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  • il y a 4 mois
Passée par une école de commerce, puis une galerie d'art, à consultante pour les entreprises du CAC40, puis secrétaire nationale d'un parti politique, militante dans les milieux libertaires, pour enfin être écrivaine, Corinne Morel Darleux a eu mille vies.

Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

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Transcription
00:00Bonjour Corinne Morel-Darleu, bonjour Mathieu Villard.
00:07Ce texte de Rosa Luxembourg pour ouvrir cette émission qui vous est consacrée,
00:11c'est une lettre qui a été écrite le 15 avril 1917 à son amie Louise Kotzki.
00:17Depuis la prison, elle était enfermée en Allemagne, elle sera assassinée d'ailleurs deux ans plus tard à Berlin.
00:22C'est une lettre que vous avez déjà citée ?
00:25Oui, c'est une lettre que j'ai citée comme d'autres passages de texte de Rosa Luxembourg dans mon essai
00:33« Alors nous irons trouver la beauté ailleurs ».
00:35Et c'est vrai que moi j'ai puisé dans ces lettres de prison de Rosa Luxembourg beaucoup de courage.
00:42Et Dieu sait si on en a besoin en ce moment pour ne pas céder au découragement et à l'angoisse du monde tel qu'il va mal.
00:50Oui, parce que ce qui frappe vraiment dans cette lettre, c'est le contraste entre la violence de sa situation
00:55elle est en prison et puis cette tonalité intérieure qu'elle adopte en célébrant la beauté d'un microcosme qui est là autour d'elle.
01:02Oui, c'est une très belle illustration pour moi, ces lettres de Rosa Luxembourg.
01:07C'est une très belle illustration de cette manière qu'on peut avoir de s'inquiéter du monde tout en s'en émerveillant.
01:13C'est-à-dire sans sombrer dans l'angélisme tout en restant lucide sur la violence qui nous entoure mais sans se laisser complètement flinguer en fait par cette violence.
01:25Et je crois qu'aujourd'hui c'est quand même des leçons très précieuses.
01:28Donc c'est cette capacité à trouver la beauté en toutes choses quasiment ? On pourrait dire les choses comme ça ?
01:34Oui, effectivement, c'est en tout cas de continuer à développer cette capacité à trouver de la beauté, même microscopique, même dans des interstices.
01:46Parce que c'est aussi la conscience de cette beauté qui fait qu'on peut continuer à lutter et qu'on trouve encore la force et la motivation pour justement préserver ce qui reste de beauté dans le monde.
01:57Vous êtes toujours aussi motivée pour la lutte justement ?
02:00Pour être tout à fait honnête, ça dépend un peu des jours quand même. Il y a des jours où c'est plus difficile que d'autres.
02:05Les files d'actualité ne sont pas très encourageants.
02:08Mais en tout cas, oui, j'essaye de puiser chez Rosa et chez d'autres ces leçons de vie et de courage et de militantisme.
02:19Vous dites Rosa Luxembourg, c'est votre sœur d'âme.
02:22Oui, c'est peut-être un peu prétentieux de ma part mais en tout cas...
02:25Pourquoi ?
02:26J'aime bien l'idée qu'on puisse...
02:27C'est une reconnaissance ?
02:28Oui, voilà, qu'on puisse choisir des compagnes, des ancêtres, des grands-tantes, des cousines et des sœurs d'âmes.
02:36Corinne Morel-Darleu, on vous connaît donc militante, ancienne élue, on en parlera, écrivaine.
02:41On vous doit un livre en particulier, plutôt coulé en beauté que flotter sans grâce, qui a eu beaucoup de succès.
02:46On y reviendra là aussi.
02:47Et vous explorez depuis des années les confines de notre monde, ses limites, ses effondrements, mais aussi sa beauté tenace.
02:55J'aimerais d'abord revenir avec vous à la petite fille que vous étiez.
02:58À quoi ressemblait votre enfance dans ce Paris des années 80 ? Dans quel milieu vous avez grandi exactement ?
03:04Alors d'abord, moi je suis née effectivement à Paris et j'ai grandi à Paris, donc j'étais vraiment une petite citadine jusqu'au bout des ongles.
03:12J'ai grandi auprès de parents qui avaient eu un engagement militant trotskiste très important, qui n'était plus militant au moment où je suis née.
03:23Donc ils n'étaient plus dans un militantisme actif ?
03:25Non, voilà. C'est-à-dire que je n'étais pas dans un foyer où il y avait des piles de tracts et puis des réunions politiques le soir.
03:32Mais malgré tout, je pense que naturellement, ça a forcément imprégné mon éducation et les discussions qu'on avait à la maison.
03:40Donc il y avait un terreau idéologique, on pourrait dire les choses comme ça ?
03:43Oui, tout à fait. Il y avait un terreau idéologique, politique, engagé. Ça, c'est certain.
03:50Quelle idéologie alors ?
03:52Eh bien, une idéologie de justice sociale, une idéologie d'intérêt général, de commun, de coopération, de solidarité, des valeurs de gauche, on va dire.
04:05Et ça, ça ne vous a jamais quitté ? Ou il y a eu des petites parenthèses ?
04:08Ça ne m'a jamais quitté. Il y a eu des moments où c'était moins présent dans mes vies quotidiennes.
04:13Mais en tout cas, je crois que je n'ai jamais été de droite.
04:17Même si, ça ne veut rien dire, mais vous faites une école de commerce.
04:22Après le bac, vous faites ce choix-là. Est-ce que c'est une envie de rupture, finalement, de conformité ? Comment vous l'analysez ?
04:28C'est plutôt un non-choix, à vrai dire. Dans ces années-là, quand on réussit bien à l'école, quand on est bonne élève, il y a des espèces de voies toutes tracées qui font qu'on ne se pose pas vraiment la question.
04:40En fait, on est orienté de manière plus ou moins mécanique vers, à l'époque, un bac C, donc scientifique, puis vers soit une prépa d'école d'ingénieur, soit une prépa d'école de commerce.
04:52Et donc, voilà, moi, je suis allée vers la prépa école de commerce parce que c'était ce qui était le plus généraliste à l'époque.
04:58J'étais particulièrement jeune quand j'ai passé mon bac. Je n'avais pas vraiment d'idée sur ce que j'avais envie de faire après.
05:05Donc, j'ai suivi la voie qui me garantissait, a priori, le plus de possibilités de métier à l'avenir.
05:13Mais Corinne Morel-Darleu, ça tranche un peu avec le cadre familial que vous venez de nous décrire, non ?
05:17Oui, mais ce cadre familial, il allait de pair avec une période où on parlait beaucoup du chômage,
05:27où on croyait encore que le fait de faire de bonnes études allait en protéger vos enfants.
05:32Et donc, je crois que mes parents avaient aussi à cœur de me mettre à l'abri et pour ça, de me donner les meilleures chances professionnelles par le biais des études.
05:41Et alors, vous faites quoi exactement après cette école de commerce ? Vous entrez dans le monde du 440, c'est ça ?
05:46Oui, alors pas tout de suite. Je prolonge d'abord mes études par une thèse de doctorat britannique, un PhD,
05:55sur la vision de la réussite chez les dirigeants de PME, qui battait déjà en brèche l'idée que la croissance économique était le seul marqueur de réussite,
06:09qui visait à démontrer qu'il y avait aussi des aspects humains, psychologiques, patrimoniaux,
06:15qui étaient aussi importants dans le fait d'être satisfait et de se sentir avoir réussi.
06:21Et après cette thèse, j'ai encore fait un petit pas de côté,
06:29puisque pendant quelques temps, j'ai eu une galerie d'art contemporain à Paris,
06:37qui était un peu une danseuse, c'est-à-dire quelque chose qui était une super expérience,
06:46avec des jeunes artistes qui avaient très peu exposés, voire pas du tout, qui en donnaient une chance.
06:52Donc ça a été vraiment une période assez magique, mais qui économiquement s'est révélée absolument désastreuse.
06:58Et donc, à un moment, il a quand même fallu que je revienne à des choses plus viables économiquement parlant
07:05et plus en rapport aussi avec les études que j'avais faites.
07:08Et c'est là que vous arrivez dans la tour totale de la Défense ?
07:10Et c'est là où j'arrive effectivement dans le CAC 40 en tant que consultante,
07:16en stratégie, en organisation,
07:19et que j'ai pour client effectivement les Total Pétrochimie, Renault, Gaz de France,
07:27et puis aussi des choses un peu plus exotiques.
07:29J'ai travaillé pour des usines de freinage de poids lourd, par exemple.
07:33Alors vous avez une carrière très prometteuse dans ce domaine-là,
07:36vous êtes très bien rémunérée.
07:38Qu'est-ce qui a un moment fait que vous avez tout envoyé promener ?
07:42J'ai recommencé, on va dire, à regarder autour de moi
07:47à un moment je suis passée à 4, 5ème,
07:50ce qui m'a permis de lever la tête du guidon.
07:53Et à ce moment-là, en fait, a commencé,
07:57non pas la perte de sens,
07:59mais en fait le fait de réaliser
08:02et d'être de plus en plus mal à l'aise
08:05avec le fait de consacrer mon énergie et mes compétences
08:12à faire fonctionner le système capitaliste,
08:15ces grandes entreprises qui n'en avaient pas franchement besoin
08:17au vu de leur taux de profit.
08:20C'est venu graduellement ?
08:21Ou il y a un moment où vous avez vraiment eu la nausée de tout ça ?
08:24Non, je ne parlerai pas de nausée.
08:26C'est venu progressivement, c'est quelque chose d'assez réfléchi.
08:30Il y a eu des petites étapes,
08:31il y a eu des petites ruptures,
08:34des coups de canif dans le contrat
08:35avec un effet cliquet qui fait qu'il est assez difficile
08:38de revenir en arrière.
08:39Jusqu'au jour où je me suis entendue conseiller
08:42à des clients d'embaucher en interne
08:45plutôt que de faire appel à notre cabinet de conseil,
08:47ce qui était professionnellement...
08:50Là, il fallait arrêter là !
08:51Voilà, pas du tout ce qui était attendu de ma part.
08:54Et donc j'ai fini par démissionner
08:55pour chercher du travail dans la fonction publique
08:58pour mettre ce temps et ses compétences
09:01au service de l'intérêt général.
09:03Il y a une scène marquante dans ce parcours
09:04où vous refusez un Blackberry.
09:05Pourquoi ce geste, au fond, très symbolique ?
09:09Ça vous reste en mémoire, ça ?
09:10Oui, ça me reste en mémoire.
09:12D'abord, parce que c'était l'arrivée
09:14de ces ordiphones dans le grand public.
09:18Donc c'était un truc qui arrivait des Etats-Unis,
09:21qui était très stylé,
09:23que tout le monde voulait en fait.
09:25Et moi, j'ai tout de suite eu le sentiment
09:28que ça allait être un fil à la patte supplémentaire.
09:31Et donc j'ai été la seule de l'équipe d'associés
09:33à le refuser.
09:34Et pour moi, c'est assez symptomatique.
09:37Et je me souviens des regards incrédules
09:38qui m'ont entourée
09:39et que j'ai souvent croisé depuis.
09:43Donc il y a un refus, la traînette,
09:45qui s'écrit finalement.
09:47Et on va entendre une autre figure du refus,
09:50on pourrait presque dire les choses comme ça,
09:51qui traverse aussi votre travail.
09:54C'est celle de Bernard Moitessier,
09:56ce marin anti-Vendée Globe,
09:58on pourrait dire les choses comme ça ?
10:00Anti-course, à vrai dire, anti-compétition.
10:02On va écouter sa voix, c'était en 1968.
10:06Mon monde, à moi, ça n'est pas la société moderne,
10:10ça n'est pas cette société de consommation,
10:13ça je ne marche pas, je ne marcherai jamais pour ce truc-là.
10:16Partout, le monde moderne veut foutre ses pattes,
10:19en même temps, il fait des sautés.
10:21Il faut le replacer dans le contexte, Bernard Moitessier,
10:24même si beaucoup s'en souviennent,
10:26parce qu'il a eu un acte qui a beaucoup marqué d'ailleurs
10:28le monde de la navigation,
10:30en août 68, donc il aborde son bateau,
10:32le Joshua, dans la première course à la voile
10:34en solitaire et sans escale autour du monde.
10:36Et au fil des mois,
10:37il se passe quelque chose pour lui.
10:39Oui, il le raconte dans le récit de cette course
10:42qui s'appelle la longue route.
10:44Il parle de cette délibération intérieure,
10:47c'est-à-dire que tout d'un coup,
10:47il doute très franchement de son souhait réel de rentrer,
10:52de passer la ligne d'arrivée,
10:53de rentrer victorieux.
10:55Et finalement, au terme de cette délibération intérieure,
10:59il va choisir de ne pas rentrer,
11:01de ne pas accéder à la victoire,
11:03mais plutôt de continuer en mer,
11:05parce qu'il se rend compte que c'est ça
11:06dont il a réellement envie.
11:08Je continue sans escale vers le Pacifique
11:10parce que je suis heureux en mer
11:11et peut-être pour sauver mon âme.
11:14Oui, il y a ce choix-là,
11:18ce refus de la victoire.
11:20Il est accompagné de toute une réflexion de sa part
11:22sur le monde très mercantile,
11:25très consumériste
11:26qu'il a laissé pour plusieurs mois
11:29pendant sa navigation
11:30et qu'en fait, il n'a pas du tout envie de retrouver.
11:33Et je crois que ce qui est très intéressant,
11:35c'est de voir à quel point,
11:36quand on s'en éloigne,
11:38quand on fait une pause
11:39de ce système consumériste,
11:42à quel point on le voit mieux
11:44avec du recul
11:45et qu'on se pose la question
11:48effectivement d'y retourner ou pas.
11:51Ça a été très inspirant pour vous,
11:53cette figure de Mottessier ?
11:55Oui, ça a été très inspirant
11:56et puis je trouvais ça intéressant
11:58de convoquer une figure
11:59qui ne soit pas un grand penseur
12:02de l'écologie politique,
12:03un intellectuel, un universitaire,
12:06de décaler un petit peu le référentiel.
12:10Et je trouvais que ce choix de Mottessier
12:14était vraiment intéressant aussi
12:16à réexaminer depuis aujourd'hui.
12:19Corine Morel-Darle,
12:21votre nouvel ouvrage s'appelle
12:22« Du fond des océans,
12:23les montagnes sont plus grandes ».
12:25Il évoque aussi un voyage en bateau.
12:27On va en parler avec vous dans un instant
12:29et puis on évoquera vos engagements personnels
12:31et votre vision aussi de la vie politique
12:34à laquelle vous avez participé.
12:36On vous retrouve dans un instant.
16:07« Il y a quelque chose de populaire
16:09autour du Front de Gauche.
16:10Rien que ça, ça paye des peines
16:11qu'on peut se donner. »
16:13Ça, c'est en 2009,
16:14une archive avec Marie-Georges Buffay
16:16et Jean-Luc Mélenchon,
16:18le Front de Gauche en campagne.
16:19Corine Morel-Darle,
16:20vous qui êtes notre invité
16:21et qui avait pendant quelques années été membre du Parti de Gauche,
16:26que vous avez cofondé aux côtés de Jean-Luc Mélenchon.
16:29Vous étiez conseillère régionale d'Auvergne-Gronalpe pour le Parti de Gauche pendant dix ans.
16:34Quand vous regardez cette période politique, qui n'est plus aujourd'hui votre quotidien,
16:39qu'est-ce que vous retenez de cette expérience ?
16:42J'en retiens d'abord une vraie formation politique.
16:46C'est-à-dire que moi j'ai quand même énormément appris en étant au Parti de Gauche,
16:51notamment les premières années, parce qu'on avait des personnes qui venaient de plein d'horizons
16:57et de plein de traditions différentes de la gauche.
17:01Moi je venais plutôt des milieux de l'écologie radicale, de la décroissance,
17:04mais on avait des personnes qui venaient de la République sociale de Jaurès,
17:11on avait des syndicalistes, on avait quelques libertaires.
17:13Donc on parlait de Parti Creuset à l'époque, il y avait beaucoup de débats politiques
17:18et de discussions politiques très fécondes entre nous.
17:21Beaucoup de rencontres aussi, moi j'ai énormément sillonné le pays pendant toutes ces années
17:26pour aller rencontrer les militants, pour organiser des réunions publiques,
17:32pour participer à des débats.
17:34Vous avez aimé cette vie-là ?
17:35Moi j'ai beaucoup aimé cette vie-là.
17:37Parce que vous êtes arrivée tard en politique, vous aviez quoi, 34 ans c'est ça ?
17:40Oui, c'est vrai que moi j'ai pas été formée dans les organisations de jeunesse
17:44et je m'en suis beaucoup félicitée, je dois dire.
17:46Ah bon, pourquoi ?
17:47Parce que je trouve que c'est bien d'avoir vécu de manière autonome
17:53et d'avoir pu développer son esprit critique.
17:55Les organes de jeunesse sont quand même un peu des lieux de formatage, je trouve, idéologiques.
18:03Ah oui ?
18:04Et je l'ai souvent constaté.
18:06Oui, je suis sévère, mais je crois que je suis assez lucide.
18:09En tout cas, moi c'est ce que j'ai constaté et je trouve que c'est bien de pouvoir se faire sa propre expérience,
18:16d'avoir vécu aussi autre chose que la politique avant d'en faire son activité principale.
18:24Ce qui a été mon cas avec mes deux mandats de conseillère régionale.
18:27Je suis quand même contente d'avoir eu avant d'autres expériences, d'avoir été salariée, d'avoir fait d'autres choses en fait.
18:35Je trouve que ça apporte une dimension, une expérience qui sont quand même utiles quand on entend représenter des personnes.
18:43Et aujourd'hui vous vous présentez comme éco-socialiste.
18:45Oui.
18:46Ça veut dire quoi ?
18:47Alors en fait, moi j'étais au parti de gauche en charge de monter le programme, tout ce qui concernait l'écologie en fait,
18:54ce qui était très large puisque c'était à la fois les transports, le logement, l'énergie et l'environnement.
19:02Et puis en fait, assez rapidement, on s'est rendu compte que ce n'était pas tant l'écologie que l'éco-socialisme
19:08qu'on avait envie de défendre comme projet politique, c'est-à-dire une manière d'aborder les questions de justice sociale et d'écologie
19:15dans le même mouvement, sans qu'il y ait de hiérarchie entre les deux.
19:19Tout simplement parce qu'en réalité, on se rend assez vite compte que les causes des injustices sociales et de l'urgence écologique
19:27sont à chercher du même côté, du côté du système de production capitaliste qu'on connaît aujourd'hui.
19:35Donc voilà, on a fait un gros travail de redéfinition, de réactualisation de l'éco-socialisme.
19:42Et pourquoi vous avez quitté la politique, Corinne Morel-Darleux ?
19:45J'ai quitté la politique pour plusieurs raisons.
19:50D'abord parce que je crois qu'au bout d'un moment, on perd un peu cette espèce de feu sacré qu'on a quand on s'engage.
19:58Parce que la politique institutionnelle, c'est aussi un jeu de rôle qui est très théâtralisé.
20:05Et qu'au bout de dix ans, on fréquentait les coulisses, on commence à moins y croire, d'une part.
20:11Et puis d'autre part aussi parce que le timing de la politique institutionnelle des élections
20:17me semblait de plus en plus décalé par rapport au sentiment d'urgence et de gravité qui m'habitait,
20:23notamment par rapport à la question justement de la crise environnementale, climatique, de la biodiversité.
20:29Et que je ne pouvais plus me contenter d'attendre qu'on ait conquis le pouvoir pour être dans l'action.
20:37Et il y a eu quoi ? Une sorte de désenchantement ? On pourrait exprimer les choses comme ça ?
20:42Oui, de désenchantement, mais peut-être aussi simplement d'envie d'aller voir ailleurs.
20:49Moi, je n'ai jamais cessé, quand j'ai été élue, de continuer à fréquenter des milieux plus alternatifs,
20:56plus anarchistes, plus autogérés, des milieux paysans, libertaires.
21:01Et je voyais petit à petit que c'était plutôt dans ces réseaux-là que j'assistais aux réflexions stratégiques
21:11qui me semblaient les plus poussées, aux actions qui me semblaient avoir le plus d'impact.
21:15Et qu'en plus, ces réseaux-là, pour certains, faisaient l'économie de la médiatisation et de la communication politique.
21:22Ce qui me semblait très intéressant, parce que moi, ça fait maintenant 17 ans que je suis militante,
21:30et donc j'ai vu l'arrivée du numérique, des réseaux sociaux,
21:33et la manière dont tout ça est venu parasiter et faire dévisser même le niveau du débat politique,
21:41et la manière surtout dont, insidieusement, la communication politique a pris le pas sur l'action politique.
21:47Et donc, je trouve que des réseaux qui ne misent pas tout sur la communication gagnent un temps très précieux pour agir, tout simplement.
21:56Et ça, vous en avez discuté avec vos collègues de gauche, justement, du parti de gauche,
22:01de ces critiques-là que vous formulez à ce micro ?
22:05Oui, oui, oui, on avait des discussions en interne.
22:09Après, très honnêtement, je crois que c'est vraiment quelque chose qui, aujourd'hui, dans le système actuel,
22:13est inhérent à la pratique, c'est-à-dire que ce n'est même pas une question de bonne volonté ou de sincérité.
22:19Quand vous êtes, aujourd'hui, dans un parti politique qui se présente aux élections,
22:23vous êtes obligé, de facto, d'être très présent sur les réseaux sociaux, dans les médias,
22:30vous êtes obligé d'être visible, et donc d'y consacrer beaucoup de temps et d'énergie,
22:36quelle que soit la sincérité et la volonté que vous y mettez.
22:39Mais est-ce que ça veut dire que vous ne croyez plus en la capacité, aujourd'hui, de la politique,
22:43justement, de mener concrètement des actions pour faire changer le monde ?
22:47Disons que je crois surtout que le pari qui consiste à mettre toutes nos forces dans cette bataille électorale
22:53est aujourd'hui un pari très risqué, très hypothétique,
22:57et qu'il convient de peut-être réfléchir à d'autres modes d'action.
23:04Alors lesquels, par exemple ? Quels sont ceux qui, à votre avis, seraient beaucoup plus efficients ?
23:08Moi, j'aime bien parler d'actions performatives,
23:12c'est-à-dire des actions qui ne sont pas uniquement revendicatives,
23:17des actions qui ne consistent pas à être le plus nombreux possible,
23:20au même endroit, avec une seule et même revendication,
23:22pour peser sur un gouvernement, un préfet, ou quelque institution que ce soit,
23:29mais des actions qui portent en elles-mêmes leurs propres revendications.
23:36Je vais prendre un exemple que j'aime bien, je le trouve très parlant,
23:40c'est une anecdote qui m'a été rapportée dans les quartiers nord de Marseille,
23:45de riverains qui étaient excédés parce que les voitures passaient à toute vitesse devant une école élémentaire,
23:52qui avaient demandé des ralentisseurs qu'ils n'obtenaient pas,
23:55et qui ont fini par s'organiser collectivement pour prendre des grands pots de peinture
24:00et pour peindre des zébras au sol.
24:04Bon, ben voilà un exemple d'action performative.
24:07Et il y a en réalité beaucoup de choses aujourd'hui qu'on a déléguées à l'État, aux institutions,
24:12qu'on pourrait tout à fait se réapproprier de manière collective,
24:17en s'auto-organisant au niveau d'un quartier, au niveau d'une commune, au niveau d'un immeuble.
24:23Et c'est d'ailleurs ce qui se fait, il me semble, de plus en plus.
24:27Corinne Morel-Darleux vous dit qu'on change plus de vie dans une cantine que dans un hémicycle.
24:32La lutte par l'assiette.
24:33Illustration avec cet extrait du média fracas, c'était la semaine dernière.
24:37Sur un piqué de grève ou lors de rassemblement,
24:39vous avez peut-être déjà mangé à prix libre grâce à une cantine solidaire.
24:41Et bien aujourd'hui, on est le 10 septembre et je vous emmène en cuisine.
24:44Bienvenue au bar à nous.
24:46Donc là, aujourd'hui, on est mobilisés pour préparer un peu des repas,
24:50pour alimenter les lieux de blocage, les piquets de grève.
24:53Il faut savoir qu'aujourd'hui, les mouvements de grève durent très peu de temps.
24:57Il y a à peu près 70 ans, ils duraient trois fois plus.
25:00Et une des raisons majeures, c'était que tout un chacun avait un petit potager chez lui, chez elle,
25:05et pouvait donc ravitailler les piquets de grève, les piquets de lutte.
25:08Donc si nous, on peut nourrir le plus de monde possible à prix libre,
25:12on vient compenser ce manque de sécurité sociale de l'alimentation.
25:17Extrait du média fracas avec un slogan « Tous pourris, sauf nos légumes ».
25:21Corinne Morel-Darleux, pour parler justement de ces luttes performatives.
25:25Là, on a une action concrète là.
25:27Tout à fait.
25:28On en a de plus en plus.
25:30Il y a, je crois, une espèce de remontada de l'autogestion.
25:37On l'a vu notamment au moment du Covid.
25:39C'était un peu aussi pour pallier aux déficiences, aux défaillances de l'État, des pouvoirs publics.
25:46Et c'est vrai qu'il y a beaucoup de choses qui se sont activées ou réactivées du côté des cantines.
25:51Mais c'est aussi tous les collectifs sur des luttes locales, les ZAD, la culture squat, l'éducation populaire, les chantiers reprises de savoirs.
26:02Voilà tout ce qui s'organise pour ne pas dépendre uniquement du bon vouloir de l'institution et reprendre une partie de ce pouvoir exorbitant qui lui a été délégué et dont elle fait parfois mauvais usage.
26:16C'est cette idée d'archipéliser les luttes ? C'est un terme que vous employez ?
26:20Oui, d'archipéliser effectivement les îlots de résistance.
26:23C'est-à-dire de ne pas chercher à avoir un organisme centralisateur, mais plutôt de fédérer des personnes qui s'organisent en collectif un peu partout sur le territoire,
26:36qui mènent des luttes locales, qui montent des cantines, des réseaux de ravitaillement des luttes et de créer en fait une culture commune, une stratégie commune, un horizon commun,
26:48même si on ne parle pas toutes et tous du même endroit, qu'on n'a pas les mêmes parcours politiques, mais en tout cas d'essayer effectivement de tirer dans le même sens.
26:57Mais justement, est-ce que ça veut dire que vous ne croyez plus aujourd'hui à un grand basculement à l'échelle nationale et que tout se fait au fond au local, comme ça, sur les territoires ?
27:06Mais je crois qu'en fait, il ne s'agit même pas de croire ou pas aujourd'hui, il s'agit vraiment de repartir du réel.
27:13On est quand même dans une situation qui est de plus en plus dramatique, que ce soit au niveau de la montée de l'extrême droite, de gouvernements autoritaires un peu partout sur la planète,
27:25de l'arrivée des fake news, de l'urgence climatique, de l'extinction de la biodiversité et des conséquences, on y a là en fait.
27:34En ce moment, on parle de la multiplication des cas de chikungunya en France métropolitaine et ça a l'air de faire sursauter personne.
27:44En fait, on y est là, ça y est, on est dans le dur.
27:46Quand le président américain Donald Trump qualifie le changement climatique de plus grande arnaque au monde,
27:52comme il l'a fait la cette semaine lors de son discours devant l'ONU, en dénonçant la duperie de l'empreinte carbone,
27:57l'homme le plus puissant du monde qui a appelé justement les pays membres des Nations Unies à cesser les politiques écologiques et à miser sur le pétrole.
28:06Qu'est-ce que ça vous inspire ?
28:08Franchement, quand ça vient d'un type qui est aussi capable d'imaginer créer une rivière à Gaza,
28:17pour moi, je veux dire, il n'y a absolument plus une once de crédibilité en fait dans le discours de Donald Trump.
28:26Alors évidemment, malheureusement, il est président des États-Unis d'Amérique,
28:30ce qui est évidemment une catastrophe à l'échelle planétaire.
28:34Mais pour moi, c'est une raison supplémentaire pour créer justement une contre-culture,
28:42pour tenir bon sur les questions d'honnêteté intellectuelle,
28:46pour tenir bon sur la question de la dignité, de l'éthique,
28:50et pour continuer plus que jamais de redoubler d'assauts et d'ardeurs à faire de la politique autrement
28:57et à ne pas dépendre uniquement de ces dirigeants qui sont en train de perdre la tête un peu partout à la surface de la planète.
29:05Corinne Morel-Darleau, on va parler dans un instant de votre rencontre avec le public en tant qu'autrice.
29:10Ça s'est fait autour d'un livre, Plutôt coulé que flotté sans grâce.
29:13On en parle dans un instant et puis aussi d'une autre navigation qui fait l'objet de votre actualité.
29:17Sous-titrage MFP.
29:47Ils regardent le ciel immobile et se demandent où sont les villes
30:09Et l'été n'a guère invincible qui n'est pas revenue de l'ouest
30:15Ils regardent la mer impavide qui d'un coup d'un seul se débride
30:22Puis boivent la gourde à moitié vide
30:25Le ciel et l'eau se font de tresses
30:29Ils s'emparent d'une lame invisible
30:32Puis cela n'est le monde désigne
30:35Le port où s'alignent les grubles
30:39Là où jadis il a vécu une forme de bonheur indicible
30:46Avec sa femme, son chien, ses filles
30:49Il se dit je suis encore chaud
30:51J'aime bien mourir maintenant, mon trop haut
30:56Pourrais-je emmener mon bateau ?
31:10Et puis aucun, je dis bien aucun, il n'y aurait rien là-haut
31:19Pourrais-je emmener les poteaux ?
31:22Ils regardent la route de l'exil et se demandent où vont les îles
31:28Et les grands oiseaux indociles
31:31En forme de signaux de détresse
31:34Ils rêvent des berges, du tibre, du nil
31:38Humant la fume et d'une, de nil
31:41Ils restent au loin quelques collines
31:44Allongés dans la brume épaisse
31:48Avant, ici, il y avait des chenilles
31:51Des grands bourgeois d'une grande ville
31:54Le confluent, le pauvre et nul
31:58Et le jardin montre son cul
32:01Le déclin était prévisible
32:04L'humanité si peu sensible
32:07Mais tant qu'il y aura des bistrots
32:11Je veux bien mourir maintenant
32:13Trop haut
32:14Et puis aucun, je dis bien aucun, il n'y aurait rien
32:23Là-haut
32:24Pourrais-je emmener mon bateau ?
32:29Et puis au cas où
32:30Je dis bien au cas où
32:34Il n'y aurait rien là-haut
32:37Pourrais-je emmener les poteaux ?
32:40Et puis au cas où
32:57Je dis bien au cas où
33:00Il n'y aurait rien là-haut
33:04Pourrais-je emmener mon bateau ?
33:06Le penseur Benjamin Biolet
33:18La terre au carré
33:21Mathieu Vidard sur France Inter
33:24Je pense que des temps difficiles s'annoncent
33:33Où nous aurons besoin d'écrivains capables
33:35D'envisager des alternatives à notre mode de vie
33:38De voir au-delà de notre société anxieuse
33:41Et de ses technologies obsessionnelles
33:45D'envisager d'autres façons d'être
33:48D'imaginer de véritables raisons d'espérer
33:51Nous aurons besoin d'écrivains capables
33:54De se souvenir de la liberté
33:56De poètes, de visionnaires
33:58Pour voir plus loin
33:59A l'heure actuelle
34:00Je pense que nous avons besoin d'écrivains
34:01Qui connaissent la différence
34:03Entre la production d'une marchandise
34:05Et la pratique d'un art
34:06C'était en 2014
34:09La voix de l'autrice américaine
34:11Ursula Le Guin
34:12Et vous dites d'elle
34:13Corinne Morel-Darle
34:14Que vous vous êtes trouvée
34:16En petite fille d'Ursula Le Guin
34:19Tant certains de ses textes vous donnaient l'impression
34:21D'être en train de deviser au coin du feu
34:24Avec une vieille dame douce et attentive
34:25Provocatrice
34:26Juste un peu la grand-mère parfaite
34:28Oui tout à fait
34:29C'est notamment
34:30Il y a bien sûr les romans
34:32Mais aussi les textes d'Ursula Le Guin
34:35Qui ont été regroupés aux éditions de l'Eclat
34:37Et que moi j'ai vraiment lu
34:39Avec beaucoup de bonheur
34:41Beaucoup de complicité
34:42En plus elle a un humour absolument ravageur
34:44Moi j'ai vraiment pouffé en la lisant
34:46Tout en apprenant des choses
34:49Et c'est vrai que
34:50J'ai beaucoup de plaisir
34:53A la lire
34:55Et beaucoup d'intérêt
34:56Et sur ce qu'elle vient de dire
34:57Dans ses propos
34:58Il y a plus de dix ans
35:00Encore une fois
35:01Oui oui tout à fait
35:02Alors c'est vrai qu'elle
35:03Elle s'est beaucoup battue
35:04Pour défendre
35:05Ce qu'on appelle
35:06Les littératures de l'imaginaire
35:08Qui étaient considérées
35:09Un peu comme un sous-genre
35:10De la littérature
35:11La science-fiction
35:12La fantasy
35:12Et moi j'aime beaucoup son approche
35:15Qui est une approche
35:16Que je rapproche un peu
35:18De ce que les anthropologues
35:20Appellent des moments perspectivistes
35:22C'est-à-dire des moments
35:23Où on change de perspective
35:24Dans notre manière de regarder le monde
35:26C'est des romans
35:30Ou des textes
35:30Qui permettent
35:32De décadrer un peu le regard
35:34De faire un pas de côté
35:35Et dont on sort pas complètement indemne
35:37Avec un rapport au monde
35:38Qui a légèrement changé
35:40Et je trouve que ça
35:41Aujourd'hui c'est effectivement
35:42Très précieux
35:43En 2018
35:44Vous publiez votre premier livre
35:46Plutôt couler en beauté
35:47Que flotter sans grasse
35:48Qui va avoir un destin
35:49Inattendu pour vous
35:50D'où il vient d'abord ce titre ?
35:53Oh là là
35:53Je crois que j'ai passé
35:54Quasiment autant de temps
35:55A trouver le titre
35:56Qu'à écrire le livre
35:57Il vient en fait
35:59D'une devise de marin
36:02Qui dit au départ
36:02Évidemment exactement l'inverse
36:04Qu'il vaut mieux
36:06Flotter sans grasse
36:06Que couler
36:08Et je me suis amusée
36:10A l'intervertir
36:10Et je trouvais que ça collait bien
36:11Effectivement aux propos
36:13Que je développe
36:13Dans le livre
36:15Et donc voilà
36:18C'est parti effectivement
36:20De cette première publication
36:22Mais qui était très incertaine
36:24Au fond non ?
36:25Parce que vous vivez
36:26Au fin fond de la Drôme
36:27C'est ça ?
36:27Au moment où sort le livre
36:28Vous faites appel à un éditeur
36:29Libertalia
36:30Qui n'est pas très connu
36:31Et puis ça fonctionne ?
36:34Ah c'était totalement inattendu
36:36Effectivement
36:36On n'avait pas mis
36:37Toutes les chances
36:38De notre côté
36:38Moi c'était mon premier livre
36:39Libertalia
36:40C'est une maison d'édition
36:42Indépendante
36:43Anarchiste
36:44Et donc voilà
36:46On ne s'attendait pas
36:47A faire un grand succès
36:49De librairie
36:49Pour être tout à fait honnête
36:50Et en fait
36:52Ce petit livre
36:53Éparti
36:53Comme une traînée de poudre
36:55A été beaucoup
36:56Beaucoup défendu
36:58Par les libraires
37:00Puis par les lectrices
37:01Et les lecteurs
37:02Qui l'achetaient
37:03Parfois sur son titre
37:05Et puis qui revenaient
37:07Les libraires me disaient
37:07Mais les gens reviennent
37:09Ils les achètent par paquet de 10
37:10Et en fait ça s'est beaucoup diffusé
37:12Comme ça
37:13De la main à la main
37:14Sous les radars médiatiques
37:15C'est une très belle histoire
37:16Et qui continue aujourd'hui
37:17Alors c'est en sous-titre
37:19Réflexion sur l'effondrement
37:20Mais comment vous analysez en fait
37:22La façon dont ce livre
37:24A touché à ce point le public ?
37:26C'est quoi votre lecture vous là-dessus ?
37:28Je pense que ce qui
37:29En tout cas si j'en crois
37:30Les nombreux témoignages que je reçois
37:32Ce qui a touché
37:33C'est d'abord le fait
37:34Que je m'implique dans le livre
37:35C'est pas un essai universitaire
37:37Qui reste à distance de son sujet
37:38Il y a beaucoup de jeux
37:40Vous parlez à la première personne
37:41D'ailleurs ce que vous faites
37:42Dans tous vos ouvrages
37:43Tout à fait
37:43Je parle à la première personne
37:45Et surtout
37:45Je ne tais pas mes doutes
37:47C'est pas un essai à thèse
37:48Où j'essaye
37:49De faire avaler de force
37:51Des idées
37:52Aux lectrices et aux lecteurs
37:54J'y fais part
37:56De mes convictions politiques
37:58Mais j'y fais aussi
37:58Beaucoup part
37:59De mes questionnements
38:00De mes interrogations
38:01De mes doutes
38:01De votre vie aussi
38:02Il y a des fragments de vie
38:03Dans ce livre
38:04A chacune des pages quasiment
38:06Tout à fait
38:07Et je crois
38:08Qu'il est arrivé
38:10Un moment
38:10Qui hélas
38:11Se prolonge
38:12Qui est un moment
38:13Où beaucoup de personnes
38:14Se posent beaucoup de questions
38:15Sur ce qu'il convient de faire
38:17Ce qui est juste
38:18Ce qui est digne
38:20Comment s'organiser collectivement
38:23Quel type d'engagement privilégié
38:25Et donc
38:26C'est venu
38:27Probablement
38:28Capturer un peu
38:29De l'air du temps
38:30Et donc
38:31Beaucoup de personnes
38:32S'y reconnaissent
38:34Ils puisent
38:34De la force
38:36Ils puisent
38:38Parfois même
38:38Le courage
38:39De changer de vie
38:42Ou en tout cas
38:43D'amorcer des ruptures importantes
38:46Dans leur quotidien
38:48Et je crois
38:50Que voilà
38:51Ce qui est fort
38:52C'est quand on lit
38:53Une personne
38:55Qui a réussi
38:56A mettre des mots
38:57A formuler des choses
38:59Que l'on ressent
38:59Intuitivement
39:00Sans forcément
39:01Vraiment réussir
39:02A les préciser
39:02Ce succès
39:04Donc il arrive
39:04Vous vivez dans la Drôme
39:05Je le disais
39:06Tout à fait
39:06Isolée quand même
39:08Dans un coin de la Drôme
39:09Assez isolée
39:10Et comment justement
39:11Ce succès
39:12Vient percuter
39:14Votre vie là
39:15Alors
39:16Bon
39:17Je vis
39:18Effectivement
39:18Dans un petit village
39:20De la Drôme
39:21Mais
39:22Je n'ai jamais cessé
39:25D'être beaucoup
39:26En déplacement
39:26Beaucoup à la rencontre
39:28Du public
39:29Qu'il soit militant
39:30Ou le public
39:31Des librairies
39:33Des écoles
39:34Des collèges
39:35Des lycées
39:35De la fave
39:35Oui vous ne vivez pas en ermite
39:36Donc je ne vis pas du tout
39:38En ermite
39:39C'est plutôt
39:40Une sorte de
39:42De port d'ancrage
39:43On va dire
39:44Pour moi la Drôme
39:46Mais j'ai toujours été
39:47En déplacement
39:49Et en rencontre
39:51Donc ce n'est pas
39:51Vraiment venu
39:52Percuter ça
39:53Par contre
39:54C'est vrai que je me suis dit
39:55Que c'était mieux
39:55Pour moi
39:56D'avoir mon
39:57Port d'ancrage
39:58Dans la Drôme
39:59Qu'à Paris
39:59Parce que je pense que sinon
40:00J'aurais vraiment été
40:01À paix
40:02Dans un tourbillon
40:02Dans lequel j'aurais pu
40:03Vite me perdre
40:04Pourquoi vous avez choisi
40:05Ce territoire d'ailleurs
40:06Que choisissent aussi
40:07D'ailleurs
40:07Beaucoup de Parisiens
40:08Aujourd'hui
40:09Il y a un microcosme
40:11Quasiment
40:11Drômois
40:12Oui tout à fait
40:14Que j'ai vu d'ailleurs
40:15Se développer
40:16Moi ça fait maintenant
40:1617 ans que je suis
40:18Que je suis dans la Drôme
40:19Et c'est vraiment
40:21Le pays en fait
40:23C'est les paysages
40:26C'est les alternatives
40:29C'est la vie locale
40:31Et puis c'est la proximité
40:33Avec la nature en fait
40:35C'est de vivre entouré
40:37De montagnes
40:38De forêts
40:39Mais aussi
40:40De vignes
40:41D'espaces cultivés
40:44C'est cet endroit
40:45Qui est vraiment
40:45À la lisière
40:46En fait
40:47Entre
40:47Les activités humaines
40:49Et
40:50Et des lieux
40:51Où il n'y a plus
40:52D'activités humaines
40:53Cet espace de lisière
40:54Moi il me plaît
40:55Énormément
40:56Votre dernier livre
40:58S'appelle
40:58Du fond des océans
40:59Les montagnes sont plus grandes
41:00Il est né
41:01D'une expédition océanographique
41:03Dont vous nous aviez parlé
41:04D'ailleurs dans la lutte enchantée
41:06Absolument
41:06L'année dernière
41:07Corinne Morel-Darle
41:08Et enfin le livre sort là
41:10Vous qui aviez
41:11Beaucoup parlé de Bernard Mottessier
41:13Donc le navigateur
41:14Est-ce que vous aviez
41:15Déjà navigué sur un voilier
41:16Avant de
41:17Vous mettre
41:18À vivre cette expérience ?
41:20Alors non
41:20Je n'avais jamais navigué
41:22Je crois que la seule fois
41:22Où j'étais montée
41:23À bord d'un voilier
41:24C'était quand je faisais
41:25Un stage en Allemagne
41:26C'était pour une journée
41:27On avait mangé des knackis à bord
41:29Je me souviens
41:30C'était pas une expérience
41:31Inoubliable
41:32Donc non non
41:33Je n'avais jamais navigué
41:35Et alors c'était quoi l'objet
41:35En fait
41:36De cette aventure ?
41:38Alors en fait
41:39Je suis partie avec une expédition scientifique
41:41Organisée par
41:42Under the Pole
41:43Et des scientifiques du CNRS
41:46Qui visent à étudier
41:47Ce qu'on appelle
41:48Les forêts animales marines
41:49Dans la zone mésophotique
41:51C'est-à-dire la zone située
41:53Entre 30 et 200 mètres de profondeur
41:54Sous la surface des océans
41:56Et donc
41:58Under the Pole
41:59M'avait proposé
42:00Justement de venir à bord
42:01En me disant
42:02Que mes livres étaient déjà
42:03Sur le voilier
42:03Et que ce serait super
42:04Que je puisse les rejoindre
42:05Et donc
42:07Je suis partie
42:08Un mois
42:09Avec elle et eux
42:10Avec l'idée
42:12Justement
42:13De les aider
42:14A rendre visible
42:15L'invisible
42:16Donc cette zone-là
42:17Particulière de la mer ?
42:18Cette zone mésophotique
42:19Qui est très peu explorée
42:22Parce que techniquement
42:23C'est compliqué
42:24Comme plongée
42:25C'est des plongées
42:26Très techniques
42:28Très difficiles
42:29Et que donc
42:31Cette zone est assez méconnue
42:32Et déjà extrêmement menacée
42:34Par le dérèglement climatique
42:36Mais aussi par les activités humaines
42:38Notamment de chalutage
42:39A quel endroit
42:40Vous l'avez vécu
42:41Cette navigation ?
42:42Alors là
42:43Le voilier en l'occurrence
42:44C'était au large
42:45De l'île de Roatan
42:46Au Honduras
42:47Et donc
42:49Il y avait un récif
42:51En particulier
42:52Sur lequel
42:53Les plongeurs
42:54Et les scientifiques
42:55Se rendaient chaque jour
42:56Pour
42:57Faire des prélèvements
43:00Des échantillonnages
43:02Mesurer le courant
43:03Et vérifier
43:05Si les coraux
43:06Avaient une fonction
43:08De forêt
43:09C'est-à-dire
43:09Est-ce que
43:10Les coraux
43:12Noirs
43:13Les gorgones
43:13Modifiaient
43:15Le courant
43:16Modifiaient
43:16Le microclimat
43:18Et permettaient
43:19De créer
43:20Des espaces
43:21Dans lesquels
43:22Il puisse y avoir
43:24Une sorte de pouponnière
43:25Pour les poissons
43:26Les mollusques
43:27Les crustacés
43:27Et la réponse
43:28Quelle est-elle ?
43:29La réponse
43:29Elle est encore
43:31En cours d'étude
43:32Mais on a quand même
43:33Une forte présomption
43:35Que oui
43:36Ça a été une aventure
43:37Littéraire aussi
43:38Pour vous
43:38D'écrire sur un bateau
43:40Corinne Morel-Darleux
43:41Est-ce que
43:42Vous avez voulu
43:43Vous inscrire
43:43Dans ces récits
43:45Qui je vous cite
43:45On l'entend
43:46Fait battre les cœurs
43:47Tout en éveillant
43:48Les consciences
43:49Et vous citez
43:49Par exemple
43:50Joseph Kessel
43:51Balzac
43:52Georges Sand
43:53Il y avait un peu
43:54De cet héritage-là
43:55Aussi dans ce projet
43:55Littéraire ?
43:57Alors il y avait
43:57Effectivement
43:59Cette envie-là
44:01En tout cas
44:02Et puis
44:03Il y avait aussi
44:04L'aspect feuilleton
44:06En fait
44:06Parce que
44:07J'écrivais
44:09Un jour sur deux
44:11Et au fur et à mesure
44:13Que j'écrivais
44:14J'imprimais à bord
44:15Et je faisais lire
44:16A l'équipage
44:17Et ça c'est vrai
44:18Que c'est très inédit
44:20Pour moi
44:20Parce que quand on écrit
44:21C'est souvent un acte
44:22Extrêmement solitaire
44:23On n'a pas de retour
44:25Au fur et à mesure
44:26En direct
44:26Et là j'avais
44:28Mes lectrices
44:29Et mes lecteurs
44:30Directement sous la main
44:31Ce qui était
44:32Ce qui était
44:33Évidemment
44:34Pour moi
44:35Très très motivant
44:36Et très plaisant
44:37Donc vous avez feuilletonné aussi
44:39J'ai feuilletonné
44:40Exactement
44:41Et on retrouve ce style
44:42Justement
44:42Dans cet ouvrage
44:44Donc il y a
44:44L'aventure scientifique
44:45Et puis il y a
44:46Le projet littéraire aussi
44:47Dans cet ouvrage
44:49Qui sort également
44:49Chez Libertalia
44:50Vous êtes resté fidèle
44:51A votre éditeur indépendant
44:53Absolument
44:54Tout à fait
44:54Malgré le succès
44:55Oui
44:56Et ça s'appelle
44:56Du fond des océans
44:57Les montagnes sont plus grandes
44:59Merci beaucoup
45:00Corinne Morel-Darleux
45:01D'être venue au micro
45:02De la Terre au Carré
45:03Merci à vous
45:03Et le 3 octobre
45:04Vous serez à Montreuil
45:05Justement pour une rencontre
45:07Autour de votre livre
45:07A la librairie Libertalia
45:09Merci à vous
45:10Merci
45:10Sous-titrage Société Radio-Canada
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