00:00On passe à la culture de ce vendredi avec de l'art contemporain ce soir, l'art contemporain africain en fait à Paris,
00:08avec les 10 ans d'AKA, also known as Africa, une foire pas comme les autres,
00:12qui met à l'honneur les créateurs africains et de la diaspora comme personne.
00:16Et ce soir, nous avons la chance de recevoir un créateur atypique, Serge Mwang,
00:20designer camerounais qui crée des œuvres hybrides entre l'Afrique et le Japon
00:25et qui est aussi créateur de l'œuvre monumentale présentée à AKA cette année.
00:29Serge Mwang, bonsoir et bienvenue dans votre JTA.
00:33Bonsoir, bonsoir Fatimata.
00:34Alors vous êtes né à Yaoundé, installé à Paris, issu du design industriel, notamment dans l'automobile,
00:40mais c'est au Japon que vous avez entamé une profonde réflexion artistique en croisant deux mondes culturels, a priori éloignés.
00:49Avant de nous parler de vos œuvres, racontez-nous ce parcours singulier.
00:52Alors c'est vrai que c'est un parcours qui est assez singulier puisque j'étais envoyé au Japon par un constructeur automobile français
00:59pour travailler pour un constructeur automobile japonais.
01:02Donc à la base, je dessine des voitures ou je conçois des voitures.
01:05Et c'est une fois au Japon que les choses ont commencé à me questionner et que des choses sont apparues vers moi
01:13pour pouvoir attiser un peu mon sens créatif et produire quelque chose qui ait plus de sens que l'automobile.
01:22Cette rencontre avec le Japon, votre création, alors on va voir aussi des œuvres avant d'en parler.
01:31Vous parlez d'une troisième esthétique, donc ce n'est ni africain ni japonais, c'est une troisième esthétique, expliquez-nous.
01:38Tout à fait Fatima Tha.
01:40Donc quand on a un héritage esthétique et culturel symbolique tellement puissant dans l'Afrique de l'Ouest
01:48et quand on en rencontre un autre aussi par le biais de celui du Japon, il faut faire attention de ne pas faire de fusion.
01:57C'est un danger.
01:58Il faut garder l'héritage de chacune des cultures et exacerber au possible la rencontre des deux
02:05par ce que j'appelle la troisième esthétique, par une troisième qui va pouvoir progressivement avoir son expressivité personnelle,
02:14son vocabulaire esthétique personnel et qui va prendre son chemin à partir de ces créations-là.
02:21Brillamment réussi par votre présentation de votre œuvre principale, Monumental à Aka.
02:27Déjà, dites-nous ce que vous avez ressenti, parce que ce n'est pas commun.
02:31De grands artistes ont été choisis pour réaliser l'œuvre Monumental à Aka.
02:35Ce que vous avez ressenti quand vous avez été choisi ?
02:37Beaucoup de fierté, bien sûr, et une responsabilité, parce qu'effectivement, je vais représenter,
02:45pas un continent, mais une sorte d'expressivité de ce continent, mais par mon travail aussi,
02:52je présente une partie, ou je dévoile une partie de l'esprit japonais.
02:56Donc, il ne faut pas déconner.
03:00Ah oui, l'enjeu est important.
03:01Voilà, l'enjeu est important.
03:03L'enjeu est important.
03:03Et donc, quand on parle de troisième esthétique, ce que vous avez énoncé tout à l'heure,
03:06il faut bien s'assurer qu'on va en profondeur dans les codes esthétiques de chacune des cultures
03:12et que l'on monte en qualité en même temps pour pouvoir créer une tension qui puisse résonner avec les visiteurs.
03:20Alors, moi, j'ai été vraiment fascinée.
03:22Je n'étais pas la seule, même éblouie, parce que c'est un cheminement.
03:26Il y a une histoire qu'on raconte avec ces sept sœurs qui sont en réalité 14, Serge, je tiens à vous le dire.
03:33Donc, ces femmes en procession qui sont habillées.
03:36Et en fait, de prime abord, on aurait l'impression que ce sont des figurines japonaises, mais pas du tout, en fait, finalement.
03:43Tout à fait.
03:45Donc, c'est la première œuvre que l'on voit à l'entrée du salon.
03:50C'est l'œuvre qui s'appelle les Seven Sisters.
03:51C'est effectivement 14 femmes qui sont en procession vers le Mont Fuji et qui chuchotent leurs secrets, leurs soucis, leur vie l'une à l'autre.
04:02C'est ce que font les femmes, souvent.
04:04Il paraît.
04:04Donc, effectivement, elles ne sont ni habillées avec des textiles du Japon.
04:09Elles n'ont pas de masques.
04:11Parce qu'on le voit, c'est plutôt des masques du Gabon.
04:14Voilà, c'est des masques Punu du Gabon et qui, étrangement, entrent en grande similitude avec des masques qui pourraient être associés au Théâtre Renault au Japon.
04:24Par leur visage, le blanc de leur peau et la coiffe qu'elles ont, brillante, que j'ai un peu transformée, je vous l'accorde.
04:32Alors, la seule chose qui est japonaise dans cette sculpture-là, c'est les kanzashi, c'est les broches qu'elles ont dans les cheveux.
04:37Et puis, les parures qu'elles portent, c'est le n'dop textile royal camerounais, enfin, de l'ouest du Cameroun.
04:49Donc, il n'y a rien de japonais, mais tout incite à y percevoir une influence japonaise.
04:54Vous aimez bien.
04:55Alors, on perçoit mieux ce que vous appelez cette troisième esthétique, donc ni l'un ni l'autre, entre les deux, finalement, avec une troisième voie.
05:03Il y a aussi ces sculptures en plexi.
05:05Quelle est cette matière, cette résine ? Il nous a expliqué que vous avez mis sept ans à trouver le bon matériau pour donner ce résultat-là extraordinaire.
05:14Tout à fait. Alors, ça, c'est une sculpture qui célèbre la fertilité et la naissance, avec des masques ventres, tels que les Igbo l'ont au Nigeria.
05:26Et oui, sept ans de travail pour trouver la bonne résine, les bonnes formes, la bonne technicité pour réaliser ces pièces-là.
05:36Et c'était vraiment assez stupéfiant de voir la réaction des visiteurs lorsqu'ils ont vu les pièces.
05:42Parce qu'ils étaient assez impressionnés par leur présence, leur prestance et le silence qui se dégageait à travers elles.
05:49Absolument, absolument. Vraiment, c'est absolument remarquable.
05:53J'aimerais qu'on entende à présent Victoria Mann, la fondatrice d'ACA, de la foire, qui nous parle de marché de l'art.
05:59Parce que c'est aussi un enjeu d'une foire et aussi un espace de vente de l'art africain. Et on en parle juste après.
06:06Je pense que la première chose à dire, c'est que le marché contemporain d'Afrique est confronté au même challenge que tous les autres marchés.
06:17On passe une période qui est difficile. On est confronté aux mêmes problématiques économiques que tous les autres.
06:26Mais le marché contemporain d'Afrique a prouvé plus d'une fois qu'il était résilient.
06:33La résilience est importante et qu'il continue néanmoins à se développer.
06:39Et je pense que dès que les choses reprendront avec plus de force et que le marché repartira, l'Afrique sera en très bonne place.
06:54Le marché de l'art africain, dit Victoria Mann, est résilient. Est-ce que vous êtes d'accord ?
07:00Il est non seulement résilient et il est en train de se structurer.
07:03Quelque chose qui est important, c'est-à-dire les acheteurs ont besoin de comprendre comment est structuré le marché et avoir de la visibilité sur leur choix.
07:10Je pense que le marché de l'art contemporain africain a un grand avenir parce qu'il est gage d'authenticité.
07:17Quelque chose qu'on recherche énormément aujourd'hui, de qualité, d'audace et de grande sophistication.
07:27Est-ce que vous avez un mot pour finir ? Pour les artistes peut-être africains, il faut leur dire quoi ? Continuer ?
07:33Bien sûr qu'il faut leur dire de continuer et rester authentique. Ça ne se discute pas, ça.
07:40Il ne faut pas copier, rester authentique, aller en profondeur.
07:42Merci beaucoup Serge Mwang d'avoir été avec nous. C'était un plaisir de vous recevoir.
07:47C'est la fin de ce journal de l'Afrique. Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde.
07:50Et ce soir forcément de Yaoundé à Kyoto en passant par Paris. Restez avec nous car l'actualité continue sur France 24.
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