00:00Romain Desarbres
00:01Bonjour à tous, bonjour à tous, bienvenue sur Europe 1 pour Essie, on en parlait avec vous Marie-Estelle Dupont.
00:07Bonjour Marie-Estelle.
00:08Bonjour Romain.
00:09Tous les jours sur Europe 1 entre 15h et 16h, votre regard de psychologue clinicienne, votre regard de psychothérapeute sur l'actualité.
00:17On vous retrouve également, c'est très important, en podcast sur l'application Europe 1.
00:21Aujourd'hui on va parler de l'école, l'école qui souffre.
00:24Alors, on a déjà parlé de l'école depuis la rentrée, mais aujourd'hui, vous l'y abordez, Marie-Estelle, plus précisément,
00:30la réorganisation de ce qu'on va appeler l'institution scolaire, qui est à l'origine de, notamment, la crise des vocations.
00:38Absolument. Si la mission de l'école est d'instruire et de protéger, et rien d'autre,
00:43il y a belle lurette que l'idéologie en franchit les portes,
00:45et que ce qui se passe dans les instituts de formation des maîtres est pour le moins hallucinant.
00:49Une ancienne patiente me disait renoncer à passer l'agrégation pour ne pas être obligée de prêter allégeance aux idéologies en tout genre,
00:56éloigner des savoirs qu'elle avait pour vocation de transmettre.
01:00Une autre, sentir que son burn-out était une façon de ne plus pouvoir alimenter une dynamique perverse,
01:05où le travail était désorganisé, plus que réorganisé, pour reprendre ses mots,
01:09et où on lui demandait de faire l'inverse de la vocation dans laquelle elle s'était engagée.
01:13Dans le même temps, nous constatons, nous parents, l'effondrement consternant de la France au classement PISA,
01:18et l'orthographe d'individus pourtant fort diplômés qui frôlent le phonétique,
01:22quand un élève sur deux arrive en sixième sans lire correctement.
01:25L'école, qui a permis à nos grands-parents de passer parfois de l'illettrisme et de la pauvreté
01:30à des carrières de hauts fonctionnaires ou d'entrepreneurs à succès,
01:33semble avoir été avalée, chers auditeurs d'Europe 1, par une bureaucratie obèse,
01:37un entrisme idéologique, une logique de rentabilité, un management par la peur,
01:42un abandon des professeurs et des élèves, mais surtout une gangrène de l'autorité
01:46qui, selon moi, ne vient pas tant d'élèves subitement insolents que d'élites
01:49qui ont orchestré la dévalorisation du savoir et la désorganisation du travail.
01:54Partout, la transmission du savoir est rongée par une idéologie progressiste
01:58qui a la prétention de réécrire le passé et de se présenter comme une vérité unique,
02:02sans s'assumer comme un choix parmi d'autres possibles.
02:05Mais aussi, par le mariage insidieux, me semble-t-il, entre ce qu'il y a de pire dans le socialisme
02:10et ce qu'il y a de pire dans le néolibéralisme, une définition quantitative de l'homme.
02:15Car si l'économie bénéficie certainement d'être un marché,
02:18le sacré de la vie, et donc, les institutions telles que l'école, la justice, la santé,
02:23ne sauraient être soumises à la même concurrence.
02:25C'est alors une prédation carnassière qui peut s'abattre sur le savoir et ce qu'ils transmettent,
02:30et qui s'ape les fondants même de la démocratie en barrant l'accès au savoir au plus grand nombre
02:34et en plaçant les enseignants dans une douloureuse injonction paradoxale,
02:38« Ne faites pas ce pour quoi vous vous êtes engagés ».
02:40Finalement, la figure du maître à l'ancienne est la bête noire de certains politiques
02:45qui savent pertinemment que le savoir qu'il transmet est la clé de la liberté.
02:50Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Gabriel Pérez,
02:54auteur de « On achève bien l'école » aux éditions Grasset.
02:57Gabriel Pérez, vous êtes enseignant en philosophie,
02:59également syndicat et psychologue du travail depuis 2017.
03:02Je vous remercie d'être avec nous sur Europe 1.
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