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  • il y a 5 mois
Jean-Louis Tremblais a été pendant plus de 25 ans grand reporter au Figaro Magazine. Il publie aujourd’hui un ouvrage foisonnant intitulé "Entre les lignes". Citant son maître ès reportage, Henri Béraud, le journaliste baroudeur lance sur un ton narquois : "Le métier de journaliste consiste à passer la moitié de sa vie à parler de ce que l’on ne connaît pas, et l’autre moitié à taire ce que l’on sait réellement".
Plus sérieusement, Jean-Louis Tremblais a choisi de raconter les coulisses des grands reportages qu’il a couverts à travers le monde, de 2002 à 2022. Un voyage entre les lignes qui le mène à Bethléem, alors assiégée par l’armée israélienne, à Belgrade sous le tapis de bombes de l’OTAN et de l’armée française, ou encore sur la frontière du Donbass et de l’Ukraine, dans ce qu’il décrit comme un voyage en "absurdie".
Refusant la doxa véhiculée par certaines rédactions, Jean-Louis Tremblais s’est toujours méfié des narratifs imposés, préférant porter un regard professionnel et libre sur les conflits qu’il couvre dans des conditions souvent périlleuses. C’est ainsi, sur le terrain, au Kosovo et en Serbie, qu’il en vient à cette conviction : l’Europe est en train de se suicider.
Agrémenté de cartes et de photographies, tantôt spectaculaires, tantôt bouleversantes, "Entre les lignes" est aussi un hommage vibrant au métier de reporter de guerre, celui qui va jusqu’à risquer sa vie pour "rapporter" l’information et montrer le monde tel qu’il est.

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Transcription
00:00Jean-Louis Tremblay a été pendant 25 ans grand reporter, notamment au Figaro Magazine,
00:11spécialiste de politique étrangère, et il est mon invité pour être entre les lignes,
00:15entre les lignes, reportage de guerre et aventure de presse.
00:18Bonjour Jean-Louis.
00:19Bonjour Marcel.
00:21La définition de votre métier, vous êtes allé la chercher chez Henri Béraud.
00:24Le métier de journaliste consiste à passer la moitié de sa vie à parler de ce qu'on
00:29ne connaît pas, et l'autre moitié de sa vie atterre ce que l'on sait.
00:32Mais dites-moi, c'est quand même une boutade ça, non ?
00:35C'est pas une boutade, ça pourrait être cynique, mais c'est lucide.
00:39Effectivement, je confirme, dans la rédaction, il y a des tas de choses que nous savons sur
00:43les uns et les autres, sur l'Élysée, Matignon, entre autres, mais pas que, et que nous taisons
00:48parce qu'il n'est pas bien séant d'en parler.
00:52Et bien souvent, on vous commande des articles sur des sujets que vous ne connaissez pas,
00:56et il n'est pas pertinent pour en parler.
01:00Journaliste, j'ai ajusté tout de suite, grand reporter.
01:02Je suis journaliste, je ne suis pas grand reporter.
01:04Quel est la différence ? C'est quoi un grand reporter ? C'était quoi ?
01:07Alors, c'était, c'est bien, j'aime bien votre usage de l'imparfait, parce que la profession
01:11a beaucoup changé.
01:12Un grand reporter, à l'origine, à l'époque d'Henri Béraud que vous avez cité, à l'époque
01:18d'Albert Londres, à l'époque de Joseph Cassel, c'est quelqu'un qui était, selon le titre
01:24d'Henri Béraud, l'un de ses livres, un flâneur salarié, c'est-à-dire qu'on l'envoyait
01:29à droite et à gauche pour rapporter des éléments.
01:31D'où, rapporter, reporter, to report, c'est la même chose.
01:35C'est un rapporteur d'événements.
01:37L'expression a été galvaudée, pardon, galvaudée, pourquoi ? Parce que c'est
01:46devenu aujourd'hui, il y a des tas de gens, vous voyez, sur un plateau de LCI ou de BFM,
01:50des gens avec le titre dessous, grand reporter.
01:52Le grand reporter de quoi ? En vérité, c'est aujourd'hui, dans les lignes comptables,
01:57sur votre feuille de paye, c'est une ligne.
02:00Si par exemple, vous étiez reporter, mais on veut vous augmenter, sans vous nommer chef
02:03de rubrique ou chef de service, on vous met d'autorité grand reporter.
02:07Mais moi, dans ce contexte-là, donc récent, je connais des grands reporters qu'en portent
02:10de l'avion, ils n'ont jamais pris.
02:13Ou des gens qui ont des grands reporters, ils font les expos le soir, ou les inaugurations
02:16des grands de Dior au Channel.
02:18Alors voilà, donc.
02:21Ce sont des reportages grands.
02:22Voilà.
02:22Vous publiez donc entre les lignes les grands reportages parus, notamment dans le Figaro
02:27Magazine, je l'ai dit, entre 2002 et 2022, sur 20 ans.
02:30Quel a été pour vous, au commencement, c'est-à-dire en 1986, en la colonne du quotidien
02:36de Paris de Philippe Tesson, quel a été votre modèle ou votre source d'inspiration ?
02:40On a évoqué Henri Béraud, on pourrait aussi évoquer, comme vous le faites, Albert Londres,
02:45Joseph Kessel.
02:46Est-ce que vous aviez un modèle, c'est-à-dire vraiment quelqu'un que vous vouliez approcher
02:51par la qualité de votre travail ?
02:54Pas exactement.
02:55Je n'avais pas de modèle humain.
02:56J'avais un contexte, c'est-à-dire que ce que je voulais vivre, c'était la littérature
03:03de cette époque, c'était mes livres fétiches, c'est ce que j'avais en bibliothèque, ou
03:07sur ma table de chevet, c'était toute cette école de l'époque de la guerre d'Indochine
03:13qui est l'Artegui, Schöndorfer, Bonne Carrère, par le sang versé.
03:18Voilà, ça, ça m'a marqué.
03:19Donc, ça m'a marqué littérairement et esthétiquement.
03:24Et c'est la raison pour laquelle j'ai choisi la guerre, c'était en 1986, j'avais 20 ans
03:29avec elle, la guerre d'Indochine, évidemment terminée, même celle du Vietnam, terminée,
03:351975, chute de Saïgon, il restait.
03:39Alors, je n'ai pas envie de dire heureusement, malheureusement pour les peuplades en question,
03:44mais quelques maquis, notamment anticommunistes et antisocialistes en Asie du Sud-Est,
03:48et il se trouve que j'avais des contacts avec l'un d'entre eux, c'était donc la guérilla
03:54des Karen de Birmanie, une minorité ethnique qui combat le pouvoir central depuis 1949.
03:59Et qui continue à le combattre.
04:00Et qui continue.
04:02Et qui est victime d'épuration ethnique silencieuse, c'est les parties de ces guerres,
04:05mais on ne parle pas.
04:08Et donc, je suis parti là-bas, j'avais des contacts, j'ai parti en Thaïlande, franchi
04:11la frontière clandestinement, j'ai rejoint Sénaki et j'en ai tiré mon premier reportage
04:16en tant qu'indépendant, en tant que freelance, comme on dit à l'époque.
04:18Donc, j'ai avancé l'argent pour le matériel, le voyage, etc.
04:22Mais quand je suis revenu, j'étais content, j'ai publié dans le quotidien de Paris,
04:25qui était un grand journal à cette époque-là.
04:27C'est un concret à 150 000, 200 000 exemples.
04:29Oui, ça, oui, avec des grandes plumes.
04:32Zemmour a fait ses preuves là-bas, Philippe Tesson, voilà, quand même.
04:37Donc, oui, j'étais content, c'était un coup d'essai, mais un coup d'essai réussi.
04:41Alors, j'en ai tremblé, moi je vous connais depuis 25 ans au moins, donc j'ai lu vos reportages
04:45dans le Figaro Magazine, mais vous avez décidé de publier,
04:50j'allais dire, non pas les reportages cette fois-ci,
04:52tels qu'ils sont parus à l'époque, mais les coulisses de chaque sujet,
04:57ce qui s'est vraiment passé sur le terrain, ce que l'on n'a pas vu
05:01ou ce qu'on n'avait pas lu, c'est-à-dire véritablement, d'où le titre,
05:04ce qui s'est déroulé ou ce qui se trouve entre les lignes.
05:08Ça, c'est aussi un choix assez audacieux, finalement, de raconter les coulisses.
05:11Oui, alors, moi je suis un peu fatigué par les témoignages,
05:17entre guillemets, sur le ton, moi je, moi je,
05:20ou alors je reprends la collection de mes reportages et je les publie tels quels,
05:24ça n'a aucun sens, la situation politique a tellement changé
05:26entre les premiers, ceux d'il y a plus de 20 ans et aujourd'hui,
05:30je les resitue dans le contexte de l'époque, si vous voulez,
05:32mais je ne voulais pas les reprendre tels quels, trop facile.
05:35Bon, en revanche, on ne parle jamais, en fait, les gens ne se rendent pas compte,
05:39que ce soit à la télé ou dans un magazine,
05:42sur papier glacé, c'était le cas de Figaro Magazine,
05:45on ne se rend pas compte de ce qui s'est passé avant d'arriver à ce résultat.
05:50Et c'est donc, j'ai voulu mettre les mains dans la machine presse,
05:53mais dans le cambouis de la machine presse.
05:55Vous savez, c'est ce que disait Céline sur la fabrication du roman,
05:58Louis Ferdinand Céline, pas Céline Dion,
06:00Louis Ferdinand disait,
06:03voilà, le lecteur d'un roman, il est comme le passager d'un paquebot,
06:07à la grande époque, des transatlantiques,
06:10entre les deux guerres.
06:13Pas que beau de luxe,
06:14lui, il est sur le pont dans son transat,
06:17il joue du spectacle,
06:19ensuite il va déjeuner, restaurant,
06:21puis le soir il y a un bal, joli fable, etc.
06:23Mais il n'a pas à connaître de ce qui se passe
06:25dans la salle des machines.
06:27Il peut y avoir une avarie, un tuyau crevé,
06:30un piston faussé, je ne sais quoi, je n'y connais rien.
06:33Lui, il a payé son billet, il est sur le pont,
06:37il n'a pas à savoir ce qui s'est passé.
06:40Et là, je raconte ce qui s'est vraiment passé,
06:42c'est-à-dire les problèmes, les embrouilles.
06:47Avec un risque, avec un risque, Jean-Louis Tremblay,
06:49c'est que vous n'êtes plus la berlon de Kessel,
06:51l'Artegui ou Schöndorfer,
06:52parce que quelque part, vous n'êtes pas à votre avantage
06:54dans ces aventures, voire même tribulations multiples et variées.
06:58Oui, c'est ça, effectivement.
07:00Et j'ai voulu aussi, d'une certaine manière,
07:02métier de grand reporter ou reporter de guerre,
07:05selon les cas.
07:06Il n'y a pas que des...
07:06Je tiens à préciser, il n'y a pas que des...
07:08C'est pour ça que j'ai voulu sous-titrer
07:09reportage de guerre et aventure de presse.
07:11Bien sûr, peut-être que c'est 75% de reportage de guerre,
07:13mais il n'y a pas que ça.
07:15Il y a un sujet sur les hooligans britanniques,
07:17on n'est pas en guerre.
07:18OK, c'est une guerre dans les tribunes,
07:20mais peu importe.
07:23Il n'y a pas de coup de feu,
07:24il n'y a pas de poudre ou autre.
07:26Non, ce que je voulais...
07:29Il y a un mythe autour de ce métier
07:31de grand reporter ou reporter de guerre.
07:32Le mythe, c'est...
07:33Le type, il est trop fort, etc.
07:36Et souvent, je vois,
07:37quand je donne des cours dans les écoles de journalisme,
07:40les jeunes sont là,
07:40qu'est-ce que vous voulez faire ?
07:41Reporter de guerre, bon.
07:43Mais je m'aperçois que c'est un métier fantasmé,
07:46hélas, méconnu, voire inconnu.
07:49Ce que je vais vous raconter,
07:50c'est comment ça se passe vraiment,
07:51comment on fait pour choisir un hôtel,
07:53comment on fait pour choisir un fixeur.
07:54Un fixeur, c'est celui qui fait à peu près
07:56être tout sur place,
07:56interprète, traducteur,
07:58qui vous trouve les contacts, etc.,
08:00qui peut vous sauver la vie.
08:02Ou alors, dans le cas contraire,
08:04s'il est mauvais,
08:05vous la faire perdre.
08:09Donc tout ça, c'est important.
08:11Le rapport au temps aussi,
08:12très très important,
08:13parce que quand on voit le résultat,
08:14si on voit 10 pages d'un beau magazine,
08:16on se dit, ah, c'est bien léché,
08:18c'est bien...
08:18On a presque l'impression,
08:19le mec est en vacances.
08:21Le mec, excusez-moi,
08:22c'est populaire,
08:23mais j'aime bien ça, c'est volontaire.
08:24Voilà, le mot important,
08:26ils étaient bien là-bas.
08:28Oui, parce qu'on veut faire
08:28un beau produit pour un beau magazine,
08:30en l'occurrence, le Figaro.
08:32Mais ce n'est pas pour ça
08:34que ça s'est passé.
08:35Et pour arriver à ce résultat,
08:37on a peut-être passé
08:38deux, trois, quatre semaines,
08:40donc quasiment trois semaines
08:41à attendre dans un hôtel
08:42miteux à une frontière.
08:44Il y a beaucoup de solitude, non ?
08:46Dans ce métier ?
08:48Dans mon cas, non,
08:49parce que j'ai eu la chance
08:50et le luxe de travailler
08:51pour le Figmag,
08:52et le Figmag avait les moyens
08:54d'envoyer toujours un binôme.
08:57C'est-à-dire, je travaillais...
08:58D'ailleurs, hommage rendu
08:59à mes camarades photoreporteurs,
09:00moi, j'étais rédacteur,
09:02et eux, ce sont les photographes,
09:04et en partaient à deux.
09:05Et évidemment,
09:06au bout d'un reportage,
09:07surtout dans une situation
09:07un peu tendue,
09:08il faut partir avec des gens
09:09qu'on aime bien,
09:11il faut que ça se passe bien.
09:12Donc, ils sont devenus des amis.
09:14Je sais qu'une année,
09:15je crois que c'est en 2004,
09:16je calculais ça l'autre jour
09:17avec mon ami photographe
09:18Noël Kidu,
09:19qui est un grand remporteur
09:20qui a eu trois fois
09:21le Wordpress,
09:22un grand remporteur de guerre,
09:23un des meilleurs au monde,
09:24au monde, j'ai dit bien,
09:26en 2004,
09:29nous avions calculé
09:29que plus de la moitié de l'année,
09:34on est ensemble,
09:36et pas avec nos familles respectives.
09:39Donc, bon, ça crée des liens.
09:40Et c'est pour ça que
09:41celui que je rends hommage
09:42au photographe,
09:43donc je rappellerai toujours
09:44cette phrase,
09:44de Robert Capa,
09:46le fondateur de l'agence
09:47Magnum,
09:48qui disait toujours,
09:51à propos des photographes de guerre,
09:53si ta photo n'est pas assez bonne,
09:54c'est que tu n'étais pas assez près.
09:56Bon, ça veut tout dire.
09:58Donc, celui qui,
09:59dans le binôme en question,
10:00donc, pour ça que la solitude,
10:01non, elle est évacuée,
10:02en vérité,
10:03mais, en revanche,
10:04pour le côté prise de risque,
10:06c'est toujours le photographe
10:07qui entend,
10:07ou les gens de l'image.
10:08Voilà, c'est pour ça
10:09qu'elle a l'une du photographe.
10:09Voilà, c'est pour ça qu'il y a
10:10le photographe qui était avec moi,
10:11Patrick Robert.
10:12On va rentrer dans certains sujets,
10:14je ne peux pas les faire tous,
10:15bien évidemment,
10:16parce qu'on suit
10:16ces 20 années
10:18ensemble
10:19de missions,
10:21quasiment,
10:21de missions.
10:22Mais à croire quand même
10:23que l'histoire est un éternel recommençant,
10:25vous êtes en avril 2002.
10:27Avril 2002,
10:28c'est à Bethléem,
10:28c'est la ville natale du Christ,
10:30assiégée par l'armée israélienne,
10:32chrétiens et musulmans
10:33vivent à ce moment-là
10:35dans la terreur de cette guerre
10:36qui oppose
10:37Sahal
10:37aux Palestiniens.
10:39Un éternel recommencement,
10:40on est en 2025
10:41et
10:42la situation est toujours
10:43explosive.
10:45Rien n'a changé,
10:46j'y suis retourné,
10:47je ne sais pas,
10:47une demi-douzaine de fois.
10:48Bon,
10:49le problème est toujours le même,
10:50il y a,
10:51c'est un sujet complexe,
10:52le conflit
10:53israélo-palestinien
10:55et hélas,
10:56aujourd'hui,
10:57il est réduit
10:58à sa plus simple expression,
11:00c'est-à-dire
11:00son expression
11:01manichéenne,
11:02le bien contre le mal,
11:03le noir contre le blanc.
11:04C'est plus compliqué que ça,
11:05c'est beaucoup plus complexe,
11:07comme vous le dites très bien,
11:08Bethléne,
11:08par exemple,
11:09est une ville
11:10palestinienne,
11:12certes,
11:12et c'est pour ça que les combattants
11:13palestiniens
11:15s'étaient réfugiés
11:15dans la basilique de la nativité,
11:17donc là où le Christ est né,
11:20mais parmi ces combattants palestiniens,
11:22il y avait des chrétiens,
11:24pas seulement des musulmans,
11:25aujourd'hui on a tendance à voir
11:26musulmans
11:27contre
11:27juifs.
11:29Non,
11:30c'est pas ça.
11:31Dans l'armée israélienne,
11:32par exemple,
11:32vous avez des musulmans aussi,
11:33vous avez des druses.
11:35C'est un sujet complexe,
11:37c'est compliqué,
11:37aussi compliqué que l'Ancien Testament,
11:39si vous voulez,
11:40ou le Pentateuch,
11:43et les gens,
11:44quand j'écoute
11:45les chaînes 9 en continu,
11:46je ne citerai pas,
11:47mais bon,
11:48vous ne faites pas partie,
11:50heureusement,
11:51c'est terriblement...
11:55Les gens ne comprennent pas,
11:56ou alors,
11:56il faut que j'aime...
11:57On n'a pas à choisir un camp,
11:58en vérité,
11:59c'est que c'est beaucoup plus compliqué
12:00que ça.
12:00Effectivement,
12:01à l'époque,
12:01nous sommes en pleine
12:02deuxième intifada,
12:04et les problèmes sont toujours les mêmes,
12:07et les problèmes sont toujours les mêmes,
12:08c'est notamment
12:08les territoires occupés,
12:11et l'extension permanent
12:13des colonies en Cisjordanie.
12:15Ça commence comme ça,
12:16c'est un conflit territorial.
12:17La différence,
12:18c'est qu'il est venu se greffer
12:20sur ce conflit
12:21territorial
12:22d'origine,
12:23qui remonte
12:23à la création
12:24de l'État d'Israël,
12:25donc au premier plan,
12:26ou même avant
12:27à la déclaration de Balfour,
12:28de la Première Guerre mondiale,
12:30et même avant
12:31à Théodore Herzl
12:32et le sionisme
12:33des origines,
12:34avec cette migration massive
12:36des Juifs
12:37d'Europe centrale
12:37vers un territoire
12:39qui, à l'époque,
12:39était à 95%
12:40arabe-palestinien.
12:42Quand je dis arabe,
12:43ce n'est pas musulman,
12:44comme je le dis,
12:44il y a des chrétiens.
12:45En tout cas,
12:45c'était arabe-palestinien.
12:47Il y a eu
12:47quand même
12:48une petite spoliation
12:49de ces terres.
12:50Donc à l'origine,
12:50c'est territorial.
12:51C'est greffé
12:52après,
12:53puisqu'on parle de 2002,
12:54mais après 2001
12:55et plus encore
12:57après l'intervention
12:58américaine en Irak,
12:59etc.
13:00Et puis la guerre en Syrie,
13:02un problème religieux
13:03qui, aujourd'hui,
13:06finalement,
13:07absorbe
13:07et concentre
13:08tout le débat.
13:10Islam
13:10contre
13:11les autres
13:12religions de Balfour.
13:13ce n'est pas aussi
13:16simple que ça.
13:18Voilà.
13:18Et pour s'en rendre compte,
13:21il faut y aller.
13:23On lit.
13:24Entre les lignes,
13:24on regardera
13:25cette incroyable
13:27histoire.
13:282002,
13:29c'est assez récent.
13:31Et ça se déroule
13:31à Bethléem
13:32et on est,
13:33comme vous l'avez dit,
13:34vraiment au centre même
13:35de l'histoire
13:36de l'humanité chrétienne.
13:37septembre 2003,
13:39vous vous rendez
13:39au Kosovo.
13:40Pas dans la même région,
13:41pas dans le même continent.
13:42Ce n'est pas la première fois
13:43et vous y découvrez.
13:44Alors là,
13:45une situation révoltante,
13:46comme en 1989,
13:48quand vous revenez
13:49de Belgrade,
13:50écrasé sous...
13:5099.
13:5199.
13:52Oui, j'ai dit quoi ?
13:5289 ?
13:5399.
13:54Quand vous revenez
13:55de Belgrade,
13:56écrasé sous les bombes
13:57de l'OTAN.
13:58Vous n'avez pas adhéré
13:59au narratif.
14:00Petite.
14:01Les gens
14:01t'y kosovars,
14:02musulmans,
14:03affamés,
14:03opprimés
14:04et les serbes orthodoxes,
14:05méchants et oppresseurs.
14:06Là aussi,
14:07c'est plus compliqué que ça.
14:08Oui, exactement.
14:09Moi, j'ai toujours été révolté.
14:10Bon, la première raison,
14:11c'est effectivement...
14:12Alors,
14:13je n'ai pas tendu 1999
14:14pour...
14:16Comment dire ?
14:19Je n'aime pas ce terme
14:20prendre le parti.
14:21En tout cas,
14:21essayer d'atténuer
14:22le narratif officiel
14:24qui était
14:24anti-serbe.
14:26C'est-à-dire que
14:27j'ai fait des articles
14:28pour dire que
14:29les serbes avaient peut-être
14:30des raisons de faire
14:30ce qu'ils faisaient
14:31avant 99.
14:33Et c'est parce que
14:33j'ai écrit ces articles
14:34à l'époque
14:35que
14:35j'ai pu obtenir
14:36un visa pour la Serbie.
14:38Avant,
14:40je suis parti
14:41pendant les bombardements.
14:43J'étais à Belgrade
14:44quand
14:45la coalition internationale
14:47dont la France
14:48faisait partie
14:49a bombardé
14:50la capitale serbe.
14:52C'est-à-dire que
14:52la France,
14:53pour que ce soit bien clair,
14:54a pris part
14:55directement
14:56au bombardement.
14:57Pas indirectement,
14:58par l'évasion de matériel.
14:59Non,
15:00avec des pilotes de chasse.
15:02Officiellement.
15:03Officiellement.
15:03et a donc bombardé
15:04une population civile
15:06à Belgrade.
15:07Parce que,
15:08bon,
15:08évidemment,
15:08on visait tel ou tel ministère.
15:10Mais bon,
15:10c'est très bien
15:10ce que c'est
15:11qu'un bombardement.
15:13Voilà.
15:14Donc,
15:15en vérité,
15:16la France
15:16a participé
15:17à,
15:18alors,
15:19pas une annexion,
15:20mais en tout cas,
15:21le bombardement
15:22d'un pays européen
15:24en 1999.
15:25Ce qu'on reproche
15:26aujourd'hui
15:26à la Russie,
15:27si vous voulez.
15:29Nous,
15:29on l'a déjà fait.
15:29Alors,
15:30évidemment,
15:31sous la férule
15:32des Etats-Unis,
15:32comme d'habitude,
15:34mais au mépris
15:35du droit international.
15:36Cette guerre
15:37fut inique
15:38et les victimes
15:40étaient serbes.
15:42Tout ça,
15:42pourquoi ?
15:43Pour donner un État
15:44aux Kosovars,
15:45qui ne sont autres
15:46que des Albanais
15:46et qui d'ailleurs rêvent
15:47de la Grande Albanie,
15:49donc une réunification
15:50à son rattachisme,
15:53un rattachement
15:54à la Grande Albanie,
15:56qui même,
15:57selon certaines cartes,
15:58s'étend jusqu'à la Macédoine,
15:59réunir tous les Albanais
16:01musulmans
16:02dans un seul
16:03et même État.
16:08Albanais,
16:08dont je rappellerai
16:09quand même
16:09que pendant la guerre,
16:11ils ont participé
16:12dans une division SS
16:14à la guerre
16:14avec les Allemands.
16:16Ce que les Serbes
16:16n'ont jamais fait
16:17puisqu'ils ont été
16:18les seuls
16:18à résister véritablement.
16:20Ils étaient monarchistes
16:21avec Mialovitch
16:22ou alors communistes
16:23avec Tito.
16:25Ce sont les seuls.
16:26Tous les autres
16:26ont collaboré
16:27avec les Allemands.
16:28Stéphane Barsak,
16:29qui signe
16:30la préface du livre,
16:31indique qu'il vous a rencontré
16:32pour la première fois
16:33à votre tour de Belgrade
16:34et il ajoute
16:35« J'ai estimé
16:37que Jean-Louis
16:38ne serait jamais
16:39dupe de rien.
16:40Il avait saisi
16:40que l'Europe
16:41se suicidait. »
16:43Et la conclusion
16:43de vos reportages
16:44chez les Serbes
16:45ACG,
16:45c'était ça,
16:46l'Europe se suicide.
16:47Oui,
16:48c'est l'Europe
16:48se suicide.
16:49Je veux dire,
16:51deux peuples
16:51de même culture,
16:53de même...
16:54Alors,
16:55évidemment,
16:55il y a eu
16:55le schisme
16:56de 1054,
16:59on s'en va dire.
16:59Orient-Occident,
17:00peu importe.
17:02Deux peuples chrétiens,
17:04de même culture,
17:07de même race
17:07et de même histoire,
17:09de berceaux
17:11civils nationnels,
17:12s'en font la guerre
17:13sous la...
17:15Encore,
17:16je le dis,
17:16sous le commandement
17:17de l'oncle Sam,
17:19donc d'un peuple
17:20qui ne représente rien
17:21par rapport à nous,
17:22Européens.
17:23D'ailleurs,
17:23ils sont issus de nous,
17:24enfin d'une partie,
17:25d'un fragment,
17:25notamment des îles britanniques.
17:27Mais donc,
17:28il y avait ce côté suicidaire
17:29et puis,
17:31au nom de...
17:34Tout ça pour mettre
17:34en place un État
17:35qui serait musulman
17:37et donc contraire
17:37à toutes nos valeurs
17:38fondatrices.
17:40Oui,
17:40c'est une forme de suicide,
17:41complètement.
17:42Et en plus,
17:43j'ai ajouté que c'était
17:44dans le cas de la France
17:46et quand j'étais à Begrat,
17:47là,
17:48il y avait...
17:49Les Serbes...
17:50Les Serbes adorent la France.
17:53Comme vous allez en Russie,
17:54vous sortez les gens,
17:56ils connaissent mieux
17:58Zola et Balzac
18:01qu'aucun Français
18:02ne connaît Tolstoy
18:03ou Tchékov.
18:04Donc,
18:05voilà,
18:05il y a un vrai respect
18:06de la culture française
18:07et ne comprennent pas
18:08pourquoi on a pris
18:09le parti des Kosovars.
18:11Les Kosovars,
18:12il faut quand même
18:13voir ce que c'est.
18:13L'État,
18:14le Kosovo créé
18:15par les États-Unis
18:16et l'OTAN,
18:17c'est quoi ?
18:17C'est un État mafieux.
18:18C'est un État mafieux,
18:19tout simplement.
18:20Il y a même des histoires
18:20terribles de trafic d'organes
18:21sur les prisonniers serbes,
18:23etc.
18:23Puis vous y allez,
18:24la moitié des voitures
18:25n'ont pas de plaque
18:25de matriculation,
18:27il y a des bandes
18:27à la Moldave.
18:28C'est ça la réalité.
18:29C'est un camp d'entraînement
18:29des islamistes,
18:30hein ?
18:30Voilà,
18:31voilà,
18:32donc oui,
18:33c'est un suicide.
18:35On poursuit,
18:37on trace la route,
18:38si j'ose dire,
18:39entre les lignes
18:39il y a tout juste dix ans.
18:41Vous êtes rendu là,
18:42dans la région du Donbass,
18:43à la frontière,
18:44donc entre le Donbass
18:44et l'Ukraine,
18:45une frontière déjà
18:46à l'époque
18:46aux contours flous
18:48et irrationnels.
18:50Et vous parlez là,
18:51ce terme est important,
18:52de voyage en absurdie.
18:53Pourquoi ?
18:55L'absurdie,
18:56elle est flagrante
18:57quand on y va,
18:58c'est-à-dire que
18:58vous aviez,
19:02en fait,
19:03j'appelle,
19:04je crois qu'il y a deux titres,
19:06il y a voyage en absurdie
19:06et le deuxième titre,
19:07c'est la genèse d'un conflit.
19:09Ouais,
19:10parce que c'est véritablement
19:11la genèse.
19:11Et encore,
19:12la genèse,
19:13on peut remonter
19:14à la révolution orange
19:15de 2004,
19:15mais c'est la première fois
19:17où on prend les armes
19:18dans cette région,
19:19donc vous avez la décision
19:21d'un gouvernement ukrainien
19:22anti-russes,
19:25notamment d'interdire le russe
19:26dans certaines régions
19:27russophones de l'Ukraine,
19:28qui sont le Donbass,
19:30avec deux républiques
19:31qui ont autoproclamé
19:33leur indépendance,
19:34qui sont les républiques
19:35de Donetsk
19:35et la deuxième,
19:36c'est de Lugansk.
19:39À partir de là,
19:40une première guerre
19:40avec une ligne de front,
19:41une ligne de front
19:42qui est définie
19:42peu ou prou
19:43par les accords de Minsk
19:44en 2014,
19:44puis revisité
19:45un an plus tard,
19:46si je ne m'abuse.
19:48Et vous avez
19:50une ligne de front,
19:50vous pouvez encore
19:53passer de l'une
19:54à l'autre.
19:55Aujourd'hui,
19:56vous êtes obligés
19:56d'aller dans un camp
19:57ou dans un autre.
19:58À l'époque,
19:59on arrivait à passer
20:00dans l'un ou l'autre
20:01des cas.
20:02Il fallait simplement
20:02se faire accréditer
20:03à Donetsk
20:05pour évoluer
20:06dans la République
20:07séparatiste
20:08pro-russe,
20:09et puis
20:09Kramatorsk,
20:11je crois,
20:11côté ukrainien.
20:13Mais on pouvait y aller.
20:13Alors pourquoi
20:14voyager en absurdité ?
20:14Parce que je suis soumis
20:15exactement au même
20:16interrogatoire,
20:17formalité,
20:19checkpoint,
20:19contrôle,
20:20voilà,
20:21comme ça de faire...
20:22Parce que ces deux pays,
20:23c'est quand même
20:23les héritiers de Stalina.
20:25Donc,
20:25imaginez à peu près
20:26le niveau du paperacier
20:28moyen stalinien.
20:30Ukrainiens ou russes,
20:31c'est les mêmes.
20:32Je dis que c'est les mêmes,
20:33c'est vraiment les mêmes.
20:33C'est-à-dire,
20:34pour les deux,
20:35c'est des clones,
20:36ils se ressemblent,
20:37c'est la même chose.
20:39D'ailleurs,
20:39Khrushchev était...
20:40Khrushchev était ukrainien.
20:42Bon,
20:43ce sont les mêmes.
20:44La même religion,
20:45la même,
20:46bien souvent,
20:46en tout cas dans l'Est,
20:47ils partent tous russes,
20:48il n'y en a pas beaucoup
20:49qui connaissent l'ukrainien,
20:50l'ukrainien ayant été
20:51une langue reconstituée
20:53au XIXe siècle.
20:55En vérité,
20:56Ukraine,
20:56ça veut dire
20:57Ukraina,
20:58Ukraina,
20:58ça veut dire
20:59la frontière militaire.
21:00C'était l'extension
21:01la plus méridionale
21:04de l'Empire tsariste.
21:06Donc,
21:06frontière militaire.
21:07Et c'est pour ça
21:08qu'il y a eu une unité
21:09de Cossacks,
21:10Cossacks du Zaporoog,
21:11etc.,
21:12qu'on appelle aujourd'hui
21:13Zaporoidja,
21:14quand on est un expert militaire
21:15sur LCI ou BFM,
21:16Zaporoidja,
21:17avec l'exemple
21:18si possible,
21:19et une très jolie ukrainienne
21:20à côté qui est spécialiste
21:21de jeu politique,
21:22bizarrement.
21:23En fait,
21:24votre reportage,
21:24vous dites qu'en 2015,
21:25il pouvait se dérouler,
21:26vous l'avez dit à l'instant,
21:26dans les deux camps,
21:27chez les ukrainiens
21:28et chez les responsables
21:29séparatistes pro-russes,
21:30mais ce n'est plus le cas.
21:31Vous dites,
21:32vous ajoutez même,
21:33d'ailleurs,
21:33si d'aventure un journaliste
21:34refuse la doxa véhiculée
21:36par un Bernard-Henri Lévy,
21:37par exemple,
21:38il signe son arrêt
21:38de mort professionnel.
21:39Ce n'est pas rien quand même.
21:40Ah oui,
21:46en Ukraine de 2022,
21:51là,
21:51c'est choisi de ton grand camarade,
21:53sinon c'est la mort professionnelle.
21:55Je vais prendre l'exemple
21:56de mon ami Régis Le Sommier,
21:58par exemple,
22:01qui,
22:02après avoir été numéro d'autre
22:03Paris Match
22:03pendant des années et des années,
22:04est en tant que tel
22:07vénéré par toute la profession,
22:09parce que tout le monde
22:10voulait passer dans le match,
22:11et puis il y a un monsieur
22:12tapis rouge,
22:13et puis il se trouve
22:14qu'il a quitté Match
22:15et qu'il a travaillé à l'époque
22:16pour RT,
22:18RT France,
22:18Russia Today France,
22:20donc voilà,
22:21qualifié immédiatement
22:22de médias pro-russe,
22:25et que 15 jours après
22:26l'invasion russe
22:30de l'Ukraine,
22:31parce que c'est quand même
22:31une invasion,
22:32ça je ne le nie pas,
22:33je ne suis pas
22:34dans le négationnisme,
22:36mais 15 jours après,
22:38fermeture de Russia Today,
22:40il se retrouve au chômage,
22:42et personne ne veut l'employer.
22:44Alors je lui ai tendu la main,
22:45j'ai fait travailler deux fois
22:45pour le Figaro magazine,
22:47mais bon,
22:47c'est une exception,
22:48ça n'a pas duré longtemps,
22:49parce qu'au bout d'un moment,
22:49il y a eu un coup de semence,
22:51on a dit, écoutez,
22:52on peut faire travailler le sommet,
22:53c'est un agent du FSB.
22:57Donc ça a des conséquences économiques
22:58et humaines
22:59pour des gens et pour des familles.
23:02Et c'est vrai,
23:03ce qui a changé
23:03dans tous ces conflits,
23:04mais c'est la même chose
23:05à Gaza,
23:07vous ne pouvez pas passer
23:08d'un camp à l'autre,
23:10parce qu'aujourd'hui,
23:11évolution aussi,
23:13il y a l'évolution numérique,
23:15et nous sommes,
23:15vous le savez très bien,
23:16depuis le confinement,
23:17on l'a bien vu,
23:17puisque c'est un exercice
23:18d'asservissement,
23:20grandeur réelle,
23:21de plusieurs populations,
23:22pas une seule,
23:23fantastique comme exercice,
23:25nous sommes tous fliqués,
23:27code barré.
23:29Donc si vous faites
23:30une incursion
23:31au territoire ukrainien,
23:34vous ne vous retrouverez plus
23:34jamais chez les Russes,
23:36qui en plus,
23:36parce que dans les deux camps,
23:37ils sont complètement paranoïaques.
23:39Évidemment,
23:40vous êtes un espion.
23:41Donc vous ne pouvez pas.
23:43Or, moi,
23:44dans des conflits avant,
23:45par exemple,
23:46puisqu'on parlait
23:46de l'affaire de Bethlehem
23:47en 2002,
23:49je pouvais aller un jour,
23:51parce que tout est petit,
23:52il faut imaginer Israël,
23:53c'est un département,
23:54en superficie.
23:57Vous pouvez une journée,
23:58la passer avec Tzal,
23:59parce que vous trouvez
24:00qu'ils font une opération
24:00qui vous intéresse
24:01dans tel ou tel village
24:02de Cisjordanie,
24:03et le lendemain,
24:04parce que vous avez
24:04des contacts
24:05avec le FATA
24:08ou la brigade des martyrs,
24:10aller côté palestinien.
24:11C'était possible.
24:12Aujourd'hui,
24:12c'est impossible.
24:13Vous avez bien vu,
24:13à Gaza,
24:14personne ne rentre,
24:15personne ne sort.
24:15Vous pouvez se rentrer à Gaza.
24:16Personne ne rentre,
24:16personne ne sort.
24:17Donc la seule information
24:18qu'on a,
24:18résultat,
24:20elle est biaisée.
24:21Parce que les seules images
24:21que nous avons,
24:22en termes d'images,
24:23que nous avons de Gaza,
24:25s'ils soient filmés
24:26par le service de presse
24:27des armées israéliens,
24:30soit par des journalistes
24:33palestiniens,
24:34mais s'ils sont encore
24:34sur place,
24:35et s'ils ne veulent pas
24:37que leur famille
24:37soit décapitée,
24:39ils n'ont pas intérêt
24:40à dire que le Hamas,
24:41ce n'est pas bien.
24:42Donc forcément,
24:42vous avez une information
24:44dans les deux camps
24:45qui est totalement biaisée.
24:47Est-ce que vous pensez
24:48que dans le monde,
24:49aujourd'hui,
24:49ces terres inconnues
24:50du journalisme,
24:51en fait,
24:51en progresser,
24:52par exemple,
24:52en Somalie,
24:53on ne sait plus
24:53ce qui s'y passe,
24:54on n'a même plus
24:55la capacité de voir
24:56en Éthiopie
24:57ce qui se passe vraiment
24:58dans beaucoup
24:58d'autres pays d'Afrique.
25:00Ils ont trouvé
25:01que par rapport
25:01à il y a 25 ans,
25:03c'est une situation
25:03qui s'est amplifiée.
25:05Malgré les moyens
25:05technologiques,
25:06drones, etc.,
25:07on ne sait plus
25:07ce qui se passe.
25:08Est-ce qu'on n'a plus
25:09de grands reportages
25:10de journalistes sur place ?
25:12Parce que cette profession
25:14a été un peu sacrifiée
25:15sur l'hôtel du Vaudor,
25:17parce que c'est pour
25:18des raisons économiques
25:19qu'on n'envoie plus
25:19des reporters.
25:20Ça coûte beaucoup
25:20trop cher.
25:21C'est la première raison.
25:22Deuxième raison,
25:23c'est parce qu'un journal
25:23est financé par
25:24les annonceurs publicitaires.
25:26Les annonceurs publicitaires,
25:26les guerres,
25:27ça, ils n'intéressent pas.
25:28Et l'Afrique,
25:29je l'ai entendu,
25:29ça,
25:30à la bouche de gens
25:31qui vendent des encarts
25:32publicitaires
25:32pour des grands magazines,
25:34c'est que l'Afrique,
25:35ça ne vend pas.
25:36Donc,
25:37quand on s'appelle Dior
25:38ou BMW
25:38ou Rolex,
25:40on n'a pas envie
25:41d'avoir une histoire
25:42qui se déroule,
25:43par exemple,
25:43je vais prendre un cas précis,
25:45au Congo.
25:46Au Congo,
25:46se déroule actuellement
25:47l'un des plus grands massacres
25:49sur la planète.
25:52Ce qui se passe en Ukraine
25:54et même à Gaza,
25:56où c'est beaucoup plus meurtrier,
25:59c'est rien par rapport
26:00à ce qui se passe
26:01dans la République démocratique
26:02du Congo,
26:03un terme qui m'a toujours
26:04fait marrer,
26:04la République démocratique
26:06du Congo,
26:07qui est un massacre
26:08qui date des guerres
26:09du Rwanda
26:09entre Hutu et Tutsi
26:10de 1994,
26:12qui n'a jamais cessé.
26:13C'est un million et demi,
26:16deux millions de morts.
26:17Et je pense qu'il y a
26:18plus de morts chaque jour
26:19au Congo
26:20que dans le conflit ukrainien.
26:25Mais l'Afrique,
26:26ça ne vend pas,
26:26comme disaient
26:27les pubards,
26:29et c'est comme ça.
26:31Et c'est triste à dire,
26:32mais c'est comme ça.
26:32Donc l'Afrique,
26:33vous avez bien noté,
26:34on n'en parle jamais.
26:35Or, il n'y a pas
26:36que l'Afrique,
26:36il y a plein de conflits,
26:37il y a au Nigeria,
26:38il y a beaucoup à Aram,
26:39il y a le Sud-Soudan,
26:39il y a la Somalie,
26:40vous avez évoqué,
26:42des troubles,
26:43il y en a partout,
26:44il y en a encore
26:44dans le nord de la Côte d'Ivoire,
26:50il y en aura demain
26:50au Sénégal,
26:51autour du lac Chad,
26:52ça ne va pas très bien
26:53avec les islamistes,
26:55on n'en parle pas.
26:56Ah oui,
26:58c'est de se quitter
26:58sur une note
26:59un peu sympathique,
26:59vous avez raccroché
27:00les gants
27:01en mai 2022
27:02après avoir fait
27:03un reportage
27:04au sein des forces
27:05spéciales françaises,
27:06ce n'est pas fait
27:06depuis 1969,
27:07donc c'était
27:08une belle réussite,
27:09et c'est une décision
27:11sans prise,
27:12si j'ai bien lu,
27:13dans une voiture
27:13vous menant à Lyon
27:14conduisant en simple
27:15caleçon,
27:17et pour une raison
27:17peut-être
27:18assez simple,
27:19vous dites que la vieillesse
27:20est un naufrage,
27:21je ne veux pas vous croire.
27:23C'est un clin d'œil,
27:26vous savez,
27:26un livre c'est comme
27:28un article.
27:28Il dit comme ça,
27:29ça fait de l'un,
27:29mais il faut trouver
27:30une chute,
27:31et cette chute
27:31c'était une vraie chute
27:32dans les deux sens du terme
27:33puisque je tombe
27:34dans un zodiaque,
27:34dans une mer d'huile
27:35au large de Toulon,
27:36alors je venais passer
27:37une semaine
27:38avec des types
27:39qui sont en l'occurrence
27:40les nageurs de combat,
27:41donc commando marine,
27:42commando hubert,
27:43notre élite de l'élite
27:45basée à Toulon,
27:46et qui servent
27:46ouverts sur terre,
27:48dans les airs
27:49et sur mer,
27:50et oui,
27:50je me vôtre
27:51comme un marre de douce,
27:52lamentablement,
27:53en essayant
27:55de rejoindre
27:56le quai
27:56de Porte de Toulon.
27:58Donc,
27:59comme il fallait
28:00que je trouve
28:00une chute à ce livre,
28:01je lui dis,
28:01ben voilà,
28:02bon ok,
28:03on ne peut pas être
28:03et avoir été,
28:04je cite le général de Gaulle
28:06que je n'aime pas,
28:06mais quand même
28:07il y a eu cette formule,
28:08la vieillesse
28:08est un naufrage.
28:09Vous avez tout quitté,
28:10vous vous êtes retrouvés
28:11en caleçon.
28:12Maintenant j'écris.
28:14Ah oui,
28:14j'ai dit ça en caleçon
28:14parce qu'après,
28:15c'est pas ça qui est important,
28:16c'est qu'on a le sentiment
28:17qu'en fait,
28:17vous avez tout abandonné
28:18ce jour-là.
28:19Oui, ça peut ça.
28:19Pas seulement votre matériel
28:20mais aussi votre défroque.
28:22C'est un peu ça.
28:23C'est un peu ça.
28:24Et donc,
28:24des regrets.
28:25Pas de regrets,
28:26non,
28:27parce que,
28:27je serais bien,
28:29il y a un temps pour tout.
28:30Le métier avait changé,
28:32voilà,
28:33place aux jeunes aussi.
28:34Reportage de guerre
28:34et aventure de presse
28:35entre les lignes.
28:36Je vous invite
28:36à découvrir
28:37cet ouvrage
28:38aux éditions
28:39Eric Bonnier
28:40et je vous invite
28:41à acheter
28:42cet ouvrage
28:43directement
28:44dans la boutique
28:44de TVL.
28:45Vous allez sur le site
28:46tvl.fr,
28:47vous connaissez
28:47le chemin,
28:48bien évidemment,
28:49pour se procurer
28:49cet ouvrage.
28:50Vous allez rire,
28:51vous amuser
28:52et puis aussi découvrir
28:53des atrocités.
28:54Merci à vous,
28:55Jean-Luc Tremblay.
28:56Merci, Martial.
Commentaires
1
brayewbd260il y a 5 mois
il faudrait préciser; " C'est plus compliqué que ça!" C'est toujours des humains qui agissent; il pourrait dire ce qu 'il lui parrait anormal; par exemple..

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