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  • il y a 4 mois
Au lendemain de l'interview, sur France 2, du Premier ministre démissionnaire Sébastien Lecornu, les regards sont tournés vers l'Elysée. Emmanuel Macron doit nommer un nouveau chef du gouvernement sous 48 heures. Une situation qu'analyse pour ICI Normandie notre politologue Vincent Legrand, maître de conférence à l'université de Caen.

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Transcription
00:00Bonjour Vincent Legrand. Bonjour Jean-Baptiste.
00:02Un premier ministre démissionnaire qui s'exprime dans un journal de 20h sur France 2,
00:06alors que la crise politique s'enlisse, que toute la classe politique demande au président de la République de réagir, d'agir.
00:12C'est plutôt inédit comme situation, non ?
00:13C'est même du jamais vu. C'est du jamais vu.
00:15Moi j'ai enseigné le droit constitutionnel il y a quelques années, pas très loin d'ici à la faculté.
00:20Je plains mes collègues qui l'enseignent aujourd'hui, parce que le rapport à la réalité devient vraiment très très difficile.
00:25On est obligé de se contorsionner pour essayer d'expliquer comment les institutions fonctionnent encore normalement,
00:31parce que là elles dysfonctionnent depuis plusieurs semaines.
00:33Et ça va même plus loin, puisque dans cette interview hier Sébastien Lecornu dit que sa mission est achevée,
00:37qu'il n'est pas très emballé à l'idée d'être renommé,
00:39et surtout il affirme, avant que l'Élysée le dise, que son successeur sera nommé dans les 48 heures.
00:45Là aussi ça ne va pas normalement, c'est à la présidence d'imposer le tempo.
00:48Mais oui, et la présidence a pris l'habitude parfois de nous faire attendre longtemps.
00:51Je vous rappelle que l'année dernière, il a fallu laisser tous les Jeux Olympiques passer pour qu'on ait un Premier ministre.
00:57Donc on a parfois eu des nominations très longues,
00:59et puis là on a l'impression qu'on intime l'ordre au Président de la République de nommer un Premier ministre.
01:05De toute façon aujourd'hui, il ne pouvait rien se passer,
01:07puisque aujourd'hui c'est la journée badinter, et c'est tant mieux.
01:10Il faut une pause dans ce climat, de ce contexte qui est extrêmement volatile,
01:14où chaque jour on commente l'actualité du jour.
01:17On était sur la remise en cause de la réforme des retraites,
01:19après avoir décidé potentiellement que le Président devait partir plus vite.
01:24Donc on n'en peut plus, en l'État, le commentaire politique devient vraiment très difficile,
01:30et il altère surtout le crédit de cette classe politique,
01:32un crédit qui n'était déjà pas très très très important.
01:35Vous parlez de journée badinter, Robert badinter, ancien garde des Sceaux de François Mitterrand,
01:40qui entre au Panthéon ce soir.
01:42Alors est-ce que, comme l'a dit Sébastien Lecornu hier, la dissolution s'éloigne vraiment ?
01:47Alors momentanément, oui.
01:48La dissolution, c'est un fusil à un coup qu'on ne recharge qu'une fois par an.
01:53Oui.
01:53Voilà.
01:54Donc il est rechargé, puisque juin 2024, juin 2025, on peut s'en servir.
02:00L'idée est plutôt de savoir dans quelles conditions on s'en sert.
02:03Donc Macron s'en est servi l'année dernière en voulant prendre de court tout le monde,
02:06parce que l'article 12 dit que les élections doivent avoir lieu entre 20 jours et 40 jours après que la dissolution...
02:13Donc dans le mois qui suit.
02:13Voilà, dans le mois qui suit.
02:15Sauf que la dernière fois, volontairement, il a organisé le scrutin 21 jours.
02:19C'est-à-dire au plus tôt, pour prendre de court, c'était la fameuse grenade dégoupillée dans les jambes de la gauche, si j'ose dire.
02:25Là, de toute façon, les estimations dont on dispose montrent que le contexte politique face auquel on se trouve
02:32rendraient finalement une majorité qui serait aussi difficilement cernable ou quasiment impossible à constituer que dans l'Assemblée actuelle.
02:40Donc l'intérêt de la dissolution aujourd'hui est très limité.
02:447h51 dans Ici Matin, le politologue Vincent Legrand est notre invité.
02:47Et alors, est-ce qu'une démission de Emmanuel Macron, des élections présidentielles anticipées, ça c'est possible.
02:52Le chef de l'État s'y refuse.
02:53Depuis plusieurs mois, il l'a réaffirmé.
02:56Mais même dans son propre camp, en tout cas ses alliés, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe le réclame.
03:01Oui.
03:01Vous savez, le président de la République aujourd'hui, moi, il me fait penser à un joueur de poker
03:04qui a une espèce d'intuition que la main va lui revenir, que le jeu va se finalement retrouver battu
03:12et qu'il va donc reprendre l'ascendant.
03:14Il est peut-être le seul convaincu de cela ?
03:15Aujourd'hui, il l'est.
03:16A mon avis, il l'est.
03:17Il l'est.
03:18Et ce qui est dramatique, c'est qu'il a l'ambition d'un joueur de poker et il a les moyens d'un interdit bancaire.
03:22C'est-à-dire que globalement, aujourd'hui, plus personne ne lui prête crédit.
03:26Et donc, cette dernière nomination, parce que je pense que c'est la dernière nomination dont il dispose,
03:31préfigure effectivement la composition d'un gouvernement.
03:33Parce que nommer un Premier ministre, ce n'est pas en soi le plus difficile.
03:36Composer un gouvernement derrière, on voit comment c'est difficile.
03:39Sébastien Lecornu a mis trois semaines à quasiment refaire une pâle copie du gouvernement Bayrou.
03:44C'est là où la difficulté se trouve.
03:45Et on a bien l'échéance de la semaine prochaine, et notamment de lundi,
03:48pour le dépôt du projet de loi, ce qu'a rappelé Lecornu hier soir.
03:51Pour que le budget soit adopté dans les délais.
03:54Parce que la question, en fait, d'Anson Lecornu, c'est de savoir aussi
03:56qu'est-ce que l'on fait pendant un an et demi, s'il ne se passe rien d'ici 2027.
03:59Est-ce que la France, est-ce que les institutions, peuvent rester bloquées,
04:02comme c'est le cas aujourd'hui, en tout cas, fonctionner à minima ?
04:05Rien n'interdit qu'elles continuent de fonctionner en l'état.
04:09Moi qui observe le journal officiel tous les jours, je peux me dire qu'il ne se passe plus grand-chose.
04:12S'il n'y a pas de gouvernement, l'Assemblée ne peut pas siéger non plus.
04:15On est donc dans une situation qui est quand même très très délicate.
04:17Dernière question, est-ce qu'un Premier ministre de gauche peut être nommé ?
04:21Ça, il ne l'a pas tenté encore Emmanuel Macron.
04:22Évidemment, la gauche le réclame.
04:24Alors, il faut inviter un voyant la prochaine fois, parce que là, vous me prenez vraiment de court.
04:28Mais en l'état, nommer un Premier ministre de gauche, cette fois-ci,
04:31alors que c'eût été ce qu'il fallait faire il y a 15 mois,
04:34c'est pour le Président reconnaître qu'il a fait l'enterner tout le monde.
04:38Voilà, depuis plus d'un an, et que globalement, il nomme un Premier ministre de gauche,
04:42là où la gauche, actuellement, est la plus divisée,
04:45puisque LFI, effectivement, a pris le parti de dire qu'elle n'en serait pas.
04:49Merci beaucoup Vincent Legrand, politologue d'ICNormandie,
04:51d'avoir été avec nous ce matin pour votre éclairage.
04:54La dernière fois que vous avez entendu, c'était lors des élections législatives.
04:57C'est ça.
04:57C'est quand les grands rendez-vous politiques sont convoqués ou pas,
05:01ça, évidemment, on le suivra.
05:01On rappelle qu'Emmanuel Macron, que l'Elysée a indiqué qu'il nommera un nouveau,
05:06une nouvelle Première ministre d'ici demain soir.
05:09Merci à vous, bonne journée.
05:10Merci.
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