00:00On va accueillir maintenant quelqu'un qui a beaucoup compté dans la carrière de Johnny Hallyday, son producteur historique Jean-Claude Camus.
00:05Écoutez comment Johnny parlait de lui.
00:08Des fois ma folie va un petit peu trop loin, c'est-à-dire qu'à la limite il faudrait que je donne de l'argent pour pouvoir chanter plutôt que tout le monde gagne sa vie.
00:18Alors Camus est là un petit peu pour me stabiliser, un petit peu pour me rendre raisonnable.
00:24Mais c'est quelqu'un qui en même temps c'est un artiste.
00:28Donc souvent il dépasse lui-même les propres budgets qu'il s'était fixé.
00:33Donc c'est pour ça que je m'entends bien avec lui.
00:35Bonsoir Jean-Claude Camus, ça vous fait rigoler d'entendre ça ?
00:38Oui, ça me fait rigoler et ça me touche beaucoup parce que ça rappelle beaucoup de souvenirs en effet.
00:43Oui, c'était une grande aventure.
00:46Il disait que vous étiez un artiste.
00:49Après aller très loin pour lui.
00:50Je ne sais pas si je suis un artiste, je ne crois pas.
00:53Vous savez, moi quand on me disait, vous connaissez, vous avez les choses, etc.
01:06J'ai dit mais non, je ne suis pas un artiste, je ne suis pas ça.
01:09Moi je suis le goût du public.
01:11Et je crois que c'est ce qui m'a toujours guidé dans ma carrière et qui m'a guidé avec Johnny.
01:16C'est que je connaissais évidemment bien son public.
01:21Je connaissais évidemment bien tout ce que pouvait amener Johnny.
01:25Et c'est sans doute ce qui a permis qu'on aille aussi longue route, 35 ans.
01:30C'est un beau voyage.
01:32Vous avez dit on s'est aimé très vite, après vous vous êtes brouillé, après vous vous êtes réconcilié.
01:37C'est marrant parce qu'à chaque fois qu'on lit les interviews et quand on vous écoute, on se dit mais c'est le vocabulaire d'une histoire d'amour.
01:42Et après vous dites aussi quand vous étiez fâché qu'il y avait une souffrance insoutenable.
01:45C'est exact, mais j'irais presque que nous étions un vieux couple.
01:50Nous étions un vieux couple, évidemment qu'on a eu des prises de becs très sévères avec Johnny.
01:56Mais ça s'arrangeait toujours.
01:59J'ai des tas d'anecdotes où il m'a fait des coupes pendables.
02:06Il n'était pas simple avec vous.
02:07Mais vous savez, pour s'occuper d'un artiste, je crois qu'il faut avoir beaucoup de psychologie.
02:13Je ferais presque ouvrir un cabinet de psychologie.
02:15Mais c'est quoi un coup pendable quand on s'occupe d'un artiste ?
02:19Ça veut dire quoi ?
02:20Denis, c'est quand même quelqu'un de très cabossé.
02:22Et donc, il y a des moments où il était vraiment en bas moralement et tout.
02:31Vous ne voulez pas y aller ?
02:32Parfois, il vous a dit « je ne vais pas faire ce concert » ?
02:34Ça, c'était parfois vrai et parfois faux parce qu'il adorait me faire marcher.
02:40Combien de fois en tournée, j'arrivais, il était dans sa loge, assis sur le canapé.
02:47« Regarde, regarde, j'ai mes mains qui tremblent, j'ai mes mains qui tremblent.
02:51Je ne vais pas pouvoir chanter, Jean-Claude.
02:52Je ne vais pas pouvoir chanter.
02:53Appelle un médecin.
02:54Il attendait que j'appelle le médecin et quand je raccrochais, il est cathédré. »
02:59Ça, c'était Johnny.
03:00Ce qui est génial, Jean-Claude aussi, c'est qu'on parlait d'une histoire d'amour entre vous et Johnny.
03:03« Mais celui, celle qui vous réconcilie, c'est l'épouse. »
03:06C'est une sorte de ménage à fond.
03:08Écoutez, oui, tellement de mauvaises choses ont été écrites, etc.
03:15Laetitia m'a toujours été fidèle, toujours.
03:20Et je lui dois tellement, parce qu'évidemment, on a eu une séparation douloureuse
03:25et qui n'a d'ailleurs pas duré longtemps, cette séparation.
03:30Grâce à Laetitia, celle qui vous a réconciliée.
03:32Grâce à Laetitia, c'est Laetitia à Bruxelles qui m'a appelée, qui va passer Johnny.
03:38Parce que Johnny était quand même très, très fier.
03:40Je ne pense pas qu'il aurait fait le premier plat.
03:42Mais quand on s'est retrouvés tous les deux, seuls dans la loge, dans les bras l'un de l'autre,
03:47je suis tellement content, Jean-Claude.
03:49« Là, il vous dit que vous lui avez manqué. »
03:51Ça vous surprend parce que normalement, Johnny ne dit pas ce genre de choses.
03:53On a eu un moment de grâce ensemble qui a été formidable.
04:01Et après, on ne s'est plus quitté.
04:03On n'avait plus d'enjeu commercial.
04:05Moi, j'étais évidemment retraité.
04:07Et j'étais avec lui.
04:09Grâce à toi aussi, encore, deux jours avant qu'il s'en aille, j'étais avec lui.
04:12Vous avez fait vivre des choses, Johnny.
04:15Parce qu'en plus, le nom de Johnny, ça ouvrait des portes.
04:19On se souvient de Chirac, Sarkozy, Macron.
04:23Alors, il y a une anecdote, je crois, avec Jacques Chirac,
04:26qu'il réveille en pleine nuit parce qu'il avait planté la Ferrari
04:29dans le mur du ministère de l'Intérieur.
04:32Vous savez cela ?
04:33Ça ne vous reprend même pas.
04:35Il y en a eu des tas comme ça.
04:36Il y en a eu des Ferrari.
04:37Il y en a eu des tas comme ça.
04:38Oui, absolument.
04:39Et sa grande spécialité, c'était de téléphoner à ces gens-là
04:46ou à d'autres connus à 3h, 4h du matin.
04:50Il adorait ça.
04:52Michel Drucker, on sait quelque chose quand il a voulu.
04:55La seule fois où j'ai dit non à Johnny pour un spectacle,
04:57c'était le coup de l'hélicoptère.
04:59Je dis, écoute, là, je suis désolé, mais c'est interdit.
05:02Ce n'est pas moi qui te dis non.
05:04C'est interdit.
05:05À partir de ce moment-là, il savait que Michel Drucker
05:08a été pilote d'hélicoptère.
05:11Il a commencé à réveiller Michel toutes les nuits.
05:15Toutes les nuits.
05:15Toutes les nuits.
05:16Il fait très attention à sa santé et à son sommeil.
05:19Il l'appelait toutes les nuits.
05:21Toutes les nuits.
05:21Eh bien, il a eu raison.
05:23Michel a réussi à lui dégoter l'histoire de l'hélicoptère.
05:25Il lâchait rien.
05:26Il lâchait rien.
05:28Quand il voulait quelque chose, il faisait tout pour l'obtenir.
05:31Ah, ça, oui.
05:34Il lâchait rien.
05:35Et votre plus beau souvenir avec lui, est-ce que vous en avez un ?
05:38J'en ai tellement de beaux.
05:42Tellement de beaux, le Stade de France, la première Tour Eiffel, etc.
05:48Mais c'est certainement triste, ce que je vais vous dire.
05:53Mais mon plus grand souvenir avec Johnny,
05:56qui, vous savez, n'avait pas l'habitude de se lever tôt,
05:59ou plutôt de se coucher tôt.
06:01Et quand j'ai perdu mon papa, on l'emmenait à 150 kilomètres de là,
06:09et qui j'ai trouvé sur le parvis de l'église, Johnny qui était là.
06:12Sans vous prévenir avant ?
06:13Sans me prévenir.
06:15Voilà, ça, c'était Johnny.
06:17Mais on partageait tellement de choses,
06:20même dans la vie privée, dans l'intime.
06:23Même moi, si j'allais mal, apparemment, c'était un compagnon.
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