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  • il y a 5 mois

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00:00Vous écoutez Culture Média sur Europe 1, 10h-11h30 avec Thomas Hill et votre invité ce matin Thomas.
00:05Oui, je reçois ce matin la comédienne Emmanuelle Bach.
00:08Vous signez avec Martin Weber, un joli documentaire sur votre père, le journaliste et homme de médias,
00:13Jean-Pierre Elkabach qui nous a quittés il y a presque deux ans maintenant.
00:18Vous avez intitulé ce film « Autoportrait de mon père » parce qu'en fait c'est beaucoup lui qu'on entend dans ce film
00:23grâce à des entretiens privés inédits, des enregistrements qu'il faisait.
00:27Oui, en fait Martin a collaboré avec lui sur son livre et il avait enregistré.
00:38Donc on avait 30 heures d'enregistrement.
00:43C'est-à-dire qu'il le faisait parler pour écrire l'autobiographie, c'est ça ?
00:46Oui, il prenait des notes et donc il enregistrait quand il discutait.
00:50Moi je ne les avais jamais entendus ces audios parce que l'idée du documentaire, on l'avait eu bien avant,
00:58et moi je voulais faire un truc avec mon père depuis longtemps, le sortir un peu de cette image un peu figée qu'il avait,
01:03d'intervieweur politique, du système, vous voyez un peu comme ça.
01:08Et on réfléchissait, il était d'accord.
01:11Et donc avec Martin, on s'était dit qu'on allait faire quelque chose.
01:13Malheureusement la mort, on a décidé autrement.
01:17Et on s'est dit avec Martin, mais comment on va faire ?
01:21Parce que l'idée c'était d'avoir une conversation à deux ou à...
01:24Et Martin m'a dit, mais j'ai les audios.
01:27Donc on a déroché, on s'est dit, enfin déroché écouter, et on s'est dit, voilà comment on va faire.
01:34Et c'est la grande force du documentaire, d'entendre sa voix tout le long de ce doc.
01:39Et c'est vrai que son histoire, elle méritait vraiment un film documentaire.
01:43Elle mériterait même un film tout court, tant elle est romanesque,
01:46parce qu'on parle d'un gamin d'Algérie, né à Oran, orphelin de père à 11 ans.
01:52Ce qui va amener sa famille à vivre dans une grande pauvreté.
01:55Et quelques années plus tard, ce même garçon va côtoyer les plus grands de ce monde,
02:00suivre le général de Gaulle, devenir le confident de Mitterrand,
02:03interviewer Sadat, Poutine, diriger France Télévisions.
02:06C'est absolument inouï comme parcours.
02:08Ah oui, c'est inouï, c'est romanesque, c'est extrêmement inspirant.
02:14Je ne sais pas si on peut dire résilience, mais en même temps de volonté, de passion,
02:18de ce que la curiosité peut entraîner.
02:22Je veux dire, il était hors normes.
02:23Comme il était hors normes, il avait des qualités exceptionnelles,
02:26mais il avait aussi des défauts exceptionnels.
02:29Oui, vous en parlez de ses défauts exceptionnels, parce qu'on en parle rarement.
02:32On en a parlé souvent de ses défauts, vous êtes vaches,
02:36on parlait peut-être moins souvent de ses qualités.
02:38Parce que c'est vrai qu'il était difficile à connaître, il était complexe quand même.
02:42Il était secret.
02:43Il était extrêmement secret, et étonnamment, dans sa vie intime, timide.
02:49Ah oui ?
02:50Très timide.
02:51Il ne parlait pas de lui, il n'aimait pas ça, il ne voulait pas déranger.
02:56Il n'était pas démonstratif non plus ?
02:58Ah si, dans le privé, privé.
03:00Mais dès qu'il y avait quelqu'un, il n'était pas démonstratif.
03:02Quand on était tous les deux, quand on arrachait nos moments,
03:04il était extrêmement tendre, il était assez génial.
03:08On n'aurait jamais pu l'interviewer comme lui interviewait des gens ?
03:12Vous, peut-être pas, mais moi, peut-être.
03:15Si on planquait, il fallait être malin.
03:16C'est-à-dire qu'il fallait être malin, comme il connaissait tous les trucs,
03:20dès qu'il y avait une caméra, il savait, il était malin, il savait prendre la pause.
03:26Mais c'est vrai que, oui, il avait des défauts.
03:30Il pouvait être, en même temps, il était tout et son contraire.
03:32Colérique aussi ?
03:33Non, pas du tout.
03:34Alors ça, c'est un truc que j'ai entendu souvent.
03:35C'est une légende ?
03:36Il pouvait être, ce qui est peut-être pire d'ailleurs, glaçant.
03:40C'est-à-dire cassant, cinglant.
03:42Il pouvait vous dire des trucs, ça vous mettait à terre.
03:45Mais même moi, il me disait, tu ne sers à rien, c'est complètement con ce que tu dis.
03:49Va travailler, quand tu veux en parler.
03:52Mais il ne fallait pas apprendre les choses au premier degré.
03:55Ça passait vite.
03:56Vous lui disiez, mais tu me parles comment ?
03:58Ça ne va pas la tête.
03:59Et en tout cas, on se rend bien compte dans votre doc, Emmanuel Bach,
04:03à quel point Jean-Pierre Elkabach, il a été marqué par cette enfance à Oran.
04:07Ça infuse vraiment dans ce documentaire.
04:09Vous y êtes d'ailleurs retourné avec lui en 2004.
04:11Ça fait partie des moments très émouvants de ce documentaire.
04:14C'était pour un vivement dimanche de Michel Drucker, c'est ça ?
04:17Oui, exactement.
04:18On nous avait proposé de partir à Oran.
04:21On était allés tous les deux.
04:22Et c'était assez génial parce que je n'avais jamais été.
04:25Je voulais vraiment y aller avec lui.
04:26Et on était retournés.
04:28On avait été au cimetière voir mon grand-père.
04:30On avait été dans l'appartement.
04:32Et l'arrivée dans l'appartement, je ne m'en suis pas rendue compte sur le moment
04:36parce que je n'ai pas vu.
04:37J'ai bien vu qu'il était extrêmement ému
04:38et qu'il ne voulait pas tellement qu'on diffuse ces images de lui.
04:42Donc elles ne sont pas passées à l'époque ?
04:43Elles ne sont jamais passées.
04:45Et nous, quand on a fait le documentaire,
04:48Drucker nous a très gentiment donné toutes les rushs.
04:52Et quand on a trouvé cette image,
04:54moi, c'est l'homme que je connais.
04:55Elle est furtive.
04:56Ça dure quelques secondes.
04:57Mais c'est très émouvant de le voir comme ça.
04:58On ne l'a jamais vu comme ça.
05:00On n'imagine même pas Jean-Pierre Elgabach comme ça.
05:02Mais ça résume bien.
05:03Parce que c'était un...
05:04Je ne sais pas comment vous dire.
05:06Il était à la fois sensible et insensible.
05:08Enfin, je veux dire, il était ça et l'inverse.
05:10Donc ça le montre d'une manière dont on ne l'imaginait peut-être pas.
05:17Et vous vous dites en commentaire,
05:18je vois l'orphelin en lui se réveiller d'un long sommeil.
05:21Très jolie phrase.
05:22Et on le voit aussi touché mais pas coulé
05:25lorsque la gauche arrive au pouvoir en 81,
05:27qu'il est débarqué d'antenne 2.
05:29Là, il y a tout le petit monde médiatique qui le lâche.
05:31Ça a été une descente très violente pour lui.
05:34Mais c'est là où on voit aussi son caractère, sa force.
05:36Mais aussi son entre-jean.
05:38Parce qu'il arrive finalement à retourner la situation
05:41et à devenir, je le disais tout à l'heure,
05:43l'un des derniers confidents de François Mitterrand.
05:45Ça c'est assez incroyable aussi.
05:47Comme retournement de situation.
05:48Ce qu'il faut dire quand même,
05:49c'est qu'en 74, il est viré par la droite.
05:51En 81, il est par la gauche.
05:53Et en 96, re par la droite.
05:56Oui, tout le monde l'a viré.
05:57Il se fait un peu virer partout.
05:59Depuis que je suis petite, quand je me balade,
06:00les gens de gauche me disent
06:01« Ah là là, quel horrible monsieur de droite ! »
06:03Et les gens de droite me disent
06:04« Ah là là, il est vraiment à gauche lui ! »
06:06Donc en fait, la vérité,
06:08elle doit être quelque part au milieu.
06:10Elle est où d'ailleurs ?
06:11Il était gauche ou il était droite ?
06:13C'est un grand humaniste.
06:15Voilà, c'est un grand humaniste.
06:17Je ne pourrais pas répondre à sa place,
06:18il n'est pas là.
06:20Mais il n'était surtout pas
06:21où on pensait qu'on voulait le mettre.
06:23Voilà, il était plus que ça.
06:25Il était tellement...
06:28Et oui, mais c'est surtout qu'il avait...
06:31Bon, peut-être dans l'entre-genre.
06:32Mais moi, je n'ai jamais vu dans ma vie
06:34quelqu'un qui travaillait autant.
06:36Je peux vous dire que
06:37c'était presque pathologique.
06:39Je veux dire, c'est...
06:40C'était même douloureux pour vous, par moments.
06:42Ah ben oui, il m'a beaucoup manqué.
06:44Il faut quand même dire les choses comme elles sont.
06:45Il m'a beaucoup manqué.
06:47On s'est beaucoup bagarré.
06:50Mais ce qui était bien avec lui,
06:52c'est comme on parlait de tout,
06:53il n'y avait aucun tabou.
06:54Donc on pouvait parler de tout, de tout, de tout.
06:56Et donc on se disait les choses très clairement.
06:58Donc assez rapidement, il m'a dit
06:59« Mais moi, la famille, tout ça, c'est pas mon truc. »
07:01Alors quand vous êtes petite,
07:03vous dites « Je comprends pas comment ça
07:05tu vas passer ton temps avec des vieux messieurs
07:07à leur poser des questions.
07:08Et moi, ta fille, tu veux pas me voir ? »
07:10Et après, vous grandissez,
07:12vous avez vous-même une passion actrice
07:14et vous vous dites « Ah oui, je comprends.
07:16Je comprends ce que c'est que la passion. »
07:17Et voilà.
07:18Mais en même temps, il avait une capacité,
07:19ce que je vous disais tout à l'heure,
07:20une capacité de travail.
07:21Mais vous pouvez pas savoir.
07:23Je veux dire, moi, je l'ai vu travailler, travailler
07:25et sans dormir sur des tables.
07:27Je veux dire, à force de travail,
07:28elle est tombée comme ça.
07:30Et c'était dingue, dingue.
07:32Et en tout cas, on sent bien dans ce doc
07:33tout l'amour et toute l'admiration
07:35que vous lui portiez.
07:37Alors vous racontez bien sûr
07:38comme il vous manquait.
07:39Mais vous avez vécu peut-être plus de choses
07:41finalement avec lui, adulte.
07:44Notamment en travaillant ensemble
07:45pour Bibliothèque Médicis,
07:47pour Public Sénat,
07:48son émission littéraire sur Public Sénat.
07:49Ça, c'est une des grandes fiertés de sa vie d'ailleurs.
07:51C'est une très très grande fierté de sa vie.
07:53Il adorait faire ça
07:55puisque sa grande passion,
07:56c'était quand même les livres.
07:57Et il disait dans les audios,
07:59comme on avait un temps imparti,
08:02il y a tellement de choses
08:02qu'on aurait voulu dire.
08:03Et dans les audios,
08:04à un moment, il dit
08:05les livres, c'était ma famille.
08:08Et ça, c'est quelque chose.
08:09C'est pas rien quand même.
08:10Donc c'était sa grande passion.
08:12Toutes les nouvelles technologies,
08:13il connaissait pas grand-chose.
08:15Mais il adorait ça.
08:17Tout ce qui était, par exemple,
08:18moi je me souviens,
08:19j'avais une trottinette électrique.
08:20À 80 ans, il me disait
08:21« Allez, trottinette électrique ! »
08:23Et je le mettais dessus
08:23et il partait comme un fou.
08:25On était obligés de lui courir après
08:26pour lui dire
08:26« Attention, attention ! »
08:27Tous ceux qui sont montés en voiture avec lui
08:29pourront dire
08:30« C'est un danger public ! »
08:32D'ailleurs, on a une super archive
08:33qui est disponible
08:34sur le site Europe1.fr
08:35de Jean-Pierre Elkabach
08:36qui découvre l'iPhone.
08:37Le premier, quand il sort.
08:39Et ça se passe en direct
08:40sur Europe1.
08:40Il le découvre,
08:41on dirait vraiment un enfant
08:42qui déballe les cadeaux à Noël.
08:44Et il est merveillé
08:44par ce nouveau téléphone intelligent.
08:46Il avait une qualité incroyable,
08:49c'est qu'il était émerveillé.
08:51Tout l'émerveillé.
08:52Les gens, vous lui racontiez un truc
08:53« Oh là là ! »
08:54Et ma fille,
08:55j'ai rencontré quelqu'un.
08:56Il m'a raconté ça
08:57« Mais tu te rends compte ? »
08:58C'est extraordinaire.
08:59Je lui dis
09:00« Oui, enfin bon, c'est extraordinaire. »
09:01« Non, mais tu ne peux pas comprendre. »
09:03« Tu n'as pas curieuse. »
09:05Et le doute.
09:06Et le doute.
09:06Voilà ce doc de Jean-Pierre Elkabach
09:09dans lequel vous allez retrouver
09:10également certaines de ses interviews
09:12et de ses punchlines inimitables.
09:13inimitables à Europe 1 notamment.
09:16Il faisait ses interviews le matin.
09:17C'était exceptionnel.
09:18De quelle couleur le mur ?
09:20Ça, c'est quand même un grand moment
09:21face à André Valigny.
09:22Donc tout ça, c'est à voir
09:23dimanche 23h sur France 5
09:26et sur la plateforme France.tv.
09:28Autoportrait de mon père Jean-Pierre Elkabach
09:31réalisé par Martin Weber
09:32qui signe avec vous, Emmanuel Bach,
09:34ce très beau documentaire.
09:35Merci beaucoup d'être venu ce matin sur Europe 1.
09:37Merci beaucoup.
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