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  • il y a 2 mois
DB - 23-10-2025

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00:00...
00:00Ce personnage qui déambule dans une rue de Paris au parlant de sa monture
00:27est un médecin qui va visiter ses malades.
00:29C'est un médecin d'un de ces médecins il y a 300 ans dont Molière s'est si souvent moqué.
00:33Monsieur le médecin, je suis votre serviteur.
00:35Bonjour mon ami, le bonjour.
00:37Allô, à la bonheur, cuve de l'eau.
00:39Salut à vous monsieur.
00:40Mon ami, salut.
00:42Monsieur le médecin, vous êtes mes bombes à décembre ?
00:44Mes noms de moiselles, moi ne vous êtes pas décembre.
00:47Belle semelle, monsieur, belle semelle.
00:50Merci mon garçon, mes semelles sont déjà fort bien pourées par monsieur que voici.
00:54Votre très humble serviteur, monsieur le médecin, très humble serviteur.
00:57Mais ce n'est pas un médecin ordinaire.
00:59Il ne soigne pas les petits artisans, les petits commerçants,
01:01ni même le menu frottin de la bourgeoisie.
01:03Monsieur Bodineau est médecin du roi.
01:05Médecin du roi Louis XIV.
01:07Non, pas le premier médecin du roi.
01:09Le premier médecin du roi est le vieux monsieur Vallaud,
01:12qui chaque matin a le privilège envié de pénétrer un des premiers dans la chambre du roi.
01:17Monsieur Vallaud, premier médecin du roi, touche 40 000 livres de gage par an,
01:20ce qui représente plus de 80 000 de nos francs actuels.
01:24Monsieur Bodineau n'est pas non plus le médecin ordinaire du roi.
01:27Le médecin ordinaire est actuellement monsieur d'Aquin,
01:30qui lui aussi a l'honneur d'entrer dans la chambre du roi,
01:33mais derrière le premier médecin.
01:35Monsieur Bodineau n'est qu'un des huit médecins servant à quartier,
01:39c'est-à-dire qu'il n'est de service à la cour que trois mois par an,
01:42avec son collègue, le sieur Yvelin.
01:44Tous deux attendent dans les couloirs pour pouvoir s'approcher du roi
01:48que le premier médecin et le médecin ordinaire soient défaillants,
01:51ce qui n'arrive malheureusement jamais.
01:57Le sieur Vallaud prend le pouls du roi.
02:01L'heureuse-en.
02:02Certes.
02:05Le sieur Vallaud fait tirer la langue au roi.
02:08Monsieur, avez-vous déjà vu la langue du roi ?
02:13Oh, hélas, non, jamais.
02:15Moi non plus.
02:17Ah, la langue du roi, c'est quelque chose.
02:21Certes.
02:24Oh, le sieur Vallaud donne le clistère au roi.
02:28Le clistère au roi.
02:31Monsieur Vallaud a bien de la chance.
02:34Certes.
02:35Mais si le sieur Bodineau ne passe que trois mois par an à la cour,
02:38s'il n'a jamais la gloire de parler à sa majesté,
02:40et s'il touche à peine 2500 livres par an,
02:44cependant le titre de médecin du roi lui donne une grande autorité auprès de sa clientèle
02:48et lui permet de demander des prix de consultation élevés.
02:51Il faudra tenir le malade dans le plus substantiel repos.
02:58Oui, monsieur.
02:59Il faudra étendre de la paille devant sa porte de façon à ce qu'il n'entende pas les bruits des voitures dans la rue.
03:04Cela sera fait, monsieur.
03:05Et lui faire prendre trois fois par jour les purges pilules potions que j'ai prescrites.
03:10Oui, monsieur.
03:12Que dois-je vous donner, monsieur le médecin, pour votre bonté d'être venu ?
03:15Madame, ceci n'est pas mon affaire.
03:17Secrétaire ?
03:18Secrétaire ?
03:20Peste du Paquin, où est-il encore caché ?
03:22Je n'ai vu personne, vous êtes venu seul, monsieur.
03:25Certes, madame, cela est vrai.
03:26Je l'ai envoyé prévenir de ma venue la Duchesse.
03:29Secret professionnel.
03:31Une grande Duchesse qui m'a envoyé guérir.
03:34Que dois-je vous donner à vous, monsieur le médecin ?
03:37En vérité, madame, je l'ignore.
03:38Je suis homme de science, point homme d'argent.
03:40De coutume, c'est mon secrétaire qui traite de ces choses.
03:44De coutume, nous donnions quatre livres à notre médecin.
03:48Madame, mon secrétaire vous eut dit qu'un médecin de la cour est autre chose qu'un petit hypocrate des faubourgs.
03:54Surtout quand ce médecin de la cour est médecin du roi.
03:58Ah, oui. Alors, dans ce cas...
04:01Il vous eut dit aussi, mon secrétaire, que monsieur de Colbert, quand il mente quelques-uns d'entre nous en consultation,
04:07fait remettre à chacun un Louis d'or.
04:09Un Louis de 24 livres ?
04:13Certes, monsieur de Colbert connaît la valeur des hommes de l'art.
04:25Voilà donc un Louis d'or, monsieur.
04:28Mon secrétaire n'étant point là, je le prends pour lui.
04:34C'est votre serviteur.
04:35Grâce à sa nombreuse clientèle, monsieur le médecin du roi gagne confortablement sa vie.
04:45Il loge dans une maison en pierre de taille, près de l'enseigne à Saint-Jean-Baptiste.
04:49Les maisons ne sont pas encore numérotées et quand on veut donner son adresse,
04:52on indique l'enseigne de la boutique la plus proche.
04:54Celle-ci est l'enseigne d'un marchand de toile.
04:57Elle se présente, comme c'était alors la mode, sous la forme d'un rébus.
05:02Un singe vêtu de toile de Baptiste.
05:05Un singe en Baptiste.
05:08L'appartement du sieur Bodineau se compose de deux pièces principales, meublées de façon très sommaire.
05:14La chambre à coucher et la salle qui contient une table, un buffet, quelques chaises et quelques tabourets.
05:19L'épouse de notre médecin, demoiselle Bodineau, car on appelait alors les bourgeoises mariées demoiselles,
05:25seules les dames de qualité étaient appelées madame.
05:28Donc l'épouse de notre médecin s'est levée bien avant son mari et dès 5h du matin,
05:33elle va éveiller ses enfants qui dorment dans de petits galtas sans air.
05:37Jacques, éveillez-vous.
05:40Vous, ma mère.
05:41Dieu vous bénisse, mon fils.
05:43Dieu vous bénisse, madame ma mère.
05:45Faites vos prières et vous levez vite.
05:46Oui, madame ma mère.
05:47Agnès, êtes-vous éveillée ?
05:51Oui, madame ma mère.
05:53C'est fini, madame ma mère.
05:54J'ai dit trois patins et deux avets comme vous me l'enseignez au couvent.
05:57C'est bien, mon enfant.
05:58Habillez-vous promptement et venez m'aider à faire le lage.
06:01Oui, madame ma mère, je vous suis.
06:03Quant à monsieur Bodineau, il dort encore dans sa chambre au grand lit à Baldacin
06:07où tous les matins à 5h en été, 5h30 en hiver, le valet Lucas vient éveiller son maître.
06:17Mon maître, mon maître, la première messe vient de sonner au clocher Saint-Paul.
06:38Oh, c'est bien d'assez.
06:43Vaille-moi mon caleçon, mes bas et mes souliers.
06:47Oui, mon maître.
06:48Mais non, grande idée, point les souliers d'abord.
07:03L'habillement humain est chausse raisonnée.
07:05Primo, le caleçon.
07:08Mon caleçon, oui.
07:09Secondo, les bas.
07:23Mes bas.
07:23Persio, les autres choses.
07:39Mes autres choses.
07:42Alors, préso, oui.
07:44Non, non, non, mais.
07:47Et quarto, les julien.
07:50Oui, monsieur.
07:51Doucement, les souliers faquins, doucement.
07:59Il ne faut point abrusquer les pieds qui sont les supports de notre corps.
08:03De notre corps, oui, mon nom.
08:06Ben, Lucas, grand bailleur au corneille,
08:09qu'attends-tu pour m'enlever mon bonnet de nuit ?
08:12Mes cheveux n'ont-ils point trop poussé ?
08:17Non, manquez, non, mon maître.
08:18En fait, il est malsain d'avoir le cheveu long sous la perruque.
08:22Cela comprime les circonvolutions du cerveau.
08:25Oh, mon maître, en sait-il des choses ?
08:27C'est-il bien d'avoir la science confuse ?
08:29Infuse, Marot, la science infuse !
08:32Tire-moi ma camisole de nuit.
08:37Bon, maintenant, ma chemisette de jour.
08:44Ma chemisette de jour ?
08:45Ah oui, ma chemisette de jour.
08:45Ah, mais non, ça n'est point ainsi que l'on présente la chemisette à son maître.
08:51Je vais te montrer comment il faut faire.
08:58Vous dites que j'aime des habillons pour la maître ?
09:00Non, je te montre comment cela se fait à la cour.
09:02Ah, dans la cour, c'est bon.
09:03Mais pas dans la cour de la maison, à la cour du roi.
09:05Allez, je recommence.
09:06Oh, morguez !
09:16Oh, le mal à droit !
09:17Chien de tabouret !
09:18Mais dis-donc, tu frappes un objet appartenant à ton maître, tu auras du bâton.
09:21Oh non, mon maître, supplions votre miséricorde, non !
09:23Excuse-toi à celui que tu as offensé.
09:25Oh oui ?
09:26Pardon, mon sieur, le tabouret.
09:28Eh bien, nous pardonnons, mais gare à la récidive.
09:30Maintenant, tu me passeras ma robe de chambre.
09:40Mon maître, attendons, que je finissons de mettre la chemisette de jour.
09:44Allez, pressons, pressons.
09:45Ah, mais oui, mon maître, mais c'est un point facile.
09:49Ma robe de chambre.
09:50La robe de chambre, là.
09:50Ma robe de chambre, là, voilà, elle est là.
09:54Te souviens-tu du règlement de la maison de Monseigneur le Prince de Conti que je t'avais ordonné d'apprendre ?
09:59Ah, oui, mon maître.
10:00Récite-moi ce règlement.
10:03Je récite-t-on ?
10:04Ah, voilà, mais tous mes domestiques doivent savoir...
10:09Qu'est-ce qu'ils doivent savoir ?
10:10Ils doivent savoir que...
10:11Ils doivent savoir que je ne souffrirai dans ma maison ni jurement, ni blasphème, ni impiété, ni raillerie, des choses saintes.
10:21C'est ça, mon maître.
10:22Ma perruque.
10:23Ma perruque.
10:24Ah oui.
10:29Là.
10:30Voilà.
10:31La suite.
10:32La suite.
10:32Après la perruque, c'est le chapiot.
10:34Mais non, la suite du règlement de Monseigneur le Prince.
10:37Je défends...
10:39Ah, oui, oui, oui, oui.
10:40Je défends Dion.
10:41Je défends Dion.
10:42Je défends sous peine d'être chassé.
10:44Je défends d'être chassé.
10:45La fréquentation des Mauvais-Lieux.
10:47Rien de Mauvais-Lieux.
10:47L'ivrognerie.
10:48La comédie.
10:49Rien de Mauvais-Lieux.
10:49La comédie.
10:50Les jeux de cartes, Zé de Gé.
10:51A damai...
10:52La comédie.
10:52La устereur des montées.
10:53La könnté, a damai ver...
10:54Alors c'est ça, v eg Alors, c'est bien...
10:55Alors, voilà, c'est ça...
10:55Alors, c'est ça...
10:56Tu ne le sais pas. Je veux que cela soit bien inscrit dans ta tête, as-tu compris ?
11:01Oui, mon maître.
11:01Je veux que ma maison soit aussi bien tenue que celle de Monseigneur le Prince.
11:11Amen.
11:13Lucas, as-tu fait tes prières à ton réveil ?
11:16Oui, mon maître, je les avais toutes faites.
11:18C'est bien ainsi, il faut se purifier l'âme en se levant et après l'âme se purifier le corps.
11:23Passe-moi mon frottoir et mon alcool de voile.
11:26Là, là. Assez, assez, assez, assez.
11:32Voilà, voilà.
11:35Bon, maintenant ma veste de bureau.
11:37Ma veste de bureau ?
11:37Oui, ma veste de bureau.
11:38Là.
11:39La veste de bureau, c'est le gilet en étoffe de bure ou bureau, l'étoffe qui servait à faire les robes de moine.
11:44On recouvrait également les tables sur lesquelles on écrivait d'un tapis de bure.
11:48C'est ce qui leur a fait donner le nom de bureau.
11:51Et maintenant mon juste au corps.
11:53Mon juste au corps. Ah oui, mon juste au corps.
11:55Pendant que monsieur le médecin du roi achève de se préparer, le reste de la maison est déjà en grande activité.
12:03Barbe, voici l'eau.
12:04Renversé monsieur Jaquet. Pendant que je torche la vaisselle, lavez les dalles de la cuisine et du couloir.
12:09Oui, Barbe.
12:10Vers 5h30 du matin, quand le sueur Bodineau passe dans la salle, il y trouve toute sa famille en plein travail.
12:15Y compris le petit Jaquet qui, comme tous les enfants de son âge, aide sa mère avant d'aller à l'école.
12:21Monsieur mon père, je suis votre fils très obéissant.
12:24Je vous donne le bonjour, mon fils.
12:26Quittez votre lavette et me portez mon bouillon du déjeuner.
12:29Oui, monsieur mon père.
12:30Dieu te garde, mamie.
12:33Dieu vous garde, mon amie.
12:35Comment vous va, ma fille ?
12:36Je me sens merveille, monsieur mon père.
12:38Tirez la langue.
12:40C'est bien ainsi, vous n'avez point menti.
12:42Les papilles de votre muqueuse labiale me disent que vous êtes en bonne santé.
12:46Lucas, va-t'en m'apprêter ma mule.
12:48Oui, mon maître.
12:48Continuez à travailler, ma fille.
12:51Rentreriez-vous tard, mon ami.
12:52Non, mon ami, je dois rendre visite à madame la marquise de Sévigné, qui s'est enrhumé le cerveau,
12:57et à monsieur le conseiller de la cour, qui m'a mandé en consultation pour sa goutte.
13:01Mon maître.
13:01Oui.
13:02Mon maître, il y a un homme qui est là.
13:04Il y a qui l'entre ?
13:05Ah ben oui.
13:08Monsieur le médecin, voilà, je viens vous guérir de la part de mon maître, monsieur Despréaux.
13:15Monsieur Poilot Despréaux, le point ?
13:17Oui, monsieur.
13:18Et il m'a ordonné de vous rattraper au plus vite pour vous dire qu'il souffre horriblement de douleurs très, très douloureuses du côté du foie et des ventricules de l'estomac.
13:26Mon ami, ne parlez donc point de ces choses que vous ignorez.
13:29Pour tout vous dire, ça ne va point, mais point du tout.
13:31Et il a besoin de votre habileté pour lui remettre l'intérieur en place.
13:36Dites-lui que je l'irai voir avant d'idée.
13:37Un grand merci, monsieur le médecin, un grand merci.
13:40Oh, chère Vallée !
13:43Pardon, mon maître.
13:44Mon maître, la mule de mon maître est apprêtée.
13:47Baille-moi ma soutane de visite.
13:49Ah ben oui.
13:49Mamie, je rentrerai à l'heure de midi pour le dîner.
13:53Ma fille, baillez-moi mon miroir.
13:55Et mon père.
14:04Mon bonnet.
14:05Moi, mon maître.
14:07Merci.
14:11Ah ben.
14:13À ce midi, mouton.
14:14À ce midi, mouton.
14:16Et voici notre médecin en route.
14:21C'est un personnage fort respecté.
14:24Dans la rue, il ne marche jamais dans le ruisseau.
14:26Les passants lui laissent respectueusement la partie la plus haute de la chaussée.
14:30Il tient, comme on dit, le haut du pavé.
14:32Il est 6h du matin et déjà, les rues de Paris sont en pleine activité.
14:37Demandez mes pêches, mes belles pêches de corbeille.
14:41Demandez mes belles pêches de corbeille.
14:44Premier client, premier patient, pas un très patient, le grand ami de Molière, Racine et La Fontaine, Nicolas Boileau.
15:09Ah, monsieur le médecin.
15:16Tous les hommes devraient être aussi raisonnables que ce paysan du village d'Auteuil, qui se sentait fort mal en point et à qui l'on demandait, mais pourquoi n'appelez-vous pas le médecin ?
15:25Il a répondu, ah, chez nous, nous sommes trop pauvres pour appeler le médecin. Nous mourrons tout seuls.
15:31Certes, monsieur Boileau-des-Préhaut, je vous vois en pleine santé avec une parfaite sécrétion de votre bile coutumière. Je n'ai rien à faire ici.
15:38Non, non, non, ne portez pas, mon cher médecin, je plaisantais, par habitude.
15:42Non, je suis véritablement malade.
15:45Cela est la conséquence d'un effroyable repas que je fis hier chez un importun qui m'avait convié à dîner.
15:51Vous avez sans doute trop mangé ?
15:52Mais non pas, mais j'ai rencontré l'un de ces gens bavards qui discoursent de tout sans rien connaître et qui m'ont cassé la tête à m'en chauffer tous les intérieurs.
16:02Toujours votre mauvaise bile. N'avez-vous point la bouche amère avec des ressentiments d'acidité brûlante ?
16:09Ah, quelque chose comme cela.
16:11N'avez-vous point des gargouillements dans les régions périphériques et égocentriques de l'abdomen ?
16:16Il se pourrait. Et que pouvez-vous faire contre cela ?
16:20Ce sont les humeurs malignes de votre cerveau qui, en tombant sur votre estomac, ont emmêlé votre digestion.
16:25Ah, certes, certes, certes.
16:29C'est ce qui fait que je vais vous faire une saignée.
16:37Bon, l'inévitable saignée.
16:40Ah, certes, il le faut.
16:41Seule une saignée peut évacuer cet excès d'humeur qui surcharge votre sang,
16:45encombre toutes les canalisations de votre corps et menace de refluer au cerveau
16:50où elle provoquerait l'apoplexie des circonvolutions, ce qui pourrait être gênant.
16:55Ah.
16:55Fort gênant.
16:56Ce qui signifie que je pourrais en crever.
16:58J'ai dit fort gênant.
17:01Donc, une saignée est indispensable.
17:04Ah, pour la saignée.
17:05Nous la compléterons par une gentille pure.
17:08Donc, après la saignée, la purge.
17:10Il le faut pour évacuer l'excès de bile et de sérosité.
17:14Et nous ferons confectionner par votre apothicaire une décoction d'essence de vipère.
17:20L'essence de vipère.
17:22Ah, je connaissais déjà l'emplâtre d'œuf de grenouille,
17:27l'huile d'araignée, de lézard et d'hirondelle,
17:30le cataplasme de crottes de chien,
17:31mais je ne connaissais pas encore l'essence de vipère.
17:36Et les préparer avec des vipères nourries de miel et de rosée,
17:39séchées au soleil, mises en poudre et bouillies avec trois fois leur poids de miel.
17:44Que de miel !
17:46Vous voulez que par votre mixture, ma propre langue de vipère soit tout en miellée.
17:51Grand merci, monsieur le médecin.
17:52Si cela ne va pas mieux dans trois jours, vous me le faites savoir et je reviendrai.
17:56J'aurai grand joie à vous revoir.
17:57Il faudra alors vous faire confesser.
17:59Vous savez que la faculté nous interdit de soigner le corps des malades
18:02plus de trois jours consécutifs,
18:04sinon point confier à l'église le soin de leur âme.
18:06Oui, oui, je sais, vous ne voulez point tuer les innocents sans confession.
18:09Cela est fort louable à vous et je prendrai soin de la paix de votre âme.
18:15Jusqu'au revoir, monsieur le médecin.
18:17Fidèle ?
18:17Oui, monsieur.
18:20Bon, monsieur, je vais donc érir le chirurgien et l'apothicaire pour la saignée et l'élavement.
18:28C'est inutile.
18:29Je me sens déjà mieux depuis la visite de ce médecin.
18:32Mais, monsieur, il a dit que...
18:33Il me vient un quatrain qui va achever de me mettre en bonne santé.
18:36Un quatrain, monsieur, c'est un médicament ?
18:39Oui, poétique.
18:43Paul, ce grand médecin, l'effroi de son quartier,
18:49qui causa plus de maux que la peste et la guerre,
18:53est curé maintenant et met les gens en terre.
18:58Et met les gens en terre.
19:00Il n'a point changé de métier.
19:02Je me sens tout à fait bien que l'on m'apporte un demi-gigot et un carteron de vin.
19:09Un carteron de vin.
19:14Continuant ses visites, notre médecin s'est rendu chez la marquise de Sévigné.
19:18Monsieur le médecin, l'on dit que contre les rhumes, il est bon de prendre une infusion de thé,
19:24cette tisane qui nous vient de Chine.
19:25Certes, madame, bien que le thé ne soit connu en France que depuis moins de 20 ans,
19:30depuis 1648, je crois.
19:33C'est un médicament approuvé, fort docte savant.
19:36La princesse de Tarrant en prend 12 tasses par jour.
19:39Et le long grave de S, 40 tasses.
19:41Tous les matins, à la cour, on ne parle que du thé, c'est le médicament à la mode.
19:44Alors, il faudra en prendre, madame.
19:45Un médicament dont tout le monde parle, même s'il est inefficace,
19:48produit toujours un effet admirable sur le malade.
19:51On dit aussi beaucoup de biens de ce breuvage que nous ont apporté les Turcs
19:55et que l'on nomme café.
19:57Certes, madame, la faculté a reconnu que le café,
20:00dont on corrige l'amertume en le buvant avec du sucre,
20:03de l'essence d'ambre, d'iris ou de la cannelle,
20:06le café dessèche les humeurs froides et humides,
20:09fortifie le foie, rafraîchit le cœur,
20:11dissipe les migraines, apaise les douleurs,
20:13adoucit les levains de nos entrailles
20:15et débouche tous les endroits par où ils passent.
20:18Il est aussi bon pour le rhume.
20:20Il faut en prendre, madame.
20:21J'ai pas entendu certaines personnes de la cour dire
20:23que le café échauffe le sang et le fait bouillonner.
20:28Chez le maréchal de Grammont, cette boisson est fort disgraciée.
20:30Alors, madame, il ne faut point prendre de café.
20:33En revanche, monsieur de Boissy bataille très fort pour le café,
20:36qui a guéri un sien par an de la jaunisse,
20:39d'un début de paralysie et d'un rhume très violent.
20:42Mais monsieur de Boissy est un homme très écouté.
20:45Alors, madame, il faut prendre du café.
20:47Mais il y a tout un parti autour de la reine
20:49qui dit que le café ronge l'estomac quand on le prend un jeun
20:52et ravage les poumons quand on le prend l'estomac plein.
20:55Et la reine, c'est tout de même la reine.
20:57Alors, madame, il ne faut point prendre de café.
21:00Eh bien, moi-même, je n'ai jamais eu à me plaindre du café.
21:03Il m'a toujours fait un bon effet.
21:05Il m'a fait maigrir quand je voulais maigrir
21:07et engraisser quand je voulais engraisser.
21:09Alors, madame, il faut continuer d'en prendre.
21:10Oui, mais bête de compagnie comme je suis.
21:14Si je sais que la moitié de la cour juge mal le café,
21:17j'ai peur qu'il finisse par me faire mal.
21:20Alors, madame, il faut cesser d'en prendre.
21:22Oui, mais en revanche, on commence à dire un peu partout
21:25que l'eau de riz est fort bonne pour bien des choses.
21:30Alors, madame, dans ce cas, n'hésitez pas à prener de l'eau de riz.
21:36Pendant que monsieur le médecin visite sa clientèle,
21:38son fils, Jaquet, s'est rendu à l'école du quartier.
21:42Une de ces petites écoles que fréquentent,
21:44jusqu'à l'âge de 9 ou 10 ans, les jeunes parisiens
21:46et dont les maîtres sont nommés par le grand chantre de Notre-Dame.
21:50Dans beaucoup de salles de classe,
21:52il y a juste un escabeau pour le maître.
21:54Les écoliers sont assis par terre sur de la paille.
21:56Ils écrivent en tenant leur écritoire sur leurs genoux.
21:59Silencium!
22:01Pueri grammatici, silencium!
22:04Enfant grammairien, silence, a dit le maître.
22:06Les écoliers sont appelés grammairiens.
22:09Ils sont là pour apprendre la grammaire française et latine,
22:11ainsi que la lecture, l'écriture et le calcul.
22:14Aujourd'hui, nous étudions la grammaire gauloise.
22:22Gauloise, autrement dit, française.
22:24Comme au Moyen-Âge, les cours sont encore faits entièrement dans latin.
22:27Écoutez son perturbation, tapage et chuchotement.
22:38Le maître brandit en permanence des verges
22:40qui rappellent aux écoliers que toute faute sera punie
22:43par des coûts solidement appliqués.
22:47Mais tous les parents n'envoient pas leurs enfants aux petites écoles.
22:50Oh, oh, mon ami!
22:55Parlez-vous à moi, monsieur?
22:56Oui. Où allez-vous avec cet enfant?
22:58C'est mon fils, monsieur.
23:00Je suis Huguenot.
23:01Pardon?
23:02Je suis Huguenot.
23:03Ah!
23:04Je ne veux point qu'il apprenne le latin d'église aux écoles catholiques.
23:07Je le mène à la campagne,
23:09près du village de Vosgirard,
23:11où un maître de notre religion fait l'école à nos enfants en français,
23:14dans un endroit caché,
23:16au milieu des puissants.
23:17C'est ce que nous nommons l'école buissonnière.
23:21Et voilà l'origine, très honorable,
23:23de l'expression « faire l'école buissonnière »
23:26qui sera appliquée plus tard aux mauvais élèves
23:28qui, au lieu d'aller en classe,
23:29préfèrent aller se promener,
23:30ce qui est beaucoup moins honorable.
23:35Là, chez les enfants, il faut être propre,
23:37mais avec économie.
23:38L'eau est une substance rare.
23:41Allons, attendons-nous.
23:42Il est midi.
23:43Les enfants ont mis la table pour le dîner.
23:45Le dîner qui, rappelons-le,
23:46est le repas du milieu de la journée.
23:48Prions le Seigneur pour qu'il nous accorde la grâce
23:50de notre fin petit.
24:00Mon fils, ma fille, vous pouvez vous asseoir.
24:04Monsieur le médecin a enlevé sa robe de visite
24:06et son bonnet pointu pour mettre un chapeau en poil de castor
24:08qu'il gardera pendant tout le repas.
24:10De même, chez eux,
24:11tous les grands seigneurs et le roi gardent pour manger
24:13un chapeau à plumes, leur manteau et leur épée.
24:16Ce n'est pas très commode, mais c'est l'usage.
24:18Mon fils, vaillez-nous le bouillon.
24:22La femme, ce bouillon de santé a-t-il été préparé
24:25selon la recette que j'ai ordonnée ?
24:26Oui, mon ami.
24:27Barbe et moi, nous avons fait cuire dans le grand pot
24:30une poule entière, 4 livres de bœuf,
24:324 livres de veau et 4 livres de moutons.
24:35Avez-vous jeté dedans du poivre,
24:36de la cannelle, de la marjolaine et de l'eau de rose ?
24:38Oui, mon ami.
24:39Et très important, quelques feuilles de fraisier,
24:42de sauge, de bourrache et de chien-dent ?
24:44Oui, mon ami.
24:45Je n'ai pas...
24:46Pour lier le tout, avez-vous mis quelques pincées
24:48de la suie de la cheminée ?
24:49Mais oui, mon ami, je n'ai pas oublié.
24:51La suie a des vertus essentielles,
24:53elle active la sécrétion des humeurs de l'estomac.
24:55Mon fils,
25:01baillez-nous le rôti.
25:02Au grand siècle, en France,
25:04tout le monde mange encore avec les mains
25:05comme au Moyen-Âge.
25:07On ne se sert d'une cuillère
25:08que pour prendre le bouillon ou la sauce.
25:09Quant à la fourchette,
25:10une invention nouvelle qui vient d'Italie,
25:12elle n'est encore utilisée que par quelques excentriques
25:15que l'on trouve assez ridicules.
25:17Il est de bon ton de se servir uniquement
25:18de la main droite et de ne saisir la viande
25:20qu'avec 3 doigts que l'on essuie
25:22de temps en temps sur sa serviette.
25:23On garde la main gauche en réserve
25:25pour se moucher.
25:36Jacques, baillez-nous à boire.
25:37À votre désir, monsieur mon père.
25:39Présentez-vous à votre mère.
26:00L'usage veut qu'un homme soulève son chapeau
26:02lorsque la maîtresse de maison
26:03lui tente un plat ou un verre.
26:07Remplissez pour votre soeur et vous-même.
26:09Comme dans la plupart des maisons bourgeoises,
26:11il n'y a qu'un seul verre pour tous les convives.
26:13Mais lorsqu'on reçoit des invités,
26:15généralement on essuie le verre
26:16avant de le leur présenter.
26:19On parle beaucoup d'un nouveau médicalement,
26:21également fort salutaire, le chocolat.
26:24Qu'en dites-vous, mon ami ?
26:25Certes, le chocolat est un breuvage fortifiant
26:28et le restaurant.
26:29Il est fait avec la plante nommée cacao
26:31que les Espagnols ont apporté du Mexique
26:33et dont la faculté de Paris a approuvé l'usage
26:36il y a 4 ans en 1661.
26:39Il est recommandé de puire le cacao
26:40avec de l'eau d'endive et de la rhubarbe.
26:44C'est un médicament universel
26:45et de plus fort à la mode,
26:46comme le café et aussi le thé.
26:49Ne pourrions-nous, pour notre santé,
26:50prendre du bouillon de chocolat ?
26:52Les enfants, qui ne parlent jamais à table,
26:55se lèvent avant la fin du repas,
26:56saluent leurs parents
26:57et rapportent eux-mêmes leur assiette à la cuisine.
27:00Ma femme, en confidence,
27:02à ne point répéter,
27:04le chocolat n'est guère plus fortifiant
27:05que la viande et il est beaucoup plus coûteux.
27:08Comprends-tu, mouton ?
27:09Je comprends, mouton.
27:11Eh bien, gardons notre bouillon de viande.
27:14Jacket, courez à l'école,
27:15il va bientôt être 2 heures.
27:17Et à 5 heures, quand vos leçons seront finies,
27:20courez pour regagner la maison.
27:21Ne traînez pas dans les rues
27:22comme le font ces petits laquais
27:24ou les petits garçons de course
27:25que l'on nomme galopin.
27:26Mais parfois, le repas est troublé
27:29par une visite inattendue.
27:30Ouvrez, au nom du roi !
27:33Mon maître,
27:34mon maître, c'est le commissaire du Châtelet
27:36avec des archers et du guet.
27:38Mais là, ouvre !
27:39Ah ben oui.
27:41Attendez-moi ici, vous autres.
27:47Monsieur, demoiselle,
27:49pardonnez-moi de vous interrompre dans votre dîner.
27:51Monsieur Delamar, je suis charmé de vous voir.
27:53Il en est de même pour moi, monsieur Bolino.
27:56Comme vous le savez,
27:57ma charge de commissaire m'impose
27:59de visiter régulièrement les habitants de mon quartier.
28:01Et nous avons le plaisir de vous accueillir.
28:03Asseyez-vous et prenez un verre
28:05de notre petit vin de Turenne.
28:06Ce serait avec joie,
28:07mais mes huissiers et mes archers m'attendent.
28:09Nous allons en retenir leur patience.
28:10Lucas,
28:12prends un cruchon de vin
28:13et donne à boire aux gens de monsieur le commissaire.
28:15Oui, mon maître.
28:16Monsieur Bolino,
28:17la police doit protéger les honnêtes gens
28:20contre les mauvais garçons.
28:21Aussi est-il convenable qu'on lui dise
28:22où se trouvent les mauvais garçons.
28:25N'avez-vous point connaissance de voleurs
28:27ou d'assassins qui se cacheraient dans vos alentours ?
28:29Certes, non,
28:30mais la nuit,
28:30nous entendons les cris des passants
28:31qu'on attaque dans la rue.
28:33Cela m'éveille souvent
28:33et je ne puis plus me rendormir.
28:35Je sais.
28:36À la santé du roi.
28:38À la santé du roi.
28:43Les rues de Paris sont très peu sûres la nuit
28:45et même le jour.
28:47On estime qu'il y aurait dans notre chère ville
28:49près de dix mille spadassins.
28:51Italiens,
28:52Espagnols,
28:52Allemands,
28:53Français de toutes les provinces
28:55qui vous tuent les gens
28:55en plein jour.
28:57Ils ne reculent devant rien.
28:58Cela fâche beaucoup le roi.
29:00Mais surtout,
29:01si l'on songe
29:02qu'il y a quelques jours,
29:03le lieutenant criminel,
29:04M. Tardieu,
29:04a été assassiné avec sa femme
29:06à quelques pas d'ici
29:06sur le quai des enfers.
29:07Mais cela est irritant,
29:08fort irritant.
29:10Non,
29:11s'il vous plaît,
29:11ne desserrez-moi la table.
29:13Pardonnez-moi,
29:14cher ami,
29:15mais de par ma fonction,
29:17je dois veiller à l'application
29:18de l'édit du feu roi Louis XIII
29:20qui défend à toute personne
29:22de quelque qualité qu'elle soit
29:24de couvrir leur table
29:26de plus de trois services
29:27à chaque repas
29:28et d'entasser plus de six pièces
29:30de viande rôtie,
29:30volaille ou menu gibier
29:31sur chaque plat.
29:33Ceci sous peine de confiscation
29:34des tables,
29:35vaisselle,
29:35tapisserie
29:36et autres meubles
29:37garnissant le logis
29:38des contrevenants.
29:39Nous n'avons que trois sortes
29:40de viande sur le plat,
29:41vous pouvez constater
29:42vous-même, commissaire.
29:43Cela est fort bien.
29:45N'avez-vous point
29:45de vaisselle d'or ?
29:47Oh, grand Dieu,
29:48non !
29:48Ma femme ouvrait les bahus.
29:50Non, point,
29:50c'est inutile,
29:51je crois votre parole.
29:55Point de plat d'argent
29:56pesant plus de quatre livres.
29:58Celui-ci est notre plat
30:00le plus lourd.
30:01Fort bien.
30:02Point de table en argent,
30:04guéridon,
30:05chaise,
30:06frotteuil,
30:07caisse de rangée
30:07et autres meubles
30:08en argent massif.
30:10Certainement,
30:10tout ici est en bois de chêne.
30:12Cela est raisonnable.
30:14Je connais votre respect
30:15des lois,
30:16monsieur Bonino,
30:16c'est pourquoi
30:17je vous demande
30:17de pardonner ma curiosité.
30:19Il faut que chacun
30:20fasse son ouvrage,
30:21surtout s'il est ordonné
30:21par le roi.
30:23Mon maître,
30:24c'est un seigneur
30:25de la cour du Rouet
30:25qui arrive dans sa chaise.
30:27Qu'est-ce qu'il vient
30:28ouvre ?
30:29Ah, ben oui.
30:30Sans doute
30:31un de vos augustes malades.
30:33Je vous laisse,
30:34chers amis.
30:35Demoiselles,
30:36je suis votre serviteur.
30:40Demoiselles,
30:55Monsieur,
30:56ah, je vous reconnais,
30:58Monsieur.
30:59Je vous ai vu au château
31:00de Fontainebleau
31:01l'autre jour
31:01quand j'y étais
31:02au déboîté du roi
31:03avec le duc de Noailles.
31:04Je me présente,
31:06chevalier frangé de Marville.
31:07Je suis très honoré,
31:09Monsieur de Marville.
31:10Je souhaiterais
31:11vous entretenir
31:12en tête à tête
31:13de quelque affaire
31:14d'importance.
31:15Je vous laisse,
31:16messieurs.
31:20Le duc de Noailles
31:21qui m'honore
31:22de sa confiance
31:23et de son amitié
31:24est, vous le savez,
31:26un personnage
31:26très écouté à la cour.
31:27C'est ça ?
31:28Il connaît mon talent,
31:30Monsieur Bedino,
31:30et il estime
31:31que vous n'êtes point
31:32à la place
31:33que vous méritez.
31:34Le duc est trop bon.
31:35Il m'a dit l'autre jour
31:36en parlant de vous.
31:36Il vous parlait de moi.
31:38Il me disait
31:39qu'il vous ferait
31:40fort bien
31:40premier médecin du roi
31:42au lieu du sieur
31:43Vallaud.
31:44Vallaud, oui,
31:45qui a beaucoup vieilli
31:46ces derniers mois.
31:48Certes,
31:49cela est chatouillant
31:50pour mon amour propre,
31:51mais si le sieur Vallaud
31:52s'en allait,
31:53c'est le médecin ordinaire,
31:54le sieur d'Aquin
31:54qui prendrait la charge
31:55de premier médecin.
31:57À moins que,
31:58parmi les médecins
31:59servant par carte,
32:00il s'en trouve un
32:01qui est de grande qualité
32:02qu'une personne influente
32:04saurait faire valoir.
32:05Vous croyez ?
32:06M. le duc
32:07s'intéresse à votre carrière.
32:09Non !
32:10Si,
32:11je crois
32:12qu'il serait d'humeur
32:13à vous pousser.
32:14Vraiment ?
32:15Vraiment !
32:16Bien sûr,
32:17s'il le faisait,
32:18il conviendrait
32:18que vous eussiez
32:19un certain
32:20ressentiment
32:21de ses bontés.
32:22Je connais
32:23le prix de ses services.
32:24Leur pot,
32:24il le vit d'un mot.
32:25Pardonnez-moi,
32:26je connais
32:26les usages
32:27de la cour.
32:28Le sûr d'Aquin
32:29a déjà promis
32:303 000 livres
32:31à Mme de Montespan
32:32s'il obtenait
32:32la charge
32:33de premier médecin.
32:35Le duc de Noailles
32:36a de fort pressants
32:37ennuis d'argent.
32:38Il a perdu gros
32:39au jeu
32:39ces derniers jours.
32:40Vous savez que
32:40l'on joue furieusement
32:41à la cour.
32:42Mme de Montespan
32:43a paraît-il perdu
32:43l'autre nuit
32:44400 000 livres.
32:45Oui,
32:46mais le roi
32:47les lui a remboursés
32:48alors qu'il n'en rembourse
32:49pas M. de Noailles.
32:53Combien pensez-vous
32:54que l'on attendrait
32:56de moi ?
32:57Au moins 3 000 livres.
32:593 000 livres ?
32:59Ah !
33:00Il faudra lutter
33:01contre le survalot
33:02et Mme de Montespan
33:05ce sont
33:05deux morceaux.
33:07Certes.
33:09M. Bodineau,
33:11je sens un trouble
33:12dans votre oeil.
33:13Oh !
33:14Je suis bodore
33:15que vous avez méfiance
33:16de moi.
33:16M.
33:17Monsieur !
33:18Vous avez raison.
33:19Il y a aujourd'hui
33:20tant de malhonnêtes gens
33:21qui se glissent partout.
33:22Tenez,
33:24regardez
33:24cette lettre
33:25du duc.
33:26qui me donne pouvoir
33:27d'agir en son nom
33:28dans toutes ses affaires.
33:29Je vous crois,
33:30nous sommes en confiance.
33:37Je signerai le duc de Noailles.
33:42Merci.
33:45Votre affaire
33:46pourrait se traiter
33:46à 2 000 livres
33:48si vous étiez noble
33:50où l'entreprise
33:50serait plus aisée.
33:52Hélas.
33:54Il y a peut-être
33:56remède à cela.
33:57Le duc,
33:58qui, je vous le répète,
33:58a besoin d'argent
33:59sans tarder,
34:00possède une terre
34:01près de Versailles
34:02à Ville d'Avray.
34:04Il la céderait
34:05avec le titre
34:06de Comte
34:07de Ville d'Avray
34:08pour une misère.
34:10Une misère de...
34:1215 000 livres.
34:12C'est une forte misère.
34:15Oui, mais le titre !
34:17Vous voyez,
34:18Comte de Ville d'Avray.
34:21Certes,
34:22Comte de Ville d'Avray.
34:24Mais le roi
34:25accordera-t-il
34:26les lettres de noblesse ?
34:27Oh !
34:27Un petit arrangement
34:28avec M. Colbert
34:29qui n'a rien à refuser au duc
34:31et l'affaire
34:31s'agrouler en un tournement.
34:32Il faudrait compter
34:33une petite pièce
34:33de 2 000 livres
34:34pour adoucir M. Colbert
34:35et ses amis.
34:36Bref,
34:3615 et 3,
34:3718,
34:3818 et 2,
34:3920,
34:3920 000 livres
34:40et la citadette est à vous.
34:41Mais 20 000 livres,
34:42c'est une fortelle.
34:43Mais qui vous en rapportera
34:44bien plus ?
34:45Le premier médecin,
34:46le sieur Valot,
34:47reçoit 5 500 livres par an
34:49plus la clientèle.
34:51Mais 20 000 livres,
34:52cela demande réflexion.
34:54Hélas,
34:54nous ne pouvons pas
34:55t'attendre.
34:56Brisons-la, monsieur.
34:57Soyez homme d'honneur,
34:57oubliez ce que je vous ai dit.
34:58M. Demarville...
34:59Peut-être votre confin,
35:00M. Yvelin,
35:01aura-t-il besoin
35:02de moindre réflexion ?
35:03Je suis votre serviteur.
35:04Donc, restez, monsieur,
35:05restez.
35:07Ces 20 000 livres,
35:10quand me faudrait-il
35:11les remettre ?
35:12Euh,
35:1310 000 tout de suite.
35:14Sur l'heure ?
35:15Oui,
35:15oui,
35:16ce n'est pas l'usage,
35:17mais les dettes de jeu
35:18sont sacrées.
35:18Le reste,
35:19votre entre en fonction.
35:21Malheureusement,
35:21je n'ai pas 10 000 livres
35:24immédiatement disponibles.
35:25Ah !
35:26Combien avez-vous ?
35:298 000.
35:30Ben,
35:30donnez déjà les 8 000.
35:32J'expliquerai au duc.
35:34Il est à la chasse
35:35avec le roi.
35:36Je lui porterai la somme
35:37après que j'y tète à son tour.
35:39Oui,
35:39il acceptera de patienter
35:40deux ou trois jours
35:41pour la suite.
35:44Et quand pensez-vous
35:45que le roi
35:46rendra en réponse ?
35:47Pour les lettres de noblesse,
35:49le temps de faire le contre
35:50une quinzaine de jours.
35:5115 jours.
35:54Si dans 15 jours,
35:55je pourrais être contre
35:56de fin d'un vrai.
35:58Certes.
35:59Pour le reste,
35:59je vais essayer faire le duc.
36:02Comptez, monsieur,
36:02que je vous prie.
36:03Oh, cher ami Baudino,
36:05nous sommes en confiance.
36:07Et bien sûr,
36:08quand vous rencontrerez le duc,
36:10pas un mot de tout ceci,
36:11il serait terriblement choqué.
36:13Prudence et dissimulation
36:14sont les mamelles
36:15de la diplomatie.
36:17Adieu, monsieur.
36:18Ne sentez pas si vite, monsieur.
36:20Mais que signifie ?
36:21Monsieur, veuillez poser
36:21votre effet sur cette table,
36:23je tire.
36:23Mais enfin, voyons,
36:24monsieur le commissaire.
36:24Monsieur Roger Dimarville,
36:25posez tout de suite.
36:27Cela est violent.
36:28Mais commissaire,
36:28nous venons de traiter
36:29avec monsieur
36:30une affaire tout à fait honnête.
36:31Je sais, monsieur Baudino.
36:33Les charges de la cour
36:34se vendent
36:34tout comme les charges
36:35de la magistrature
36:36ou de la police.
36:38Et les gens de cour
36:38vendent également
36:39souvent fort cher
36:40les appuis
36:41qu'ils peuvent offrir
36:41aux gens de la ville
36:42auprès du roi
36:43ou des ministres.
36:45Tout cela est parfaitement honnête.
36:47Ce qu'il est moins,
36:48c'est de se faire passer
36:49pour homme d'honneur
36:50quand on est un surfrogé,
36:53fils d'une blanchisseuse
36:54et d'un laquet
36:54de maison bourgeoise,
36:56et de s'introduire
36:57auprès des gens honorables
36:58en leur montrant une lettre
36:59sur laquelle on a imité
37:00l'écriture du duc de Noël.
37:02Oui, cela est faux.
37:03Absolument faux.
37:04C'est bien ce que je dis.
37:04Ce papier est faux.
37:06Absolument faux.
37:08Aussi, monsieur le chevalier,
37:10je pense que le roi
37:11acceptera de vous donner
37:12l'hospitalité dans un de ses châteaux,
37:14celui de la Bastille
37:15ou plutôt celui du Fort-Lévesque.
37:18Rendez sa cassette
37:18à monsieur Baudino.
37:20Et maintenant,
37:21sortez, monsieur.
37:21Vous autres,
37:24ligotez-moi ce gaillard.
37:28Monsieur Baudino,
37:29pardonnez-moi
37:31de vous avoir importuné
37:32une seconde fois
37:33dans cette journée,
37:34mais ce n'était pas inutile.
37:36Merci, commissaire.
37:39Jusqu'à vous revoir.
37:39Et vous seuls, mamie?
37:51Oui, mamie.
37:52Quelle était donc
37:53cette affaire importante
37:54dont ce beau monsieur
37:55de la cour
37:55voulait vous entretenir?
37:57Oh, importante.
37:59Importante,
37:59elle l'était,
38:00surtout pour lui.
38:02Paul ne vous a rien dit
38:03pour vous.
38:03Non, si.
38:05Enfin,
38:06plus précisément,
38:08voilà,
38:11l'envoyé
38:11du duc de Noailles
38:13qui s'intéresse à moi
38:14me disait
38:16qu'il y avait encore
38:17quelques obstructions
38:17intestines,
38:19quelques intrigues
38:20politiques et policières
38:21qui s'opposaient
38:23à ce que je sois
38:24nommé tout de suite
38:25premier médecin du roi.
38:27Oh, quel dommage.
38:29J'aurais tant aimé
38:30que vous soyez
38:30à la place de monsieur Vallaud.
38:31Moi aussi.
38:33Hélas.
38:34Ce n'était qu'un beau rêve.
38:38Mais qui se réalisera
38:40peut-être un jour?
38:43Pourquoi pas.
38:57Monsieur le premier médecin.
38:59Monsieur mon premier médecin,
39:04j'ai fait une fort vilaine nuit.
39:07J'ai besoin de vous.
39:08Cire.
39:09Monsieur mon premier médecin,
39:11approchez.
39:12Sire, le pouls de votre majesté
39:21est duriuscule,
39:22pour ne pas dire dur.
39:24Il est repoussant
39:24et même
39:25un tantinet capricant.
39:28Enfin,
39:29il montre
39:29quelques intempéries
39:30dans l'organisation intérieure
39:32de votre majesté.
39:33Que pouvez-vous faire à cela,
39:35mon cher Bodineau?
39:37Sire,
39:37mon plus ardent désir
39:39serait que votre majesté
39:41me fasse l'honneur
39:41d'absorber
39:42un délicat bouillon purgatif
39:44que j'ai composé
39:45au cours de mes veilles
39:46consacrées à la gloire
39:47des entrailles bien-aimées
39:48de votre majesté.
39:50J'accepte
39:51de prendre votre bouillon.
39:52Votre majesté me comble.
39:58Faites avancer
39:59le bouillon purgatif
40:00du roi.
40:01Merci.
40:01Merci.
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