00:00Bonjour Vincent Legrand. Bonjour Jean-Baptiste.
00:02Un premier ministre démissionnaire qui s'exprime dans un journal de 20h sur France 2,
00:06alors que la crise politique s'enlisse, que toute la classe politique demande au président de la République de réagir, d'agir.
00:12C'est plutôt inédit comme situation, non ?
00:13C'est même du jamais vu. C'est du jamais vu.
00:15Moi j'ai enseigné le droit constitutionnel il y a quelques années, pas très loin d'ici à la faculté.
00:20Je plains mes collègues qui l'enseignent aujourd'hui, parce que le rapport à la réalité devient vraiment très très difficile.
00:25On est obligé de se contorsionner pour essayer d'expliquer comment les institutions fonctionnent encore normalement,
00:31parce que là elles dysfonctionnent depuis plusieurs semaines.
00:33Et ça va même plus loin, puisque dans cette interview hier Sébastien Lecornu dit que sa mission est achevée,
00:37qu'il n'est pas très emballé à l'idée d'être renommé,
00:39et surtout il affirme, avant que l'Élysée le dise, que son successeur sera nommé dans les 48 heures.
00:45Là aussi ça ne va pas normalement, c'est à la présidence d'imposer le tempo.
00:48Mais oui, et la présidence a pris l'habitude parfois de nous faire attendre longtemps.
00:51Je vous rappelle que l'année dernière, il a fallu laisser tous les Jeux Olympiques passer pour qu'on ait un Premier ministre.
00:57Donc on a parfois eu des nominations très longues,
00:59et puis là on a l'impression qu'on intime l'ordre au Président de la République de nommer un Premier ministre.
01:05De toute façon aujourd'hui, il ne pouvait rien se passer,
01:07puisque aujourd'hui c'est la journée badinter, et c'est tant mieux.
01:10Il faut une pause dans ce climat, de ce contexte qui est extrêmement volatile,
01:14où chaque jour on commente l'actualité du jour.
01:17On était sur la remise en cause de la réforme des retraites,
01:19après avoir décidé potentiellement que le Président devait partir plus vite.
01:24Donc on n'en peut plus, en l'État, le commentaire politique devient vraiment très difficile,
01:30et il altère surtout le crédit de cette classe politique,
01:32un crédit qui n'était déjà pas très très très important.
01:35Vous parlez de journée badinter, Robert badinter, ancien garde des Sceaux de François Mitterrand,
01:40qui entre au Panthéon ce soir.
01:42Alors est-ce que, comme l'a dit Sébastien Lecornu hier, la dissolution s'éloigne vraiment ?
01:47Alors momentanément, oui.
01:48La dissolution, c'est un fusil à un coup qu'on ne recharge qu'une fois par an.
01:53Oui.
01:53Voilà.
01:54Donc il est rechargé, puisque juin 2024, juin 2025, on peut s'en servir.
02:00L'idée est plutôt de savoir dans quelles conditions on s'en sert.
02:03Donc Macron s'en est servi l'année dernière en voulant prendre de court tout le monde,
02:06parce que l'article 12 dit que les élections doivent avoir lieu entre 20 jours et 40 jours après que la dissolution...
02:13Donc dans le mois qui suit.
02:13Voilà, dans le mois qui suit.
02:15Sauf que la dernière fois, volontairement, il a organisé le scrutin 21 jours.
02:19C'est-à-dire au plus tôt, pour prendre de court, c'était la fameuse grenade dégoupillée dans les jambes de la gauche, si j'ose dire.
02:25Là, de toute façon, les estimations dont on dispose montrent que le contexte politique face auquel on se trouve
02:32rendraient finalement une majorité qui serait aussi difficilement cernable ou quasiment impossible à constituer que dans l'Assemblée actuelle.
02:40Donc l'intérêt de la dissolution aujourd'hui est très limité.
02:447h51 dans Ici Matin, le politologue Vincent Legrand est notre invité.
02:47Et alors, est-ce qu'une démission de Emmanuel Macron, des élections présidentielles anticipées, ça c'est possible.
02:52Le chef de l'État s'y refuse.
02:53Depuis plusieurs mois, il l'a réaffirmé.
02:56Mais même dans son propre camp, en tout cas ses alliés, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe le réclame.
03:01Oui.
03:01Vous savez, le président de la République aujourd'hui, moi, il me fait penser à un joueur de poker
03:04qui a une espèce d'intuition que la main va lui revenir, que le jeu va se finalement retrouver battu
03:12et qu'il va donc reprendre l'ascendant.
03:14Il est peut-être le seul convaincu de cela ?
03:15Aujourd'hui, il l'est.
03:16A mon avis, il l'est.
03:17Il l'est.
03:18Et ce qui est dramatique, c'est qu'il a l'ambition d'un joueur de poker et il a les moyens d'un interdit bancaire.
03:22C'est-à-dire que globalement, aujourd'hui, plus personne ne lui prête crédit.
03:26Et donc, cette dernière nomination, parce que je pense que c'est la dernière nomination dont il dispose,
03:31préfigure effectivement la composition d'un gouvernement.
03:33Parce que nommer un Premier ministre, ce n'est pas en soi le plus difficile.
03:36Composer un gouvernement derrière, on voit comment c'est difficile.
03:39Sébastien Lecornu a mis trois semaines à quasiment refaire une pâle copie du gouvernement Bayrou.
03:44C'est là où la difficulté se trouve.
03:45Et on a bien l'échéance de la semaine prochaine, et notamment de lundi,
03:48pour le dépôt du projet de loi, ce qu'a rappelé Lecornu hier soir.
03:51Pour que le budget soit adopté dans les délais.
03:54Parce que la question, en fait, d'Anson Lecornu, c'est de savoir aussi
03:56qu'est-ce que l'on fait pendant un an et demi, s'il ne se passe rien d'ici 2027.
03:59Est-ce que la France, est-ce que les institutions, peuvent rester bloquées,
04:02comme c'est le cas aujourd'hui, en tout cas, fonctionner à minima ?
04:05Rien n'interdit qu'elles continuent de fonctionner en l'état.
04:09Moi qui observe le journal officiel tous les jours, je peux me dire qu'il ne se passe plus grand-chose.
04:12S'il n'y a pas de gouvernement, l'Assemblée ne peut pas siéger non plus.
04:15On est donc dans une situation qui est quand même très très délicate.
04:17Dernière question, est-ce qu'un Premier ministre de gauche peut être nommé ?
04:21Ça, il ne l'a pas tenté encore Emmanuel Macron.
04:22Évidemment, la gauche le réclame.
04:24Alors, il faut inviter un voyant la prochaine fois, parce que là, vous me prenez vraiment de court.
04:28Mais en l'état, nommer un Premier ministre de gauche, cette fois-ci,
04:31alors que c'eût été ce qu'il fallait faire il y a 15 mois,
04:34c'est pour le Président reconnaître qu'il a fait l'enterner tout le monde.
04:38Voilà, depuis plus d'un an, et que globalement, il nomme un Premier ministre de gauche,
04:42là où la gauche, actuellement, est la plus divisée,
04:45puisque LFI, effectivement, a pris le parti de dire qu'elle n'en serait pas.
04:49Merci beaucoup Vincent Legrand, politologue d'ICNormandie,
04:51d'avoir été avec nous ce matin pour votre éclairage.
04:54La dernière fois que vous avez entendu, c'était lors des élections législatives.
04:57C'est ça.
04:57C'est quand les grands rendez-vous politiques sont convoqués ou pas,
05:01ça, évidemment, on le suivra.
05:01On rappelle qu'Emmanuel Macron, que l'Elysée a indiqué qu'il nommera un nouveau,
05:06une nouvelle Première ministre d'ici demain soir.
05:09Merci à vous, bonne journée.
05:10Merci.
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