00:00Et voici donc votre édito politique avec Le Figaro, bonjour Alexis Bréser.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05Les députés, on vient d'en parler, entament l'examen du budget en commission des finances.
00:09Alors même que vendredi soir, la note de la France a été revue à la baisse par l'urgence américaine Standard & Poor's.
00:14Cette dégradation, est-ce qu'elle va peser, vous pensez Alexis, sur les débats parlementaires ?
00:18En théorie, elle devrait Dimitri.
00:20Si nous vivions dans un monde normal, un monde où le parti qui a fait 1,7% à la dernière élection présidentielle
00:27ne faisait pas danser le gouvernement au bout d'un fil.
00:31Un monde où le prétendu bloc central n'était pas prêt à tout abjurer pour s'éviter une élection.
00:37Alors oui, la décision de Standard & Poor's serait prise pour ce qu'elle est,
00:42un avertissement sévère et lourd de menaces pour l'avenir.
00:46C'est rarissime Dimitri que l'agence américaine précipite ainsi un calendrier établi de longue date
00:51pour rendre son avis alors que personne ne s'y attend.
00:54Elle ne le fait que dans les cas très graves.
00:56Le Brexit au Royaume-Uni, le shutdown aux Etats-Unis ou encore l'épidémie de Covid.
01:01C'est dire si elle considère aujourd'hui que la situation de la France est préoccupante.
01:07Pourquoi ?
01:07Pour une raison simple, que l'agence de notation inscrit noir sur blanc dans son avis, je cite,
01:12la décision du nouveau gouvernement de suspendre l'emblématique réforme des retraites adoptées en 2023
01:18fait peser, je cite encore, une incertitude élevée sur les finances publiques.
01:24On ne peut pas être plus clair, on ne peut pas dénoncer plus franchement les petits arrangements de Sébastien Lecornu avec le PS.
01:31Ça fait une semaine que les bons esprits du gouvernement et du socle commun nous expliquent la bouche en cœur
01:36que non, la suspension de la réforme des retraites, ça n'est pas si grave,
01:40que ce qui compte pour les marchés, c'est la stabilité, la sacro-sainte stabilité,
01:46que tout vaut mieux qu'un retour aux urnes et un retour à l'incertitude politique qui va avec.
01:50Et bien, ils ont leur réponse. En trois jours, la France est dégradée.
01:55Apparemment, quand elle est synonyme de plus d'impôts, de moins d'économies
01:58et du renoncement à la seule réforme de structure à combien, en cinq ans,
02:02et bien la stabilité, c'est peut-être formidable pour ceux qui sont ministres ou députés et qui ont envie de le rester,
02:08mais pour les marchés et les milieux économiques, la stabilité, ça ne remplace pas du tout la crédibilité.
02:14Alors, vous dites plus d'impôts, moins d'économies, Alexis, mais le gouvernement affiche son intention au contraire,
02:19faire plus d'économies et moins d'os d'impôts.
02:21Oui, on va faire le procès de personne, Dimitri, mais enfin, on commence à connaître la chanson, c'est chaque année la même.
02:25On calcule les économies à la mode Bercy, selon le bon vieux principe du « ce sera toujours mieux que si ça avait été pire ».
02:32On y inclut ensuite la diminution des avantages fiscaux, qui en vérité sont autant de taxes en plus pour les contribuables,
02:38et puis à la fin, on continue de dépenser davantage que l'année précédente, c'est ça qu'on appelle des économies.
02:44Quant aux impôts, on n'a encore rien vu, parce que l'addition qu'on nous présente, c'est le point de départ.
02:48Nous avons devant nous deux mois de discussion parlementaire, d'inventivité fiscale sans limite,
02:55Zucman, les hauts revenus, l'héritage, les emplois à domicile, etc.
02:59On va avoir droit à tout, et 149.3, bonne chance pour endiguer l'avalanche.
03:04D'un autre côté, si les débats traînent en longueur, qu'on dépasse les délais, rien de tout cela, heureusement, ne pourra être appliqué.
03:11Vous connaissez la règle.
03:12Cet argument, c'est celui, paraît-il, qu'Amien Macron utilise pour rassurer les chefs d'entreprise qui sont inquiets.
03:18Ne vous inquiétez pas, cher ami, on a dû lâcher du lait sur les retraites, mais pour le reste, on va jouer la montre,
03:22on enterrera le texte modifié par l'Assemblée, et on n'appliquera par ordonnance le budget initial.
03:28C'est sûrement très malin, mais vu l'habileté manœuvrière dont le pouvoir a jusqu'ici fait preuve en matière parlementaire,
03:34il y a de quoi être un tout petit peu inquiet.
03:37Surtout, on n'est peut-être pas obligé de prendre des socialistes pour des imbéciles.
03:40S'ils voient qu'effectivement on les roule dans la farine, et bien ils font quoi ?
03:44Et bien ils censureront, et nous aurons, et ce n'est pas faux de l'avoir dit, fromage et dessert.
03:49La fin de la réforme des retraites et la dissolution.
03:51L'édito politique sur Europe 1, merci beaucoup Alexis Brezé.
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