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  • il y a 2 mois

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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Rue Montorgueil, c'est le matin. 2 juillet 1927. Le soleil écrase déjà les pavés, cogne sur un côté de la rue, aplatissant les façades, aveuglant les vitrines des échoppes.
00:25C'est le quartier des Halles, bruyant, coloré, empli du cri des maraîchers et du grincement des chariots.
00:33Tristement alignés le long du caniveau, le nez dans leur sac d'avoine, les chevaux attendent.
00:39Ce sont eux qui transportent jour après jour de l'extérieur de Paris jusqu'à son ventre.
00:43Les flots de volailles cactantes, les monticules de légumes à peine sortis de terre, les fruits lumineux.
00:50Le camion n'est pas encore roi. Les Halles ne sont pas encore à Rungis.
00:56Les rats sont encore là, qui mangent avec délice les trognons de choux et les poires blettes.
01:049h. C'est l'heure des ménagères et du petit vin blanc casse-croûte.
01:09La rue est gaie, la rue est vivante.
01:12Au numéro 34 de la rue Montorgueil, au premier étage d'une maison baroque, au couloir étroit à l'escalier de Guingois,
01:19il y a un appartement fermé.
01:22Les propriétaires, les burniaux, sont au travail dans leur boutique de la rue des pêcheurs au Halles.
01:28Partis depuis 2h du matin, comme chaque jour, ils ne rentreront qu'à midi pour déjeuner.
01:35Au rez-de-chaussée, il y a la concierge.
01:38Une concierge normalement constituée munie d'un balai, d'un oison en cage, d'un écriteau pour dire qu'elle est dans l'escalier quand elle va faire ses courses.
01:47Ce matin-là, à 9h, sirotant son xième café, la concierge surveille les passants.
01:53Ceux de la rue par la fenêtre, ceux du couloir par la porte vitrée, qu'elle laisse toujours entrebâillée.
01:58Les passants sont nombreux dans la rue.
02:01Dans le couloir, mis à part le facteur, une silhouette seulement,
02:05celle d'une jeune femme blonde en moto bleu marine avec un chapeau breton.
02:10Elle semble savoir où elle va.
02:13La concierge ne se dérange pas, ses vieilles jambes lui font mal et puis...
02:17C'est une femme.
02:18Ça ne peut pas être bien méchant.
02:21Ah !
02:23Ah, si elle savait, madame la concierge, que c'est la mort qui passe devant sa loge,
02:28sans s'annoncer, en manteau bleu, au talon et chapeau breton.
02:34Ah, si elle savait, madame la concierge.
02:37Elle sera trop tard.
02:39Ce qui nous oblige à cet instant précis à ouvrir une fois de plus l'un de nos étranges dossiers.
02:58Cette femme qui monte lentement les marches du vieil immeuble
03:06est grande, bien faite, blonde, un peu pâle.
03:10Un type slave, indiscutablement, des yeux bleus mais durs et métalliques,
03:15légèrement étirés vers les tempes.
03:17Le visage est impassible, d'une froideur inquiétante, la bouche large, voluptueuse.
03:22Cette bouche tranche bizarrement ce visage.
03:26Elle s'appelle Junkakourez.
03:30Elle a 24 ans.
03:30Elle est née quelque part au fin fond de la Serbie, dans un petit village de montagne,
03:34au nom parfaitement imprononçable.
03:37Il serait trop long de vous raconter ici comment cette petite paysanne serbe
03:40est arrivée en France, à Paris, il y a quelques années.
03:43Comme beaucoup de ceux de son peuple à l'époque,
03:44elle a connu la pauvreté d'un pays dur,
03:47l'esclavage de la terre, la terrifiante misère.
03:49Alors, comme beaucoup, elle est partie pour la France,
03:53ce pays de cocagne et de liberté.
03:56À 20 ans, quand on est une fille,
03:59quand on ne parle pas le français,
04:00quand on a besoin de manger et qu'on atterrit à Paris,
04:04on devient...
04:05Eh bien, on devient domestique ou prostituée, du moins à cette époque.
04:10Nous sommes dans les années 20, je vous le rappelle.
04:13Junkakourez a fait les deux.
04:15Domestique d'abord, prostituée ensuite.
04:18Cette dernière activité lui paraissait plus pratique et plus rémunératrice.
04:22Elle s'y est accrochée.
04:24Pourtant, le métier n'est pas facile dans ce quartier des Halles
04:27où les bagarres fleurissent au rythme des beuveries de la nuit.
04:30Mais Junkak a l'habitude de la vie dure.
04:32Et s'il a pris un protecteur,
04:34c'est bien parce qu'on ne peut pas faire autrement dans ce milieu.
04:38En fait, le protecteur,
04:39Désiré, c'est son nom,
04:42passe son temps à tenter des coups minables.
04:44Et il manque à chaque fois de se retrouver en cellule
04:46avant même d'avoir tenté quoi que ce soit.
04:49C'est Junkak qui le fait vivre.
04:51Et pour améliorer l'escarcelle,
04:53elle ne craint pas de voler de ci, de là,
04:55ce qui lui passe à portée de la main.
04:56Elle a commencé chez ses patrons,
04:58quand elle était domestique.
04:59Les cuillères d'argent se revendent bien.
05:01Quelques plaintes attendent bien
05:03sur quelques bureaux de commissaire
05:04de trouver leur coupable.
05:06Mais Junkak, qui est rentrée en France en fraude,
05:09avec de faux papiers,
05:11est une spécialiste de la planque mouvante.
05:13Elle n'est même pas affichée comme prostituée.
05:17C'est donc un bien maigre gibier de potence
05:19qui monte les escaliers de l'immeuble numéro 34
05:23de la rue Montorgueil, à Paris.
05:27Pourtant, cette fois-ci,
05:31Junkakouresse a bien préparé son expédition.
05:34Elle connaît les propriétaires de l'appartement
05:37qui l'intéressent, ou plutôt,
05:39c'est Désiré qui les connaît bien.
05:41Car Désiré officiellement travaille au hall
05:44et il connaît monsieur et madame Burniaux.
05:47Junkak et Désiré ont été reçus
05:49chez les Burniaux deux ou trois fois.
05:52Et maintenant, dans le sac de Junkak,
05:54il y a un double des clés de l'appartement.
05:58Ce matin, Junkak a vérifié
06:00que le couple était bien au travail,
06:01donc l'appartement est désert.
06:04Arrivé sur le palier,
06:04la silhouette de Junkak se colle au mur,
06:06souffle retenu,
06:08elle épille le moindre bruit.
06:11Là-haut, au dernier étage probablement,
06:14un garnement inconnu massacre Chopin.
06:17Les notes sont lointaines.
06:19Rien.
06:21Personne.
06:23Junkak sort la clé,
06:24l'introduit doucement dans la serrure,
06:25fait jouer le pen,
06:27se glisse à l'intérieur et referme.
06:29« Voilà, il n'y a plus qu'à fouiller la maison
06:32et chercher l'argent. »
06:34Junkak est calme, elle a le temps.
06:36Les Burniaux ne rentrent qu'à midi chez eux.
06:39Elle se débarrasse de son manteau,
06:41de son chapeau, de ses gants
06:42et entreprend de fouiller les meubles
06:45les uns après les autres.
06:47Elle dédaigne la vaisselle pas assez riche
06:49et le linge, trop ordinaire.
06:51Non, ce qu'il faut trouver,
06:53c'est le petit magot d'économie.
06:55Junkak a l'habitude,
06:57elle connaît bien les braves gens,
06:58les honnêtes travailleurs.
07:00Ils ont toujours un petit magot
07:01tassé dans un petit coin
07:02et les cachettes ne sont pas originales.
07:05C'est le pot de céramique sur la cheminée,
07:07la boîte à thé,
07:08la paire de chaussettes en boule,
07:10le tiroir de la table de nuit
07:11entre le bois et le papier du fond,
07:14la pile de draps.
07:15Oh, rares sont les braves gens qui innovent.
07:17Et les Burniaux,
07:18ce sont des braves gens.
07:19Dans un buffet,
07:21sous une pile de linge de table,
07:23une petite liasse de billets
07:24bien aplatie entourée d'une ficelle.
07:27Contente de sa matinée,
07:28Junkak s'assied sur le plancher en tailleur
07:30et se met à les compter.
07:33Prise par sa trouvaille,
07:35elle n'a rien entendu.
07:37Oh, un tout petit bruit,
07:38un glissement plutôt,
07:40comme une souris à l'étage des chambres.
07:42Juste derrière Junkak,
07:44assise par terre,
07:45il y a un escalier de bois
07:46et en haut de l'escalier,
07:47juste à l'angle droit
07:49que fait le palier de l'étage,
07:52deux yeux.
07:53Deux yeux,
07:54enfantins,
07:55noirs,
07:56cernés de fièvre,
07:57agrandis de surprises et de frayeurs
07:59qui contemplent la voleuse.
08:03Junkak a fini de compter
08:04trois mille francs.
08:07C'est pas si mal.
08:09Et ça n'a pas été trop difficile.
08:12Elle se relève,
08:13déplie ses jupes,
08:14referme les portes du buffet
08:16et jette un coup d'œil circulaire.
08:20Machinalement,
08:21elle lève la tête
08:21et en découvrant l'escalier...
08:24Qu'est-ce que tu fais là ?
08:26La voix est sèche,
08:27autoritaire, méchante.
08:30Je suis malade.
08:31J'ai une angine.
08:33Papa et maman ne sont pas là.
08:36Qu'est-ce que vous faites ?
08:37Junkak ne répond pas.
08:41C'est la catastrophe.
08:43La gamine a tout vu,
08:44c'est sûr.
08:44Oh,
08:45quelle poisse !
08:46Il a fallu que cette maudite gamine
08:48n'aille pas en classe,
08:49qu'elle soit malade
08:49juste aujourd'hui.
08:51Elle va tout raconter,
08:52bien entendu.
08:52Quelle histoire inventée !
08:55Junkak connaît bien la gamine.
08:57La fille unique des Burniaux,
08:58c'est Carmen,
08:59elle a douze ans
08:59et...
09:01elle est intelligente,
09:02la bougresse.
09:03La dernière fois
09:04qu'elles se sont rencontrées,
09:05Carmen avait bien fait sentir à Junkak
09:07qu'elle ne l'aimait pas beaucoup.
09:09C'est tout juste
09:10si elle lui avait parlé.
09:12Croira-t-elle ?
09:14Une invention quelconque.
09:16Junkak regarde la gosse.
09:18La gosse la regarde.
09:20Qu'est-ce que vous faites, madame ?
09:21Redemande poliment Carmen.
09:22Alors Junkak se jette à l'eau.
09:25Elle monte l'escalier
09:26d'un air décidé et désinvolte.
09:28Attends, petite, je monte.
09:29Je vais t'expliquer.
09:31Junkak rejoint l'enfant
09:32sur le palier des chambres à coucher.
09:34Carmen est en chemise de nuit,
09:36son petit visage brouillé par le sommeil,
09:38les pommettes rouges de fièvre.
09:40Elle a une petite voix roque
09:41et sa gorge est enmitouflée
09:42dans un foulard de soie.
09:44Je dois retourner au lit, dit-elle.
09:46J'ai une angine.
09:47Maman ne veut pas que je me lève.
09:49Justement, répond Junkak,
09:50l'entraînant dans la chambre
09:50d'une main ferme.
09:51« Justement, c'est elle qui m'envoie.
09:53Elle ne peut pas venir te chercher
09:54pour t'emmener chez le docteur.
09:55Alors, c'est moi qui viens, tu vois.
09:57J'ai pris de l'argent pour payer.
09:59Alors maintenant, il faut que tu t'habilles
10:00et que tu viennes avec moi,
10:01bien sagement. »
10:02Bousculant un peu l'enfant,
10:03Junkak l'aide à ôter sa chemise,
10:06saisit les vêtements pliés sur une chaise,
10:08les lui enfile rapidement,
10:09la noyant de paroles
10:10et d'arguments précipités.
10:11Bientôt, la petite fille est prête.
10:13Une petite robe à carreaux noirs et blancs,
10:15un manchon mauve,
10:16des bottines blanches
10:17et un petit chapeau de feutre.
10:19La jeune femme et l'enfant
10:20quittent l'appartement,
10:20Junkak referme soigneusement la porte,
10:23elles descendent toutes de l'escalier
10:24et passent devant la loge de la concierge.
10:27Il s'est écoulé à peine un quart d'heure
10:28depuis que Junkak est entré
10:29et la concierge les regarde sortir
10:31avec indifférence.
10:32Les locataires font ce qu'ils veulent,
10:34ça ne la regarde pas.
10:38Et la dame en manteau bleu,
10:39tenant par la main
10:39la petite fille en manchon mauve,
10:41disparaissent dans la rue Montorgueil
10:43qu'un brusque orage d'été
10:45s'est mis à laver à grande eau.
10:46Les récits extraordinaires
10:55de Pierre Delmar,
10:56un podcast européen.
11:02Junkakouresse et la petite Carmen
11:05ont disparu au coin de la rue Montorgueil.
11:06Pendant ce temps,
11:07les burniaux travaillent.
11:09Plusieurs heures passent.
11:11Au début de l'après-midi,
11:12Junkak arrive au magasin
11:13de son amant protecteur.
11:14Désiré est en faillite
11:17et il ne reste à son bureau des Halles
11:19pour faire face aux créanciers
11:20que deux employés,
11:22un commis de 14 ans
11:23et une jeune dactylo.
11:25Les deux pauvres jeunes gens
11:26servent de murs de résonance
11:27aux réclamations des fournisseurs
11:29et notamment du propriétaire
11:30qui n'a pas été payé
11:31depuis plusieurs mois.
11:33Timidement,
11:33la jeune employée
11:34le rappelle à Junkak.
11:35D'un geste large,
11:36celle-ci sort une liasse
11:38de billets de son sac.
11:40« Voilà de quoi payer, » dit-elle.
11:42« J'ai changé des dollars ce matin,
11:43envoyer mille francs
11:45et qu'on n'en parle plus,
11:47je vais chez moi,
11:47je suis fatigué. »
11:50Elle a de quoi être fatiguée,
11:51la prostituée Junkakouresse.
11:53Elle n'a jamais autant marché de sa vie
11:55et pourtant,
11:56elle a l'habitude.
11:58Ses escarpins sont poussiéreux,
11:59elle transpire.
12:00Mais,
12:01sans s'expliquer outre mesure,
12:03elle s'en va chez elle
12:04dans le petit pavillon
12:05de Plessis-Bouchard
12:06qu'elle habite avec son amie.
12:07Pendant ce temps,
12:09les Burniaux sont entrés chez eux.
12:10Pas de Carmen.
12:12Il s'affole immédiatement.
12:14C'est que la petite fille
12:15a l'habitude de rester seule
12:16très souvent,
12:16n'ouvre jamais à personne.
12:17Elle a peur de tout
12:18et il faut un code particulier
12:20entre elle et ses parents
12:20pour qu'elle leur ouvre
12:21sans crainte.
12:23Le père est persuadé
12:24qu'il est arrivé quelque chose.
12:26Il a vu que les économies
12:26avaient disparu aussi
12:27et la porte n'a pas été forcée.
12:31Charles Burniaux,
12:31charlot pour les copains,
12:33redescend au courant
12:34à interroger les commerçants
12:34de la rue.
12:36Rien.
12:37Alors de plus en plus persuadé
12:38qu'on a enlevé son enfant,
12:40il se rend au commissariat
12:41et la gorge serrée
12:43décrit un à un
12:44les vêtements,
12:45tous les détails
12:46qui permettraient
12:46de reconnaître sa fille.
12:48Puis,
12:49il rentre chez lui.
12:50Que faire d'autre ?
12:51L'impuissance
12:52est encore plus énorme
12:54quand un enfant disparaît.
12:56Que faire d'autre ?
12:58Que de se tordre les mains
12:59tournées en rond
13:00comme une bête fauve
13:01en échafaudant
13:03mille raisons,
13:03mille explications
13:04pour les détruire aussitôt
13:05et retomber
13:07dans le désespoir.
13:09Rien n'est plus horrible,
13:10c'est vrai,
13:11que la disparition
13:12d'un enfant
13:12et l'on suppose
13:14les heures d'angoisse
13:15que vivent les parents Burniaux.
13:18Loin de là,
13:19dans le bois de Boulogne,
13:20les promeneurs
13:20cherchent l'ombre des arbres
13:22et la fraîcheur
13:23de l'eau du lac.
13:24Des barques
13:24s'éparpillent
13:25tout autour des petites îles.
13:27On promène des landos,
13:28on fait courir des chiens
13:29et trotter des chevaux.
13:30Tableau idyllique,
13:31s'il en est.
13:32Mais un peu plus à l'écart,
13:34aux environs du Précatlan,
13:36se trouve une allée
13:36plus ombragée
13:37que les autres.
13:39À l'époque,
13:40je ne sais pas
13:40si c'est toujours le cas,
13:41on l'appelle
13:41l'allée des dames
13:43pour être poli.
13:45Le nom véritable
13:46étant bien plus évocateur.
13:49Il y a là surtout
13:50des promeneurs solitaires,
13:51des dames de petite vertu.
13:54Les bonnes d'enfants
13:54ne s'y aventurent pas,
13:56les militaires sûrement.
13:57Il y a là justement
13:59au milieu de l'allée,
14:00l'un de ces promeneurs.
14:03Il marche,
14:04guettant l'aventure
14:05au détour de chaque bosquet.
14:07Il est quatre heures,
14:08l'endroit semble être calme,
14:11sous une fougère
14:12pourtant quelque chose
14:13d'insolite.
14:15Une main.
14:17Mais oui,
14:17c'est une main.
14:20Une petite main
14:21sur le dos,
14:22doigt entreouvert,
14:23comme si elle venait
14:25de lâcher quelque chose.
14:29Le preneur s'approche.
14:31Quelqu'un dort, là ?
14:33Sûrement.
14:34Une femme, peut-être.
14:36D'un coup de canne,
14:37il écarte le massif
14:38de fougères.
14:40Une masse de cheveux sombres
14:42apparaît,
14:42entourant
14:43un petit visage crispé
14:45mouillé de larmes.
14:48L'homme se précipite
14:49au détour de l'allée.
14:49Il appelle au secours.
14:51Quelques ombres surgissent
14:52des arbres et détalent
14:53sans s'occuper de lui,
14:54ici-bas et surtout ici.
14:56Chacun ne s'occupe
14:57que de ses affaires.
14:59Enfin,
14:59un gardien en casquette
15:00et veste galonnée
15:01apparaît
15:02près du rond-point
15:03de la cascade.
15:04L'homme l'interpelle
15:05et il court tous deux
15:06jusqu'au massif de fougères.
15:08Le brave vieux gardien
15:09a bien essayé
15:11de ranimer l'enfant,
15:12une petite fille
15:13bien mignonne,
15:13ma foi.
15:15Mais
15:15il y avait longtemps
15:18qu'elle ne respirait plus.
15:21On l'avait étranglée
15:22et violentée,
15:25semble-t-il.
15:28Pubiquement,
15:29le vieil homme
15:29a rajusté
15:30la petite robe
15:30à carreaux noirs et blanc
15:31et récupéré
15:33les sous-vêtements
15:34dispersés.
15:34Encore un crime
15:38de sadique,
15:39pense le commissaire
15:40d'Auteuil
15:40en regardant partir
15:41l'ambulance
15:42et le petit corps.
15:43Encore un de ces salopards
15:44névrosés
15:45qu'il va falloir traquer
15:46pendant des semaines
15:46et des semaines
15:47avant de le confier
15:48à l'asile,
15:49probablement.
15:50Quelle misère
15:51sardide que le monde,
15:52rumine le commissaire.
15:54Ah,
15:54si je pouvais nettoyer
15:55tout ça.
15:57Mettre le feu
15:57ou un pétard
15:59derrière chaque arbre
16:00pour les faire sortir
16:01ces malades.
16:03Puis le commissaire
16:04d'Auteuil
16:04rejoint son bureau
16:05et prévient ses collègues
16:06en donnant le signalement
16:07de l'enfant.
16:09Et voilà
16:09le pauvre Burniaud
16:10à la morgue,
16:12contemplant,
16:13muet d'horreur,
16:14la petite chose inerte
16:15et brisée
16:16qu'on lui montre
16:16sur un immense chariot
16:18tout blanc.
16:21Bien sûr,
16:22la police interroge
16:22et bien sûr
16:23elle commence par la concierge.
16:24Lorsqu'un policier
16:25démarre une enquête,
16:26il préfère de beaucoup
16:26avoir une concierge
16:27dès le début.
16:28Ça permet de faire
16:29le tri
16:29de pas mal de choses.
16:31Ah,
16:32la brave femme
16:32se souvient bien.
16:34La femme qu'elle a vue
16:35était grande,
16:35blonde.
16:36Elle portait
16:37un manteau bleu marine,
16:38un chapeau breton.
16:39Elle est venue seule,
16:41elle est repartie
16:41avec la petite fille.
16:43Elles avaient l'air
16:43de se connaître
16:44toutes les deux.
16:45Dame,
16:46la petite a dû
16:46ouvrir la porte
16:47si elle la connaissait.
16:49L'inspecteur
16:50dresse alors
16:50la liste des relations
16:51des burniaux
16:52sans en omettre
16:53même les plus éloignés.
16:54Et l'on tombe
16:55sur Jumka.
16:56Elle est blonde,
16:56grande.
16:58Les burniaux
16:59ne savent pratiquement
17:00rien d'elle.
17:01C'est l'ami d'un collègue
17:02sans plus.
17:03On trouve Jumka
17:04chez elle.
17:06On vérifie
17:06son identité
17:07et l'on découvre
17:09qu'elle en a
17:10au moins trois.
17:11Que la surveillance
17:12du territoire
17:13la recherche.
17:14Qu'elle est en principe
17:15expulsée de France
17:16depuis longtemps.
17:17Qu'elle a son actif
17:18en état respectable
17:19d'accusation de vol.
17:20d'association
17:21de malfaiteurs,
17:22de proxénétisme.
17:24Et cela,
17:24bien sûr,
17:25sous d'autres noms
17:26que Jumka
17:27couresse.
17:29Alors,
17:30on l'inculpe.
17:32Mais Jumka
17:33nie.
17:34Elle reconnaît
17:35être passée ce jour-là,
17:36oui,
17:36chez les burniaux.
17:37Mais elle était
17:38vêtue d'une blouse blanche.
17:39Elle n'a pas
17:40de manteau bleu marine
17:41et pas de chapeau breton.
17:43On perquisitionne,
17:44on n'en trouve pas,
17:45effectivement.
17:46Par contre,
17:47les employés parlent.
17:49Jumka
17:49avait ce jour-là
17:51plus de 3000 francs
17:52sur elle.
17:53Elle prétend
17:53les avoir retirés
17:54à la banque.
17:55Mais les guichets
17:56étaient fermés
17:56ce jour-là.
17:58Où étaient-elles
17:58le matin du 2 juillet ?
18:00À la boutique de Désiré,
18:01bien entendu.
18:02Mais le petit commis
18:03proteste.
18:04En arrivant le matin
18:05à la boutique,
18:05il a trouvé porte-close
18:06et a dû passer
18:07par un vasistas
18:08pour ouvrir le magasin.
18:09Il n'a pas vu
18:09son patron ni Jumka.
18:11Alors,
18:13on arrête Désiré
18:14qu'il n'a pas d'alibi.
18:15Mais l'inspecteur
18:16s'acharne après Jumka
18:17qui ment trop bien
18:18avec trop d'effronterie,
18:19trop d'arrogance.
18:20Et l'on vient d'apprendre
18:22une chose importante.
18:24La petite Carmen
18:24n'a pas été violentée.
18:26Le désordre de ses vêtements
18:27aurait été soigneusement simulé.
18:30Le bois de boulogne,
18:32l'allée des dames,
18:33le faux crime de sadique.
18:35L'inspecteur
18:36est sûr
18:37que tout ça,
18:38c'est une idée
18:39de prostituée.
18:41Pendant que le tribunal
18:42correctionnel condamne
18:43à deux mois de prison
18:44et à l'expulsion
18:45la fille Jumka Kouresse,
18:47l'inspecteur s'obstine
18:48et cherche
18:49dans les relations
18:50de trottoir
18:51de la jeune femme.
18:52Il interroge
18:53sans relâche
18:54et il trouve
18:54une prostituée
18:55qui arbore
18:57un manteau bleu marine
18:58et un chapeau breton.
18:59Assez joli, ma foi.
19:01La fille avoue
19:02son difficulté
19:02que Jumka
19:03l'a lui apprêtée
19:04il y a quelque temps.
19:05Elle n'avait plus envie
19:05de les mettre,
19:06disait-elle.
19:07Sur le bas du manteau,
19:09il y a une sorte
19:10de petite tâche
19:10de sang presque invisible
19:11sur le bleu marine.
19:14Alors,
19:15pour compléter la tenue
19:15que portait ce jour-là
19:16Jumka Kouresse,
19:17l'inspecteur fouille
19:18dans ses placards,
19:20sort toutes les chaussures
19:20qu'il y trouve
19:21et les fait examiner
19:22et les fait examiner par le laboratoire.
19:24Sous les talons
19:25d'une paire d'escarpins
19:26on trouve
19:26la même terre,
19:27les mêmes fougères écrasées
19:28qui collaient
19:29aux petites chaussures blanches
19:30de Carmen.
19:32Alors l'inspecteur
19:33et le juge d'instruction
19:33vont voir Jumka
19:35dans sa cellule.
19:36Va-t-elle avouer enfin ?
19:38« Ce n'est pas moi ! »
19:39hurle Jumka.
19:41« Vous ne me croyez pas
19:42parce que je suis une étrangère ! »
19:45Le soir même,
19:45elle tente de se suicider
19:46dans sa cellule.
19:47En effet,
19:49au cours de la confrontation
19:50dans le bureau du juge
19:51avec son amant,
19:52arrêté lui aussi,
19:53ce dernier avait réussi
19:54à lui faire passer
19:55une lame de rasoir rouillée
19:56qu'elle avait dissimulée
19:58dans sa chaussure.
19:59Toujours protecteur,
20:01l'infâme désiré.
20:03Bien qu'elle nie jusqu'au bout,
20:05Jumka est amené
20:05devant les assises de la Seine
20:06les 11, 12 et 13 décembre 1928.
20:10Au cours du procès,
20:12Jumka
20:12reconnaît
20:14avoir déjà fait
20:15sous une autre identité
20:17quatre mois de prison
20:18et
20:19s'être évadée
20:21de cette prison
20:22de la manière suivante.
20:23Enceinte de plusieurs mois,
20:24elle s'était fait transporter
20:25à l'hôpital de Pontoise
20:26et au moment d'accoucher,
20:27alors que la surveillance policière
20:28était relâchée,
20:29elle s'était évadée.
20:31Après avoir accouché
20:32dans l'anonymat,
20:33elle avait déposé son enfant
20:34à l'assistance publique
20:35puis avait disparu
20:36à nouveau
20:36dans les méandres
20:38de la paigre.
20:39Et il semble bien
20:39que deux ou trois autres enfants
20:42ont subi le même sort.
20:44Au président
20:44qui lui demande
20:45« Mais pourquoi
20:46l'assistance publique ?
20:48Vous n'étiez pas pauvre ! »
20:49Jumka
20:50a cette réponse
20:51malheureuse
20:52et horrible.
20:54« Les enfants
20:55m'embarrassent. »
20:58Le 13 décembre
20:591928,
21:00les jurés
21:01de la scène
21:01ont condamné
21:02Jumka Koures
21:03à la peine de mort.
21:04Vous venez d'écouter
21:24les récits extraordinaires
21:26de Pierre Bellemare.
21:27Un podcast
21:28issu des archives
21:29d'Europe 1.
21:31Réalisation
21:32et composition musicale
21:33Julien Tarot
21:34Productions
21:36Estelle Lafon
21:37Patrimoine sonore
21:38Sylvaine Denis
21:39Laetitia Casanova
21:41Antoine Reclus
21:42Remerciement
21:44à Roselyne Bellemare
21:45Les récits extraordinaires
21:47sont disponibles
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