00:00Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve.
00:05Toujours avec Raphaël Steinville, directeur adjoint de la rédaction du JDD, avec Jean-Michel Salvatore, chroniqueur politique.
00:11Et nous allons saluer le président de CCI France, la chambre de commerce et d'industrie.
00:18Bonsoir Alain Di Crescenzo.
00:20Bonsoir.
00:20Que nous avons l'habitude d'entendre, bien sûr, la plupart du temps dans la France Bouge, présenté par Elisabeth Tassayag.
00:27Ce soir, Alain, vous voulez pousser un coup de gueule contre le projet de loi de finances 2026, à plusieurs titres, je crois.
00:37Écoutez, vous avez soulevé, peut-être pas commencer par le coup de gueule, parce que...
00:40Ah si, si, si, c'est comme ça.
00:42Vous voulez qu'on commence par là, parce que l'amitié est importante.
00:45C'est le moment, c'est le moment. Pourquoi est-ce que vous êtes en colère ?
00:48Le coup de gueule, essentiellement, si vous voulez, revient sur ce qui est réservé, le sort qui est réservé aux chambres de commerce et d'industrie.
00:54Où on a appris, si vous voulez, dans le projet de loi de finances, qu'on allait avoir une baisse d'un tiers de nos ressources.
01:02Un tiers de nos ressources, ça veut dire que, globalement, on va devoir arrêter nos missions de services publics aux entreprises.
01:07Et on dit simplement que cette proposition de loi de finances, elle est incompréhensible.
01:12Parce qu'elle est à contresens, anti-économique, injuste et inacceptable.
01:17À contresens, pour notre économie, je vais aller très vite.
01:20On vit actuellement des records de faillites dans notre pays.
01:2466 000 en 2024.
01:25On en aura 68 000 en 2025.
01:28Nos entrepreneurs souffrent.
01:30Ils ne nous ont jamais autant sollicité.
01:31Parce que quel est le boulot des chambres de commerce et d'industrie ?
01:33C'est d'aller au plus près des entreprises sur les territoires pour diffuser des politiques publiques, soutenir les entrepreneurs dans leurs difficultés et dans le méandre administratif que nous avons.
01:44C'est ça, notre boulot.
01:45Et on a accompagné l'an dernier 1 134 000 entreprises qui nous demandent des services de les aider, avec, bien sûr, la majorité des services qui sont gratuits.
01:57Anti-économique pour notre pays.
01:59Parce que, chaque année, depuis 4 ans, je vais faire une étude d'impact auprès d'Ompidonway, qui est un institut qui nous fait une étude.
02:06D'accord ?
02:06On démontre qu'on crée 4 fois plus de valeur que ce que nous coûtons à l'État.
02:12Ça veut dire que, si demain, on tue les chambres de commerce, à minima, on détruit 2 milliards de valeurs pour le pays.
02:22Ensuite, si vous voulez, injuste pour les entrepreneurs qui s'investissent dans nos chambres de commerce et d'industrie.
02:27Parce que l'histoire, elle est tout à fait intéressante.
02:29Entre 2013 et 2022, on a baissé nos ressources de 66%.
02:34On a baissé nos ressources de 66% et on a réduit nos effectifs de 56%.
02:40Nous sommes un modèle aujourd'hui.
02:42Un modèle de transformation au service des entreprises et au service de l'action publique de la France.
02:50Et via l'économie.
02:52Et enfin, inacceptable, parce qu'aujourd'hui, si vous voulez, ça veut dire que nous allons détruire 3 000 emplois de gens qui n'ont rien fait de mal.
03:02On est évalué aussi par nos préfets chaque année.
03:05Tous les préfets de France ont plébiscité l'action des chambres de commerce et d'industrie.
03:08Je suis prêt à produire tous les courriers des préfets.
03:11Et ça, c'est donc à cause des 100 millions qu'on vous enlève, c'est ça ?
03:14C'est à cause des 100 millions qu'on vous enlève ?
03:16Et malgré ça, on nous enlève 175 millions.
03:18Donc, si vous voulez, c'est inacceptable.
03:21Et je crois que quand c'est inacceptable, il y a quelqu'un qui a dit ça il y a très longtemps, vous savez, ça relève de 1936, c'était un espace, c'était pas chez nous.
03:28C'était le recteur de Salamanque.
03:30Il y a des circonstances où ce terme fait mentir.
03:33Donc on ne va pas mentir et on ne va pas se taire.
03:35Voilà. Et donc, voilà, le cri d'alarme que je pose, ce n'est pas un cri d'alarme, c'est plutôt un cri de combat.
03:41Voilà, on ne s'est pas perdu puisqu'on va discuter le PLF.
03:44C'est de dire, c'est sans doute une faute de plume.
03:47Mais comment est-ce que vous allez discuter le PLF à travers vos élus, vos députés ?
03:51Écoutez, nos députés sont déjà informés puisqu'on a joint beaucoup de députés qui vont siéger à la Commission des Finances,
03:58qui va commencer dès la fin de la semaine à siéger la Commission des Finances, donc auprès de l'Assemblée Nationale.
04:04Nous aurons après les plénières qui se tiendront, si vous voulez, à la fois l'Assemblée Nationale et le Sénat.
04:09Et donc, je rencontrerai tout, j'ai déjà vu la quasi-totalité des présidents de groupes parlementaires,
04:16et je rencontrerai la quasi-totalité des députés avec mes équipes, avec les présidents de CCI France.
04:21Nous sommes 121, et donc on s'est partagé le travail pour les joindre.
04:25Question pour vous de Jean-Michel Salvatore.
04:27On est quand même assez surpris de cette décision et de cette brutalité,
04:30parce que perdre un tiers de votre budget, c'est absolument considérable.
04:34Donc en fait, la question qu'on se pose, c'est qui vous en veut en fait ?
04:37Qui vous a dans le nez ?
04:38Parce qu'on sait qu'évidemment, on vous reproche parfois d'être une Assemblée de notables,
04:43on vous compare parfois aussi au Conseil économique et social,
04:46mais qui vous en veut au point de vouloir finalement vous amputer d'un tiers de vos activités,
04:51et de vos salariés ?
04:53Alors je vais vous répondre très directement,
04:57mais je voudrais simplement revenir sur un point.
04:59Les Assemblées de notables, monsieur, ça a été créé par Henri IV.
05:03Ça a été rêvé par Henri IV, les Chambres de Commerce et de l'Industrie.
05:06Entre Henri IV et aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé.
05:09Donc on a des indicateurs de performance.
05:13D'accord ?
05:13On est évalué par les préfets, on a des organismes indépendants,
05:16et notre tutelle nous évalue.
05:17Et on crée de la valeur.
05:19Donc si vous voulez, des assemblées de notables,
05:21qui sont des gens comme moi,
05:22moi je présidais une entreprise cotée en bourse,
05:24et j'ai donné de mon temps et de mon énergie
05:26pour présider une chambre de commerce et d'industrie.
05:28Donc ce que vous dites, ça date de 400 ans.
05:31Alors si on revient maintenant aux choses,
05:33qui nous en veut ?
05:34Moi je crois que c'est les services de l'État.
05:37Écoutez, si je comprends bien, si vous voulez,
05:39chaque fois qu'on me donne un euro,
05:40c'est un euro de moins pour certains budgets de l'État.
05:43Donc voilà, mes ennemis doivent être là.
05:46C'est peut-être ces mêmes gens qui me donnent de bonnes notes,
05:48et qui nous disent qu'on travaille bien,
05:50et qui nous encouragent chaque année à en faire plus.
05:51Est-ce que par mégarde,
05:54parce que j'espère que ça n'est pas le cas,
05:56mais est-ce que par mégarde,
05:57vous compterez dans les fameuses agences
05:59qu'on veut supprimer,
06:01les 770 agences de l'État ?
06:03Alors c'est pire que ça,
06:05parce que je suis encore plus maltraité que ça.
06:06Bon, premièrement, on n'est pas des agences de l'État.
06:09D'accord ?
06:09Il y a effectivement des agences de l'État.
06:11Donc les agences de l'État, si vous voulez,
06:14elles embauchent à peu près 480 000 personnes.
06:17D'accord ?
06:18Elles augmentent leur effectif de 9% en 5 ans.
06:22Et les agences de l'État, si j'ai bien compris,
06:25on anticipe une baisse de 1 700 emplois.
06:29Chez nous, chez les seules chambres de commerce,
06:31c'est plus de 3 000 emplois.
06:33D'ailleurs, c'est au total,
06:34plus que l'économie annoncée dans le PLF,
06:37de toute la sphère publique.
06:38Donc je pense qu'il n'y a pas de confusion.
06:41Et puis je pense, si vous voulez,
06:43que malheureusement, si vous voulez,
06:44on a rarement vu des chambres de commerce dans la rue.
06:47Voilà.
06:47Et peut-être que nous sommes trop éduqués
06:50comme entrepreneurs,
06:52et on est trop souvent peut-être dans nos entreprises,
06:53et pas assez souvent revendiqués.
06:55Mais je vous prie de croire que,
06:57face à une injustice pareille,
06:59je ne vous dis pas, descendre dans la rue.
07:01Je crois que je ne sais pas.
07:02Mais dans tous les cas, on ne va pas se laisser faire.
07:04En tout cas, merci beaucoup d'avoir témoigné ce soir sur Europe 1,
07:06l'indique Rechenzo, président de CCI France.
07:08Merci d'avoir été en direct avec nous sur Europe 1.
07:10Et puis, merci à vous de m'avoir écouté.
07:12Merci.
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