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  • il y a 4 mois
Éric Dupond-Moretti, avocat et ancien garde des Sceaux, était l'invité d'Apolline de 9 à 10 ce jeudi 9 octobre, jour de la panthéonisation de Robert Badinter. Il s'est largement exprimé sur la crise politique que traverse la France depuis la démission de Sébastien Lecornu.

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Transcription
00:00Eric Dupond-Moretti, bonjour. Vous êtes l'ancien garde des Sceaux, vous étiez donc le ministre de la Justice.
00:06Vous êtes l'auteur de ce livre « Juré, craché » où vous promettez de dire toute la vérité, rien que la vérité.
00:12Vous n'avez pas levé la main droite, mais ça y est, vous le faites.
00:15Évidemment, on va parler de la pantalonisation de Robert Badinter et de cette figure inouïe.
00:19On va même entendre les mots de Robert Badinter.
00:22Mais ce gouvernement auquel vous avez appartenu, le macronisme auquel vous avez cru,
00:27quel regard vous portez aujourd'hui sur ce fiasco, ce désastre ?
00:33D'abord, j'y ai cru et j'y crois toujours.
00:36Moi, vous ne me mettez pas et vous ne conjuguez pas mon opinion politique au passé, si vous le voulez bien.
00:43Écoutez, je constate que quelques rats quittent le navire.
00:47Des noms ?
00:48Ah oui, je vous les donnez.
00:49Mais avant ça, c'est le lot de tous les présidents qui ne peuvent pas se représenter,
00:55qui sont, on va le dire comme ça, en fin de règne.
00:57Les rats qui quittent le navire ?
00:58Dans un pays, je dis règne, parce que nous sommes dans un pays régicide, ça n'échappe à personne.
01:04Et c'est donc ce qui arrive ? C'est que finalement, à un moment, on a aimé le roi et on finit par lui couper la tête ?
01:10On a adoré le roi, surtout quand il vous a fait.
01:14Gabriel Attal, c'est la création d'Emmanuel Macron.
01:17Et sans lui, il n'est rien.
01:21Édouard Philippe ?
01:22Pardon, moi, je suis sidéré, sidéré de ce que quelqu'un qui envisage d'être président de la République,
01:33grève par anticipation la fonction à laquelle il aspire.
01:37Parce qu'aujourd'hui, c'est une élection et c'est un quinquennat.
01:41Et Édouard Philippe dit non, mais ce sera un quinquennat à géométrie variable au gré de l'opinion publique.
01:47Ça, ça ne va pas bien, c'est incompréhensible, c'est contraire à toutes nos institutions.
01:52Et puis surtout, et j'ai donné cela en exemple,
01:55Édouard Philippe, un jour, je le reçois à la chancellerie,
01:59et je lui ai dit, mais pourquoi vous envisagez de remettre sur le débat, dans le débat,
02:08les peines planchées par le truchement d'une proposition qui sera portée par Naïma Moutchou,
02:13qui appartient au groupe Horizon.
02:15Je lui ai dit, pourquoi vous faites ça, alors que tout le monde sait que vous êtes contre les peines planchées,
02:19que vous avez dit à de nombreuses reprises que vous étiez contre les peines planchées ?
02:22Vous savez ce qu'il me répond, madame ?
02:24Il me dit, pour faire chier la majorité.
02:25Pour faire chier la majorité, dans le texte.
02:28Vous dites, il cite, avec les guillemets, pour faire chier la majorité.
02:33J'en parle au Président de la République, parce que je suis sidéré.
02:35Bon, allez, les oreilles m'en tombent.
02:37J'ai dit au Président de la République, voilà ce que m'a dit Édouard Philippe.
02:41Il est totalement incrédule, il me dit, mais ce n'est pas possible.
02:44Mais je dis, si c'est possible, bien sûr, je ne vais pas l'inventer.
02:47Ensuite, vous avez...
02:48Pour Moretti, vous dites ça, mais en même temps, Emmanuel Macron,
02:50qu'est-ce qu'il a fait d'autre par rapport à François Hollande
02:52que ce qu'ont fait Gabriel Attal ou Édouard Philippe ?
02:55Attendez, François Hollande, il ne veut pas se représenter,
02:58tellement il est impopulaire.
03:00Mais il veut accélérer la décision de François Hollande, quand même.
03:02Moi, je voudrais quand même comprendre une chose.
03:04J'ai pas tout à fait fini, mais...
03:06Allez-y, si vous le dites aujourd'hui,
03:08c'est pourquoi ça veut dire qu'en fait,
03:10vous avez décelé très tôt,
03:13chez Édouard Philippe,
03:14la volonté, de toute façon, d'être dans cette trahison ?
03:17Pardonnez-moi, vous appartenez à une majorité,
03:19vous portez un texte alors que vous êtes contre,
03:21vous-même personnellement contre le texte,
03:23et quand on vous demande pourquoi,
03:24vous dites que c'est pour faire chier la majorité à laquelle j'appartiens.
03:27Bon, pardon, il y a quand même matière à s'arrêter deux minutes.
03:30Donc le verre était déjà dans le fruit, quoi ?
03:31Le verre était sans doute dans le fruit,
03:34j'exprime à minima de la circonspection.
03:37Et alors après, vous avez le numéro 2 d'Horizon,
03:39Estrosi,
03:40qui est le pire,
03:43le pire,
03:45comment dirais-je,
03:46Je n'ose pas vous faire de proposition de mots,
03:50parce que je ne veux pas prendre sur moi
03:54la responsabilité de ce que vous allez en dire.
03:56Allez-y.
03:56Mais vous savez, celui qui est toujours complaisant
03:58à l'égard du pouvoir,
04:00qui le caresse toujours dans le sens du poil,
04:02ça s'appelle comment ?
04:03Aidez-moi.
04:04Courtisan.
04:05Je n'irai pas.
04:06Courtisan.
04:06C'est le pire courtisan que j'ai jamais rencontré.
04:10Il a courtisé tout le monde,
04:12dans l'ordre.
04:13Jacques Médecin,
04:14puis Perra,
04:15puis Le Pen,
04:16ce qu'il a oublié aujourd'hui.
04:17Le Pen, aujourd'hui,
04:18bon.
04:19Et puis Sarkozy,
04:20il veut d'ailleurs donner à une place,
04:23là, à Nice,
04:23le nom de Nicolas Sarkozy,
04:24deux jours après sa condamnation.
04:26Formidable.
04:27Alors là, génial.
04:28Le parvis d'un commissariat.
04:32Voilà, formidable.
04:34Et puis Macron.
04:34Alors là, Macron, c'était...
04:36Et puis d'un coup, d'un seul,
04:38il s'aligne sur Edouard Philippe,
04:41et il dit,
04:42le président doit démissionner.
04:44Enfin, c'est extraordinaire.
04:44Pour vous, il le payera.
04:46Vous, vous dites,
04:46il le payera.
04:46Il est extrêmement indulgent
04:47à l'égard d'Emmanuel Macron.
04:48Pardon.
04:49Enfin, je veux dire...
04:50Madame, moi, j'essaie d'être loyal.
04:51Sinon complaisant.
04:52Madame, non, mais complaisant, ça,
04:54vous avez le droit de le dire.
04:56Les journalistes...
04:56Il est quand même le responsable,
04:59le principal responsable
05:00de la situation de blocage
05:01dans lequel on a.
05:01Il faudrait aussi le reconnaître.
05:03Non, mais je ne vais pas le reconnaître
05:05parce que je ne suis pas d'accord avec ça.
05:06Alors, complaisant, non,
05:08je ne suis pas d'accord,
05:09mais vous avez le droit de l'exprimer.
05:10Vous êtes une journaliste...
05:11C'est en vous entendant.
05:12Oui, oui, j'entends bien.
05:13Mais alors, on va...
05:14Vous étriez tout le monde, sauf lui.
05:15Non, non, ce n'est pas vrai, madame.
05:16On va remettre un peu les pendules à l'heure.
05:18Allez-y, prenez votre temps.
05:19Éric Dupond-Morretti.
05:20D'abord, il y a la dissolution
05:26Le gouvernement auquel j'ai eu l'honneur d'appartenir
05:28aurait été censuré.
05:30Bon, pour moi, c'est une évidence.
05:32Le président, à l'issue des résultats
05:35des élections européennes,
05:37dit, je veux clarifier les choses.
05:39Est-ce que les Français ont voté
05:40en pensant à l'Europe,
05:42finalement, très éloignés de nos préoccupations
05:44ou est-ce que c'est vraiment leur choix ?
05:45Et qu'est-ce qui fait de grave,
05:47le président de la République ?
05:48D'aussi grave.
05:49Il donne la parole au peuple.
05:51Pardon.
05:52Et ensuite, c'est nous,
05:56sauf peut-être M. Stéphane Bureau
05:57qui n'est pas français,
05:59c'est nous qui composons l'Assemblée nationale.
06:02Personne d'autre.
06:03Lui, il a une voix dans l'urne.
06:04Ce que vous voulez dire,
06:04c'est qu'on ne doit s'en prendre qu'à nous-mêmes ?
06:06Bien sûr.
06:07Et aujourd'hui, 66% des Français
06:09veulent une dissolution,
06:10estiment qu'il y a un problème démocratique.
06:12Est-ce que ça serait donc une occasion
06:13de les écouter et de dire
06:14ça y est, j'y vais ?
06:16Oui, sauf que les parlementaires,
06:17vous l'avez vu, ça c'est...
06:18Ah, soudainement,
06:19il y en a plusieurs qui ont la trouille.
06:20Ah ben, soudainement,
06:21je vous laisse le choix de l'adverbe.
06:24En tous les cas...
06:24Vous n'êtes pas surpris ?
06:25Ben non, évidemment que je ne suis pas surpris.
06:28Mais la situation actuelle,
06:30c'est la résultante du vote des Français.
06:34Pas Emmanuel.
06:34Moi, je veux bien qu'il ait une part de responsabilité.
06:36Faut-il tester la gauche ?
06:37Faut-il tester la gauche ?
06:39Oui.
06:39Oui ?
06:39Alors ?
06:40Pour vous, c'est une évidence,
06:41il faut tenter un Premier ministre de gauche.
06:42Alors, attendez.
06:44Ce qu'il se refuse à faire.
06:46On va préciser les choses.
06:48Moi, je ne suis mandaté par personne
06:49quand je vous dis cela.
06:50Je suis un homme libre,
06:52citoyen libre.
06:53C'est d'autant plus intéressant de vous recevoir.
06:55Bon, moi, je pense qu'il faut aller vers la gauche.
06:57D'abord, ça permettra de voir
06:59que le Président,
07:00contrairement à ce que vous suggérez, Madame,
07:02n'est pas responsable de tout.
07:04Vous avez vu la pantalonnade chez les LR.
07:06Enfin, quand même.
07:07Bruno Retailleau,
07:08il est ministre à 21h.
07:12Et à 21h03, il ne l'est plus.
07:14Pourquoi ?
07:15Parce qu'il exige que ses petits copains
07:17viennent au gouvernement
07:18et parce qu'il ne supporte pas Bruno Le Maire,
07:20qui a appartenu pendant des années
07:22à la même famille politique que lui.
07:24On rêve.
07:25Wauquiez, il voulait être ministre.
07:29Sauf de la justice.
07:30C'est compliqué, ministre de la justice.
07:32Tout le monde n'en veut pas.
07:34Il n'est pas nommé ministre.
07:35Et là-dessus, il tape sur Retailleau
07:37qui, lui, a accepté d'y aller.
07:38Voilà les hommes d'État
07:40que sont Retailleau évoqués.
07:44Alors, à droite, on a essayé.
07:46Barnier, on a essayé au centre.
07:50Sébastien Lecornu n'est pas un homme de gauche.
07:53Il faut aller, de mon point de vue,
07:54et moi, je suis mandaté par personne,
07:56pour vous dire ça,
07:57de mon point de vue modeste,
07:58il faut aller à gauche.
07:59Ce serait le respect de la démocratie.
08:01C'est en ça qu'Emmanuel Macron est responsable.
08:03Ce n'est pas le...
08:03J'ai dit le principal, je n'ai dit pas le seul.
08:05Vous vouliez, Mme Casté,
08:07Mme Casté a un point commun avec Jordan Bardella,
08:09elle n'a jamais rien fait.
08:10Sûrement pas.
08:11Eh bien, si.
08:12Il y a d'autres hommes politiques à gauche.
08:15Il y a d'autres possibles candidats à gauche.
08:17Oui, mais enfin,
08:18ce que nous avait proposé la gauche à l'époque,
08:20c'était Mme Casté.
08:22Elle était devenue, en quelques jours,
08:24en quelques heures, une icône.
08:26On ne sait pas d'où elle vient.
08:27Elle a d'ailleurs, je crois, fait dire
08:28qu'elle était toujours disponible.
08:32Vous espériez du café.
08:33Je suis désolée.
08:34En fait, il n'y en a plus.
08:35Je n'ai pas très bien reçu.
08:36Il n'y en a plus.
08:37J'en ai encore un petit peu.
08:38Si vraiment vous en voulez, j'en ai l'un.
08:40On y va, parce que je sens que là,
08:42il faut un gros roman et télé.
08:44J'ai lu votre livre, J'aurais craché.
08:45Je pense que c'est en page...
08:46C'est du café de la maison, il est filtre,
08:46il est très bon.
08:47Je pense que c'est en page 199.
08:49Vous dites, il n'y a aucun espace
08:51dans notre paysage politico-médiatisé
08:55pour de la nuance.
08:57On est condamné aux extrêmes.
09:00Puisque...
09:01Alors, je vous prends au mot là-dessus.
09:03Si on est condamné au mot...
09:04Au mot, pardon.
09:05Aux extrêmes.
09:06Aux extrêmes.
09:06C'est aussi une autre forme de mot, peut-être.
09:08C'est une autre forme de mot.
09:09Est-ce qu'il y a une solution possible
09:11dans les circonstances ?
09:11Parce que je vois que tout le monde
09:13n'en a que pour son camp.
09:16Et sinon, M. Lecornu,
09:17qui hier nous dit,
09:18il y a une majorité
09:19qui ne veut pas de solution.
09:20Pour autant, ce n'est pas une majorité
09:21qui va assumer ses responsabilités.
09:22C'est possible, d'ailleurs.
09:23Un Lecornu reconduit ?
09:24Attendez.
09:24Là, on est au bord d'un précipice.
09:29Soit on fait tous collectivement
09:30un grand pas en avant.
09:32Soit on s'arrête deux minutes
09:34et puis chacun...
09:35Vous y croyez ?
09:36Donc, lecornu reconduit, non ?
09:38Vous dites que ce n'est pas possible ?
09:40Non, mais je ne sais pas.
09:42Ce n'est même plus une question de personne, peut-être.
09:45Mais je pense que Sébastien,
09:46qui a fait, à mon avis,
09:47un énorme boulot,
09:48puis de la politique au sens noble,
09:49parce que s'il ne veut pas revenir,
09:51c'est ce que j'ai cru comprendre.
09:52Mais moi, je ne suis pas...
09:53Il a dit « Ma mission est terminée »
09:54et il l'a dit à deux reprises.
09:55Moi, je ne suis pas son porte-parole.
09:56Mais alors, s'il ne veut pas revenir,
09:57il a vraiment fait de la politique
09:58au sens noble du terme.
10:00Il a beaucoup bossé, etc.
10:02Maintenant, il faut que les uns et les autres
10:03se mettent d'accord.
10:04Qu'est-ce qu'on veut ?
10:05La zizanie, le chaos, le bordel.
10:07Alors, je vais vous dire,
10:08à l'extrême droite,
10:09la seule boussole,
10:10c'est le calendrier judiciaire.
10:11C'est la seule boussole.
10:12Et à l'extrême gauche,
10:14c'est la chienlit de Mélenchon.
10:16Donc, dans l'arc des gens raisonnables,
10:19j'espère que l'on trouvera...
10:21Vous pensez que Marine Le Pen
10:22veut absolument une dissolution
10:23à cause de ses ennuis judiciaires
10:25pour savoir si elle pourrait
10:26se présenter à une future...
10:29Elle pourrait, le cas échéant,
10:30et vous pouvez préciser peut-être,
10:31Laurent, poser une question préalable
10:33de constitutionnalité.
10:34Elle a posé une question préalable
10:37de constitutionnalité
10:39qui a d'ailleurs été jugée irrecevable
10:41par le rapporteur public hier.
10:44Ça ne veut pas dire
10:44qu'elle ne sera pas examinée,
10:46mais l'intérêt pour elle
10:47d'avoir des élections législatives anticipées,
10:50c'est de pouvoir purger cette question-là.
10:53Oui, la réponse est dans la question.
10:56Pour vous, c'est ce calendrier-là,
10:57uniquement qu'elle a...
10:58Vous, vous pensez qu'elle ne demande
10:59la dissolution que pour ça.
11:00Donc, personne ne s'intéresse aux Français,
11:01en fait, dans cette histoire.
11:02Mais, enfin, écoutez,
11:03le Rassemblement national,
11:05vous avez vu quand même
11:06ce qu'ils nous ont fait, là.
11:07D'abord, ils ont dézingué
11:10l'institution judiciaire,
11:12dans sa globalité, hein.
11:13Bon.
11:14On s'en est pris nommément
11:16à la présidente du tribunal correctionnel
11:19au motif...
11:20Vous voyez, on est chez les dingos.
11:22Au motif que sa vocation
11:24venait d'un reportage
11:26qu'elle avait vu sur Mme Eva Jolie.
11:29Voilà.
11:31Attendez.
11:31Là-dessus, tout le monde
11:33a crié,
11:34notamment en face de vous,
11:35le matin,
11:37tout le monde a poussé
11:38des cris d'orfraie
11:38en disant
11:39c'est un déni démocratique.
11:41Je vous dis,
11:41mais si cette femme
11:41est élue présidente de la République,
11:43qu'est-ce qu'elle va faire
11:43avec l'institution judiciaire ?
11:46Ce qu'a fait Orban en Hongrie,
11:47moi, je l'ai reçu.
11:48J'ai reçu des magistrats hongrois.
11:50Ils sont à la botte
11:52du pouvoir exécutif.
11:53C'est-à-dire qu'on n'est plus
11:54dans une démocratie.
11:55On a basculé.
11:56Est-ce qu'à l'inverse...
11:57Alors, voilà leurs préoccupations.
12:00Et ils vous racontent
12:02que c'est le système
12:03qui est contre eux.
12:06C'est le système
12:06qui m'a fait mettre en examen.
12:09C'est le système
12:10qui a fait poursuivre
12:11Édouard Philippe
12:12dans l'affaire
12:13de la Covid.
12:16Pas du tout.
12:17Donc, il faut arrêter
12:17de raconter ces conneries.
12:19D'ailleurs,
12:19les Français ne sont pas dupes
12:21quand on regarde les sondages.
12:22Et de l'autre côté,
12:23du côté de Mélenchon,
12:24c'est la chienlit absolue.
12:25Voilà.
12:26Donc, il y a quand même
12:27dans ce pays
12:28une grande majorité
12:29de gens raisonnables.
12:31Je profite,
12:31puisque vous évoquez
12:32ces questions de justice,
12:33pour vous interroger également
12:34sur ce qui a...
12:37Vous m'interrogez un peu là-dessus, quand même.
12:38Vous avez parlé de Robert Bannoter.
12:39Non, mais sur ce qui a également
12:40fait un grand débat
12:41les deux dernières semaines,
12:43qui était la question
12:44du jugement
12:44à l'encontre
12:45de Nicolas Sarkozy
12:46et de la participation évoquée,
12:52documentée,
12:53de la présidente
12:55à cette manifestation
12:58anti-Sarkozy
12:59en 2011.
13:01Pour vous,
13:01vous levez les yeux au ciel,
13:02c'est même pas un sujet.
13:03Madame,
13:04les magistrats
13:05ne sont pas des sous-citoyens.
13:06Ils ont le droit
13:07d'avoir des opinions politiques.
13:08Et c'est même bien
13:08qu'ils en aient.
13:09Vous voyez,
13:09comme vous,
13:10comme moi,
13:10etc.
13:12Il serait illusoire
13:13de penser que non,
13:14on ne sait pas
13:14qu'elle aurait dû se déporter,
13:15quand même.
13:15Non,
13:16attendez,
13:17on y vient.
13:18Il ferait beau voir
13:19que dans une démocratie,
13:20on n'ait pas
13:21des opinions différentes.
13:22Ça ne nous empêche pas
13:22d'échanger,
13:24de parler,
13:24là,
13:25vous voyez.
13:26Alors,
13:27il y a,
13:29je ne sais combien d'années,
13:31il y a eu une manifestation
13:32de magistrats
13:33qui protestait,
13:35parce qu'à l'époque,
13:36je crois,
13:37Nicolas Sarkozy
13:38souhaitait mettre en place
13:39une responsabilité personnelle,
13:41même sur les deniers propres
13:42du magistrat,
13:43quand,
13:44à ses yeux,
13:44il commettait une bêtise.
13:46Moi,
13:46j'étais avocat à l'époque
13:47et j'étais contre ça.
13:49J'avais dit,
13:49mais enfin,
13:50quand même,
13:50il ne peut pas demander
13:51aux magistrats
13:51d'avoir une boule de cristal
13:52et ils peuvent se tromper.
13:54Voilà,
13:54je ferme la parenthèse.
13:55Est-ce que pour autant,
13:57ça signifie que cette magistrate
13:59est dans la haine ?
14:00Alors d'abord,
14:00je veux rappeler
14:01que c'est une décision.
14:01Le mot « haine »
14:02qui a été effectivement
14:03prononcé par Nicolas Sarkozy
14:07à la sortie du film.
14:08Je voulais lui,
14:08je vais vous dire quelque chose.
14:10Il est évidemment dans le ressentiment.
14:11Il a toujours dit
14:12qu'il était innocent.
14:13Il est présumé innocent.
14:14Il est choqué.
14:15Je le comprends.
14:17Et qu'il s'exprime avec excès,
14:19je l'entends.
14:20Mais tous les autres derrière
14:21qui viennent,
14:22et qui viennent relayer ça,
14:24et au fond,
14:24l'idée auprès de nos compatriotes
14:26que la justice serait pourrie
14:28et que tout serait pourri
14:30au royaume du Danemark,
14:31pour reprendre une expression connue,
14:33c'est insupportable.
14:34Attendez.
14:34La décision,
14:35elle est collégiale
14:36et personne ne peut dire.
14:38D'abord, écoutez,
14:39c'est un bon principe de droit.
14:41La mauvaise foi
14:41ne se présume pas.
14:43Voilà.
14:44C'est clair, ça.
14:45Je recommande votre livre
14:47parce que le franc-parler
14:48que l'on entend à l'instant
14:50sur ce plateau,
14:51il traverse votre livre
14:54et je salue d'ailleurs
14:54Marc-Olivier Fogel
14:55avec qui vous l'avez écrit,
14:57juré, craqué.
14:57Qui m'a torturé.
14:58J'imagine,
14:59c'est aux éditions
15:00Michel Laffont.
15:01Je voudrais qu'on écoute
15:02les mots
15:03de Robert Badinter lui-même.
15:06Ce discours
15:07qu'il a prononcé
15:08dans l'hémicycle.
15:10On est le 17 septembre 1981
15:13et il est alors garde des Sceaux.
15:17J'ai l'honneur
15:18au nom du gouvernement
15:20de la République
15:21de demander à l'Assemblée nationale
15:24l'abolition de la peine de mort
15:27en France.
15:28Il n'est point d'homme
15:30en cette terre
15:31dont la culpabilité
15:33soit totale
15:34et dont il faille
15:36pour toujours
15:37désespérer
15:38totalement.
15:39Et ce sera un moment
15:41suspendu aujourd'hui.
15:42On s'est dit,
15:42au milieu de ce chaos,
15:44de cette fin de règne,
15:46de ce moment
15:47extrêmement douloureux
15:49pour la France,
15:49il y aura
15:50comme un cap
15:51ce moment tout à l'heure
15:53à la panthéonisation
15:54de Robert Badinter.
15:55Où on a fédéré
15:56les bonnes volontés,
15:57les meilleures volontés
15:58à gauche et à droite
15:59et on est arrivé
16:00à quelque chose
16:00qu'on imagine aujourd'hui
16:01mal dans la classe politique
16:02ou avec notre classe politique.
16:04Est-ce que ce n'est pas
16:04un beau rendez-vous
16:05dans les circonstances ?
16:06C'est un formidable rendez-vous.
16:08D'abord, nous vivons
16:09une époque
16:09qui ne connaît plus
16:10la nuance
16:11et aujourd'hui,
16:13le mot humanisme
16:14est devenu
16:16un gros mot.
16:18Et c'est merveilleux
16:20cette cérémonie
16:21mais ça ne peut pas
16:23naître qu'une cérémonie.
16:25Il faut que l'héritage
16:26de Robert Badinter
16:27prospère
16:27parce qu'on évoque
16:28la peine de mort,
16:29bien sûr,
16:30mais il y a aussi
16:31l'abrogation
16:32du délit d'homosexualité.
16:34Il y a l'abrogation
16:35de la Cour de sûreté
16:36de l'État.
16:38Il y a
16:38l'indemnisation
16:39des victimes.
16:41Il y a la possibilité
16:41pour les citoyens
16:42français
16:43de saisir
16:44la Cour européenne
16:45des droits de l'homme.
16:46Il y a la filmographie
16:47des grands procès
16:49historiques.
16:49C'est un travail
16:50d'ailleurs que j'ai prolongé
16:51moi puisque j'ai souhaité
16:52que bien sûr
16:54ça s'étend.
16:54Il y a la fin
16:54des juridictions d'exception.
16:56Oui, je viens de le dire.
16:57Très important.
16:57la Cour de sûreté
17:02de l'État.
17:02Coucou.
17:05Et il y a
17:06une politique carcérale
17:08suppression des QHS,
17:11quartiers de haute sécurité,
17:12amélioration des conditions
17:13de détention
17:14et amélioration
17:15des conditions de travail
17:16du personnel pénitentiaire.
17:17Mais je veux vous dire
17:18quelque chose.
17:18Aujourd'hui...
17:19Les parloirs intimes aussi.
17:21Bien sûr.
17:22Mais à l'époque,
17:25Place Vendôme
17:25vont se réunir
17:27des policiers
17:28et Jean-Marie Le Pen
17:29qui vont hurler
17:31Badinter
17:32assassin.
17:33Il va d'ailleurs
17:34rédiger un livre
17:35qui s'appelle
17:35Les épines et des roses
17:36qu'il m'a offert
17:37en me disant
17:38vous connaissez les épines
17:41mais vous connaîtrez
17:42peut-être les roses.
17:43J'en ai pas vu beaucoup
17:44à vrai dire.
17:47Et Robert Badinter,
17:49ce qui est extraordinaire
17:50dans son parcours,
17:51il y a deux choses
17:51qui me fascinent.
17:53D'abord,
17:53il n'a pas une goutte
17:54de sang français
17:56dans les veines
17:56et il devient
17:59l'incarnation
17:59de la France.
18:01Jusqu'à rentrer au Panthéon.
18:02Jusqu'à rentrer au Panthéon.
18:03La patrie reconnaissante.
18:04La France universaliste,
18:06la France des Lumières,
18:07la France humaniste.
18:09Il n'a pas une goutte
18:10de sang français
18:10dans les veines.
18:11Et l'autre chose
18:11qui me fascine,
18:13c'est qu'il est
18:14à contre-courant
18:15de l'opinion publique.
18:16Or aujourd'hui,
18:17beaucoup de politiques
18:18suivent l'opinion publique.
18:19Oui, c'est important
18:20que vous disiez ça
18:21parce que sur la peine de mort,
18:22tout le monde a oublié,
18:23mais pendant des décennies,
18:24l'opinion publique
18:25a continué à être
18:26majoritairement favorable
18:27à la peine de mort
18:28et la décision
18:29de l'abolir
18:30n'a pas empêché,
18:31vous en parliez,
18:32des manifestations,
18:33des moments de haine.
18:34Il n'y a pas de réformes
18:34qui ont été faites
18:36contre l'opinion publique.
18:37On est resté
18:37que sur les réformes
18:38de retraite,
18:39toutes les réformes
18:39de retraite
18:40qui ont été faites
18:41n'avaient pas
18:42l'assentiment
18:42de l'homme.
18:42Je trouve qu'il y a
18:44une solennité
18:44dans ce que vous dites,
18:46Éric Dupond-Moretti,
18:47et je voudrais
18:48qu'on prenne le temps
18:48de l'entendre,
18:49cette solennité.
18:51Quand vous dites
18:51effectivement
18:51et chaque panthéonisation
18:53se tient
18:54dans des moments
18:55d'histoire,
18:58je trouve que
18:58dans le contexte actuel,
19:00avoir cette pause
19:02cet après-midi,
19:02moi je suis toujours émue,
19:04assez bouleversée,
19:04en réalité,
19:05pour être tout à fait honnête,
19:06par le fait que
19:07dans cette France chaotique
19:09où plus personne ne s'entend,
19:11où tout le monde s'engueule,
19:12on est capable
19:12à un moment
19:13d'avoir des moments
19:13d'une dignité folle
19:15où on va avoir
19:15cette cérémonie,
19:16où on rend hommage
19:17à un homme,
19:17vous le disiez,
19:18qui n'a pas de sang français,
19:19dont le père
19:20a été massacré
19:21dans les camps
19:22d'extermination.
19:25Se dire que cet homme-là
19:26a tant fait pour la France
19:27et que la France
19:28est capable
19:28d'en être reconnaissante,
19:30je me dis,
19:31dans ces moments-là,
19:32au fond,
19:32la France est très grande.
19:33Apolline, pardon,
19:34mais se dire aussi
19:35que la France est capable,
19:36là, aujourd'hui,
19:37par les temps qui courent,
19:38de s'éloigner
19:39de cet héritage.
19:40Vous avez peur
19:41que la France,
19:42aujourd'hui,
19:42s'éloigne de cet héritage ?
19:44Évidemment.
19:45Vous êtes inquiet ?
19:46Bien sûr.
19:47C'est la montée des extrêmes,
19:48en particulier
19:48de l'extrême droite.
19:50J'ai entendu
19:50dans vos mots,
19:51vous avez dit...
19:51Et qui, pour moi,
19:52est le contraire de...
19:54Vous avez dit,
19:55quand même,
19:55Éric Dupond-Mont-Étif,
19:56vous avez dit,
19:57il m'a dit,
19:57tu connaîtras les roses,
19:58j'en n'ai pas connu beaucoup.
20:00C'est assez triste,
20:01ce que vous dites.
20:01Oui, c'est vrai.
20:03C'est vrai.
20:05Moi, j'ai essayé,
20:06au suite,
20:07de suivre un chemin
20:08bien plus modeste,
20:09évidemment,
20:10mais où,
20:12pour être un grand ministre
20:13de la Justice aujourd'hui,
20:14je pense qu'il faut dire,
20:15je double les peines,
20:17je supprime la prescription,
20:21je tape comme un sourd.
20:24Voilà.
20:24C'est pas grand.
20:25C'est dur.
20:26Vous recevez,
20:27oui, bien sûr,
20:28vous recevez,
20:28bien sûr,
20:29l'approbation de l'époque.
20:31Voilà, je dis de l'époque.
20:32D'ailleurs, pardon,
20:33il faut qu'on s'arrête.
20:34Il faut qu'on s'arrête.
20:34À l'époque,
20:34quand il était président du Conseil...
20:36Ah bon ?
20:36Oui.
20:36Il faut qu'on s'arrête
20:38parce que dans un instant,
20:40je voudrais qu'on puisse
20:40passer la main
20:41à Julien Arnaud.
20:42Avant cela,
20:43je voudrais quand même
20:43citer votre spectacle
20:44parce que non seulement
20:45vous avez écrit ce livre,
20:46Juré, Craché,
20:47aux éditions Michel Laffont,
20:48mais vous êtes aussi
20:48en représentation
20:49avec votre spectacle
20:51J'ai dit oui
20:51et ça se passe,
20:53tiens,
20:53à Montréal,
20:54Stéphane.
20:55À Montréal.
20:55À Montréal,
20:56le 15 octobre,
20:57à Pornic,
20:58au Palais des Congrès,
20:59à Poitiers,
21:00à Saint-Narissure,
21:01maire à Aix-en-Provence
21:02ou à Sochaux.
21:02Voilà, ce sera dit.
21:03Voilà.
21:03Voilà.
21:04Voilà.
21:04Voilà.
21:05Voilà.
21:05Voilà.
21:05Voilà.
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