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  • 3 months ago

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00:00Le temps de décrypter cette actualité politique chargée, avec vous Flore Simon, bonjour.
00:04Bonjour Florent.
00:05Avec vous également Ludovic Renard, merci d'avoir accepté notre invitation.
00:08Vous êtes politologue enseignant à Sciences Po Bordeaux.
00:12Je vais vous citer une phrase de Gabriel Attal qui a été prononcée ce matin,
00:15l'ancien Premier ministre éphémère, lui aussi à Matignon.
00:19C'est un spectacle affligeant que donne la classe politique française.
00:23Êtes-vous d'accord ou tout le monde a finalement aujourd'hui de bonnes raisons de ne pas soutenir ce gouvernement ?
00:30Oui, c'est un spectacle affligeant.
00:33Ce n'est pas propre à notre situation politique.
00:36Il y a eu toute l'histoire des régimes politiques peut rendre compte de difficultés pareilles.
00:43Là où c'est davantage grave, c'est que quand ça se passait sous la Troisième ou la Quatrième République,
00:47vous aviez des citoyens qui, en dépit du cirque, comme on dit souvent,
00:52restaient très civiques et se déplaçaient et votaient.
00:55Vous pouvez avoir des comportements de rejet du système.
00:58Pendant longtemps, le Parti communiste a représenté ce qu'on appelait cette fonction tribunicienne,
01:05c'est-à-dire de rassembler les mécontentements.
01:08Ça ne voulait pas dire que les gens étaient satisfaits du fonctionnement du régime politique,
01:13mais il y avait une forme de civisme.
01:15Aujourd'hui, bien sûr, cette crise de gouvernement, pour ne pas dire crise de régime,
01:19prend un écho particulier avec le rejet qui se fait de plus en plus fort des élites politiques.
01:26– Ce que vous nous dites aujourd'hui, c'est que c'est la démocratie française qui s'affaiblit aujourd'hui.
01:30– Oui, en tout cas, elle s'affaiblit parce qu'elle a fonctionné sous un mode particulier
01:37qui était celui d'une démocratie dite majoritaire.
01:40Cette démocratie majoritaire ne fonctionne plus aujourd'hui.
01:43Ce n'est pas simplement la faute des responsables politiques, non plus de leurs pratiques,
01:48non plus des institutions.
01:50C'est principalement ce qui a changé, c'est un espace politique qui a changé.
01:54On le dit, on le répète sans cesse.
01:57Les institutions sont une chose, les pratiques de ces institutions en sont une autre,
02:01mais le système partisan en est encore une autre.
02:05Et aujourd'hui, ce qui a changé, quand bien même des pratiques similaires pouvaient être observées auparavant,
02:12c'est le fait que vous avez un clivage de l'espace politique qui se fait autour du Rassemblement national.
02:17Il y a le Rassemblement national et les autres partis.
02:21Et le fait que l'ensemble de nos citoyens, leur identification politique se fait sur trois pôles.
02:32Et quand vous conjuguez ce clivage contre le Rassemblement national et ces trois pôles,
02:38eh bien, vous voyez qu'il n'y a pas de place aujourd'hui pour dégager des majorités.
02:44Quand bien même on tord les institutions, quand bien même, comme M. Lecornu a essayé de le faire,
02:49on essaye de trouver les verrous pour leur trouver un autre fonctionnement.
02:54J'abandonne le 49.3, par exemple.
02:57Eh bien, on voit bien que ça ne suffit pas aujourd'hui pour retrouver un fonctionnement majoritaire
03:04qui est celui auquel les Français sont habitués et qui demanderait véritablement un changement de culture politique
03:09pour que tout ce que nous vivons là soit mieux vécu.
03:13Flore, parmi les phrases prononcées ce matin par Sébastien Lecornu et qu'on retiendra,
03:17c'est « les conditions ne sont pas remplies pour gouverner ».
03:20L'ont-elles été à un moment réunies ces conditions ?
03:23En tout cas, Sébastien Lecornu a œuvré pour tenter de trouver un compromis.
03:27En effet, sur le papier, à la base, non, les conditions ne sont pas réunies.
03:32Il n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale.
03:35On voit que le socle commun qui avait soutenu Emichel Barnier et François Bayrou,
03:40il a tenté, coûte que coûte, de le ressouder après la chute de François Bayrou.
03:46Et c'est vrai que Sébastien Lecornu, il a quand même mis trois semaines à nommer son gouvernement.
03:49Pourquoi ? Parce qu'il a consulté pendant trois semaines, il a vu tous les partis politiques un à un
03:54et plusieurs fois, les partis d'opposition.
03:56Il a vu les syndicats aussi, avec qui les relations avec François Bayrou, c'était clairement rafraîchi.
04:01Donc il a essayé de renouer un dialogue aussi avec les syndicats.
04:04Il a tenté quand même de donner des gages à la gauche en renonçant,
04:09il l'a annoncé vendredi dernier, c'est pas si vieux, au 49-3.
04:12La gauche le demandait depuis un long moment, ce renoncement en 49-3.
04:16Donc c'est vrai qu'il a quand même essayé, Sébastien Lecornu, de trouver un chemin vers un compromis.
04:23Mais c'était mission impossible.
04:24Mais c'était mission impossible, puisqu'on voit que la gauche, quoi qu'il arrive,
04:28ne voulait pas se contenter de semi-victoire ou de victoire tiède,
04:33parce qu'il y a les municipales et parce qu'il y a en effet la présidentielle dans un an et demi.
04:37Et donc s'il ne censurait pas le gouvernement de Sébastien Lecornu,
04:39il fallait dire à leurs électeurs, regardez pourquoi on ne censure pas,
04:42c'est parce qu'on a obtenu de vraies choses.
04:44Or il demandait quoi ? La taxe Zuckmann, c'était non.
04:47Et la suspension de la réforme des retraites, Lecornu, l'avait écarté aussi.
04:50Mais il avait essayé de donner d'autres possibilités de discussion.
04:55Sauf qu'on ne saura pas si la gauche aurait censuré ou non sur le discours de politique générale du Premier ministre.
05:00Ludovic Renard, cette nouvelle crise politique française qui en est le premier responsable.
05:05Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu, dont on dit qu'il ne s'est pas imposé au chef de l'État.
05:09Bruno Retailleau qui a émis cette ligne rouge avec l'entrée, le retour au gouvernement de Bruno Le Maire, pardonnez-moi.
05:19Bien sûr, je ne vais pas rentrer dans le jeu de la désignation des responsabilités.
05:23Je laisse ça aux forces politiques.
05:24Mais quand on regarde objectivement comment s'est déroulée notre histoire politique
05:28et comment les régimes politiques se sont mises en place.
05:31Si on pense à la Ve République, dont on dit aujourd'hui que, hélas, elle ne fonctionne plus et avec regret,
05:38quand bien même c'était le général de Gaulle qui avait décidé des institutions et préparé une nouvelle constitution de 1958,
05:46quand bien même il avait sa légitimité, quand elle s'est mise en place,
05:50et la façon dont elle s'était mise en place pour conduire en 1962 à l'élection du président de la République au suffrage universel,
05:57et là la vraie mise en place du fait majoritaire, eh bien rien n'était gagné non plus.
06:03Ce n'était pas si évident.
06:05Donc pourquoi ? Parce qu'un régime politique, ça se joue véritablement à un ensemble de pratiques
06:12qui reposent donc sur des acteurs dont le mélange, l'intrication finalement n'est maîtrisé par personne.
06:23Et par exemple, si au début de la Ve République, le général de Gaulle n'avait pu s'appuyer sur une majorité à l'Assemblée,
06:34qui était le fruit des élections, peut-être que les institutions auraient pris un sens complètement différent.
06:40Donc il est très difficile aujourd'hui de désigner des responsables.
06:44Bien évidemment, on peut revenir sur les étapes qui, depuis le second septennat, voire le premier septennat,
06:51ont conduit à ces difficultés politiques.
06:55On peut dire par exemple, bien évidemment, que suite à la dissolution, n'a pas facilité les choses,
07:01que le fait de ne pas nommer suite à la dissolution,
07:04de ne pas proposer à un gouvernement issu du nouveau front populaire qui s'était dégagé,
07:14peut constituer des erreurs que l'on paye encore aujourd'hui.
07:18On pourrait dire que la tentative de M. Lecornu, si elle avait eu lieu quelques mois plus tôt,
07:25au moment où la candidature de M. Bérou s'est imposée un petit peu à Emmanuel Macron,
07:33peut-être que les choses auraient été changées, parce que ce qu'a essayé de faire en trois semaines,
07:40ça peut paraître beaucoup trois semaines pour M. Lecornu, mais là aussi, il faut être raisonnable.
07:44Si on regarde ce qui se passe à l'étranger dans des régimes qui sont des régimes d'Assemblée,
07:49c'est un petit peu l'idée ici, c'est-à-dire que le premier ministre, le chef du gouvernement,
07:54est responsable devant les parlementaires.
07:57Donc c'est un petit peu ce que M. Lecornu a essayé de faire en disant
08:01« je n'utiliserai pas le 49-3 ».
08:04Ça prend des mois pour se mettre en place.
08:06Et avec une élection qui est assez récente, ce qui fait que les choses sont apaisées,
08:13pas enquistées comme elles le sont depuis des mois,
08:16avec des conciliabules à droite, à gauche, organisées par le président de la République
08:23ou bien les premiers ministres, des conclaves.
08:26Et en parallèle de ce qui sont des négociations, c'est-à-dire là,
08:30véritablement, on ne débat pas autour d'arguments,
08:34on débat autour de ce que l'on veut obtenir,
08:36des négociations qui se font dans les médias,
08:40avec des lignes rouges qui sont balancées à toutes les rédactions.
08:44Or, on sait très bien que les lignes rouges, c'est ce que l'on garde secret,
08:47précisément, puisque les lignes rouges, en fait, elles correspondent à ce que vous ne pouvez pas négocier,
08:51parce que sinon, votre parti ou votre base électorale ne vous suit pas.
08:55Or, là, on a des acteurs politiques qui les affichent à coup de TikTok et de tweets.
09:01Donc, ces pratiques sont forcément condamnables.
09:04Donc, on peut bien sûr en imputer la responsabilité aux différents acteurs politiques.
09:11Mais encore une fois, ce qu'ils ne maîtrisent pas et ce qui est déterminant,
09:15c'est le rapport des forces politiques et partisanes.
09:17Et à ce titre, j'entends beaucoup de commentaires ou d'acteurs politiques,
09:21encore ce matin sur les plateaux, disant vivement qu'on procède à une nouvelle élection,
09:27pas simplement de l'Assemblée, du président pour que chacun retrouve ses petits.
09:32Je ne suis absolument pas persuadé qu'on ne se retrouve pas dans les mêmes difficultés,
09:38y compris si l'on désigne un nouveau président de la République.
09:41Alors, si bien sûr, ce président ou cette présidente de la République était du couleur Rassemblement national,
09:48ce serait une première et donc, forcément, il y aurait des changements.
09:53Mais si ça se joue comme depuis deux élections autour d'un affrontement au second tour
10:00entre le Rassemblement national et un candidat issu d'un front populaire
10:06qui fait barrage au Rassemblement national, il n'est pas du tout sûr que s'il y avait une dissolution
10:12dans la foulée de cette élection présidentielle, il y aurait une majorité qui se dégagerait.
10:16Et donc, on retomberait dans le cas où un Premier ministre,
10:21ce pivot institutionnel qui a un petit peu disparu depuis 2007 avec Nicolas Sarkozy
10:27et ensuite les pratiques qui ont été faites, ce Premier ministre a un véritable rôle
10:31pour non seulement contrôler ses troupes, mais aussi faire, essayer de négocier un accord de coalition.
10:39Et certes, il y a un montage de temps pour faire.
10:40Tout le problème dans la situation actuelle, évidemment, c'est que le Premier ministre,
10:44en l'occurrence Sébastien Lecornu, n'avait pas de majorité.
10:47Évidemment, le second tour d'une élection présidentielle, c'est une hypothèse
10:50dans l'hypothèse d'une démission d'Emmanuel Macron,
10:54ce que réclame encore à nouveau la France insoumise aujourd'hui.
10:57Merci Ludovic Renard.
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