00:00Europe 1 Info, 13h-15h, Clélie Mathias.
00:04Merci d'écouter Europe 1 et Europe 1 Info tout particulièrement.
00:07Bienvenue à vous si vous nous rejoignez.
00:10On continue ensemble jusqu'à 15h avec notre débat sur l'actualité entièrement consacrée aujourd'hui.
00:15Au suite, après la condamnation à 50 prises en ferme pour l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy.
00:21Avec moi en studio, Gilles William Golnadel, Sébastien Ligné.
00:24Et j'ai le plaisir d'accueillir Philippe Bilger, magistrat honoraire, fondateur de l'Institut de la Parole.
00:29Bonjour, bienvenue à vous, Philippe Bilger.
00:31Je suis très contente de vous entendre parce que je crois que vous avez une voix un petit peu singulière
00:35par rapport à ce qu'on entend depuis hier après la condamnation de Nicolas Sarkozy.
00:40Expliquez-nous pourquoi, qu'est-ce qui vous choque ?
00:42En tout cas, je remercie Europe 1 vraiment d'inviter une voix modestement dissidente
00:49par rapport à ce que j'entends depuis hier soir sur ces news et même Europe 1
00:56et ce que je lis dans les journaux où la magistrature, de la part de certains,
01:01ce qui n'a pas été le cas dans ce studio, a été traîné dans la boue.
01:06Qu'est-ce qui vous distingue ? Que retenez-vous, vous, de ce jugement hier ?
01:09Ce qui me distingue, et là je vais être obligé de tomber dans une sorte de présomption
01:14qui n'est que trop naturelle à mon contradicteur,
01:18C'est le fait que l'idéologie, dans le jugement qui est porté par le camp de droite
01:26sur le jugement qui a été rendu hier, est dominante.
01:30Et en réalité, cette idéologie, ce conservatisme, cette défense à tout prix de Nicolas Sarkozy,
01:38le conduit, ce camp de droite, à ne pas voir ce que ce jugement,
01:42en dehors de l'exécution provisoire, qui est une règle aujourd'hui totalement discutable,
01:50en dehors de cette exécution provisoire, ce jugement est par certains côtés
01:55très indulgent dans l'argumentation qu'il développe
01:59et assez convaincant en ce qui me concerne.
02:03Je n'ai pas lu les 400 pages.
02:05Contrairement à Sébastien Ligné.
02:07Non mais moi j'ai juste une question.
02:08Parce qu'on va parler de Nicolas Sarkozy.
02:10Une nouvelle fois, je précise aux auditeurs, je ne m'intéresse pas aux autres prévenus
02:13pour qui les preuves sont parfois beaucoup plus formelles.
02:16Maintenant, pour Nicolas Sarkozy, je veux que vous m'expliquiez en quoi
02:19la Présidente nous explique qu'il est condamné en partie pour association de malfaiteurs
02:24parce que la Présidente considère que Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ignorer
02:29les agissements, les faits, les actes de Claude Guéant et de Brice Hortefeux,
02:34deux de ses plus proches conseillers, dans l'affaire libyenne.
02:37C'est son avis.
02:38Mais où sont les preuves ?
02:39Dire que Nicolas Sarkozy, puisqu'il est ami avec Claude Guéant,
02:43ne pouvait pas ignorer les agissements de Claude Guéant,
02:45ce n'est pas une preuve.
02:47C'est une opinion.
02:48Où sont les preuves manuscrites ?
02:50Alors, on va laisser répondre Philippe Gilles.
02:50Mais mon cher Sébastien...
02:53Dans le micro, s'il vous plaît.
02:56Vous n'êtes pas sans savoir que les affaires les plus graves
03:00offrent parfois les preuves qu'elles peuvent.
03:03Et il est évident que, dans cette affaire-là,
03:08si vous voulez bien appréhender les éléments avec bonne foi,
03:12eh bien, je vois mal comment on pourrait considérer
03:17que Brice Hortefeux et Claude Guéant sont allés pour des motifs apparemment discutables
03:25et mal expliqués en Libye pour régler, par exemple, le problème de Sénoussi,
03:31dont vous avez rappelé quel malfaisant il était.
03:35Ce qui est scandaleux.
03:35On le rappelle, ce que Claude Guéant ait rencontré cette fois-là, c'est scandaleux.
03:38Et vous pouvez penser que ces deux émissaires-là,
03:43qui vont engager, d'une certaine manière, la parole de la France,
03:48pouvaient le faire sans l'aval de Nicolas Sarkozy.
03:51« Écoutez, on me reproche sur les plateaux d'être naïf. »
03:55Je ne le signe tout de même pas au point de nier cette évidence.
03:59Mais ce n'est pas une évidence.
04:01C'est un avis qu'on peut partager ou non.
04:03Mais pour condamner un homme à 5 ans de prison ferme,
04:05il faut plus qu'un soupçon.
04:07Il faut plus qu'un manque de naïveté.
04:09Vous parlez de l'affaire, elle est extrêmement grave.
04:11Les preuves, on les a trouvées pour Claude Guéant.
04:13On les a trouvées pour Brice Hortefeux.
04:15Pourquoi on ne les trouve pas pour Nicolas Sarkozy ?
04:17Trans, mon cher Sébastien, à quel point vous êtes si laxiste pour l'épreuve,
04:23pour Guéant et Hortefeux,
04:24mais vous êtes terriblement vigilant pour Nicolas Sarkozy.
04:27Ah non, parce que je considère que Claude Guéant, s'il est condamné, il est condamné.
04:33Très sincèrement,
04:35le jugement de fond ne m'intéresse pas.
04:38Ah bah quand même, c'est intéressant.
04:39C'est un peu dommage.
04:40Non mais si je peux aller jusqu'au bout.
04:43Pour mon indignation,
04:46que je ne me situe pas à droite,
04:48mais en tant qu'avocat.
04:50Les deux, vous êtes les deux, Gilles William.
04:53Ne jouez pas sans arrêt sur le citoyen de droite et l'avocat.
04:57Moi je veux bien que...
04:58Si vous voulez, on va laisser terminer Gilles William Bonadette.
04:59Je vous donnerai la parole à la presse.
05:01Je veux bien que dans cette affaire de procès,
05:02vous commenciez par un procès d'intention.
05:04J'ai la faiblesse de penser que s'il ne s'agissait pas de Sarkozy,
05:09je réagirais de la même manière.
05:11J'ai commencé par vous dire
05:13que mon indignation ne portait pas sur le jugement de fond.
05:20Mon indignation,
05:22elle est centrée
05:24sur le fait que quelqu'un
05:27qui a interjeté appel
05:30va se retrouver en prison.
05:33Et je persiste à penser,
05:37je vous assure
05:38que depuis 45 ans
05:41que je fais l'avocat,
05:44ça ne m'est jamais arrivé,
05:46ça m'est arrivé d'avoir encore une fois
05:48des clients qui se faisaient condamner
05:49devant moi en première instance,
05:52ça ne m'est jamais arrivé
05:53de les voir partir
05:56sur exécution provisoire,
05:57je ne savais même pas ce que c'était que l'exécution provisoire
06:00depuis madame...
06:01Non mais, en matière pénale,
06:02en matière pénale,
06:04je n'en avais jamais vu une.
06:06La première dont j'ai entendu causer,
06:09c'est celle de madame Le Pen,
06:10et je me souviens d'ailleurs,
06:12monsieur Bilger,
06:13que en ce qui concerne monsieur,
06:15madame Le Pen,
06:15je vous ai trouvé quand même
06:17un peu plus sévère.
06:18mais une chose est certaine,
06:23il suffit pour être indigné
06:25pour un avocat,
06:27qu'il soit de droite ou de gauche,
06:29ou pour un citoyen
06:31qui comprend comment ça se passe,
06:33il suffit pour être indigné
06:35que de voir qu'on a fait
06:37une deuxième fois
06:38dans l'histoire de la justice française,
06:41une exécution provisoire,
06:44d'abord pour madame Le Pen,
06:45pour la tuer politiquement,
06:48ensuite pour monsieur Sarkozy,
06:50pour le condamner
06:51à la honte éternelle.
06:53Et ça suffit à mon indignation.
06:56C'est inexact.
06:57Alors l'indignation partielle
06:59que vous avez,
07:00elle est très étonnante,
07:01parce qu'elle ne devrait pas
07:02vous interdire
07:03d'appréhender le jugement
07:05et l'argumentation
07:06qu'il débloque.
07:07Je veux bien qu'on entend.
07:08Et l'exécution provisoire
07:10est permise.
07:11J'ai dit tout à l'heure
07:12à quel point
07:13elle était,
07:14de mon point de vue,
07:15maladroite,
07:16imprudente,
07:17et pouvait donner,
07:18en effet,
07:18le sentiment
07:19d'une humiliation
07:20qui n'existe pas
07:22quand on voit
07:23la manière
07:24dont Nicolas Sarkozy
07:26a été relaxé
07:27pour trois infractions
07:28capitales.
07:29Et je ne discute pas.
07:31Le tribunal
07:32a pris cette décision
07:34et j'attends l'appel
07:35pour voir
07:36le résultat
07:38qu'auront
07:38l'argumentation
07:39de Nicolas Sarkozy
07:41et celle
07:41de ses avocats.
07:43Mais on est d'accord
07:44là-dessus,
07:45l'exécution provisoire,
07:46on aurait pu s'en passer.
07:48Bien sûr.
07:48Enfin,
07:49ce n'est pas un petit détail.
07:50Mais elle ne détruit pas.
07:51Le tribunal se retrouve en taule.
07:54Mais elle ne détruit
07:55absolument pas
07:56l'économie générale
07:58de la décision.
08:00Ce que j'entends...
08:00Mais ce n'est pas
08:00ce que Jélouia me dit.
08:01J'entends depuis hier soir
08:03une dédiatribe
08:05du camp de droite
08:07auquel j'appartiens
08:09auquel j'appartiens
08:11qui oublie complètement
08:13la validité de la justice
08:16par rapport à son idéologie.
08:18Ça me scandalise.
08:19Écoutez,
08:20Marine Le Pen
08:20sur LCI hier soir
08:21qui a réagi
08:22bien sûr
08:22à la condamnation
08:23de Nicolas Sarkozy.
08:24Elle dénonce
08:24ses prises de position
08:25politique
08:26de certains magistrats,
08:27de certains syndicats
08:27de magistrature
08:28qui poussent les Français
08:29à s'interroger
08:30sur la neutralité
08:31de notre justice.
08:32On l'écoute
08:32et puis on réagira
08:34juste après.
08:35Les Français
08:35commencent à se poser
08:36des questions
08:37sur notre justice.
08:38Ils s'en posent.
08:40C'est de la faute
08:41de certains magistrats
08:42qui ont pris
08:44des positions politiques,
08:45de certains syndicats
08:47qui ont pris
08:48des positions politiques,
08:49parfois de manière
08:50très violente d'ailleurs,
08:52et s'attaquant personnellement
08:54à tel ou tel
08:54responsable politique.
08:56Et du coup,
08:57les Français
08:58s'interrogent
08:59sur la neutralité
09:00de notre justice.
09:01c'est les magistrats
09:01qui sont neutres,
09:03sont eux-mêmes victimes
09:04de leurs collègues
09:05qui se sont comportés ainsi
09:07et ont créé ce doute
09:08dans l'esprit des Français.
09:09Notre justice
09:09est-elle politique ?
09:10On en parle juste
09:11après un instant de pause.
09:12Il est 14h12
09:13sur Europe 1.
09:1413h15
09:15Europe 1 Info
09:17Et une autre vidéo
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