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  • il y a 1 an

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00:00Bonjour Marie-Estelle Dupont. Bonjour Dimitri. Bienvenue, on vous retrouve tous les après-midi sur Europe 1.
00:05Et si on en parlait, 15h-16h avec Romain Desarbres, ce lundi, c'est la journée nationale des aidants.
00:10Alors on estime que 10 millions de Français soutiennent un de leurs proches dans la maladie, dans le grand âge ou le handicap.
00:16Et sans le savoir, en fait, ces Français aidants fournissent l'essentiel de ce qu'on appelle l'aide à domicile.
00:22C'est un sujet qui vous intéresse beaucoup Marie-Estelle.
00:24Vous préfacez un livre qui vient de paraître chez Albain Michel quand on devient aidant familial.
00:29Je le montre sur Europe 1.fr.
00:31C'est le témoignage de vie d'une femme, Héloïse Mayonespo, qui se retrouve un jour brutalement dans l'urgence de s'occuper de sa mère atteinte d'un cancer.
00:39C'est le premier livre d'ailleurs d'une collection que vous dirigez.
00:42Et alors, ce sujet des aidants, qu'est-ce qui vous a intéressé dedans ?
00:46Moi, ce que j'ai trouvé frappant, c'est qu'on devient aidant, souvent ça vous tombe dessus sans crier gare.
00:51Absolument, c'est-à-dire que c'est quelque chose qu'on ne choisit pas, mais qu'on décide de remettre sur la table jour après jour,
00:59parce que tous les aidants que l'on a pu interroger nous disent la même chose.
01:04Je n'avais pas le choix, mais non pas je n'avais pas le choix avec cette connotation d'injustice,
01:10mais avec plutôt cet élan du cœur et cette notion d'attachement et d'engagement qui est tellement invisibilisée aujourd'hui dans la société,
01:18parce que finalement, on est une société qui a mis en avant la jeunesse, qui a mis en avant la performance,
01:25qui a mis en avant qu'on allait pouvoir éradiquer la maladie,
01:28et qui donc se retrouve assez désarmée sur le plan collectif, avec la finitude, avec la vulnérabilité.
01:34Et l'altruisme aussi, puisque l'individualisme règne en maître aussi dans la société.
01:37Absolument, et ces aidants nous montrent que finalement, même si le mot aidant est pauvre,
01:43très lisse, très paradoxal, parce qu'il axe tout sur le faire,
01:47l'aidant c'est celui qui remet au cœur la valeur de la présence.
01:51Je suis là, même si je suis impuissant, parce qu'au fond, je sais que je ne peux pas te soulager de ta détresse.
01:57Et c'est aussi ça le combat de l'aidant.
01:59Je tiens bon et je reste là, alors que malgré tout je me sens terriblement impuissant.
02:02Alors je donne deux, trois chiffres, mais c'est pas là le cœur du sujet,
02:04mais malgré tout, 20 heures en moyenne par semaine, c'est le temps que les aidants consacrent aux personnes
02:09auprès de qui ils ou elles s'investissent.
02:12C'est pas rien dans la vie d'aider un de ses proches dépendants ou dans le besoin.
02:16Vous explorez, et d'ailleurs Héloïse Mayonespo, qui a écrit ce livre dont on a parlé en introduction,
02:23elle explore tout ce que ça suscite en elle d'émotions contradictoires aussi,
02:29de difficultés dans sa vie, parce que les aidants, on l'a compris aujourd'hui, ils ont besoin d'aide à leur tour.
02:33Bien sûr, d'abord, quand la maladie arrive sans crier gare, vous êtes souvent, vous avez un travail,
02:39vous avez des enfants, parfois des petits-enfants, vous avez un couple, vous avez une vie sociale.
02:44Et Héloïse dit très bien que la maladie de sa mère arrive à un moment où elle a une activité de journaliste
02:50qui est très très importante, qui reprend après le confinement, et que tout ça va être mis de côté pendant deux ans.
02:55Donc il y a un impact évidemment psychosocial et un impact financier.
02:58Les difficultés financières des aidants, c'est une réalité.
03:00Mais il y a aussi, comment est-ce que je fais avec ce torrent d'émotions que je perçois chez la personne vulnérable,
03:07et que moi-même je vis, c'est-à-dire qu'il y a deux compagnons de l'aidant, c'est la culpabilité et l'ambivalence.
03:12C'est-à-dire que l'aidant ne s'arrête pas, il n'arrête pas de gérer la logistique, du médical,
03:17auquel parfois il ne connaît rien, du matériel, de la paperasse administrative, de l'émotionnel,
03:22mais pourtant il se sent coupable parce qu'il sent qu'il est insuffisant, quoi qu'il fasse,
03:28et l'ambivalence de je suis épuisé, j'atteins mes limites, je n'en peux plus,
03:33donc quelque part je voudrais que ça s'arrête, mais dans le même instant évidemment,
03:37je ne veux surtout pas que ça s'arrête et je m'en veux terriblement d'avoir pensé ça.
03:40Et il y a une forme de culpabilité, de soulagement aussi quand ça s'arrête,
03:44quand celui que l'on aide vient acquitter ce monde, ça finit par arriver aussi,
03:49et ça vous poursuit finalement ce statut d'aidant ?
03:53Oui, c'est ce que dit Héloïse, c'est qu'elle dit que l'aidance ne se termine pas quand on rentre chez soi
03:59et que c'est fini parce que finalement on a livré bataille,
04:03mais on a tellement livré bataille qu'on a été en fusion avec la personne en détresse,
04:08j'ai fini par avoir les symptômes du cancer de ma mère,
04:10j'avais des douleurs comme elle après sa mort,
04:12ce qui était une manière peut-être de rester près d'elle,
04:15et donc il m'a fallu du temps pour reconquérir ma vie,
04:19pour retrouver des habitudes, pour me sentir en phase avec mes amis
04:22qui n'avaient pas vécu la même épreuve,
04:24et je trouve que c'est tellement beau cet engagement et ce don de soi,
04:29parce qu'aujourd'hui on a tendance à dire que le don de soi c'est du sacrifice,
04:32c'est pas valorisé,
04:34que ce livre redonne aussi ses lettres de noblesse à cet acte.
04:37Alors cette journée des aidants, c'est la 16e,
04:40c'est un vrai phénomène de société,
04:42au-delà de la journée elle-même, Marie-Estelle Dupont,
04:44parce qu'on voit que c'est un phénomène qui vient de la base,
04:47qui vient de la société elle-même,
04:50dans un contexte où on le sait la France vieillit,
04:52on aura bientôt près de 5 millions de personnes ayant plus de 85 ans,
04:55donc ce sujet de la dépendance, ce sujet de l'aide,
04:58de l'aide familiale, il va monter en puissance d'autant plus fort,
05:02qu'on le voit que l'État aujourd'hui,
05:03il y a des difficultés financières,
05:04qui fait qu'il ne pourra pas forcément soutenir cet effort,
05:07ça vient aujourd'hui de proche en proche finalement,
05:09ce besoin de se soutenir les uns les autres.
05:12Bien sûr, alors il y a 225 000 nouveaux cas par an d'Alzheimer,
05:16donc ne serait-ce que la démence mobilise des aidants
05:19avec les problématiques en plus liées à la démence,
05:22où souvent la personne ne perçoit plus qu'elle est malade,
05:25et c'est Octobre Rose,
05:27donc il y a tous les cas de cancer.
05:29J'ai vu aussi le chiffre, là vous avez vu,
05:30des petits frères des pauvres,
05:31750 000 personnes âgées en situation de mort sociale,
05:35isolement total.
05:36Isolement total,
05:37et on sait que l'isolement les fait décliner sur le plan cognitif
05:40très très rapidement, et qu'ils ont absolument besoin
05:42d'être stimulés à cet âge-là.
05:44Donc oui, ça vient de la base,
05:45je pense qu'en fait on va être obligés de refaire appel
05:49à ce qu'il y avait autrefois,
05:50c'est cette proximité des générations,
05:52qui du fait de la mobilité professionnelle,
05:54de l'éclatement des familles,
05:55de la géographie qui change,
05:57c'est un peu perdu,
05:58et la difficulté,
06:01elle touche évidemment les plus vulnérables,
06:02c'est-à-dire les mères,
06:03d'une part les jeunes mères qui accouchent,
06:04qui auraient besoin de la famille proche,
06:06et les personnes malades ou handicapées,
06:07qui auraient besoin de la famille proche.
06:09Et qu'on ne peut pas avoir chez soi,
06:10pour des questions de logement.
06:11Et donc il va y avoir des initiatives
06:12qui vont venir de la société civile,
06:14évidemment,
06:14puisque non seulement l'État n'est pas préparé,
06:17l'État n'a pas d'argent,
06:18mais surtout je crois qu'il n'y a pas de...
06:19On voit bien dans les débats
06:21qu'ils vont reprendre au Cémana,
06:22autour de la fin de vie,
06:23qu'il n'y a pas de véritable volonté
06:25de la part des politiques.
06:28Pourquoi ?
06:29Parce que je crois que nous sommes
06:31dans une anthropologie très matérialiste,
06:32où on a réduit la dignité
06:34de l'être humain à sa productivité.
06:37Et quand il n'est pas productif,
06:38c'est-à-dire quand c'est un bébé
06:39ou une personne âgée,
06:40il n'intéresse pas trop les pouvoirs publics.
06:43C'est un coût.
06:44Il y a quand même un système
06:45de redistribution en France,
06:46mais peut-être qu'elle a le sujet aussi,
06:48Marie-Estelle Dupont,
06:48à savoir qu'une fois qu'on a envoyé
06:50une aide financière,
06:51basta quoi finalement.
06:52Les aidants, c'est de l'humain.
06:53C'est essentiellement de l'humain.
06:54Je crois que malheureusement,
06:56avec l'intelligence artificielle,
06:57on va se rendre compte
06:58que le lien humain va devenir
06:59un bien luxueux
07:02que seuls les plus aisés
07:03pourront s'offrir.
07:04Parce qu'effectivement,
07:05on fait faire de plus en plus de choses
07:06à travers les écrans.
07:08Et ça, c'est un drame
07:09pour les personnes âgées.
07:10Pour revenir à l'individu,
07:11Marie-Estelle Dupont,
07:12la psychologue clinicienne que vous êtes,
07:14qu'est-ce qu'elle dit aujourd'hui
07:15à tous ceux qui se retrouvent
07:16dans cette situation d'aidant ?
07:18Sur qui ça tombe ?
07:20Ceux qui sont aidants ?
07:21Et ce n'est pas forcément la famille.
07:22Je pense par exemple à un de mes voisins
07:24qui est beaucoup une femme âgée
07:27qui habite à côté de chez moi
07:28et il est tout le temps auprès d'elle.
07:30C'est aussi dans ce sens-là
07:32que je parlais de proximité.
07:33Qu'est-ce que vous pouvez leur prodiguer
07:34comme conseil à ces personnes
07:35qui s'investissent auprès d'autrui ?
07:37D'abord, j'ai envie de leur dire
07:38qu'ils ont de la valeur
07:40parce qu'au-delà de tout ce qu'ils font,
07:42leur présence,
07:43la chaleur de leur cœur
07:45empêche le malade de rouiller.
07:47C'est une expression
07:48que je reprends d'une auteure.
07:49Et ensuite,
07:51que ce qu'ils vivent,
07:52il y a des professionnels
07:53comme Blandine Chemin
07:54qui sont psychologues,
07:56qui en connaissent les étapes,
07:58les leviers,
07:59l'ambivalence
07:59et qui peuvent les aider,
08:01les accompagner.
08:02Notamment,
08:03comment communiquer sur ses besoins
08:04quand on est très fatigué ?
08:05Comment dire non
08:07alors que l'autre est malade
08:08mais que cette maladie
08:09ne devienne pas
08:10un déni de ses propres besoins ?
08:12Comment faire appel à du soutien ?
08:14Vers quelles associations
08:15on peut se tourner ?
08:17A qui déléguer
08:17les tâches administratives ?
08:19Il y a dans cette tempête
08:22des points de repère.
08:23On essaye de baliser
08:24le chemin de l'aidant
08:25aussi avec ce livre
08:26pour dire aux gens
08:27là vous n'avez peut-être
08:28plus la clarté mentale
08:29pour voir les aides
08:30qui existent
08:30mais voilà ce que vous pouvez faire,
08:32voilà ce que vous pouvez demander
08:33à vos enfants,
08:33ce que vous ne pouvez pas
08:34demander à vos enfants,
08:35là où vous pouvez être remplacé,
08:37là où vous êtes irremplaçable.
08:38Et je pense que c'est important
08:39parce que quand on a le nez
08:41sur le guidon
08:41c'est difficile de prendre du recul.
08:43Merci Marie-Astelle Dupont.
08:44Merci à vous Dimitri.
08:45Et on vous retrouve donc
08:46cet après-midi sur Europe 1
08:47et si on en parlait
08:4815h-16h Romain Desarbres
08:50et puis ce livre
08:50donc dans le premier
08:52de la collection
08:52que vous dirigez
08:53chez Albain Michel
08:53quand on devient aidant familial.
08:56Bonne journée à vous.
08:56Bonne journée à tous.
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