00:00Est-ce qu'on a la chance de recevoir ce matin le ténor le plus célèbre de France, Roberto Alania, bonjour !
00:05Merci, bonjour !
00:06Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous fêtez vos 40 ans de carrière et vos 60 ans en tout court
00:11avec cet album Roberto Alania 60 avec beaucoup de chansons inédites.
00:16On va en parler dans un instant mais d'abord on va dresser, c'est la tradition ici, votre portrait sonore.
00:20Des petits sons pour mieux vous connaître et on commence tout en puissance.
00:30Vous le reconnaissez directement, le plus célèbre des ténors d'Hollywood, Mario Lanza, Olivier Benquemoud, on le reconnaît.
00:41Il démarrait quand je le connais, on a une histoire avec Roberto, on verra peut-être tout à l'heure.
00:46Très bien, ce sera pour tout à l'heure. D'abord Mario Lanza, ces films, ça a bercé votre enfance, paraît-il ?
00:52Pas que moi, il y a beaucoup de chanteurs qui ont découvert cette vocation grâce à Mario Lanza.
00:57Il est exceptionnel, c'est un ténor naturel avec un charisme incroyable, il transperce l'écran comme ça.
01:05La voix est magnifique, il a un charme fou et le pauvre est décédé très tôt, à 38 ans il était déjà décédé.
01:12Et alors vous, votre enfance, Roberto Alania, on l'imagine en Sicile mais en fait pas vraiment
01:18parce que vos parents ont immigré en France avant votre naissance et vous êtes né assez loin de Palerme, à Tlichy-sous-Bois, en banlieue parisienne.
01:26Vous avez grandi là-bas aussi ?
01:27Oui, bien sûr.
01:28Vous avez grandi à Tlichy et c'est vrai que dans votre famille sicilienne, tout le monde chantait.
01:32Oui, c'est vrai.
01:33C'est quand même de là qu'est née votre vocation, j'imagine ?
01:36Oui, je pense parce que déjà mon arrière-grand-père, mes grands-parents, mes oncles, mes tantes, les cousins, tout le monde chante.
01:43Et ça continue puisque ma fille chante, mes filles chantent.
01:47Donc il y a quelque chose dans la famille qu'on se passe de père en fils, de père en fille.
01:53Et est-ce que c'est vrai que quand vous étiez petit, on vous demandait de ne pas chanter pour laisser les autres chanter ?
01:58Ça c'était ma grand-mère en fait, parce que j'étais hyper timide, vraiment, mais d'une timidité maladive.
02:04Donc je pense que quand on me demandait de chanter, je devais devenir écarlate, je ne sais pas,
02:08et donc peut-être que ça faisait pitié à ma grand-mère, elle disait « Non mais Roberto, tais-toi, tais-toi, laisse tomber ».
02:14Et puis c'est vrai que du jour au lendemain, vous avez décidé d'arrêter de boire et de fumer pour préserver votre voix.
02:19De boire, bon c'est pas vraiment ça !
02:23Je chantais, j'ai démarré très tôt, d'abord dans les pizzerias, j'avais 15 ans dans les pizzerias,
02:28et ensuite à 17 ans, je suis passé professionnel dans les cabarets.
02:31Et dans les cabarets à cette époque-là, on fumait, les gens buvaient, c'était un cabaret.
02:36Et donc bien sûr, moi aussi de temps en temps, on m'offrait un verre, j'étais obligé de le boire,
02:41et puis on fumait parce que c'était quelque chose de normal, tout le monde fumait à l'époque.
02:44Et puis ensuite quand j'ai rencontré ce vieux prof de cubain qui m'a dit que j'étais ténor,
02:49il m'a dit que la première chose à faire c'est de laisser tomber la cigarette et le travail de nuit.
02:54Et c'est ce que j'ai fait, je l'ai écouté, pas tout de suite, mais dès que j'ai vu que ça commençait à fonctionner,
02:59j'ai tout laissé tomber et puis je me suis vraiment consacré à 100% à l'opéra.
03:03On va se mettre un peu dans cette ambiance cabaret quand même !
03:05Bienvenue, bienvenue, welcome, team cabaret, au cabaret du cabaret !
03:13Vous chantiez donc dans les plus grands cabarets à Paris, il paraît qu'à l'époque vous vous faites appeler Roberto El Magnifico.
03:20Oui, c'est le musicien qui m'appelait comme ça, puisque c'était des colombiens,
03:24et donc il y avait un présentateur, et moi je clôturais le show parce qu'il y avait des magiciens, des imitateurs, des comiques,
03:33des danseurs, il y avait un peu de tout, des gens qui jouaient de la harpe, des danseurs de flamenco,
03:38et moi j'étais le dernier numéro, je commençais à minuit, et donc on me présentait comme ça.
03:43Et maintenant, Roberto El Magnifico, c'est un cabaret espagnol.
03:48En plus, il fallait s'adapter au public chaque soir, parce que vous aviez des gens de partout dans le monde qui venaient.
03:54Ce qui était intéressant, c'était super, parce que c'était des touristes qui venaient,
03:58et il fallait un répertoire très large, parce qu'il fallait au moins une chanson de chaque pays.
04:02Alors on avait des chansons en arabe, des chansons en hébreu, des chansons en espagnol, en anglais,
04:06à chaque fois on avait une petite chanson pour, dès qu'on voyait qu'il y avait quelqu'un, on chantait la chanson,
04:12et puis c'est ça qui faisait marcher le cabaret.
04:14Et alors j'ai lu quelque part, vous allez me confirmer si c'est vrai, qu'à l'époque vous viviez dans un bordel ?
04:18Non, non, non, mais à 17 ans, moi je n'avais pas de voiture, il n'y avait plus de transport en commun,
04:23j'habitais en banlieue, donc à Clichy-sous-Bois, et donc quand je travaillais de minuit à 6h du matin,
04:29il y avait des moments où je ne pouvais pas rentrer à la maison,
04:31et donc comme j'avais des fans, qui étaient beaucoup de prostituées de la rue Blanche,
04:37qui venaient chaque soir, comme ça elles me jetaient des fleurs, c'était magnifique,
04:41et puis elles passaient un moment là, et de temps en temps, quand je ne savais pas où aller,
04:44je ne pouvais pas me payer l'hôtel, et tout ça, j'allais là.
04:46C'était très sympa, j'étais bien accueilli, et puis j'étais chouchouté.
04:49Allez, encore un extrait sonore.
04:54Pas marronti.
04:56C'est vraiment imbattable au blind test.
05:02Ça c'est exceptionnel.
05:11C'est l'idole ultime pour vous, pas marronti ?
05:13Oui, oui, ça l'est toujours.
05:16Parce que j'étais déjà, comment dire, c'est pas seulement artistique, il y avait l'homme aussi.
05:21L'homme, il avait une sagesse, la sagesse des grands, des grands personnages,
05:26c'est quelqu'un qui parlait très peu, mais qui lançait des slogans très pertinents,
05:31tout se passait avec le regard.
05:34Et puis il vous a un peu aidé dans votre carrière aussi ?
05:36Il ne m'a pas vraiment aidé, c'est que j'ai gagné son concours,
05:39donc c'est ça qui m'a aidé.
05:40À 25 ans, c'est ça ?
05:41Oui, j'avais même moins, mais le prix c'était d'aller chanter avec lui,
05:45c'est-à-dire que si on était bariton, on chantait avec lui,
05:48mais quand on était ténor, on prenait sa place.
05:50Le problème, c'est que moi j'avais déjà démarré,
05:52donc je n'avais plus de temps libre et je n'ai pas pu profiter de ce prix.
05:56Mais quelque part, c'était fantastique,
05:58parce que simplement de dire que j'étais le gagnant du concours Pavarotti,
06:01qui était un concours très difficile, des milliers de candidats,
06:04c'est un an et demi d'éliminatoire, ça se passe d'abord en Europe,
06:09ensuite aux Etats-Unis, à Philadelphie, à New York, c'est un truc énorme.
06:13Ça a lancé votre carrière ?
06:15Voilà, ça m'a fait connaître, disons, dans le métier.
06:18Et voilà, et 40 ans plus tard,
06:20vous êtes ici à fêter vos 40 ans de carrière, Roberto Alagna,
06:23et on va écouter des extraits de votre album dans un instant.
06:27On revient tout de suite.