00:00Bonjour Pierre Perret.
00:01Salut à tous, bonjour Elodie.
00:03Vous êtes cet auteur tantôt censuré, tantôt adulé, associé à nos vacances, qu'elles se soient passées, ou pas en colo d'ailleurs.
00:10Vous avez su à travers vos chansons nous transmettre ce sourire enfantin, ses yeux malicieux et rieurs,
00:15ce rire empli d'insouciance qui n'ont jamais pris une ride.
00:18En 70 ans de carrière, Pierre, et du haut de vos quelques printemps,
00:24vous n'avez jamais cessé de nous accompagner, presque de nous tenir la main.
00:28Vous avez d'ores et déjà sorti 30 albums, écrit 500 chansons, vendu plus de 40 millions de disques,
00:3445 établissements scolaires portent votre nom, des centaines étudient vos chansons.
00:39Aujourd'hui, nous soufflons ensemble les bougies de vos 70 printemps de carrière,
00:44avec un triple album composé de 67 titres intitulé Une vie d'humour et de tendresse.
00:49Sept décennies, Pierre, passées à nos côtés, sur scène, que ce soit à la radio ou même derrière notre écran de télé.
00:57Ça représente quoi pour le petit garçon que vous étiez, qui rêvait en silence depuis le Café du Pont de vos parents ?
01:04C'est vrai que je rêvais en silence, mais je n'ai jamais rêvé d'un pareil devenir.
01:10Surtout, je ne l'ai même jamais souhaité, parce que moi, la seule chose que j'ai souhaitée, c'était être un garçon libre qui pouvait faire ce qu'il voulait.
01:22Et ce que je voulais faire, ça n'allait pas très loin.
01:25Je voulais m'exprimer avec un crayon, un stylo, un cahier.
01:30C'est tout ce qui m'a toujours intéressé.
01:31Et puis après, de fil en aiguille, la première fois que j'ai chanté, les gens ont éclaté de rire ou se sont émus.
01:39Et je ne m'y attendais pas du tout, parce qu'on ne sait pas comment ça peut se passer.
01:46Et il n'y a qu'après les débuts que j'ai appris à être très exigeant.
01:51que je me suis dit, mais ça, ça ne suffit pas, ce que tu fais là, ce n'est pas bien, tu peux faire mieux.
02:01Et je me suis mis à travailler à ce moment-là, très, très tôt, j'avais 25 ans.
02:06En même temps, vous avez toujours travaillé dans tout ce que vous avez pu faire,
02:09c'est-à-dire que le fait d'avoir des parents qui travaillaient énormément, qui n'avaient pas d'horaire,
02:15ça a beaucoup influencé ce côté professionnel que vous avez toujours eu.
02:21Le travail ne m'a jamais fait peur.
02:23Et au contraire, j'ai pris ça comme un bienfait, une chance, une joie.
02:29Et ça n'a été que du bonheur.
02:34Plus j'ai travaillé, plus j'ai fouillé, plus je me suis aperçu que je ne savais rien,
02:39et plus je voulais en savoir,
02:41et plus j'ai essayé d'améliorer la musique que j'écrivais
02:45et de cerner le mot juste.
02:49Et ça a été le principal souci de ma vie, de traquer le mot juste.
02:55Voilà.
02:56J'ai le sentiment que le fait d'avoir été censuré, par exemple, vous a énormément marqué et avis.
03:03Et ça a été bénéfique pour moi, finalement.
03:05Non, parce que ça m'a forcé à me battre davantage.
03:09C'est vrai, je le pense sincèrement.
03:13Je crois qu'ils m'ont fait du bien en me censurant comme ils l'ont fait.
03:17Parce que ça m'a rendu encore plus, plus de nasse.
03:22Et ça vous donne encore plus envie de vous bagarrer.
03:26Ça vous a affecté, quand même ?
03:29Sur le moment, oui.
03:31Oui, oui, c'était...
03:33Ah oui, ça commençait à être récurrent,
03:35parce qu'il y avait des tas de radios sur lesquelles j'étais tricard.
03:41Et d'ailleurs, ici, à Radio France,
03:47qui ne s'appelait pas encore Radio France,
03:49j'avais toute une armoire avec des sabots, comme ça,
03:55qui étaient pleins de fiches qui étaient interdites, interdites, interdites, interdites.
04:01Et moi, le plus gros sabot, c'était le mien.
04:04C'était le plus plein.
04:06Il y avait des tas de titres.
04:08C'était la honte.
04:09Quand on regarde, justement, ce disque,
04:13Une vie d'humour et de tendresse,
04:14Il y a un côté humour, un côté...
04:17C'est assez impressionnant,
04:19parce qu'effectivement, on vous voit,
04:21en regardant ce jeune sur scène,
04:23Vous voyez à mon âge, là,
04:25à gauche de la pochette,
04:29et à droite, je suis le pied sur un tabouret,
04:34j'ai 23 ans et je suis à l'Olympia.
04:36Il se passe quoi dans la tête de ce garçon de 23 ans, Pierre Perret ?
04:39Où j'avais une pétoche.
04:40Ah, là, j'avais un trac-zir terrible.
04:46La première fois que j'ai chanté,
04:47quand il y a les musicoramas,
04:50où tout le monde s'était fait virer,
04:51là, pom, pom, pom, pom.
04:53Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie.
04:54J'ai dit, je vais mourir.
04:56Je vais peut-être mourir.
04:58Tout le monde s'était fait virer de l'Olympia.
05:01C'était la première fois où les Stones
05:03étaient venus à Paris.
05:05et ils étaient dans une émission d'Europe
05:09qui s'appelait Musicorama à l'époque.
05:12Et il y avait un programme d'une heure et demie
05:14qui devait passer avant, avant les Stones.
05:18Et donc, moi, je faisais partie de ça.
05:20Je suis arrivé tranquille.
05:23Et on m'a dit, la productrice me dit,
05:25Pierre, on dépêche-toi, c'est à toi, dans cinq minutes.
05:29Je lui ai dit, mais ce n'est pas possible.
05:30C'est commencé depuis un quart d'heure.
05:32Elle m'a dit, mais c'est à toi.
05:33Tout le monde s'est fait virer.
05:36Il y avait 15 chanteurs qui avaient essayé de chanter.
05:40Même la moitié d'un couplet,
05:42ils s'étaient fait virer tout de suite.
05:44Je me dis, mais ce n'est pas possible.
05:46Et quand je suis arrivé,
05:48c'est la première fois que j'ai chanté le Torbouillou.
05:51Et la salle était écroulée.
05:53C'était que des gamins tous.
05:54Ils avaient 18 ans dans la salle.
05:56Ils voulaient les Stones.
05:58Mais je suis le seul qui est passé à travers les mailles
06:00et qui a fait un tabac démesuré,
06:02qui a fait dire à Mick Gégard,
06:07paraît-il qu'il était en coulisses,
06:08mais qui sait ce putain de français
06:10qui a su que c'est pareil ?
06:12Ce qui est étonnant, d'ailleurs,
06:13c'est que quand on écoute
06:14et qu'on s'arrête sur les 67 chansons
06:17qui ont été triées sur le volet.
06:18Ah, triées sur le volet.
06:20Rebecca a serré les boulons.
06:22C'est assez fou.
06:23C'est quelqu'un qui a choisi.
06:24Je n'ai pas voulu choisir.
06:25Oui, on a un triple album
06:26où chaque chanson nous évoque effectivement
06:29des souvenirs, qu'ils soient positifs ou négatifs.
06:31Complètement.
06:32Mais aucune n'a vieilli.
06:35On est toujours au cœur du sujet, Lili.
06:36On est toujours dans le cœur du sujet.
06:38Oui, parce que j'ai une réponse
06:39que j'ai faite assez souvent
06:41à des gens qui me disaient
06:43« Mais vous n'êtes pas démodés. »
06:45Mais je disais
06:46« On peut être démodés
06:47quand on a été à la mode. »
06:50Je n'ai jamais été à la mode.
06:52Je n'ai jamais suivi aucune mode.
06:54La mode, je ne sais pas ce que ça veut dire.
06:57Moi, il y a la vie,
06:58la peinture de la vie
06:59telle que je la ressens.
07:02Les gens,
07:04c'est plus important que tout.
07:06Il n'y en a pas un qui ressemble à l'autre
07:07et chacun peut vous enrichir.
07:11Et c'est ça
07:12qui m'a intéressé avant tout.
07:13Vous êtes heureux
07:14de ce que vous avez déjà vécu,
07:16réalisé, écrit, chanté ?
07:18Oui, d'être arrivé
07:18à faire toujours
07:20ce que je voulais, surtout.
07:23Que personne ne m'ait jamais détourné de ça.
07:25Que je ne me sois jamais laissé détourné
07:28par « Oh, tu sais, ça, c'est... »
07:31Je m'en fous.
07:34Je m'en fous.
07:35C'est ce que j'ai envie de faire,
07:36je le fais.
07:38Mais tu ne crois pas que...
07:40Non.
07:42Tu ne vas pas trop loin ?
07:43Non.
07:44Non.
07:45Non.
07:46J'ai toujours...
07:47Je touche du bois.
07:49J'ai fait toujours
07:50ce que j'avais envie de faire.
07:52Ça, c'est un trésor
07:54sans nom.
07:55Ça, c'est un trésor.
07:59C'est un trésor.
08:02C'est un trésor.
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