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  • il y a 10 mois
Gouverner, c’est d’abord connaître son peuple. C’est un truisme de le dire lorsqu’on parle de politique.
Montesquieu, Tocqueville et tant d’autres penseurs n’ont cessé de scruter les traits profonds du caractère français : leur rapport ambivalent à l’autorité, leur passion pour l’égalité, leur attente vis-à-vis de l’État, leur goût du débat mais aussi leur tendance à la centralisation, au conflit ou à l’abstraction. [...]

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Transcription
00:00Gouverner, c'est d'abord connaître son peuple.
00:11C'est un autre exemple de le dire lorsqu'on parle de politique.
00:15Montesquieu, Tocqueville et tant d'autres penseurs
00:19n'ont cessé de scruter les traits profonds du caractère français.
00:24Leur rapport ambivalent à l'autorité,
00:27leur passion dévordante pour l'égalité,
00:29leur attente vis-à-vis de l'État,
00:32leur goût du débat,
00:34mais aussi leur tendance à la centralisation,
00:36au conflit ou à l'abstraction.
00:39Or, manager, c'est aussi gouverner à une autre échelle.
00:44Et donc connaître le corps social dont on a la responsabilité.
00:48Comprendre ses représentations, ses tensions,
00:52ses dynamiques silencieuses,
00:54voir au-delà des organigrammes,
00:56capter ce qui fait tenir ou vaciller un collectif au quotidien.
01:00C'est pourquoi ce passage du livre
01:04« Lobby or not to be » publié il y a déjà 33 ans par Thierry Lefebvre,
01:10ancien délégué général de la Fédération des professionnels de l'intelligence économique,
01:15mérite d'être médité.
01:17Dans cet ouvrage,
01:20qui a été oublié, mais éclairant,
01:23l'auteur identifie ce qu'il appelle
01:24les sept complexes qui empoisonnent le management à la française.
01:29Il ne s'agit pas ici de failles individuelles,
01:32mais de reflets collectifs,
01:34de traits culturels profonds,
01:35parfois inconscients,
01:37qui traversent notre manière d'exercer l'autorité,
01:40de communiquer,
01:41de décider,
01:42de déléguer,
01:44bref,
01:44de manager à bon escient dans les organisations françaises.
01:48À une époque où l'on parle sans cesse de transformation managériale,
01:53d'agilité
01:53ou de participation,
01:55ces complexes agissent encore comme des freins invisibles,
01:59des inerties culturelles qu'il faut apprendre à reconnaître
02:02pour espérer les dépasser.
02:04Je cite
02:05La courte vue est le premier complexe
02:08qui entrave l'efficacité manager.
02:11Ils attendent presque toujours le dernier moment
02:13pour prendre en compte la nécessité d'agir.
02:17Seule une situation bloquée
02:19ou l'imminence d'une crise
02:21les contraint à chercher de l'aide.
02:24Une conception tout à fait superficielle
02:26des relations professionnelles
02:28qui se situe au plus haut niveau de responsabilité,
02:31dans le registre de la seule mondanité,
02:33voire, dans le meilleur des cas,
02:35de la clannerie ou du réseau.
02:37Fort de l'illusion d'avoir des relations,
02:40nombreux sont ceux qui déchantent
02:42une fois l'épreuve engagée.
02:45Une confusion presque systématique
02:47entre ce qui doit rester le secret
02:49de quelques initiés
02:50et ce qui n'est que confidentiel
02:52et dont l'entourage a besoin
02:54pour agir efficacement et intelligemment.
02:57Cette pratique de la Tour d'Ivoire,
02:59chère aux chefs d'entreprise,
03:01a sa conséquence directe.
03:02La sous-information dont sont eux-mêmes victimes.
03:07Personne n'est tenté d'expliquer quelque chose
03:09à quelqu'un qui ne vous informe jamais de rien.
03:13La précipitation,
03:15comme si prendre le temps de prévoir et d'anticiper
03:18nuisait à l'efficacité d'une décision.
03:21Le management français semble convaincu
03:24qu'il n'y a de talent
03:25que chez ceux qui enchaînent l'action
03:28dans la foulée de la décision,
03:30en négligeant les détails,
03:31en bâclant les approches
03:32mues par la certitude
03:34que l'essentiel est d'aller vite.
03:37S'il est légitime de défendre l'image
03:39des qualités et des fiabilités
03:40de nos produits
03:41qui ne s'imposent pas d'évidence
03:43hors de nos frontières,
03:45il est en revanche parfaitement inutile
03:46d'afficher systématiquement
03:47un contentement de soi
03:49et parfois même une condescendance amicale
03:52envers nos partenaires extérieurs.
03:54L'autosatisfaction
03:56Qu'il soit sorti d'une grande école
03:58ou qu'il ait forgé sa réussite
04:00à partir de rien,
04:02le manager français
04:03se nourrit d'autosatisfaction.
04:06Que succès et pouvoir
04:07engendre une certaine forme
04:08de mégalomanie soit
04:09mais l'illusion d'avoir raison
04:12pour toujours
04:13parce qu'un jour,
04:14on a eu la chance
04:15de ne pas s'être trompé
04:17et l'opinion traitée
04:19de s'accrocher
04:20à l'aboutissement de ses projets
04:22peut entraîner des réveils douloureux.
04:25Thierry Lefebure nous donne
04:26une raison de plus
04:27de ne pas sous-estimer
04:29la dimension culturelle du management.
04:32Son analyse invite à relativiser
04:33le culte des bonnes pratiques
04:35universelles,
04:37déterritorialisées,
04:38souvent brandies
04:39comme des recettes transposables
04:41en tout lieu et en tout temps.
04:43Dans le même esprit,
04:45le grand ouvrage
04:46de Philippe D. Ripard,
04:48La logique de l'honneur,
04:49a profondément éclairé
04:50les spécificités sociales,
04:52culturelles et professionnelles
04:53du contexte français,
04:55montrant pourquoi
04:56certaines pratiques managériales,
04:58venues d'ailleurs,
04:59souvent valorisées
04:59dans les référentiels
05:00internationaux,
05:03échouent à produire
05:03les effets attendus
05:04une fois implantés
05:06dans notre tissu organisationnel.
05:09Cette mise en garde
05:10reste d'une actualité brûlante.
05:13Les actions spectaculaires
05:14d'Elon Musk
05:15pour déburocratiser
05:17l'État américain
05:18fascinent.
05:19Ils pourraient
05:20en inspirer plus d'un,
05:23analyste,
05:24politique
05:24ou dirigeant
05:25à un mal d'efficience.
05:28Mais prudence,
05:29comme le dit Shakespeare,
05:31tout ce qui se ressemble
05:32n'est pas identique.
05:33Les logiques de pouvoir,
05:35de confiance,
05:36de légitimité
05:37et de rapport au travail
05:38sont profondément
05:39enracinées
05:40dans des contextes culturels.
05:42Les modèles de management
05:42ne s'installent donc pas
05:44comme des logiciels.
05:46Ils s'inscrivent
05:47dans des cultures,
05:48des représentations,
05:49des structures sociales.
05:51Un clic ne suffit donc pas.
05:53Loin s'en fout
05:54pour transformer une culture.
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