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  • il y a 4 mois

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00:00Et à 8h14 sur Europe 1, c'est l'heure d'accueillir le deuxième invité d'Europe 1 matin week-end.
00:06Alexis de la Fléchère, vous recevez Louis Ouzalter, journaliste au Figaro et auteur du livre
00:09La foudre et les cendres, Macron, les secrets d'une succession interdite, ça vient de paraître aux éditions l'Observatoire.
00:16Bonjour Louis Ouzalter.
00:17Bonjour.
00:17Alors ce matin, on va donc tenter avec vous de comprendre comment fonctionne Emmanuel Macron.
00:21Un grand défi, entrer dans la tête du président de la République, qu'est-ce qui se passe dans la tête du chef de l'État ?
00:27Dans votre livre, vous décrivez un président obsédé par le contrôle, déjà tenté par un improbable retour en 2032 et en guerre ouverte contre ses héritiers.
00:37On peut commencer peut-être par là.
00:39Pourquoi le sujet de sa succession est-il si sensible pour Emmanuel Macron ?
00:43Parce qu'il ne veut pas de successeur, en réalité.
00:46Il faut bien voir que là, j'ai déjà un paramètre qui entre en ligne de compte.
00:50Ce sera le plus jeune président que nous n'aurons jamais eu.
00:5249 ans en sortant de l'Élysée, autant dire qu'il a la vie devant lui.
00:55Des présidents ont été élus.
00:57Alors qu'ils avaient 5 ans, 10 ans, 15 ans de plus que cet âge.
01:01Et puis pour un président de la République, sachant qu'Emmanuel Macron est le premier à être dans cette circonstance particulière de ne pas pouvoir se représenter à sa succession,
01:09c'est le premier auquel s'applique une règle introduite en 2008 qui lui interdit de faire 3 mandats consécutifs.
01:14Ça la gace.
01:14Ça la gace énormément.
01:15Il peste beaucoup en privé contre cette règle.
01:18Et puis surtout, il n'aime aucun de ceux qui veulent prendre de la place.
01:21En fait, là pour ce livre, j'ai interrogé moi tous les prétendants au trône, parce que c'est Game of Thrones qui a démarré.
01:26On l'a bien vu, entre Edouard Philippe, Gabriel Attal et d'autres.
01:30C'est le concours du plus anti-macroniste, des macronistes quelque part, de ceux qui l'ont servi, qui ont été ses premiers ministres.
01:38Donc ça montre que cette campagne-là, elle a commencé.
01:41Ça agace profondément Emmanuel Macron, évidemment parce que ce sont des gens qu'il a fait, ou en tout cas qu'il a propulsé à d'autres responsabilités.
01:49Et puis aussi parce que pour un président de la République, bien sûr, et aussi parce que pour un président,
01:53essayer de voir que se prépare la succession au trône, c'est voir sa mort politique en face.
02:00Ça veut dire que tout le monde prépare la page d'après, il n'en fera pas partie.
02:03Donc forcément, pour quelqu'un qui veut garder le contrôle jusqu'au bout, et les manettes du pouvoir jusqu'au bout,
02:08et les événements récents nous le confirment, eh bien c'est insupportable.
02:11Et qui espère en plus revenir en 2032.
02:12Tout à fait, je consacre un chapitre à ce que j'appelle l'opération 2032, parce que c'est très sérieux.
02:17Donc mieux vaut pas que son successeur prenne trop la lumière.
02:19Oui, et mieux vaut qu'il fasse un seul mandat aussi.
02:21Ça aussi, ça fait partie de sa réflexion.
02:23Mais ça n'est pas lui qui choisira.
02:25En réalité, il aura très peu de prises, vu son impopularité, vu la crépusculaire fin de règne.
02:29Il aura très peu de prises pour influencer sur le choix de son prédécesseur.
02:31Vous dites même, au moment de la dissolution de l'Assemblée Nationale,
02:34qui était le tournant majeur du quinquennat Macron,
02:38il vaut mieux peut-être une cohabitation qu'une succession.
02:43C'est-à-dire que, même à ce moment-là, il pense déjà à la suite.
02:46Bien sûr. Alors, déjà quand il dissout l'Assemblée, quand même,
02:48ce qui est assez stupéfiant, c'est qu'il pense que le coup de poker est possible.
02:51Il pense pouvoir gagner sur sa seule image personnelle et renverser le résultat des Européennes de 2024.
02:57Ce qui peut paraître stupéfiant, mais ça donne une idée de la confiance en lui-même de cet homme,
03:01de sa logique très personnelle et des illusions qu'il a entretenues à ce moment-là.
03:05Vous dites d'ailleurs, je me permets de vous citer dans le livre,
03:07« Le Président s'enferme dans le déni. Il n'admet jamais une erreur. Alors, une faute, vous pensez ? »
03:13Oui, et ça, c'est au moment où je raconte une scène qui se passe au lendemain de la dissolution.
03:17Il réunit les chefs de parti de son coin à l'Élysée.
03:19Il y a Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Bayrou.
03:20Là, il en prend plein la gueule, si vous me permettez l'expression.
03:23C'est très violent pour lui, parce que non seulement aucun de ces trois-là ne pense que la dissolution est une bonne idée,
03:28mais surtout, il lui explique qu'il va falloir qu'il se tienne en dehors de la campagne,
03:31parce que sinon, il va être un boulet pour ses troupes.
03:33Or, Emmanuel Macron avait tout à fait l'intention, en fait, que cette campagne post-dissolution
03:37soit un peu une nouvelle campagne présidentielle, qu'il en soit au cœur.
03:40Et il ne comprendra qu'un petit peu plus tard qu'en effet, il est plus un handicap pour ses troupes qu'un avantage.
03:47La foudre et les cendres, c'est une partie du titre.
03:51Est-ce qu'on peut comprendre la foudre, justement, par cette dissolution de l'Assemblée nationale
03:55et les cendres avec la situation catastrophique que nous sommes en train de vivre aujourd'hui ?
03:59Exactement, c'est la bonne interprétation.
04:01La foudre, c'est... Vous savez, Emmanuel Macron avait théorisé le président jupitérien.
04:05Et il est vrai que ce coup de foudre-là, quelque part, personne ne l'avait vu venir.
04:09Y compris son propre camp.
04:11C'est ça qui est stupéfiant aussi, c'est qu'il le fait contre les gens qu'il avait soutenus,
04:15qui se retrouvent basculés dans le vide d'un jour à l'autre.
04:19Et les cendres, c'est ce qui reste.
04:21C'est ce que nous vivons maintenant.
04:23C'est les cascades de conséquences de cette dissolution qui nous conduisent au blocage politique actuel.
04:29Et on sent que ces cendres, en fait, il y a encore des braises derrière,
04:32que le pays est à cran et que toute cette situation ne fait qu'exasperber une opinion déjà chauffée avant.
04:36Avec une dégradation de la note aujourd'hui.
04:39On a pris un standard on pause qui dégrade la note de la dette française.
04:43Emmanuel Macron, il a quand même repris le contrôle avec Sébastien Lecornu,
04:46qui aujourd'hui, donc aux manettes, Lecornu 2.
04:50Ça, ça doit le satisfaire le président de la République.
04:52Bien sûr.
04:53Imaginez, il a perdu, donc après la dissolution, il a perdu Matignon,
04:56puisqu'il a dû nommer Michel Barnier, qui s'est très vite autonomisé.
05:00Puis François Bayrou, qui a obtenu Matignon,
05:03là où Emmanuel Macron voulait déjà nommer Sébastien Lecornu.
05:05Donc en nommant Sébastien Lecornu début septembre,
05:08en fait, il se renomme à Matignon quelque part.
05:10Et c'était son souhait depuis un an de remettre la main sur la machine.
05:14Et son attentement l'a conduit à le renommer quand son gouvernement a explosé en une nuit.
05:18Donc ça, ça donne quand même une idée de la volonté d'Emmanuel Macron
05:21de vraiment rester au centre du jeu.
05:23C'est le personnage d'une tête tragique.
05:25Quand il n'a pas le choix, il lâche, il n'a pas le choix.
05:27Il aurait pu lâcher.
05:28Au lendemain de la dissolution, il aurait pu lâcher.
05:30Il aurait pu devenir un président de la Quatrième République
05:31ou se cantonner à son rôle international où il y a déjà fort à faire.
05:35Il aurait pu lâcher et dire vraiment au Parlement,
05:37il y a un peu pensé, débrouillez-vous.
05:39Il a théorisé, et c'est les éléments de langage qu'on nous faisait passer à l'Élysée
05:42en disant le président préside, le gouvernement gouverne.
05:44Cette semaine nous a montré qu'en réalité, le président voulait toujours gouverner.
05:48Pourquoi ? Parce qu'il veut être le personnage principal
05:50jusqu'au bout de la pièce de théâtre.
05:53Vous nous faites un portrait d'Emmanuel Macron assez dur, assez sévère.
05:58Comment va se finir Louis Auxalter ce quinquennat ?
06:02Beaucoup parlent de démission, mais avec le portrait que vous nous en faites
06:05d'Emmanuel Macron, on voit mal comment il va démissionner.
06:07En tout cas, ça n'est pas ma piste privilégiée,
06:08sauf si vraiment il était complètement acculé et qu'il n'avait plus le choix.
06:12Alors évidemment, une démission, on a bien compris que ça n'existe pas dans sa tête,
06:16qu'il en est évidemment hors de question.
06:18Il ne veut pas non plus redissoudre l'Assemblée
06:22et ces derniers jours l'ont confirmé.
06:24Il est prêt à sacrifier sa réforme des retraites
06:26plutôt que de retourner devant les électeurs.
06:29Il y a un paradoxe quand même.
06:30La première dissolution, personne ne l'a demandé vraiment.
06:32Or, Emmanuel Macron l'a faite toute seule, personnellement, par surprise.
06:36Or, une deuxième dissolution nous prend au nez.
06:37Qui sont plus nécessaires pour le coup.
06:39Voilà, soit elle est souhaitée par une partie de l'échiquier politique,
06:42soit certains ne la souhaitent pas forcément, mais la jugent inéluctable.
06:45Lui, c'est ni l'un ni l'autre.
06:46Il ne veut pas retourner devant les électeurs.
06:48Il espère pouvoir grappiller du temps jusqu'au début de la campagne présidentielle.
06:53En réalité, à ce moment-là, il pense qu'on le laissera tranquille
06:55et qu'il pourra terminer la dernière année de son quinquennat.
06:58Mais tout ça est déjà crépusculaire et c'est lui-même qui a accéléré ce crépuscule.
07:01Ça doit lui faire mal quand même de revenir sur la réforme des retraites.
07:04C'était le grand marqueur de son quinquennat.
07:05C'était fondamental. C'est la seule réforme structurelle qu'il a faite dans son deuxième mandat.
07:10Et là, vous ne pensez pas qu'à ce moment-là, il ne se remet pas un petit peu en question
07:12sur les choix qu'il a pu faire, malgré ce retour en arrière ?
07:16Il se dit non, ce n'est pas de ma faute, c'est la faute des députés qui n'arrivent pas à s'entendre ?
07:21Alors ça, il le pense beaucoup, oui.
07:22Il est persuadé, en tout cas, il dit que c'est une crise parlementaire
07:25et que ce parlement se débrouillait.
07:26Et puis, il y a cette phrase de Brigitte Macron que je cite,
07:28qui dit « mon mari ne se retourne jamais ».
07:30C'est vrai, il ne retourne jamais sur le passé
07:32parce qu'il verrait aussi ses fautes, ses erreurs.
07:34Et ça, effectivement, ça ne fait pas partie de son logiciel.
07:36Il préfère voir à horizon 2032 plutôt que retourner à l'horizon 2022.
07:41Parce que je pense que non seulement il y a la dissolution de 2024,
07:44mais ce que j'écris aussi, c'est qu'en 2022, au moment de sa réaction,
07:47se noue un grand malentendu.
07:49Les Français le réalisent par défaut face à Marine Le Pen.
07:52Derrière, ils ne lui redonnent pas de majorité.
07:54Donc, c'est comme s'il disait « OK pour 50 plus de Macron »,
07:56mais pas « OK pour 50 plus de macronisme ».
07:58Et malgré cela, ils déroulent quand même le programme macroniste,
08:01à commencer par cette réforme des retraites qui est passée au 49.3.
08:03Merci beaucoup, Louis Ozalper, journaliste au Figaro qui vient de publier.
08:06Je le montre aux auditeurs d'Europe 1 qui peut-être nous regardent actuellement.
08:10La foudre et les cendres.
08:12Macron, les secrets d'une succession interdite.
08:14C'est aux éditions de l'Observatoire.
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