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  • 4 months ago

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00:00Et pour commenter la situation au Pérou, nous sommes en duplex avec notre invitée Tania Romero Barrios.
00:07Bonjour, merci de nous rejoindre.
00:10Vous êtes doctorante en études hispaniques, membre du conseil scientifique de l'Institut des Amériques
00:15et vous consacrez un certain nombre de travaux au Pérou.
00:18De ce que vous comprenez, d'où est partie cette crise politique au Pérou ?
00:25Oui, bonjour, merci pour l'invitation.
00:27Alors, disons que la crise politique, elle date depuis un certain moment.
00:31C'est la raison pour laquelle, en 10 ans, on enchaîne déjà 7 présidents.
00:38Mais disons que cette dernière partie du cycle, pour parler de septembre-octobre,
00:46concerne notamment un moment où il y a une convergence entre des mobilisations du secteur de transport,
00:54des mobilisations de la génération Z et un contexte où, justement, la présidente Dina Boluarte et le Parlement, en fait,
01:03étaient extrêmement décrédibilisés.
01:05Ils avaient une popularité de 2,53 %, ce qui a, disons, déchaîné, en fait, justement, la destitution de la présidente Dina Boluarte.
01:16C'était un petit peu un calcul politique de la part du Parlement qui voulait un peu s'en débarrasser pour prendre ses distances vis-à-vis d'une présidente qui était très décrédibilisée.
01:28Mais dans l'actualité, notamment en raison de la répression qu'il y a eu dans les rues, disons que la mobilisation s'est davantage politisée aussi.
01:38Effectivement, c'est la criminalité, c'est la question de la réforme des retraites, mais c'est aussi une réponse, justement, vis-à-vis, un peu d'un ras-le-bol,
01:47vis-à-vis de la classe politique actuelle.
01:49Et on a vu que, pour manifester ce ras-le-bol, ces jeunes appartenant à cette fameuse génération GNZ sont aux avant-postes.
02:00Quelles sont les spécificités de cette GNZ péruvienne comparée à d'autres ?
02:05Oui, alors pour la GNZ, on est en train de parler de jeunes qui ont moins de 30 ans pour leur grande majorité,
02:14qui ont subi de plein fouet le Covid, on parle de natif digital en fait,
02:19et qui se sont d'ailleurs aussi déjà mobilisés auparavant.
02:22Il y a eu de grosses mobilisations qui ont donné, suite à la destitution de Manuel Mérine, en 2020, en plein Covid,
02:30et qui, disons, ont commencé à prendre les ruches, notamment en septembre, octobre,
02:37en raison de cette réforme des retraites qui les atteignait de plein fouet.
02:42Mais il faut préciser quand même aussi qu'il s'agit quand même d'une génération,
02:46en tout cas, disons, au Pérou, il y a eu beaucoup, notamment à Lima, en fait,
02:51de, disons, de rupture en sein, disons, de rupture politique.
02:56Il n'y avait pas de références spécifiques politiques, en fait, au sein de cette génération.
03:00C'est la raison pour laquelle on voit peut-être aussi des éléments plus appartenant à la culture pop,
03:05en fait, le drapeau de One Piece, etc.
03:07Enfin, One Piece, pardon, et disons qu'il y avait ces éléments qui font un clin d'œil aussi à cette génération Z,
03:16qui est plutôt mondiale, mais qui commencent aussi à converger avec d'autres révendications,
03:22avec le secteur des transports et avec, justement, d'autres référents de la mobilisation étudiante au Pérou.
03:27Entre-temps, on l'a vu, Tania Romero-Barios, la présidente d'Ina Boluarte a dû partir,
03:33renversé par le Parlement, et c'est le président du Parlement qui s'est installé.
03:39Il promet d'instaurer l'état d'urgence si nécessaire, tout au moins à Lima.
03:45Est-ce que vous diriez que cette génération Gen Z est en train de se faire voler sa révolution au Pérou ?
03:53Disons que depuis le début, même à partir de la destitution de l'Ina Boluarte,
03:58il y a eu un peu cette tentative de se faire passer, en tout cas de la part du Parlement,
04:02par ce qui aurait « sauvé » le Pérou en prenant ses distances vis-à-vis d'une présidente
04:10qui était complètement décrédibilisée.
04:13Alors, bien sûr, il y a ce calcul politique, même actuellement avec le président Gheri,
04:19en fait, il y a un certain nombre de représentants politiques qui, bien sûr,
04:22sont en train de préparer les élections d'avril 2026,
04:24qui sont aussi en train de, en espagnol on dit « souviral coach » et, en fait,
04:30de demander des comptes au président Gheri par rapport aux morts et à la répression
04:36des manifestations du 15 octobre.
04:41Mais, effectivement, cela n'a déclenché que plus de rage, en fait,
04:46au niveau de la population, et ça se voit au niveau des mobilisations, en fait,
04:50qui ne sont pas dupes de ce qui est en train de se faire.
04:53Le président par intérim, Oseheri, dont la personnalité,
04:59l'histoire personnelle pose même question,
05:01parce qu'il a eu des démêlés avec la justice, accusé de viol,
05:04puis mis hors de cause.
05:06Ce n'est pas de bonne augure pour la suite ?
05:07Non, pas du tout, en fait.
05:10Lui et même le Premier ministre qui l'a choisi,
05:13il faut dire aussi quand même le Parlement,
05:15il y a au moins 50% du Parlement, en fait,
05:18qui sont, disons, qui ont des enquêtes judiciaires.
05:21Bien sûr, là, il s'agissait aussi du côté du Parlement
05:24de choisir quelqu'un qui pourrait leur être utile, en fait,
05:27pour assurer un peu l'intérim et surtout préparer les élections de 2026.
05:33Mais, bien sûr, il s'agit quand même de figures qui, disons,
05:37ont davantage, disons, augmenté cette rage de la population
05:44vis-à-vis d'une classe politique, justement,
05:48qui n'est pas du tout considérée comme représentative,
05:51en tout cas, des revendications de la population péruvienne
05:56et notamment de la population la plus précarisée
05:59et qui subit de plein foin, en fait, l'instabilité politique,
06:04les différentes lois pro-criminalité, etc.,
06:06qui ont été passées dans l'actualité.
06:09Et justement, la suite sur le plan politique,
06:12comment se présente-t-elle, à votre avis ?
06:14Quel est l'état des forces politiques au Pérou aujourd'hui ?
06:18Et puis aussi, est-ce que cette génération GNZ
06:20est prête à aller aux élections et à assumer les responsabilités ?
06:26Alors, j'ai l'impression que tout va se jouer un peu dans les prochains jours.
06:32On peut voir un peu un contexte qui peut ressembler à celui de Méline en 2020,
06:37où quand même le président a été destitué cinq jours après le moment où il assumait ses fonctions.
06:44Mais il faut savoir aussi, en raison de la mobilisation sociale,
06:46mais il faut savoir aussi quand même que là, on a un parlement qui est particulièrement,
06:50enfin, en tout cas, la coalition parlementaire, particulièrement hégémonique,
06:54qui soutient Khéry, qui n'a pas passé, en fait, l'émotion des destitutions
06:58qui ont été essayées d'être mises en place.
07:00Donc, tout va se jouer un petit peu en raison des possibles négociations parlementaires
07:05qui vont se mener, mais aussi du côté des rues,
07:08pour voir quelles convergences peuvent véritablement être faites,
07:11en fait, au sein aussi bien de la génération 7, du secteur transport, etc.
07:16Cependant, il faut quand même préciser que cette génération, en tout cas au Pérou,
07:19on n'est pas non plus dans un contexte du type Chili, etc.,
07:24où quand même il y a des représentations faites de cette génération
07:28qui, par la suite, ont créé des parties,
07:32ou voilà, ont pu avoir des postes au pouvoir.
07:36C'est un peu plus sclérosé, dans ce sens-là,
07:39mais il faudra voir un petit peu si, au sein de cette mobilisation,
07:43il réussit à avoir quand même des propositions,
07:46et pas seulement, justement, des revendications
07:51contre une situation qui est effectivement jugée comme pas tenable.
07:55Et nous suivrons tout cela avec beaucoup d'attention.
07:57Merci beaucoup, Tania Romero-Barios,
08:00d'avoir été avec nous sur France 24, doctorante en études hispaniques,
08:03membre du Conseil scientifique de l'Institut des Amériques.
08:06Merci, voilà ce qu'on pouvait dire avec vous, du Pérou.
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