00:00Bonjour Vincent Dodienne. Bonjour Elodie Spigo.
00:02Vous êtes émetteur en scène, chroniqueur, animateur et acteur au Trois Molières.
00:05Vous avez à deux reprises reçu celui de l'humour pour un soir de gala que vous avez joué pendant trois ans.
00:11Vous êtes avant tout cet artiste qui ne se contente jamais de ce qu'il réalise et qui en veut toujours et encore plus.
00:17Vous avez un appétit de vie qui semble infini.
00:19Vous êtes pour le décloisonnement des disciplines, pour repousser les contours qui parfois nous bordent et nous enferment.
00:25Vous avez cette soif de liberté, d'aventure autant humaine que professionnelle.
00:29Ce besoin d'essayer de créer, de vous amuser avec un grand A.
00:32Et vous nous le prouvez encore une fois aujourd'hui en vous rajoutant une casquette.
00:35D'ailleurs, elle est clairement misée sur votre tête.
00:37C'est celle de chanteur.
00:38Vous sortez un album un lendemain soir de gala avec pas moins de 14 chansons originales signées par de petits jeunes qui démarrent.
00:45Jeanne Chéral, Alex Bopin, Vincent Delherme, Albin de la Simone.
00:48Évidemment, vous les connaissez toutes et tous et pour cause, ils représentent la chanson française aujourd'hui.
00:54Une tournée est également prévue.
00:55Vous serez le 16 novembre au Théâtre de la Licorne à Cannes, à Bordeaux le 18, Nantes le 25.
01:00Vincent, la chanson en tant qu'une dimension d'éternel qui manquait au côté finalement éphémère de ce qu'une pièce peut proposer des films aussi.
01:09Ah, j'adore.
01:10Je n'avais pas vu ça comme ça.
01:12J'adore.
01:12Non, mais c'est vrai.
01:13Non, c'est peut-être l'éphémère absolu en fait, la chanson.
01:16Oui, oui.
01:16Ben oui, parce que là, je suis fait une grande professionnelle des médias, mesdames, messieurs.
01:23Mais non, mais c'est vrai.
01:24Je n'avais jamais vu ça comme ça.
01:25Et c'est vrai que c'est tout ce que j'aime dans le théâtre, même ce que j'aimais dans les chroniques et tout.
01:29Le fait que ça soit éphémère et que ça passe.
01:32L'inverse du cinéma.
01:33Le cinéma, ça reste figé.
01:35C'est quelque chose qu'on peut, bon, voilà, pour vous faire la définition du cinéma.
01:40Mais la chanson, c'est peut-être ça, mais poussé à l'extrême.
01:47Ce que j'aime, c'est que c'est un tout petit format, la chanson.
01:51Et que c'est le format.
01:52C'est pour ça que moi, je n'ai pas réussi à en écrire.
01:54J'ai essayé d'en écrire, mais je n'y arrive pas.
01:56Je ne comprends même pas comment c'est possible d'écrire une chanson.
01:58C'est tellement difficile.
01:59C'est tellement rikiki.
02:00Il faut tellement faire tenir un monde dans un tout petit espace.
02:03que c'est très difficile.
02:07Mais c'est ce qui me passionne dans cette discipline.
02:11Cet album, il est né justement sur scène.
02:13Avec un soir de gala que vous avez joué pendant trois ans.
02:15Vous avez quelques amis, quand même.
02:18Pas des masses, mais...
02:21Quelques amis chanteurs.
02:22Vous vous êtes tournés vers eux.
02:23Vous leur avez demandé de choisir un sketch, chacun.
02:25Et de le transformer en chanson.
02:28À savoir que chacun des sketchs vous correspondait
02:30et vous définissait quand même dans toute votre entièreté.
02:35Comment vous les avez reçues, ces chansons, finalement ?
02:38Déjà, je les ai reçues.
02:40Déjà, elles ne s'étaient pas gagnées.
02:41Non, mais c'est vrai.
02:41Quand j'ai demandé à mes copains de faire ça,
02:46ils m'ont un peu regardé avec des hurons en disant
02:48« Oui, on va essayer. »
02:49Mais évidemment, on ne leur avait jamais demandé
02:51de transformer un sketch en chanson.
02:54Et même, il y en a même certains,
02:55notamment Vincent Delerme, qui disait
02:57« T'es gentil, mon coco, mais je pense que ce n'est pas possible.
03:00Je pense qu'arrête de fumer.
03:03Ça n'existe pas, ce projet.
03:04Tu n'y arriveras jamais. »
03:05Et en fait, eux-mêmes étaient surpris d'y arriver.
03:10Parce que moi, c'était un pressentiment que j'avais
03:12qu'un sketch, que quoi que ce soit de drôle,
03:16enfin, comment dire ?
03:18En tout cas, la manière que j'ai et qu'on a d'écrire
03:20avec mes co-autrices, en général, on prend un sujet
03:23qui pourrait totalement être sordide.
03:25Enfin, je ne sais pas comment dire,
03:26ou pas sordide forcément, mais triste, mélancolique.
03:28Il y a toujours, même quand on ne fait pas exprès,
03:30il y a toujours beaucoup de mélancolie dans ce qu'on écrit.
03:32En plus, après, on essaie d'y mettre le maximum d'humour possible.
03:36Mais j'avais quand même, du coup, ce pressentiment
03:38que c'était possible, que c'était le revers de la médaille,
03:44que les chansons mélancoliques et les sketchs drôles
03:46étaient une seule et même chose.
03:48La chanson qui ouvre cet album,
03:50« Vieille âme » a été écrite sur mesure, encore une fois.
03:52« Tout petit, déjà troisième dame, je mesurais le temps qui passe.
03:55Il y avait dans mon cartable, il y en avait des questions pas répondables.
03:57Je vis quelque part entre le regret et l'empressement.
04:00Sans doute que de devenir adulte, c'est de la lumière qu'on occulte.
04:04Tout est dit, c'est assez fort.
04:06Moi et mon humeur grise, on est cul et chemise.
04:09Déjà, enfant, vous aviez conscience que vous étiez différent des autres,
04:12que vous aviez cette dimension de conscience, en quelque sorte ?
04:18Est-ce que j'en avais conscience, enfant ?
04:23Oui, on me renvoyait pas mal quand même que j'étais bizarre,
04:27que j'étais un peu décalé, que j'étais un peu plus vieux.
04:30En plus, pas de bol, j'avais une tronche quand même de vieille instite et tout.
04:34J'étais pas gâté, j'avais des cheveux.
04:37Il me manquait que des pellicules pour ne pas refaire.
04:39Mais j'en avais pas, du merci.
04:40Mais c'est vrai que j'avais une tronche de vieillard.
04:43Enfin, de vieux sénateur, quoi.
04:48Mais du coup, oui, j'étais un peu décalé.
04:50Et je sentais bien que j'ai appris à lire très tôt, tout seul.
04:53J'écoutais pas les boys bands.
04:54Là, c'est le retour des boys bands.
04:55J'ai vu, on parle des To Be Free tout le temps.
04:57Moi, je suis complètement passé à côté, alors que c'est pile poil ma génération.
05:00C'est vrai que j'étais un peu à côté de la plaque, quoi.
05:03Est-ce que ça veut dire que vous avez manqué d'insouciance ?
05:06Peut-être un petit peu.
05:12Mais ça, je me rattrape maintenant.
05:13Parce que quand même, en fait, le métier d'acteur et tout ça.
05:18Moi, je trouve que la manière gaie de le faire, ce métier, c'est d'être insouciant.
05:22Ça ne sert à rien.
05:23Je vois des collègues à moi qui sont très inquiets, qui sont soucieux, qui flient.
05:28Je ne sais pas comment dire.
05:30Moi, je trouve que c'est tellement gaie de faire ce métier.
05:34C'est tellement joyeux.
05:34C'est tellement la fête quand même.
05:36J'en récupère un peu d'insouciance.
05:38C'est presque, je ne sais pas comment dire, c'est un acte de résistance aujourd'hui d'être joyeux.
05:43Et puis, franchement, je trouverais ça obscène de ne pas l'être, vu la chance que j'ai de faire ce métier.
05:51Je ne comprends pas qu'on le fasse en tirant la gueule.
05:54La plupart de mes collègues sont sous mes docs et dépressifs et tout ça.
06:00Et je comprends parfaitement parce que c'est des natures.
06:02Moi, j'ai la chance, c'est un privilège.
06:04J'ai la chance de ne pas encore avoir été touché par des problèmes de santé mentale.
06:12Là, c'est même vachement au cœur de l'actualité, en ce moment, la santé mentale.
06:16J'ai cette chance, donc je ne boude pas mon...
06:19Je ne sais pas comment dire, je suis joyeux par principe.
06:22Il reste des épices, des parfums, des couleurs, des failles et des abysses qui parfois me font peur.
06:26Ça, on l'entend dans l'un des titres.
06:28Qu'est-ce qui vous angoisse, Vincent ?
06:31Qu'est-ce qui m'angoisse ?
06:33D'ailleurs, sourire, finalement, qu'est-ce qui vous angoisse ?
06:36L'époque, quand même.
06:38Je trouve qu'on est costauds, tous, de tenir le coup, quand même, parce qu'en vrai, on n'est pas loin de l'effondrement.
06:46J'ai peur qu'on soit tout proche de l'effondrement, que tous, on se casse la gueule, tous ensemble.
06:54Enfin, je ne sais pas, je trouve que j'ai un peu peur, quand même.
06:58J'ai perdu un tout petit peu d'insouciance et de joie ces derniers temps, mais je trouve qu'il y a de quoi, parce que l'époque me terrorise, quand même, en vrai.
07:08Il y a encore à faire, on n'a pas fait le tour, il reste des étages de corps à conquérir.
07:13Vous avez aussi un côté très charnel, on ne va pas se mentir.
07:17C'est ça, c'est là où on voit...
07:18C'est une petite boule de cul.
07:19Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, Elodie, sûrement ?
07:22C'est là où on voit que...
07:28Vous vous faites beaucoup plus confiance et que vous vous laissez enfin vivre.
07:32Vous reteniez vachement les chevaux pendant très longtemps.
07:35En tout cas, mon métier m'a appris, même le cinéma d'ailleurs, ça prend à...
07:43C'est vrai que longtemps, j'ai été persuadé d'être un cerveau sur pattes et de ne pas avoir ni corps, ni sensualité, ni sexualité, ni libido, ni désir.
07:53Je détestais tout ce champ lexical, je le tenais éloigné, je ne sais pas pourquoi.
07:57Et puis d'un coup, notamment le théâtre et le cinéma et tout ça, ça m'a...
08:02Oui, ça m'a...
08:03De plus en plus, ça m'intéresse ce truc-là, d'être...
08:07De ne pas avoir peur d'être charnel, de travailler avec ça aussi.
08:10Je trouve que quand je vois des acteurs qui n'ont pas peur de ça, leur calamité que je trouve hyper sensuelle dans sa manière de jouer, j'admire ça.
08:22Pour terminer, quand on a posé l'album dans la platine pour ceux qui ont des platines ou ceux qui l'ont écouté...
08:30Ou par terre, pour ceux qui ne veulent pas l'écouter.
08:36Je ne veux plus inviter.
08:38Sans tenir, c'est plus possible.
08:41On le pose, on veut le céder, c'est ça qui est bien.
08:43Pour terminer, il représente quoi cet album alors ?
08:47Qu'est-ce qu'il représente cet album ?
08:48Il représente un petit clin d'œil malicieux, une idée originale que j'étais content d'avoir.
08:57Un truc, c'est vrai, qui n'a jamais été fait de transformer des sketchs en chansons.
09:02Et puis, une façon différente et nouvelle de m'adresser aux gens qui ont l'amitié de bien m'aimer.
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