- il y a 4 mois
Septième saison de La victoire est en elles, avec au programme une invitée qui coche toutes les cases : sportive de haut-niveau, entrepreneuse, ingénieure, Sasha Lanièce possède de nombreuses casquettes. Après avoir créé la première équipe féminine de course au large, Les Déferlantes, elle s'apprête à disputer la Transat Café L'Or en Class40, sur Alderan, accompagnée par Sanni Beucke, vice-championne olympique de 49er FX lors des JO de Tokyo 2020.
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00:00Salut à toutes et à tous, ravi de vous retrouver dans La Victoire est en elle, votre rendez-vous
00:23bimensuelle dédiée au sport version féminin. Évidemment sur ce plateau se succèdent des
00:31aventurières, des sportifs de haut niveau, des managers, des suiveuses, bref toutes celles qui
00:37font le sport sont sur la chaise, occupé aujourd'hui par Sacha Lagnès. Bonjour Sacha. Bonjour. Merci
00:45d'être notre ambassadrice pour la nouvelle saison et oui nous débutons aujourd'hui avec vous on est
00:50ravie de vous accueillir, comment ça va ? Très bien écoutez, très très bien. Bien installée ? Ouais je suis ravie d'être là.
00:56Bon chez vous, j'espère que vous l'êtes aussi parce que cette personne est tout à la fois skipeuse,
01:02entrepreneur, ingénieur, docteur, elle fut aussi data scientist, ça va ? Tout va bien ? C'est tout ? Il y a autre
01:08chose ? Non ça va. Vous avez résolu la quadrature du cercle peut-être ? Pas encore. Pas encore ? Vous y
01:13travaillez ? Exactement. Bon très bien, on va développer en tout cas ce beau parcours qui est le
01:18vôtre qui est évidemment inspirant à minima mais avant de développer ce parcours et s'attarder
01:24sur vos multiples casquettes, quelques petites questions rapides pour apprendre à un peu mieux
01:29vous connaître. Si vous étiez une ville ? Saint-Malo. Saint-Malo ? Ah oui, pourquoi ? Saint-Malo c'est la
01:37première ville où j'ai choisi de vivre quand j'ai pu choisir où j'allais habiter. D'accord. Je me suis
01:42installé là-bas après mon doctorat et c'est la ville où j'ai commencé à faire de la course en
01:47bateau un peu par hasard et j'adore cette ville, j'aime son côté sauvage, j'aime ses habitants,
01:54j'aime la beauté de cet endroit donc Saint-Malo pour sûr. Si vous étiez une autre sportive, est-ce que
02:02vous resteriez dans le milieu de la voile ? Oui, oui, oui. Je pense que j'aimerais être Florence Arthaud.
02:07Florence Arthaud parce que c'est quelqu'un qui n'avait pas peur, qui s'engageait pour ce en quoi
02:13elle croyait, qui s'est beaucoup dépassée pour poursuivre ses rêves, même si au début ce n'était
02:19pas forcément écrit pour elle. Donc j'aime bien ce qu'elle incarne et ce qu'elle a fait. Et puis,
02:24pour finir, si vous étiez à une compétition sportive ? Pour les gens comme moi, je pense que
02:31celle qui fait le plus rêver, c'est le Vendée Globe, autour du monde en solitaire, sur des bateaux de
02:35courses. Je pense que c'est l'épreuve qui est à la fois mécanique, intellectuelle, en termes de
02:40météo, physique, parce que c'est quand même des gros bateaux, et puis mental, trois mois tout seul
02:45en mer. Un rêve ou pas ? Pour vous, pas nécessairement ? Peut-être. Je ne sais pas aujourd'hui si ça me
02:51fait vraiment rêver ou si ça me fait très très peur. Je suis entre les deux. Parce que vous avez un
02:56certain vécu qu'on va évidemment évoquer lors de cette prochaine demi-heure et peut-être qu'il vous donne
03:01quelques bémols à l'instant où l'on se parle. Quelle éducation au sport a reçu Sacha Lagnès ? Est-ce
03:08que vous venez d'un milieu où le sport était présent au quotidien ? Alors, dans ma famille,
03:12mon père fait du golf. Donc, j'ai fait du golf très jeune. Je n'ai pas forcément accroché jeune,
03:19mais là, je m'y suis remise récemment. Ma mère est une sportive, mais disons qu'elle court régulièrement,
03:25elle fait du sport. On n'avait pas d'une pratique en club ou régulière, on va dire. C'est venu beaucoup
03:31plus tard. Et d'ailleurs, moi, j'ai commencé la voile par la croisière et pas par l'aspect compétition.
03:36Du sport, mais pas que. En effet, on l'aura compris dans votre éducation slash formation. On a l'habitude,
03:43dans beaucoup de nos émissions, de réaliser des graphiques, de légender les palmarès de nos invités.
03:49Avec vous, on aurait aussi pu le faire sur le parcours académique, je ne vous cache pas.
03:52Ingénieur des arts et métiers avec un master en sciences mécaniques biomédicales d'ingénierie
03:59et doctorat en physique et biologie à l'école normale supérieure. Je ne sais pas comment vous vous
04:05êtes éveillée à la voile, vous qui n'êtes pas nécessairement issu d'un milieu nautique,
04:09mais en tout cas, vous aviez un sacré background avant d'y arriver.
04:12Oui, je pense que moi, je suis une grande curieuse. J'aime beaucoup les sciences. Je faisais du bateau
04:18un petit peu à côté comme ça en croisière et je n'avais pas du tout pour idée d'un jour
04:23d'en faire ma carrière. Au début, j'étais partie pour faire des sciences, plus précisément de la
04:27recherche. Donc, c'est pour ça que j'ai fait ce parcours-là. Et puis, à la fin de ma thèse,
04:31j'ai commencé à naviguer un peu, un peu plus et puis découvrir la compétition. Et en fait,
04:35comme je retrouve dans la course au large beaucoup d'aspects scientifiques, ça m'a plu.
04:40Concrètement, vous parlez de croisière comme premier rendez-vous avec la mer et la navigation.
04:45Qu'est-ce que c'était, ce premier rendez-vous ? À la fin de mon doctorat, je voulais faire une
04:49année off, une année sabbatique pour prendre le temps de réfléchir à ce que j'allais faire après.
04:53Et je me suis dit qu'un très bon endroit pour réfléchir, c'était le milieu de l'Atlantique,
04:56puisqu'on n'avait rien à faire. Donc, j'ai décidé de faire du bateau stop et de faire un voyage avec
05:02cette ambition d'aller en Nouvelle-Zélande depuis la France, uniquement par la mer, en passant de bateau en bateau.
05:07C'est une aventure qui a pris… C'est incroyable !
05:10Ouais, c'était assez incroyable. Ça m'a pris six mois. Au final, je n'ai pas du tout fait le trajet que je pensais faire.
05:15Et puis, il y a des bateaux où ça s'est bien passé, d'autres moins. Donc, ça a été vraiment une aventure humaine aussi.
05:19Mais j'ai vraiment pris le goût de la mer et puis j'étais tellement contente d'être là que ça a planté en moi une graine
05:26que je ne pouvais pas étouffer et retourner travailler. Donc, j'ai voulu faire autre chose.
05:31Je suis rassuré, je croyais que c'était votre sujet de thèse qui était tellement ennuyeux et difficile
05:34que vous aviez préféré switcher vers un nouvel horizon.
05:37Non, mais de là à se dire, je veux être skipeuse.
05:40Vous nous faites aussi un destin qui est beaucoup plus long que du jour au lendemain.
05:45Quand vous nous dites, je veux être skipeuse, ça arrive à vous petit à petit.
05:48Mais il y a un déclic quand même, fondateur, pour le haut niveau, pour se dire, je veux faire de la performance, de la régate.
05:57Je pense qu'au début, ça a été l'envie de faire la mini-transat, plus comme une aventure humaine.
06:03D'accord.
06:04Donc, pendant ce voyage de bateau stop, j'ai découvert des gens qui régataient et j'ai vu leur bateau qui était optimisé.
06:11Et ça, ça m'a vraiment intéressée, sur mon côté plutôt ingénieur, de voir qu'on pouvait bidouiller un peu ces bateaux,
06:17qu'il y avait certains matériaux, des technologies qui faisaient qu'on pouvait aller plus vite.
06:20Et donc déjà, j'ai commencé à aimer ça.
06:22Et puis après, j'ai entendu parler de la mini-transat, cette course qui permet de traverser l'Atlantique en solitaire,
06:28et donc qui permet de monter un projet de course au large en solo.
06:31Et à une époque où moi, j'étais rentrée à Saint-Malo et je voulais régater,
06:36j'avais du mal à trouver des embarquements, parce que c'est pas contre toi, mais on prend pas de femmes à bord.
06:41Donc, c'était un peu difficile.
06:43Et donc, je me suis dit, là, si je navigue en solo, j'ai juste à acheter mon bateau et naviguer,
06:48et personne ne pourra m'en empêcher.
06:49Et donc, petit à petit, je me suis mise dans ce projet-là,
06:52avec juste l'idée de vivre cette aventure, pas forcément d'en faire un métier.
06:56Et en fait, j'ai adoré. J'ai adoré ça.
06:58Donc, si je résume, traverser l'Atlantique, convoquer chez vous l'envie de réaliser un projet à 360.
07:03En gros, c'était un peu ça quoi, de l'ingénierie jusqu'au fait d'aller piffer l'eau.
07:09Ouais, un peu ça.
07:10Et surtout, dans mon voyage, j'ai pas traversé l'Atlantique, parce que ça, c'est pas fait.
07:14Et donc, il y avait ce truc de, j'ai envie de le faire.
07:16Et personne ne m'en empêchera.
07:18Et donc, la mini-transat, c'était un peu ce truc de, si les gens autour de moi m'empêchent de le faire,
07:22en fait, je vais le faire toute seule.
07:23Et puis, comme ça, ça va bien se passer.
07:25Alors là, on a le rêve.
07:27On a un beau discours.
07:29Mais pour y arriver, Sacha, il faut remporter deux batailles.
07:33On va les schématiser ainsi.
07:34La première et pas la moins singulière.
07:36Il faut faire face au mal de mer.
07:38Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
07:40Vous suivez, il y a trois ans, un programme de rééducation au mal de mer.
07:44Qu'est-ce à quoi ?
07:45C'est un programme de recherche qui est développé à l'hôpital des armées Clermont-Tonnerre à Brest.
07:51L'idée, c'est qu'ils ont beaucoup de marins qui sont malades en mission.
07:55Donc, ils ont un vrai sujet là-dessus.
07:57Ils mènent des expériences qui servent à analyser, à comprendre comment ça se passe, le mal de mer,
08:02parce qu'on ne sait pas vraiment d'où ça vient.
08:04Il y a une science, la nopathie, qui étudie le mal de mer.
08:09Exactement.
08:10Et donc, il y a toutes ces études-là.
08:11Et en même temps, ils ont commencé à développer un protocole qui pourrait guérir les gens,
08:15ou en tout cas les habituer pour qu'ils soient moins malades.
08:18Et donc, le deal, c'est qu'on va suivre le protocole
08:20et en échange, ils gardent nos données pour améliorer leurs recherches.
08:22Et c'est quoi ce protocole ?
08:23C'est horrible.
08:24C'est horrible.
08:25C'est le mal par le mal ?
08:26Oui.
08:27En fait, c'est dix séances de 20 minutes à faire.
08:30Donc, on peut faire une seule séance par 24 heures.
08:33Donc, dix jours où il faut aller à Brest pour faire cette séance
08:36où on nous met sur une espèce de plateforme en mouvement avec un masque de réalité virtuelle
08:40où on voit la mer.
08:42C'est très pixelisé.
08:43Alors, je ne sais pas si c'est parce que c'est un peu old school
08:44ou si c'est pour amplifier le mal de mer, mais ça marche très bien.
08:47Et ça bouge et on a un bruit dans les oreilles.
08:49Et il faut bouger la tête, les yeux.
08:51Et en fait, l'objectif, c'est de tenir 20 minutes en montant au niveau
08:55avec plus de mouvements, une mer qui bouge de plus en plus.
08:58C'est un camp de redressement.
08:59Et il ne faut pas vomir.
09:00Si on vomit, la séance ne compte pas.
09:02Et alors ?
09:03Vous avez réussi à tenir ?
09:04Et alors, j'ai vomi à chaque fois à la onzième minute.
09:07À la vingtième minute, pardon, c'était 20 minutes.
09:09Mais ouais, c'était super dur.
09:12Et surtout, ce qui est impressionnant, c'est qu'après, pendant une heure ou deux,
09:15je ne pouvais pas renvoyer un texto, je ne pouvais pas me lever, le temps de m'en remettre.
09:20Et je me suis dit, en fait, c'est hyper handicapant en mer.
09:22Mais on ne s'en rend pas compte parce qu'on est en mer, on fait tellement de choses,
09:25on est tellement fatigué.
09:26Et là, de dissocier le mal de mer de la mer et de le vivre à terre,
09:30ça m'a fait réaliser, en fait, tout l'impact qu'il y avait sur le corps.
09:33Pas de SMS, pas de conduite.
09:34Donc, vous restez sur site, j'imagine.
09:35Oui, oui.
09:36Ah oui, non, pas de conduite, impossible.
09:37Et ça a fonctionné ?
09:38Ça va carrément mieux.
09:39Je suis toujours un peu malade de temps en temps, mais voilà.
09:41Mais non, ça va carrément mieux.
09:43Deuxième bataille qu'on imagine un peu plus, on va dire.
09:46Se préparer correctement, ça veut dire aussi potentiellement s'affranchir de la contrainte professionnelle.
09:51Oui.
09:52Vous voyez où je veux en venir parce que vos premières années, elles étaient assez folkloriques.
09:55Jonglage entre le travail, data scientists auprès de l'Assemblée nationale.
09:58Oui.
09:59On l'évoquait tout à l'heure.
10:00Vie et entraînement dans le Morbihan.
10:02Puis les courses.
10:03J'imagine qu'il y a eu quelques tranches de vie un petit peu denses, non ?
10:07Oui, oui.
10:08C'est sûr que ma première année de mini, du coup, où je travaillais à l'Assemblée,
10:12j'étais donc comme data scientist beaucoup en remote.
10:15Ça, c'était vraiment pas mal.
10:16Merci le Covid pour ça.
10:17De m'avoir permis de travailler.
10:18Distanciel, donc ?
10:19Oui.
10:20Distanciel quasiment complet.
10:22Donc, il y avait juste des périodes un peu de rush où j'allais à l'Assemblée.
10:26Sinon, j'étais en remote et effectivement, ça faisait des trucs où je travaillais la journée,
10:31j'allais naviguer la nuit, je retravaillais la journée.
10:34Ou alors, parfois, on avait des entraînements en semaine, du coup, je travaillais le week-end.
10:38En fait, on faisait trois jours d'entraînement.
10:40Je comptais trois jours, mais je faisais une nuit dans le week-end aussi.
10:43C'était assez fatigant.
10:44Et sortant, oui.
10:45Oui, mais ça marchait bien.
10:47Et puis, à l'Assemblée, ils étaient contents aussi.
10:49Sur l'eau, ça se passait bien.
10:51Donc, voilà.
10:52C'était juste une question d'énergie.
10:53Je pense qu'à la fin de cette année-là, j'étais un peu sur les rotules.
10:56Vous m'arrêtez, si je me trompe, vous arrivez grâce à un sponsor qui adore votre projet
11:00à arrêter votre activité professionnelle d'alors.
11:02On est alors en mars 2023.
11:04Vous vous êtes qualifié l'année d'avant pour cette fameuse Mini Transat.
11:07Vous la tenez, votre Transatlantique.
11:09Et vous y participez en catégorie 650.
11:12650, c'est la longueur du bateau, tout simplement,
11:15que vous allez utiliser pour traverser l'Atlantique en solitaire, sans communication, sans assistance.
11:22Parce que la Mini Transat, c'est un peu la dernière course à offrir cet ADN-là.
11:27C'est cet ADN, justement, d'authenticité, je veux dire, qui vous plaisait, que vous recherchiez aussi ?
11:33Moi, quand j'ai commencé, je ne connaissais pas forcément la Mini Transat.
11:36C'était juste l'idée de traverser l'Atlantique.
11:38Mais c'est sûr qu'aujourd'hui, je chéris d'autant plus ces années Mini Transat
11:42que maintenant, sur mon bateau, je suis connecté.
11:44Et c'est vrai que c'est incroyable, en fait, d'être seul face à soi-même,
11:48d'être complètement déconnecté, un luxe qu'on n'a plus du tout aujourd'hui.
11:51Et je trouve que... Alors, on dit souvent, Mini Transat, petit bateau, petite course.
11:55Non, ce n'est pas vrai, parce que c'est tellement dur d'être tout seul,
11:58de vivre les hauts et les bas tout seul, de pouvoir parler à personne, de gérer son mental.
12:03C'est tellement dur et en même temps, c'est tellement inspirant,
12:06parce que quand on rentre, on se dit, je l'ai fait.
12:08Et ça, ça ne s'efface pas, quoi.
12:10Alors, vous parlez de ces petits bateaux qui ne sont pas avares en émotions malgré tout.
12:1826 jours de traversée, donc au départ des sables, pour rallier la Guadeloupe,
12:22il y a une escale aux Canaries, ça fait environ 7500 km.
12:25Je dis environ, parce qu'il y a quand même des creux de vagues aussi à passer.
12:29Vous dites, j'ai passé mon temps à me dire que le bateau allait péter, c'était sûr.
12:34Alors, à ce point, c'est le plus grand péril, la plus grande peur, l'avari technique ?
12:39Oui, absolument, parce qu'on est sur cette coquille de noix qui ne pèse rien,
12:46c'est 800 kg en tout, qui est au milieu de l'Atlantique, 6,50 m, ce n'est pas gros.
12:51On voit la lumière à travers, tellement c'est fin pour être léger, pour être rapide.
12:54Moins d'un centimètre pour l'épaisseur.
12:56Oui, on voit les vagues, c'est assez dingue.
12:59Donc forcément, l'avari, c'est le truc qui fait le plus peur,
13:01parce que toute notre vie, elle tient à cette petite coquille de noix.
13:03Et puis, on l'aime bien, cette coquille-là.
13:06Il y a cette peur-là qu'il faut, j'imagine, affronter pendant 26 jours.
13:12Est-ce que vous, qui êtes en pleine découverte à ce moment-là
13:16de ce que sont les aléas d'une course, est-ce qu'il y a autre chose ?
13:19Je ne sais pas, on parle beaucoup quand même de la fatigue inhérente
13:23à la veille qu'on peut avoir sur un bateau.
13:25Est-ce que ça, c'est quelque chose d'un, que vous redoutiez
13:27et que deux, vous avez subi ou vous avez réussi à gérer cette fatigue intense, notamment ?
13:32Ça me faisait très peur en début de projet.
13:34Puis, j'avais plutôt bien géré ça sur les courses d'avant-saison.
13:37Donc, ça ne me faisait plus très peur.
13:39Et en fait, à la fin de la course, avec une fatigue accumulée sur autant de jours,
13:43là, j'ai vu un peu mes limites avec des hallucinations,
13:47d'abord auditives et puis visuelles.
13:50Et puis après, il y a des moments où je cherchais mes équipiers sur le bateau
13:53et j'étais en pleurs parce que je me disais qu'ils étaient tombés à l'eau
13:56avant de me rappeler que j'étais en solitaire.
13:58Et ça, ça l'a vu plusieurs fois.
14:00Effectivement.
14:01Malgré tout, vous menez une bataille des idées.
14:03Il y a des options météo, évidemment.
14:05Faites un choix radical qui vous permet d'ailleurs de détenir le record de vitesse sur 24 heures,
14:09si je ne m'abuse, il me semble.
14:11Vous avez bien checké les vents pour aller chercher les alizés.
14:1428e place au final.
14:15Vous dites à ce moment-là que vous avez trouvé votre voie.
14:20Est-ce qu'il y a un avant et un après ?
14:23Je pense qu'il y a un instant, c'est le moment où j'ai passé la ligne
14:27et qu'on m'a dit un bateau va venir te chercher parce qu'en mini, on se fait remorquer.
14:31Et là, dans mon cœur, ça a vraiment fait non.
14:34Je n'ai pas envie, je ne veux pas rentrer, je veux rester sur l'eau.
14:36Et à ce moment-là, je me suis dit ok, en fait, c'est là que je suis vraiment bien et il faut continuer.
14:41Et j'ai tellement aimé ça.
14:43Et puis même à l'arrivée, ce n'était pas une émotion si dingue
14:47parce que pour moi, je n'avais pas fait un truc incroyable.
14:49C'était normal, j'étais juste bien en mer.
14:51Et d'arrivée, j'étais là, c'est fini, quand est-ce qu'on recommence ?
14:55Et ouais, j'étais bien.
14:57Est-ce que dans ce bateau se joue pas aussi l'idée de la fin d'une aventure de deux ans ?
15:02Parce qu'il faut apprendre à naviguer sur son bateau, ça vous le faites dès 2022.
15:06Il faut se qualifier, il faut se préparer.
15:08C'est quand même…
15:09J'ai rien contre un footballeur professionnel qui est salarié d'un club,
15:12mais ça n'a rien à voir en termes d'investissement et de préparation
15:16pour 26 petits jours, même si c'est beaucoup dans une vie.
15:20Oui, c'est vrai.
15:22Il y a un peu de temps au moment de l'arrivée.
15:24C'est énormément d'énergie pour ça.
15:26Après, il y a comme un vide béant de toutes ces journées, ces soirées,
15:30tous ces week-ends qui ne sont dédiés qu'à ce projet pendant deux ans.
15:36Et la question, c'est tout de suite, qu'est-ce qu'on fait quoi ?
15:38Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
15:40Et dans quoi on se relance ?
15:42Les ministres veulent relancer un projet.
15:44Ça peut être professionnel, familial ou relancer un projet de vol.
15:47Mais on a cette envie.
15:48Et puis surtout, on s'est rendu compte qu'on était capable de faire des choses
15:52qui, il y a deux ans, nous paraissaient complètement inatteignables.
15:55Et on se sent poussé des ailes.
15:57Donc, ça donne envie de continuer.
15:59Ce projet, il arrive quelques mois plus tard.
16:00Quelques mois plus tard, il est lié à une cause.
16:02Celle des femmes dans le sport et plus particulièrement dans la course au large.
16:05Vous créez en 2024 la première écurie féminine de course au large en solitaire.
16:10Les déferlantes.
16:12Pourquoi cette idée ?
16:13Même si vous l'avez un peu esquissée tout à l'heure,
16:15en évoquant le fait qu'on ne prend pas de femmes à voir.
16:18Ce n'est pas personnel.
16:19Il y a des dictates qui vous agacent un petit peu ?
16:22Oui, je pense que déjà dans ma carrière scientifique,
16:24pas beaucoup de femmes à tous les échelons.
16:27Et puis après, dans la voile aussi, ce même mur.
16:29Et puis même de mon entourage.
16:31Beaucoup de gens qui étaient très bienveillants,
16:34qui me disaient, oh là là, mais c'est quand même très dur la course au large.
16:36Et puis, il n'y a pas beaucoup de femmes.
16:38Dans cette fameuse mini-transat, je rappelle que vous étiez à peu près 20% de femmes.
16:42Et c'est déjà un pic.
16:44On est plutôt aux alentours de 10-15% de participantes dans des régates.
16:47Par parenthèse fermée, je vous laisse poursuivre.
16:49Oui, c'est vraiment ça.
16:50Et donc, c'était un milieu où je trouvais qu'on manquait de femmes.
16:53Alors que dans les 20% de femmes de la mini-transat,
16:56on était plutôt dans la première moitié.
16:58Donc je me dis, les femmes ont complètement leur place ici.
17:00Je pense à Marie Gendron qui fait des podiums sur cette transat.
17:04Donc voilà, j'avais envie d'aider les femmes à intégrer ce milieu-là
17:09et de pouvoir moi, grâce à mon expérience, lever quelques barrières pour certaines femmes.
17:13Et donc, on commence petit avec cette idée de garder le mini sur lequel j'ai fait la course,
17:19que j'aime beaucoup, dont je n'ai pas envie de me séparer,
17:21et de transmettre tout ce que j'ai appris dessus à une jeune femme.
17:25Donc, c'est Karen, 23 ans, qui a été recrutée pour, à son tour, préparer la mini-transat sur ce bateau.
17:30C'est comme une bourse.
17:31Vous avez scouté des profils ?
17:32Comment ça s'est passé ?
17:33On a fait des entretiens avec une épreuve théorique, une épreuve sportive à la salle de sport
17:39et puis une épreuve sur l'eau.
17:41Donc, c'était intéressant.
17:42Je me suis beaucoup amusée à écrire l'épreuve théorique qui était très dure,
17:45mais les candidates s'en sont très bien sorties.
17:48Et voilà, cette idée, c'était en fait de...
17:51Moi, je voulais continuer et j'avais cette opportunité, en montant un plus gros projet,
17:55d'incuber, au final, un plus petit projet au sein du mien
17:58et de faire un peu jouer la solidarité féminine
18:01que moi, je n'avais pas pu voir quand c'était mon époque.
18:06Et donc voilà, on a Karen dans l'écurie et ça fait plaisir.
18:09Vous le suggérez, il y a effectivement deux axes,
18:11ce côté formation dans un premier temps
18:14et puis le volet compétition.
18:16Pour vous, une consoeur, Suzanne Boyke, allemande,
18:19avec un classe 40, donc le grand frère, si on veut schématiser du 6-50,
18:23vous allez vous remettre à l'eau pour disputer la Transat Café-Lore.
18:27C'est la feu-transat Jacques Vabre pour celles et ceux
18:30qui découvriraient ce nouveau nom dans l'univers de la voile.
18:34Regatte en duo qui va s'élancer là, là, dans quelques semaines, c'est maintenant.
18:38On est trop content de vous avoir pour en parler, justement, au départ du Havre.
18:42Vous allez vous rendre dans les prochains jours, d'ailleurs,
18:44direction la Martinique.
18:46Suzanne, pour rappel, est allemande, vice-championne olympique sur un 49er.
18:51C'était du côté de Tokyo en 2021.
18:53Comment vous l'avez embarquée dans ce projet ?
18:55Puis après, on reviendra sur cette course à venir.
18:57Suzanne, on se croisait pas mal sur les pontons à Lorient
18:59puisqu'après les JO, elle a fait du Figaro pendant trois ans.
19:04Et elle a commencé la course au large par le Figaro.
19:06Moi, j'ai commencé par le mini.
19:08On était voisines de hangars à Outis.
19:10Et on se croisait et on s'écrivait pas mal sur les réseaux sociaux
19:13parce que toutes les deux, au début, on a un peu galéré.
19:15C'est normal, c'était les débuts.
19:17Et donc, on échangeait beaucoup et on s'entendait bien.
19:19Et donc, quand le projet d'écurie a un peu décollé
19:22et que j'ai cherché une cause skippeuse pour mon projet, j'ai pensé à elle.
19:25Et on s'entend vraiment très bien.
19:27Je pense qu'on a toutes les deux, elle de son expérience olympique
19:30et moi de ma carrière avant, cette rigueur dans le travail,
19:33cette envie de performer, de faire les choses bien.
19:35Et ça marche parce que sur l'eau, on est complètement complémentaires.
19:39Et on s'entend super bien.
19:40Oui, parce que dans un délai rikiki, vous avez réussi à vous préparer
19:44avec l'Armen Race fin mai, quatrième place à la clé.
19:47Puis les Sables Horta.
19:49Vous avez terminé la treizième position cet été.
19:52L'allée était en duo, en double cette année.
19:54Car qualificatif, justement, pour la Transat Café Lorre.
19:57Est-ce qu'il y a d'un objectif en termes de classement ?
20:01J'imagine peut-être un peu pour les partenaires,
20:03même si ce n'est pas le mot clé, peut-être que vous utilisez comme levier.
20:06Mais quel est un peu l'objectif ?
20:08Qu'est-ce que vous voulez apporter à cette course ?
20:11Et vous, comment vous voulez la vivre ?
20:13Pour cette Transat Café Lorre ?
20:15Il y a un objectif sportif qui est certain, c'est qu'il faut l'être terminé.
20:18Parce que ça va me permettre de comptabiliser des milles
20:20pour la route du Rhum l'année prochaine.
20:21D'accord.
20:22Donc ça, c'est clair.
20:23Moi, j'ai envie de jouer dans le groupe de tête.
20:25Alors, jusqu'à quel niveau le groupe de tête, ça, on verra.
20:28Bien évidemment, on a un beau bateau.
20:31On a un projet où on s'est bien entraîné à Lorient.
20:33Donc, on a des outils.
20:34Après, je n'oublie pas que moi, ça fait six mois que j'ai ce bateau.
20:37Il y a des gens, ça fait six ans.
20:39Donc, on va voir.
20:40Mais j'ai quand même envie de faire une belle course.
20:42Je pense que j'ai pour moi des compétences techniques
20:45que certains n'ont pas et une compréhension de la météo aussi
20:48qui commence à s'affiner.
20:49Donc, j'espère pouvoir jouer ces cartes-là.
20:51Surtout que vous aurez plus de cartes météo que ce que vous avez vu sur la Mini Transat
20:54où c'était hyper limité justement.
20:55On a dit, sans assistance tout à l'heure.
20:57Oui.
20:58Là, c'est vrai que le fait d'avoir beaucoup de fichiers, un ordinateur et des données,
21:01pour moi, c'est plutôt un truc qui me réussit.
21:02Donc ça, je suis contente de l'avoir.
21:04Et puis, on a un objectif certain, c'est de communiquer
21:07et d'essayer d'inspirer un maximum de jeunes femmes à faire comme nous,
21:11se lancer dans des projets complètement fous et puis les réaliser.
21:14C'est ce qu'on vous souhaite.
21:16Il y a un…
21:17Donc, vous parlez de Route du Rhum 2026.
21:19Ce serait donc la prochaine étape, c'est ça ?
21:22Oui, complètement.
21:23Assumée.
21:24Très bien.
21:25Malouine.
21:26Oui.
21:27Je crois que c'est ça qu'on a envie de faire.
21:28On aura bien compris que l'Everest du Vendée Globe,
21:30ce n'est pas encore envisageable.
21:33En tout cas, en ayant monté cette écurie de course au large 100% féminine,
21:37vous participez à votre manière à révolutionner le monde de la voile
21:41comme d'autres avant vous.
21:42Et ces autres avant vous, je crois qu'on va en parler
21:45dans la prochaine rubrique Sacrée Championne.
21:47C'est un visage bien connu, celui d'Isabelle Autissier.
21:55Il me semble un autre visage bien connu par vous, chers téléspectateurs.
21:58Julie Caron est avec nous. Bonjour Julie.
22:00Bonjour Maxine et bonjour Sacha.
22:02Je suis ravie de vous recevoir pour cette première de la saison
22:05parce que la voile, c'est quand même une discipline
22:07avec une aura toute particulière.
22:09Moi, je suis ici pour vous raconter des récits extraordinaires de femmes sportives
22:14et on peut dire que les navigatrices, elles ont quelques défis à relever.
22:18Donc aujourd'hui, je vous fais embarquer avec Isabelle Autissier,
22:22une Française au parcours incroyable.
22:24Donc, il faut savoir, Isabelle, elle est au départ ingénieure agronome de formation.
22:28Il n'y a rien qui l'a prédestiné à devenir une légende de la voile.
22:32Et pourtant, à 34 ans, elle a décidé de tout plaquer pour sa passion, la navigation.
22:37Et elle frappe fort dès 1991 puisqu'elle devient la première femme
22:41à boucler un tour du monde en course en solitaire.
22:44Et ce n'est pas seulement pour la performance sportive,
22:47mais c'est vraiment un symbole puisqu'elle a ouvert la voie
22:49à des dizaines et des dizaines de femmes derrière elle, comme vous.
22:53Mais ce destin, Isabelle, elle a forgé aussi bien dans la lumière que dans la tempête
22:59puisqu'elle a vécu quelques incidents dans certains tragiques.
23:03En 1994, elle est en plein océan indien et là, son bateau démate.
23:08Elle est seule au milieu de nulle part.
23:11Elle bricole un peu un mât de fortune pour réussir à rejoindre les îles Carguelen
23:15et là, pouvoir réparer vraiment son bateau.
23:18Ce n'est pas le seul incident qu'elle va vivre.
23:20Quelques mois plus tard, il y a une vague géante qui va retourner son voilier.
23:25Elle survit, mais elle va être élitreuillée par la marine australienne.
23:31Cette image de cette femme suspendue à un câble au-dessus des flots déchaînés
23:38a vraiment fait le tour du monde à l'époque.
23:40Mais elle ne renonce pas.
23:42Non, elle ne renonce pas du tout.
23:43Deux ans plus tard, elle prend le départ du mythique Vendée Globe.
23:46Une avarie la met hors de course.
23:48Pourtant, elle continue malgré tout pour l'honneur.
23:51Elle finit son tour du monde accueillie comme une héroïne.
23:54Dans son parcours, elle va aussi rester marquée par ce tragique incident,
24:00la disparition en mer de son ami et concurrent Jerry Roof,
24:04ce qu'elle va tenter de retrouver au milieu de vagues immenses,
24:08plus grandes que des immeubles.
24:10Plus tard aussi, en 1999, elle va chavirer une nouvelle fois.
24:14Là, c'est à son tour dans les cinquantièmes hurlants.
24:17Et là, c'est son ami, l'italien Giovanni Soldini,
24:21qui va venir la sauver à tout prix dans une manœuvre un peu folle,
24:26très dangereuse.
24:28Donc voilà, après quatre tours du monde en solitaire,
24:31Isabelle décide de mettre fin à la compétition,
24:33mais pas question de tourner la page de l'océan.
24:36Elle va se réinventer, elle devient écrivaine.
24:38Elle écrit des romans dont la mère reste le fil conducteur.
24:42Elle rencontre un beau succès.
24:44Elle parvient surtout à transmettre à ses lecteurs
24:47cette intensité qu'elle a vécue en mer.
24:50Et puis surtout, Isabelle, elle va s'engager.
24:53De 2009 à 2021, elle préside WWF France,
24:57donc l'une des plus grandes ONG environnementales.
25:00Avec conviction, elle va alerter sur l'urgence climatique,
25:03la surpêche, la protection des océans évidemment.
25:07Donc Isabelle Hostetier, c'était aussi ça,
25:10une pionnière, une sportive de haut vol,
25:13une militante, une écrivaine.
25:15Bref, une femme qui a traversé les tempêtes sans jamais renoncer
25:19et qui continue de nous inspirer par son courage.
25:22inspirante.
25:23Oui, à minima, ce visage aussi pour vous, Sacha, plus que ce visage,
25:27ce parcours, c'est leçon de vie à certains moments d'ailleurs sur des épreuves.
25:31Oui, absolument.
25:32Je pense que c'est quelqu'un qui n'a jamais rien lâché
25:34et qui jusqu'au bout s'est battu pour ses engagements.
25:37Donc, une grande source d'inspiration.
25:40Et pour finir, Julie, votre image de la semaine.
25:44Oui, le mois de septembre, il est marqué par cette cérémonie du Ballon d'Or
25:47et cette année, c'est Aitana Bonmati qui a reçu la distinction suprême
25:51et l'Espagnol de 27 ans l'a remportée pour la troisième fois d'affilée.
25:56C'est un record historique puisqu'elle est la première et seule femme
26:00à remporter trois fois le titre.
26:02Elle a une petite cuisse au-dessus de tout le monde,
26:04rappelant qu'elle a été en finale des cinq dernières ligues des champions
26:07avec son club du FC Barcelone.
26:09Et oui, on parle football et on parle Ballon d'Or aussi dans la victoire éternelle
26:14avec l'international espagnol.
26:17Donc, Bonmati.
26:19Merci Julie de nous avoir accompagnés et de nous avoir fait part de cette chronique.
26:24Sacha, on vous souhaite le meilleur.
26:26On croise tout ce qu'on peut pour cette prochaine course au départ du Havre.
26:30On est avec vous.
26:32Café Laure, donc qu'on suivra.
26:34Vous êtes en duo et haut les coeurs pour ce qui est à venir et ses beaux projets.
26:40Merci d'avoir été notre marraine pour cette saison.
26:43Merci beaucoup.
26:44On se retrouve, nous évidemment, dans 15 jours pour un nouvel opus
26:48de La Victoire est en elle.
26:50D'ici là, portez-vous bien et surtout,
26:53restez connectés à sportenfance.com
26:55avec tous les programmes de rentrée qui reviennent,
26:57vos programmes préférés.
26:59Il est question de beaucoup de disciplines,
27:01beaucoup de compétitions à vous proposer dans cet exercice 2025-2026.
27:06Ciao !
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