatre coins du monde, que les Anglais sont particulièrement inventifs.
00:46Ce petit préambule achevé, j'espère que nos amis d'Outre-Manche ne m'en voudront pas et j'en arrive à cette affaire extraordinaire de Brighton.
00:56On a dû souvent vous parler de crimes parfaits et vous dites que ça n'existe pas.
01:02Eh bien si, ça existe.
01:05Les faits se sont passés en 1934 à Brighton, ville balnéaire de la côte de l'Angleterre, juste en face de nous, un peu à gauche, en regardant Dieppe.
01:13Il est certain, chers amis, qu'un homme, peut-être deux, inconnu s'il vive encore, et raisonnablement on peut l'admettre, pourrait se vanter d'avoir réussi chacun le crime parfait.
01:28Un cadavre non identifié, un assassin qu'on n'a jamais retrouvé, et le plus énorme et le plus coûteux dossier d'enquête que Scotland Yard ait jamais eu sur les bras.
01:41Ce dossier-là, bien entendu, n'a jamais été refermé, d'autant plus qu'il s'est compliqué d'une autre affaire, d'un autre cadavre, et que pendant plusieurs mois, la police anglaise a, comme on dit, mélangé ses crayons et ses déductions, perdu sa belle logique et son latin, et que cela méritait bien que je vous le raconte.
02:00En juin 1934, à Brighton, c'est le jour du grand derby d'Epsom.
02:24« Winston Led » à « Monsieur le Maharaja » de Raspevka est favorite.
02:31Une foule hérissée de chapeaux plus excentriques les uns que les autres suit passionnément la course, et la ville entière discute.
02:39Un homme, un des rares que le derby n'intéresse pas, marche sous le soleil. Il fait chaud. C'est un été exceptionnel et précoce.
02:46L'homme transpire, car il pousse devant lui une brouette, sur laquelle est chargée une énorme mâle neuve, entourée de cordes.
02:57L'homme et la brouette ne sont pas du tout insolites dans le paysage, car ils se dirigent vers la gare.
03:04Un peu essoufflé, l'homme arrive jusqu'au guichet de la consigne, remet la mâle, prend son reçu et s'en va.
03:10William Widdicombe, receveur à la consigne, ne l'a même pas dévisagé.
03:18En pleine saison à Brighton, les voyageurs défilent sans arrêt, anonymes, et l'homme n'avait rien de remarquable.
03:25Le lendemain à Londres, où un soleil inhabituel s'est installé, un homme, le même peut-être, arrive à la gare de King Cross.
03:34Il porte une valise assez lourde, qu'il remet à l'employé de la consigne contre un reçu.
03:40Ce petit fait passe inaperçu, et là aussi, l'employé ne dévisage pas son client, qui décidément n'a rien, mais vraiment rien, de remarquable.
03:50Onze jours passent. Une chaleur torride se maintient sur toute l'Angleterre.
03:57À Brighton, William Widdicombe, l'employé de la consigne, s'éponge le front.
04:02La température est à peine supportable dans son local, et il y règne depuis la veille une odeur.
04:09Ah, une odeur qui, ce matin, est insoutenable.
04:13Ah, ça y est, se dit William Widdicombe, ça y est.
04:16Je parie qu'on m'a fait le coup du cadavre dans une malle.
04:20Soupçonneux, il se dirige vers le rayon des bagages en souffrance depuis plusieurs jours,
04:24et détermine l'origine de l'odeur avec une quasi-certitude.
04:27C'est sûrement cette malle neuve entourée de ficelles.
04:32Résigné, William Widdicombe s'en va chercher le chef de gare, et l'on se met en devoir d'ouvrir la malle.
04:40On fait la grimace, et on appelle le capitaine Hutchinson, chef de la police de Brighton,
04:46en lui précisant le contenu du colis, en termes mesurés, mais précis.
04:51L'employé de la consigne ne s'était pas trompé.
04:53Je n'ose pas dire, chers amis, qu'il avait du flair.
04:57N'importe qui aurait deviné, et le médecin légiste, le docteur Pulling, remit bientôt ses constatations.
05:03Un tronc humain, décapité, appartenant sans doute possible au sexe féminin,
05:09dont les membres et la tête ont été découpés à l'aide d'un couteau de boucher ou d'une scie chirurgicale.
05:14L'opération a été remarquablement exécutée, la mort doit remonter à trois semaines au moins.
05:20Le papier d'emballage qui enveloppait le corps ne porte qu'un seul indice repérable,
05:24un mot, griffonné au crayon bleu et en partie illisible,
05:28dont on ne peut déchiffrer que les quatre dernières lettres, Ford.
05:33Ford, c'est une terminaison courante dans la langue anglaise, et l'indice est léger.
05:37Et le docteur Pulling a ajouté « Le tronc ne porte aucune blessure,
05:42la femme était enceinte de cinq mois environ, certainement blonde,
05:46je ne peux rien dire de plus pour l'instant, amenez-moi le reste si vous voulez en savoir davantage. »
05:52Vingt-quatre heures après, même scénario, même odeur, même motif,
05:58cette fois dans la sinistre gare de King Cross.
06:00La valise, déposée dix jours plus tôt, révèle un contenu tout aussi macabre,
06:04bien que succinct, deux jambes.
06:07Deux jambes soigneusement coupées en deux, à la hauteur du genou,
06:10deux jambes de femme, apparemment.
06:12Selon toute probabilité, elle devrait appartenir au tronc,
06:17découvert à Brighton, ce que confirme le médecin légiste.
06:20Il manquait toujours la tête et les bras, mais enfin, c'était un progrès.
06:24D'autant plus que le médecin légiste pouvait affirmer deux ou trois choses.
06:28La femme devait avoir environ 25 ans, elle semblait avant sa mort, bien sûr, en bonne santé,
06:33bien nourrie et très soignée, appartenant probablement à une classe sociale aisée.
06:37Le découpage était certainement l'œuvre d'un professionnel, chirurgien ou pharmacien,
06:42en tout cas d'un individu connaissant bien l'anatomie du corps humain,
06:46pas de sang du tout, à part quelques tâches brunes.
06:49En somme, du travail bien fait.
06:52Même la malle neuve avait été achetée à la dimension de son contenu.
06:56Elle ne portait aucune empreinte opérable,
06:58et son modèle, d'une telle banalité que n'importe lequel des magasins d'Angleterre
07:03avait pu la vendre à un nombre incalculable d'anglais.
07:06Mais, mais il y avait un départ, un embryon de pistes.
07:11Les jambes avaient été soigneusement enveloppées, chacune,
07:15dans un numéro du Daily Mail.
07:17La gauche, dans le numéro du 31 mai.
07:20La droite, dans celui du 2 juin.
07:22Scotland Yard s'empare alors du dossier de la femme tronc et de son indice,
07:27et commence l'enquête avec le soin et la patience que l'on connaît.
07:33On commença par les employés du Daily Mail,
07:35qui apportèrent des indications précises et réconfortantes à la police.
07:38Les deux numéros du journal provenaient d'une édition spéciale,
07:42réservée à Londres,
07:44et à un rayon de 70 km autour de la capitale.
07:46Et dans ce rayon de 70 km,
07:50Brighton.
07:50Donc, le crime avait été commis probablement dans un rayon de 70 km.
07:58Pour M. Smith, cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin.
08:02Pour Scotland Yard, c'est déjà un très bon début.
08:06L'énorme machine à détecter le crime se met donc en route,
08:09et l'on examine toutes les possibilités.
08:13Tout d'abord, la femme tronc pouvait être une certaine Agnès Tugferson,
08:17dont la disparition mystérieuse avait été signalée par les polices américaines et autrichiennes.
08:24Non.
08:25La disparue devait porter une cicatrice sur l'abdomen que la femme tronc ne portait pas.
08:30Ensuite, une autre découverte du chef de garde, Brighton,
08:33décidément gâté par les assassins, intéressa vivement Scotland Yard.
08:36Un enfant avait été trouvé, mort, dans une vieille valise,
08:40déposée elle aussi à la consigne, à peu près à la même époque.
08:44Un lien était possible entre les deux macabres découvertes.
08:49Eh bien non, l'enfant fut identifié, rien à voir, avec la femme tronc.
08:53C'est alors le défilé de toutes les disparitions signalées dans la région,
08:58et les malheureux policiers se perdent dans l'examen de chaque cas de disparition,
09:03aux seules et uniques conditions que la femme soit blonde et déclarée enceinte si possible,
09:08la deuxième condition n'étant pas toujours remplie, bien entendu.
09:11Un moment, on pense être sur la piste, dans la petite ville de Hou,
09:14où une jeune fille avait disparu, enceinte et apeurée, au dire de sa logeuse.
09:17On perquisitionne dans toutes les maisons de la ville, entre le 20 et le 21 juin,
09:22la presse haletante attendait la découverte de la tête de la femme tronc et son identification, rien.
09:28Alors Scotland Yard, dépassé par les fausses pistes, les lettres anonymes,
09:33les dénonciations diverses, suscitées bien sûr par l'attrait d'une prime offerte par un grand journal de Londres,
09:39Scotland Yard donc demande de l'aide.
09:43C'est rare, mais ça arrive.
09:44Et le 21 juin 1934, la BBC lance un appel à toute l'Angleterre qui dit en substance ceci.
09:54Il est impossible qu'un pareil crime ait pu être commis sans laisser la moindre trace
10:00et que le coupable ne soit pas châtié.
10:04Scotland Yard demande à chaque sujet de la Couronne de communiquer toute information.
10:08Les causes de la mort de la victime n'ayant pas pu être déterminées.
10:11« Nous pouvons supposer que l'inconnu a poussé des cris au moment d'être assassiné,
10:17que ces cris ont pu être entendus.
10:19La tête et les bras n'ont pas été retrouvés.
10:22Ils ont pu être brûlés par l'assassin.
10:24Dans ce cas, une odeur suspecte a pu se répandre.
10:27Nous comptons sur le civisme de la population. »
10:32Un tel appel ne pouvait qu'amener une multitude d'informations.
10:38Ce fut le cas.
10:39Et Scotland Yard dut se battre à nouveau dans le tri, le classement et l'examen
10:42de plus de 7000 informations diverses.
10:47Sans résultat.
10:49Alors, crime parfait ?
10:51Peut-être.
10:52Les récits extraordinaires de Pierre Belmar, un podcast européen.
11:03Avant tout, je vous rappelle, chers amis, la date de la découverte de la malle de Brighton
11:06contenant le tronc d'une inconnue, le 11 juin 1934.
11:11Cette date est importante également dans la vie d'un homme
11:13dont nous n'avons pas parlé jusqu'à présent.
11:16Faisons donc les présentations.
11:17Tony Mancini, 24 ans, maigre, la bouche amère, l'œil noir et méchant,
11:25barman de son état.
11:27Malgré son nom à consonance italienne, Tony est anglais, coquené même,
11:32avec un fort accent plutôt vulgaire.
11:35Il vit de son métier de barman, assaisi régulièrement,
11:38et pour compléter ses sources de revenus, dispose d'une petite amie du nom de Violette.
11:43Le couple, venu de Londres, s'est installé à Brighton en septembre 1933,
11:48dans un appartement en sous-sol, suffisamment discret pour servir de rendez-vous
11:51à la clientèle épisodique de Violette.
11:54Je dis clientèle épisodique car Violette a largement dépassé la quarantaine.
11:58Elle est encore assez jolie, mais dans l'élégante ville balnéaire,
12:02la clientèle est assez difficile.
12:05Mais il y a quelques jours, une violente dispute s'est élevée
12:08entre les deux amants dans le barbe au travail de Tony.
12:10Une histoire de jalousie, semble-t-il, car Tony est un peu coureur.
12:13D'ailleurs, Tony a déménagé et Violette semble l'avoir quitté.
12:17Les présentations étant faites, revenons à nos moutons.
12:20Ce matin-là, 12 juin 1934, le lendemain de la découverte de la malle de Brighton,
12:25Tony Mancini prend son petit déjeuner.
12:28Il est seul, morose, dans son nouvel appartement.
12:32D'un geste machinal, il déplie son journal et le parcourt en avalant une tasse de thé.
12:35Si l'anglais est phlegmatique de nature,
12:39Tony Mancini, lui, doit faillir à la règle,
12:42car tout d'un coup, il s'étrangle.
12:44Bourlie de sa chaise, les yeux hors de la tête en s'écriant
12:47« Mais c'est pas vrai ! Mais c'est pas possible ! Je rêve ou quoi ! »
12:51Etalé sous ses yeux, sur deux colonnes, dans le Daily Express,
12:54un gros titre est à l'origine de sa stupéfaction.
12:58Le corps d'une femme trouvée dans une malle à Brighton.
13:01D'un bon, Tony Mancini gagne la porte
13:05et dégringole l'escalier du sous-sol comme un fou.
13:08Il ouvre la porte de la cave, se précipite vers une malle rangée dans le fond,
13:11défait les ficelles qui l'entourent, soulève le couvercle.
13:14Ouf !
13:16Tout est là.
13:18Effectivement, tout est là.
13:20La tête, les bras, les jambes, le corps, deux violettes,
13:26sont bien sagement repliées au fond de la malle au complet.
13:29Ah, bien entendu, Violette est morte.
13:32Tony le sait, puisque c'est lui qui l'a tuée, la veille.
13:36Enfin, en principe, c'est lui.
13:38Mais vous verrez tout à l'heure que ce n'est pas si simple.
13:41Ce qui est certain, c'est que Tony sait qu'elle est morte.
13:43Ça, au moins, on en est sûr.
13:45C'est lui qui l'a mise dans cette malle, au fond de cette cave.
13:49Mais tout à l'heure, en lisant l'article du journal,
13:51il a bien cru avoir perdu complètement la tête,
13:52car la veille au soir, il a mis Violette dans la malle,
13:55l'a chargé sur une brouette et, après avoir payé son terme à la logeuse,
13:59a déménagé pour venir s'installer dans cette maison un peu isolée
14:02où personne ne le connaît.
14:04Il a fait tout le chemin en poussant la brouette devant lui.
14:06Il a croisé au moins 50 personnes.
14:10Assez malin.
14:12Que va-t-il faire maintenant ?
14:14Pour tout vous dire, Tony avait décidé de transporter la malle aujourd'hui
14:18jusqu'à la gare de Brighton et de la laisser à la consigne.
14:23Et voilà qu'un autre l'a devancé.
14:25C'est vraiment pas de veine.
14:28Entre nous, chers amis, il semble bien que les assassins anglais,
14:31s'ils sont méticuleux dans l'exécution de leur forfait,
14:34manquent de la plus totale imagination lorsqu'il s'agit de se débarrasser du cadavre.
14:39Apparemment, les consignes de gare les attirent irrésistiblement.
14:43Il faut avouer d'ailleurs que c'est tentant.
14:46Se débarrasser dans l'anonymat assuré d'un colis encombrant
14:50parmi d'autres colis et contre un reçu,
14:52c'est presque l'idéal pour quelques jours de sécurité,
14:55juste le temps de disparaître.
14:57Seulement, voilà notre Tony bien embarrassé.
15:00Quoi faire maintenant ?
15:01Impossible de se présenter à la consigne de Brighton avec sa malle et son cadavre
15:04alors qu'on vient d'en découvrir une.
15:06La garde doit formuler de Bobby soupçonneux
15:08et on ne doit pas pouvoir passer le moindre bagage
15:11sans qu'ils y mettent leur nez.
15:12« Coincé ! Il est coincé ici dans cette maison lugubre
15:15avec cette malle dans la cave ! »
15:19Il restera coincé deux mois exactement.
15:22Lui en haut, elle à la cave, dans sa malle.
15:28Deux mois.
15:30Car plus les jours passent,
15:32plus Manchini n'osait pas bouger.
15:33Et pour cause.
15:35Nul besoin de vous expliquer plus avant,
15:37vous imaginez son problème.
15:38Cependant, toujours préoccupé de sa malle numéro un,
15:43Scott Landiard continue d'éplucher une à une
15:45les disparitions de femmes qui lui sont signalées
15:47et un beau matin, le 15 juillet,
15:49l'un des inspecteurs,
15:50opignate,
15:51tombe sur une fiche.
15:53Violette Kay.
15:55Dernier domicile connu,
15:56Brighton.
15:57Fréquente le bar de l'Alouette.
16:00Déclaré disparu par le propriétaire du bar
16:02fin mai 1934.
16:06L'inspecteur part en chasse
16:09et le tuyau en tuyau arrive
16:11au petit cottage
16:12où demeure Manchini.
16:15Lorsque Tony ouvre la porte
16:16et découvre l'imperméable de l'inspecteur
16:19et la carte tendue au creux de sa main,
16:21il manque de s'évanouir.
16:23Pourvu,
16:24pourvu que les précautions qu'il a prises
16:26suffisent à écarter ce fouineur.
16:30Peu à peu, il se rassure.
16:31Le policier ne semble pas le soupçonner en particulier.
16:35En quête de routine, monsieur,
16:36dites simplement depuis quand
16:37Violette Kay a disparu à votre connaissance.
16:41Tony a repris son calme.
16:43Il répond le plus succinctement possible
16:45en ayant l'air de ne pas se préoccuper
16:47outre mesure du sort de cette Violette Kay
16:49dont on lui parle.
16:51Oh, elle est peu connue,
16:52vous savez,
16:53elle fréquentait le bas
16:54où elle venait chercher ses clients.
16:56Elle a habité quelque temps chez moi
16:58mais un beau jour,
17:00elle est partie.
17:00Elle m'a dit qu'elle avait trouvé
17:01un travail à Paris, je crois.
17:04D'ailleurs,
17:04vous pouvez demander à sa sœur.
17:06Alors là,
17:07Tony est tranquille.
17:08Il a pris la précaution
17:09d'envoyer un télégramme
17:10à la sœur de Violette
17:11signée d'elle
17:12et qui disait
17:12exactement la même chose.
17:15L'inspecteur prend des notes,
17:16remercie
17:17et sur le pas de la porte,
17:19en s'en allant,
17:19renseigne Tony.
17:20Vous savez,
17:21c'est à propos de la fameuse
17:22malle de Brighton.
17:23On vérifie toutes les disparitions.
17:25Si vous vous souvenez
17:26d'un détail quelconque,
17:27présentez-vous à Scotland Yard.
17:28De toute façon,
17:30vous serez convoqué
17:30pour l'enregistrement
17:31de votre déposition.
17:33Au revoir,
17:33monsieur Mancini,
17:34à bientôt.
17:36Tony a juste le temps
17:37de refermer la porte.
17:40Il est blanc de peur.
17:42Cette fois-ci,
17:43ils ne vont pas me lâcher.
17:45Ils vont pas acquisitionner,
17:46je suis foutu.
17:48Encore heureux
17:49s'ils ne me mettent pas
17:50l'autre crime sur le dos.
17:52Allez,
17:53je file.
17:54En toute hâte,
17:55Tony fait ses paquets
17:56et abandonne la maison,
17:58la malle et le reste,
17:59prend le large
17:59en se faisant
18:01le plus petit possible.
18:03Excellent raisonnement
18:04de sa part,
18:04car,
18:05je vous le disais
18:05au début de cette histoire,
18:07un grand quotidien
18:07avait offert une prime
18:08de 500 livres sterling
18:09à quiconque donnerait
18:10une information intéressante.
18:12Et les candidats informateurs
18:13ne manquaient pas.
18:14Une bonne partie
18:15des habitants de Brighton
18:16passaient leur temps
18:16à soupçonner leurs voisins
18:17des pires forfaits,
18:19la plupart du temps
18:19sans raison valable.
18:20C'est ainsi que,
18:21sans raison valable,
18:22le jour même,
18:23Mrs. Howes
18:24avait décidé d'y aller,
18:25elle aussi,
18:26de sa petite information.
18:27Pourquoi pas ?
18:28Mrs. Howes
18:29habite Kemp Street,
18:30non loin de la maison
18:31de Tony Mancini.
18:32Elle ne le connaît pas,
18:33elle ne lui a jamais parlé,
18:35elle ne sait pas qui c'est,
18:36mais sa tête
18:37ne lui revient pas.
18:39De plus,
18:39chaque fois qu'elle passe
18:40devant le numéro 52,
18:41il lui semble bien
18:42qu'une odeur bizarre
18:44s'y développe.
18:45Alors,
18:46elle décroche le téléphone,
18:47appelle le journal
18:48et tende sa chance.
18:50Le journal prévient
18:50Scotland Yard,
18:51Scotland Yard
18:52ne perd pas de temps
18:53et le lendemain
18:54de la visite
18:54de l'inspecteur
18:55au domicile de Mancini,
18:56une nuée de policiers
18:57fouillent la maison
18:58de fond en comble.
18:59Son locataire n'y est plus,
19:00mais l'odeur,
19:01elle,
19:01elle est bien là.
19:03Elle mène à la cave,
19:04à la malle,
19:05qu'un jeune policier
19:06tremblant d'excitation
19:07ouvre.
19:10Une tête apparaît,
19:13seule,
19:14d'un amas
19:14de chiffon répugnant.
19:17Le jeune policier
19:17ne voit que cette tête,
19:18blonde,
19:19et il s'écrit très fort
19:20en reculant aussi vite
19:20qu'il peut,
19:21car le spectacle
19:21n'est pas réjouissant.
19:22« Là voilà ! »
19:23« Je l'ai trouvée,
19:24la tête de la femme tronc,
19:26elle est là. »
19:28Il faudra plusieurs heures
19:29de quiproquos,
19:30de renseignements contradictoires,
19:31de fausses nouvelles
19:31et l'arrivée du médecin légiste
19:33pour mettre les choses en place
19:34si j'ose m'exprimer ainsi.
19:37La malle numéro 2
19:37n'a rien à voir
19:39avec la malle numéro 1.
19:39Le contenu de la numéro 2
19:40est entier
19:41et appartient en propre
19:42à une seule femme.
19:44Et ce n'est pas encore
19:44cette fois-ci
19:45que la femme tronc
19:45de la numéro 1
19:46trouvera un visage.
19:48Et voilà Scotland Yard
19:49avec deux cadavres,
19:50deux mâles
19:51et toujours pas d'assassins
19:52car Tony Mancini
19:53a disparu.
19:55Mais au moins cette fois
19:55on peut rechercher quelqu'un
19:56et 24 heures après,
19:58l'Angleterre tout entière
19:59traque Tony Mancini
20:00en fuite
20:00et ce ne fut pas très long.
20:02À quelques kilomètres
20:03de Londres,
20:04sur une route de campagne,
20:05une voiture de police
20:06croise un vagabond
20:07sale,
20:08hirsute,
20:08maigre
20:09est complètement affolé.
20:11C'est presque avec soulagement
20:13que le vagabond
20:13tend ses papiers
20:14et avant même
20:15que les policiers
20:16lui adressent la parole,
20:17il déclare
20:18« Allez-y,
20:21je suis le gars
20:22que vous recherchez. »
20:24Vous pensez,
20:24chers amis,
20:25que nous voici arrivés
20:25à l'épilogue de cette histoire
20:26que Tony Mancini
20:27est coupable,
20:28sinon des deux du moins,
20:29d'un meurtre
20:30et que décidément
20:31le crime parfait
20:32n'existe pas.
20:33Mais voilà
20:34qu'entre en scène
20:34l'un des plus brillants avocats
20:37que la Grande-Bretagne
20:38ait connu
20:38Norman Brickett.
20:41Norman Brickett,
20:42intelligent,
20:43célèbre,
20:43anglais jusqu'au bout
20:45de sa canne de golf,
20:46décide de s'occuper
20:47du minable
20:48Tony Mancini.
20:50Il abandonne
20:50momentanément
20:51sa clientèle huppée
20:52pour prendre en main
20:52la défense
20:53d'un homme pauvre
20:54et que toute l'Angleterre
20:55considère comme pendue d'avance,
20:57plus coupable que l'enfer,
20:59disent les Britanniques.
21:01Les causes perdues
21:02font souvent
21:02la célébrité
21:03des grands avocats,
21:04en tout cas,
21:05elle l'entretient.
21:06Les présomptions
21:07sont si fortes
21:08que la conviction
21:09est générale.
21:10On a trouvé
21:11dans la maison
21:11de Mancini
21:12un marteau,
21:13Violette quai
21:14et morte,
21:14le crâne fracturé,
21:16avec ce qui ressemble
21:16à un marteau
21:17selon les blessures.
21:18Tony Mancini
21:19est un petit souteneur
21:20qui appartient au milieu
21:21à fréquenter
21:22le monde de la drogue
21:23des prostituées.
21:23Sans nul doute,
21:24Violette travaillait pour lui.
21:25Sans nul doute,
21:26ils se sont bagarrés
21:27violemment
21:28la veille de sa disparition
21:29dans le bar de la Louette.
21:31Mais en Angleterre,
21:32il faut que l'accusation
21:33fasse la preuve
21:33de la culpabilité
21:34d'un accusé
21:34au-delà de l'ombre
21:36d'un doute.
21:38Au premier jour
21:38de l'audience,
21:40le 10 décembre 1934,
21:41devant les jurés
21:42de la cour d'assises
21:42du comté du Sussex,
21:44l'honorable juge Branson
21:46pose la question rituelle.
21:49« Vous êtes accusé
21:49du meurtre
21:50de Violette Sanders,
21:52dite Violette Kay.
21:53Prêtez-vous coupable
21:54ou non coupable ? »
21:58Tony Mancini
21:58parle et complètement terrorisé,
22:00secoue la tête
22:00et murmure.
22:01« Non, non.
22:05Parlez plus fort.
22:06Coupable
22:07ou non coupable ? »
22:09La gorge serrée
22:10à la limite
22:11de l'évanouissement,
22:11dirait-on,
22:12Tony répète
22:12d'une voix étranglée
22:13mais audible.
22:15« Non coupable. »
22:17Ce qui fait que
22:18tout le travail
22:20revient à l'accusation
22:20qui va se battre
22:21pendant cinq jours pleins
22:22avec l'extraordinaire
22:24Norman Bricquette.
22:26Le premier travail
22:27de l'avocat
22:28sera d'éliminer
22:29des débats
22:29toute référence
22:31à l'énigme
22:31de la malle numéro 1
22:32annulant d'un seul coup
22:34une bonne partie
22:35de l'enquête
22:35que Scotland Yard
22:36avait menée
22:37dans ce sens.
22:37Ensuite,
22:39il expose
22:39avec un brillot remarquable
22:41la théorie
22:42de son client
22:42en lui faisant raconter
22:44lui-même
22:44devant le jury médusé
22:46les deux mois horribles
22:47qu'il a passés
22:48en compagnie
22:48de cette malle.
22:49et cette théorie
22:50est la suivante
22:51résumée en quelques mots.
22:53Tony,
22:54en rentrant chez lui
22:55après la dispute
22:56au bar
22:57et la fuite
22:57de sa compagne,
22:59l'a trouvé par terre
23:00morte.
23:01Tony a pris peur.
23:03Titulaire d'un casier
23:03judiciaire chargé,
23:04il a préféré
23:05cacher le corps
23:06de peur qu'on l'accuse.
23:08Quant au télégramme,
23:10il était tout prêt
23:10dans le sac de Violette.
23:12Tony n'a eu
23:13qu'à le recopier
23:14et à l'expédier.
23:16Voilà.
23:18Toute l'Angleterre
23:19attend le verdict.
23:20Dernier jour,
23:21des assises,
23:22les bookmakers
23:23de Brighton
23:23prenaient des paris
23:24offrant l'acquittement
23:25de Tony
23:25à cinq contre un.
23:28Sans l'ombre
23:29d'un doute,
23:30précise la loi anglaise.
23:33Il y eut
23:34l'ombre d'un doute.
23:36À propos des rapports
23:37qu'aurait entretenu
23:39la victime
23:39de la malle numéro deux
23:40avec des trafiquants
23:42de drogue.
23:42Et au bout
23:44de deux heures
23:44de délibération,
23:46les douze membres
23:47du jury
23:47conservèrent unanimement
23:49ce doute
23:50en déclarant
23:52Tony Mancini
23:53non coupable.
23:56Ainsi s'achève
23:57l'extravagante histoire
23:58des deux mâles
23:59de Brighton.
24:00On ne retrouva jamais
24:02l'assassin
24:03de la malle numéro un,
24:05non plus
24:06que celui
24:07de la malle numéro deux.
24:09Je vous le disais,
24:11le crime parfait
24:12en double exemplaire,
24:15en un seul été.
24:17Il faut vraiment
24:17être ranglé
24:18pour voir ça.
24:19Vous venez d'écouter
24:39les récits extraordinaires
24:41de Pierre Bellemare,
24:42un podcast
24:43issu des archives
24:44d'Europe 1.
24:45Réalisation
24:46et composition
24:47musicale
24:48Julien Tarot
24:49Production
24:50Estelle Lafon
24:51Patrimoine sonore
24:53Sylvaine Denis
24:54Laetitia Casanova
24:56Antoine Reclus
24:57Remerciements
24:58à Roselyne Bellemare
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